AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2930585161
Éditeur : Genèse Édition (24/09/2013)

Note moyenne : 3.47/5 (sur 37 notes)
Résumé :
À la mort de ses parents, le narrateur décide de ranger, non sans réticence, les archives familiales empilées depuis des lustres dans une armoire. Il redoute ce travail fastidieux, tant il est persuadé que son père, un petit pharmacien de quartier, a eu une vie « sans histoires ». Or, au fil des découvertes, se dessine le portrait d’un Don Quichotte original et aventureux qui, sous couvert de patronymes différents, a vécu plusieurs vies avec l’indéfectible optimi... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
sandrine57
  10 février 2014
Ce n'est que longtemps après la mort de ses parents qu'Alain BERENBOOM trouve le courage de fouiller leurs caisses remisées à la cave, incursion indiscrète dans un passé auquel il n'a jamais eu accès. Documents, lettres et photos précieusement conservés par sa mère lui ouvre l'accès à une histoire familiale mouvementée que la vie tranquille de ses parents de ne laissait pas présager. Il découvre son père sous un jour nouveau, un père courageux, volontaire, aventurier, caché derrière le pharmacien bruxellois bien établi. Au fil de ses découvertes se dessine l'histoire d'un homme : la naissance dans un shetl proche de Varsovie, les premiers pas en Belgique terre d'accueil, la rencontre avec Rebecca, sa "princesse lituanienne", la soif d'intégration, l'amour pour sa nouvelle patrie, les années de clandestinité pendant la guerre, le deuil de ceux qui n'ont pas survécu, et surtout l'indéfectible optimisme qui lui a permis de surmonter tous les drames. Ne parlant ni le polonais, ne le yiddish, Alain attend avec de plus en plus d'impatience les traductions des lettres rassurantes et confiantes qui racontent la douceur de vivre au shetl, les espoirs, les projets de toute une communauté qui, par-delà les menaces nazies et soviétiques, continue d'étudier la Torah, d'organiser des mariages, de s'inquiéter d'un célibat prolongé, sourde et aveugle au fracas du monde. Des grand-parents, des tantes dont il ne savait rien, lui proviennent d'un passé à jamais révolu, balayé par les horreurs de la guerre. Chaïm Berenboom est devenu belge et a choisi de garder un silence hermétique sur cette ancienne vie, sur l'Occupation, sur les drames et les souffrances, préférant mettre en avant les bons côtés de la vie. Pourtant, sous ses airs débonnaires gonflait une colère sourde, sous le pharmacien respectable, athée et optimiste, se cachait l'assistant d'un magicien, un résistant, un lecteur assidu de la Bible, un admirateur des kibboutz israélien, un homme complexe et contradictoire.

