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Critique de motspourmots


motspourmots
  17 janvier 2020
Avec un tel sujet, le risque est énorme. Ceux de ma génération se souviennent peut-être des larmes versées avec Ryan O'Neal quand meurt Ali McGraw à la fin de Love story. Culte et pourtant bien sirupeux, bande-son assortie. Heureusement, la littérature est un art qui, pratiqué avec talent, sincérité et délicatesse permet d'offrir des bouquets d'émotions. Les larmes peuvent faire du bien, puiser leur source dans la beauté et la force des sentiments, dans la colère aussi. Les larmes peuvent apaiser et donner une furieuse envie de vivre.

Car d'emblée, nous le savons, la voix de celle qui raconte est une voix d'outre-tombe. Sarah est morte, à 42 ans, balayée par un cancer foudroyant détecté alors qu'elle était enceinte de son deuxième enfant. Sarah est morte mais sa colère est toujours là, mêlée à l'amour qui l'unit à Théo et à leurs deux jeunes enfants, Simon et Camille. Sarah est morte et son dernier acte d'amour est de permettre à Théo de libérer son esprit du deuil pour rester sur le chemin qu'il a toujours privilégié et pour lequel il est si doué : celui de la vie ; et par la même occasion, la laisser reposer en paix. Alors Sarah raconte. Comment Théo, plus jeune qu'elle, a pourtant joué le rôle de tuteur autour duquel elle s'est enroulée pour laisser de côté ses peurs et ses failles pour avancer, s'autoriser à aimer et à croire au bonheur. Il faut dire qu'il est irrésistible ce "lutin", boosté à l'optimisme, à la beauté et à "La vie est belle" de Capra. de quoi chasser les dernières traces du spleen que la jeune femme traîne depuis son adolescence. Sarah raconte la vie, les projets, l'amour fou, la naissance de Simon, les avancées professionnelles, la deuxième grossesse, le diagnostic terrible, l'entrée en guerre (oui, il y a quelques accents de la guerre est déclarée aussi)... Sarah raconte et le lecteur se saisit de sa colère, parce que non, pas sûr que ce soit vraiment juste que les forts soient frappés.

J'ai versé mes premières larmes à la page 135 et ensuite, bah... c'était parti. Mais ce qui m'a fait pleurer, c'est la chaleur qui se dégage de ce récit, la farouche volonté affichée par tous de faire face ensemble, bien droits, unis par ce qu'on ne peut pas qualifier autrement que de l'amour, qu'il soit exprimé par le regard d'un ami, par le message d'un patron, par celui qui sait qu'il va rester ou par celle qui sait qu'elle va partir. le respect total des sentiments de l'autre, de sa douleur, du chemin qu'il emprunte pour s'en sortir. Et puis, il faut le dire, faire parler Sarah donne une force extraordinaire au roman, excluant toute mièvrerie par son langage direct qui ne se cache derrière aucun faux-semblant. On comprend, au moment des remerciements et en lisant les commentaires sur les réseaux sociaux que l'auteur utilise une matière autobiographique ce qui amplifie le tour de force et explique sans doute en partie ce judicieux parti-pris de narration.

Peut-être que si Franck Capra vivait au 21ème siècle, il aurait aimé s'emparer de ce texte, magnifique hymne à la vie, pour en faire l'un de ses chefs d'oeuvre. Qui sait ? Tous les ingrédients sont là. Impossible de ne pas être touché par la force positive qui se dégage de ce roman que l'on termine dans un grand sourire baigné de larmes en se disant que oui, faut pas l'oublier, la vie est belle.
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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