Elevé dans le respect du roi, nourri à la carbonade, bilingue franco-flamand, y a-t-il outre-Quiévrain citoyen plus belge qu'Alain BERENBOOM ? C'est ainsi que ses parents l'ont éduqué, coupé de ses racines, premier d'une ligne de Berenboom, belge avant tout. Pourtant, son enquête dans les archives familiales va lui faire entrevoir une histoire familiale marquée par les affres de la guerre. Mais en bon belge, l'auteur fait fi du ton tragique de rigueur pour adopter l'humour et la dérision, cachant ses larmes derrière les folles aventures d'un père habité par la soif de vivre et la confiance en des lendemains meilleurs. Rire pour ne pas pleurer mais surtout redonner une voix à ceux qui ont été broyés par le nazisme. du shetl au ghetto, les lettres dévoilent un quotidien de plus en plus difficiles mais gardent la flamme de l'espoir, celle qui s'éteint sur le chemin des camps. Chaïm aura perdu une grande partie de sa famille mais il ne dira jamais rien de sa peine, épargnant son fils, mais le privant aussi de son histoire. Alain remonte la piste, renoue avec l'héritage familial, tentant de garder une distance pudique mais qui ne masque pas tout à fait le flot de ses émotions. Hommage aux siens et surtout au père, ce Monsieur optimiste est un hymne à la vie, une suite de chroniques drôles et émouvantes qui nous rend chers et intimes des êtres dont les voix se sont éteintes trop tôt. A lire pour la leçon d'Histoire et pour l'exploit d'avoir su alléger l'horreur des faits par des touches d'humour bienvenues.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          260
krzysvanco
  24 septembre 2015
J'avais lu d'Alain Berenboom La position du missionnaire roux qui ne m'avait pas enthousiasmé, j'ai voulu néanmoins lire ce lire au vu des bonnes critiques lues sur Babelio et ailleurs, et ce fut un enchantement !
L'auteur au départ d'une caisse contenant quelques rares documents, et notamment de la correspondance découvre petit à petit l'histoire de sa famille, juive mais non religieuse, histoire qui lui était cachée tant son père voulait en faire un bon belge et le préserver de certains événements dramatiques de leur vie. Au travers de courts chapitres, l'auteur nous fait partager ce qu'il découvre, sans pourtant vouloir combler par de la fiction ce qui reste inconnu.
Les portraits, les anecdotes et les événements vécus par son père, surnommé Monsieur Optimiste, mais également par d'autres membres de la famille sont touchants et plein de tendresse. L'humour, l'ironie sont omni présents.
Je sors heureux de cette lecture !
Commenter  J’apprécie          220
songtsen
  01 novembre 2013
Livre généalogique, que j'intitulerais « A la recherche du temps disparu », que m'a permis de découvrir la maison Genèse-éditions, que je remercie de tout coeur.
Quoi de plus légitime pour un fils dont les parents ont occulté leur passé, que de partir à cette recherche à partir de lettres trouvées après leur mort dans leur appartement. Lettres de surcroît écrites dans des langues inconnues par des grands-parents, ou des tantes, dont il ignorait presque tout. Au fur et à mesure de leur traduction, Alain Berenboom découvre des personnages de chair et de sang qui ont vécu à une des époques les plus troublées du dernier siècle.
Son père polonais, qui quitte son pays natal, arrive dans le petit royaume de Belgique et y exerce des petits boulots dont assistant de magicien puis devient pharmacien, fabricant de pilules miraculeuses. Il rencontre dans son officine sa future épouse d'origine lituanienne. Et c'est à deux qu'ils vont affronter les affres de la montée du fascisme dans les années trente, puis de la seconde guerre mondiale, changeant d'identité, passant par la Résistance. Monsieur Optimiste, c'est lui, le paternel, qui était l'adepte accompli des lendemains qui chantent, même aux jours les plus noirs.
Histoire déjà maintes fois ressassée, direz-vous, mais quand on était juif, cela n'était pas une sinécure. Quand la plupart de vos parents disparaissaient dans les camps nazis, ou, miraculés, s'exilèrent en Terre Promise, insensiblement s'était creusé un grand vide qu'il est naturel aujourd'hui d'essayer de combler. Ce livre est une tentative de l'auteur de retrouver les chainons manquants de son histoire personnelle, occultée volontairement par ses parents qui ont misé à tout prix sur l'intégration totale dans la société belge, au prix d'une perte de repères. Belle histoire d'intégration d'immigrés, pour notre temps où ressurgissent les démons du nationalisme. Beau récit aussi d'hommage d'un fils pour son père.
Le livre est structuré en courts chapitres fragmentaires, aux sujets variés allant de la « Cinquième Colonne » en passant en vrac par « les carbonnades flamandes », « les camps de la mort », « la pharmacie des boulevards », « Mr Thermogène » pour en arriver à la question « Famille, est-ce que je vous hais ? ». L'originalité du livre est son ton, un rien décalé, maniant ironie et humour, à tout moment, même les plus dramatiques. Bref un récit imprégné de modestie, et de retenue, avec une bonne dose de dérision. Un écueil : le récit très fragmenté, que l'auteur n'a pas voulu artificiellement relié en usant de la liberté du romancier. Même si la conséquence en est un certain essoufflement du lecteur vers la fin, le livre se referme avec la sensation d'avoir vécu de l'intérieur la « petite Histoire » d'une famille, presque comme les autres, prise dans la tourmente de la grande Histoire de notre XXème siècle.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
nilebeh
  11 février 2015
Au risque de m'attirer remarques et interrogations, je ne joins pas ma voix au choeur des lecteurs enthousiasmés par ce livre – récit.
De quoi s'agit-il ? D'un récit à la première personne, rédigé par un avocat-auteur-romancier qui, dix ans après la mort de sa mère, ose enfin ouvrir des cartons contenant les souvenirs de la famille. Point de départ archi-utilisé et qui aboutit systématiquement à une plongée dans ses propres souvenirs afin de les confronter à ceux des chers disparus. Les questions qui se posent sont d'une portée universelle quoique ici infiniment plus tragique compte-tenu de l'origine familiale : juifs ashkénazes, polonais, lituaniens, qui ont dû à plusieurs reprises tout quitter faisant naïvement confiance au destin du pays qui les accueille (la Belgique, pas encore envahie), famille éparpillée avec ses martyrs victimes de la boucherie nazie, des miraculés (dont la grand-mère Frania inexplicablement rescapée de l'horreur).
C'est ici que le livre devient intéressant, non tant par l'évocation des horreurs du nazisme que par la quête douloureuse et sans cesse étonnée de l'auteur. IL s'aperçoit qu'en fait il ne sait à peu près rien rien d'important de ses parents, leur amour, leur vie de couple, leurs souvenirs communs. L'évocation familiale tombe parfois dans le cliché, mère juive hyper - démonstrative, grand-père orthodoxe au traditionalisme sévère, père mécréant favorable à l'expansion sioniste et Polonais tous jetés dans le même sac d'antisémites notoires qui ont pourchassé les Juifs rescapés du nazisme, de retour en Pologne après la guerre pour s'en débarrasser à nouveau. C'est un brin agaçant...
Heureusement on peut apprécier des anecdotes carrément drôles (la mère obsédée par la perte de sa valise en France et qui la cherchera des mois durant, le couplet sur le sérieux de l'administration), touchantes (la mère, encore, qui copie inlassablement des recettes polonaises pendant les périodes de clandestinité, pour ne jamais servir que d'autres plats – non polonais - arrêtés selon un menu hebdomadaire fixe), désolantes (la disparition de la délicieuse tante Sara).
On vit au rythme des grands-parents à Makow, Pologne, où ils tiennent une mercerie rue des Marchands, des parents séparés, le père ayant décidé de militer pour la création de l'état d'Israêl, de l'auteur-enfant, qui vit et rêve au milieu de tout cela.
On apprend au détour d'une phrase que Moïse était bègue et fut assassiné par son frère, que les Allemands en Pologne n'étaient pas du tout agressifs en 14-18 et encore bien d'autres détails inattendus.
Quant au titre, il fait référence à l'inépuisable confiance du père de l'auteur dans son étoile, son destin, son bonheur et celui du nouvel État juif.
Pour autant, malgré l'émotion de l'auteur en quête de ses parents, malgré l'humour qui tourne parfois à l'ironie voire au persiflage, je n'ai pas vraiment accroché à ce livre. Peut-être pas la bonne lecture au moment T.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
argali
  15 octobre 2013
Né à Bruxelles d'un père pharmacien d'origine polonaise et d'une mère lituanienne, Alain Berenboom a peu connu leurs familles dont une grande partie a péri dans l'Holocauste. En 1976, il ouvre son cabinet d'avocats et son premier grand combat le mène à défendre le film L'Empire des sens, alors interdit en salles par la justice belge. La littérature et le cinéma, découverts grâce à son professeur d'allemand, André Delvaux, sont ses deux passions qu'il fait partager au travers de ses écrits.
Ce récit personnel, raconté sur un ton humoristique, mâtiné d'autodérision, nous présente la vie trépidante de son père que tout le monde croit être un simple pharmacien, vivant harmonieusement entre sa femme et son fils. Rechignant à parler de son passé, il n'a jamais raconté à son fils les nombreux obstacles qu'il a dû surmonter et le destin aventureux qui fut le sien. Ayant une foi inébranlable en l'avenir, il a su rebondir à chaque revers, gagnant son surnom de Monsieur Optimiste.
Ecrit comme une chronique, ce roman est inspiré de lettres, de documents officiels et de notes découverts dans des cartons que doit vider le narrateur à la mort de ses parents.
A travers ce récit personnel, un peu irréel, d'un jeune immigré polonais à Bruxelles, c'est l'histoire d'une époque qui apparait en filigranes. Celle d'un XXe siècle assombri par la guerre, bousculé et meurtri mais abordé avec ce zest de fantaisie qui rend le récit pittoresque.
C'est aussi l'histoire d'un homme à la recherche de ses origines, un homme à la culture cosmopolite qui se cherche une identité.
Profond et léger à la fois, émouvant et drôle, ce récit tragi-comique se lit le sourire aux lèvres du début à la fin. J'ai vraiment apprécié cette plongée dans le passé familial d'Alain Berenboom et remercie Babelio de m'avoir fait parvenir ce livre des Editions Genèse.


Lien : http://argali.eklablog.fr/mo..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          90

critiques presse (3)
LaLibreBelgique   21 avril 2015
Passionnant.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LaLibreBelgique   19 novembre 2013
Magnifique et émouvante enquête d’Alain Berenboom sur son père et sa famille [...] Alain Berenboom, par pudeur, par humour, mêle à ce récit si beau et émouvant des touches d’autodérision bienvenues.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeSoir   12 novembre 2013
Un Alain qui, dix ans après la mort de sa mère, ouvre les caisses qu’elle avait conservées, retrouve des tas de papiers et remonte le fil et le film de l’histoire familiale. Avec de l’humour pour cacher l’émotion.
Lire la critique sur le site : LeSoir
Citations et extraits (33) Voir plus Ajouter une citation
lauwielauwie   28 octobre 2013
Que m'a-t-il enseigné d'autre sur le judaïsme ? Pas grand-chose. Il préférait parler du peuple juif. Ce peuple, maltraité, torturé, ridiculisé par son Dieu, qu'il ne cesse pourtant d'admirer. Quand on n'est pas content d'un vendeur, d'un médecin ou d'un ouvrier, on en change. Mais pas le peuple élu qui s'obstine jusqu'à la folie à servir un dieu inefficace, grognon et méchant. Chémâ Yisraël ... De temps en temps, un Juif se met à douter. Tant de persécutions, de massacres, de misère ; plus nous prions, plus nous obéissons à Ses commandements, plus nous sommes punis. N'y a-t-il pas là un paradoxe ? Le rabbin a vite fait de donner une réponse à ses vacillations : « Comment se fait-il qu'Israël prie et ne soit pas exaucé ? C'est parce qu'il ne sait pas comment demander ». Autrement dit : voici la réponse, mais quelle est la question ?

p. 167
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
krzysvancokrzysvanco   24 septembre 2015
Ah ! Les femmes de la Bible ! Il y en a tant et elles sont si belles ! Mon enfance fut comblée, bien plus que mon adolescence. : ce n'est pas chez Jules Verne ni chez Tintin que j'aurais pu apprendre à les aimer. Rachel aux yeux tendres, Bethsabée qui ne fait pas un geste pour protester quand son amant, le roi David, envoie au front son mari, le brave Ulric, façon de s'en débarrasser sans se salir les mains. ("Placez Ulric à l'avant, au plus fort de la mêlée, et abandonnez-le pour qu'il soit frappé à mort.") Stupide Ulric qui a choisi la carrière militaire ! Dalila qui, à force de séduction, pénètre les secrets de Samson, son mari, et le livre à ses ennemis. Yaël, si belle que le chef ennemi ne résiste pas quand elle l'invite sous sa tente et qu'elle lui enfonce un clou dans la tête. Ce qu'elles m'ont grisé, les femmes de la Bible ! Enveloppées, dans la mémoire, de parfum aux consonances si mystérieuses qu'elles se mêlent à l'odeur même du Livre. L'exemplaire de mon père sentait la vanille et la farine. Le livre refermé, il le rangeait, je ne sais pourquoi, près de la boîte à gâteaux, si bien que la lecture de la Bible le dimanche matin avait déjà le goût du dessert. Et de la Méditerranée.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
krzysvancokrzysvanco   24 septembre 2015
De qui ai-je hérité mes émotions, mes envies, mes peurs et mes aspirations ? Et que m'ont légué mon père et ma mère ? D'eux, je ne sais rien. Ils ne m'ont rien dit ou si peu et je n'ai jamais eu la curiosité de les interroger, avant de fouiller leurs archives comme si j'essayais de m'arracher les ongles à soulever leurs pierres tombales.
Commenter  J’apprécie          100
lauwielauwie   28 octobre 2013
Ce jour-là, alors que nous passions devant l'immense pigeonnier du parc, en essayant d'éviter les dommages collatéraux, et que nous nous disputions je ne sais plus à quel propos, il finit par me lancer, faute d'autre argument : « Au font mes parents ont raison. Tu n'es qu'un sale juif ! Fous-le camp sale juif ! » Puis il s'enfuit, me plantant là, stupéfait. Oui, stupéfait. Ni fâché, ni blessé, ni rien de pareil. Simplement étonné. Incapable de comprendre ou de réagir. Il m'aurait traité de « Sale nègre ! » parce que je défendais Lumumba et que je trouvais scandaleux le retour des Belges dans leur ancienne colonie, j'aurais compris. Nos bagarres ne se passaient jamais à fleurets mouchetés. Mais « sale Juif » ? Vraiment, non, que voulait-il dire ? Mon éducation avait soigneusement été épurée de tout judaïsme, au point que j'avais à peine conscience d'être juif. Le soir, je racontai à mes parents ce qui s'était passé. Et le lendemain, au début de son cours, le professeur (de français, je crois) désigna du doigt André puis moi. Il fit répéter ce qu'il m'avait dit sur la route du lycée. Le pauvre garçon, rouge pivoine, finit par murmurer, en grommelant vaguement quelques mots entre ses dents, les yeux dans ses chaussettes. Si André se sentait mal, que dire de mon état ? Qu'André m'insulte devant quelques dizaines de pigeons, même voyageurs, passe encore. Mais qu'il le répète devant la classe entière, quel cauchemar ! S'ensuivit un long discours du prof, rappelant la Guerre, l'Holocauste, les camps, etc. Qui écoutait ? Six millions de Juifs anonymes avaient été éliminés par les nazis, mais bon ils étaient morts. Tandis que moi, j'étais vivant et je devais continuer à vivre tous les jours au milieu de mes quinze condisciples, brusquement marqué du sceau de l'étoile jaune à laquelle j'avais échappé.

Il me fallut longtemps pour comprendre pourquoi mes parents s'étaient confiés au directeur, au lieu d'apaiser mon trouble en m'expliquant eux-mêmes quelle mouche avait piqué André. Pourquoi ils avaient préféré que le prof de français transforme notre prise de bec en un cours d'Histoire et de morale et me fige, moi, dans le rôle de la victime devant la classe rassemblée. Longtemps pour saisir que mon père comme ma mère étaient incapables de parler de ça depuis la fin de la Guerre. Et qu'ils en resteraient incapables jusqu'à leur mort. Et aussi que la colère qui étouffait mon père l'empêcherait toujours de me raconter son histoire.

p. 162-163
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
songtsensongtsen   01 novembre 2013
- Demain est toujours plus rassurant, avait affirmé mon père un jour que je broyais du noir.
- Ah oui? Et la mort au bout de demain ?
- La mort ? Un esprit scientifique ne croit qu'à ce qui a été vérifié par l'expérience. Or personne n'est jamais revenu du soi-disant royaume des morts. Donc... (...)
Si la mort existait, qui pourrait encore croire en Dieu? Honorer un Dieu qui aurait assassiné des milliards de créatures juste parce qu'Adam et Eve ont boulotté quelques fruits de son jardin?
- Il a tout de même fini par abandonner Hitler, fis-je remarquer.
- Tu vois ? triompha-t-il. Comment croire en un dieu qui change sans cesse de héros ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
Videos de Alain Berenboom (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Alain Berenboom
Alain Berenboom, "Monsieur Optimiste" et "La Fortune Gutmeyer", Genèse Edition
autres livres classés : littérature belgeVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Français ou Belge ?

Georges Simenon

Francais
Belge

10 questions
327 lecteurs ont répondu
Thèmes : roman , littérature française , littérature belgeCréer un quiz sur ce livre