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sur 71 notes
SeriallectriceSV
  15 mars 2021
Il y a ce moment où rien ne va plus. Plus rien n'a de sens. Plus rien ni personne ne compte. On s'est perdu soi-même de vue et il ne reste plus que « la force d'être absente ».
Seule l'idée ancrée et indétrônable que le lâcher prise, dans ce qu'il a de plus puissant, de plus destructeur, est la solution.
Tout foutre en l'air.
S'enivrer pour s'alléger. S'oublier. Se dissoudre.
Le déclencheur ? Un mal-être sous-jacent, une crise d'angoisse démentielle, incontrôlable. « [Un] rideau noir, déchiré par endroits... »

Claire Berest nous rend témoin d'une descente aux enfers, de deux nuits où tout bascule pour Alma, à l'aube de ses trente ans ; deux nuits pendant lesquelles la folie s'invite.
Elle le fait admirablement bien. Elle l'écrit merveilleusement bien. le sujet est lourd. Il ne plaira pas à tous. Ne parlera pas à tous.

« On peut couper le souffle, couper court, un brouillard au couteau, les ponts, la chique, le sifflet, les cheveux en quatre, à travers champs, l'herbe sous le pied. Mais on ne coupe pas le coeur, on le brise. »

Je voulais lire "Rien n'est noir" de Claire Berest. Mais avant cette première rencontre avec l'auteure, pleine de promesse et débordante de couleurs, j'ai voulu lire autre chose de l'auteure. Je suis tombée sur des pages sombres parlant de dépression, sur des pages lumineuses évoquant le milieu littéraire, sur une écriture fougueuse et franchement captivante. J'ai aimé le tout.

« La traditionnelle lucidité des dépressifs, souvent décrite comme un désinvestissement radical à l'égard des préoccupations humaines, se manifeste en tout premier lieu par un manque d'intérêt pour les questions effectivement peu intéressantes. Ainsi peut-on, à la rigueur, imaginer un dépressif amoureux, tandis qu'un dépressif patriote paraît franchement inconcevable. » Les particules élémentaires, Michel Houellebecq (exergue)
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blandine5674
  10 février 2020
Quelle écriture fascinante ! J'en ai fait sa connaissance avec Rien n'est noir. Que 3 étoiles à cause du sujet qui est la dépression et le 'pétage de plomb'. C'est ce qui arrive à Alma le jour de ses 30 ans. Milieu littéraire agréable. Destruction de soi-même, moins.
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Stelphique
  26 septembre 2021
Ce que j'ai ressenti:

L'élévation est toujours plus difficile que la chute. Elle est pénible, demande des efforts, prend du temps. Tandis que la chute est rapide, facile, éclair, mais aussi séduisante. Affriolante, séductrice, fatale.

Bellevue, C'est l'histoire d'une chute. La chute d'une femme en 48h. J'ai été spectatrice impuissante pendant 160 pages, c'était à la fois dérangeant et frustrant, mais aussi d'une certaine manière, instructif, puisque cela dénonce un problème de société sous-jacent.

Bellevue, c'est une femme de trente ans qui d'auto-détruit, et qui ne cherche aucune aide. Qui ne souhaite ni la compassion, qui se soustrait à la condescendance, qui rejette la bienséance. Pour s'enfoncer dans une douleur sans nom.

Seulement parce que c'est le jour de son anniversaire. La fameuse trentaine.

La société est intransigeante avec les femmes, parce qu'elle prône un culte de la jeunesse, de la performance, du sexe, de la beauté. Des rôles presque impossible à endosser, des objectifs plus ou moins réalisables à atteindre. La charge mentale est monumentale. On peut facilement, y perdre la raison, tellement ses exigences sont impérieuses et contradictoires. Et c'est exactement ça dont il est question dans ce roman, cette multitude d'attentes folles et incompatibles avec le bonheur, qui pèse sur la gente féminine. Alma a une sorte de prise de conscience fulgurante, qui mêlée à une angoisse dévorante, va l'emmener à l'inévitable fracas.

J'ai été très touchée par cette lecture. Parce que c'est une autrice qui parle de la douleur des femmes. C'est un espace ouvert sur la souffrance de leurs corps, de leurs coeurs, de leurs esprits. Je suis femme, une femme dans la trentaine justement, et de ce fait, en voir une, lâcher prise, ça me fait mal. On est toutes concernées, du coup, on se prend la violence de cette chute en pleine tête. Bellevue, c'est un hurlement.

Reste à savoir, qui aura l'oreille attentive…

🌸« Qu'est-ce qu'être une femme de trente ans aujourd'hui? »🌸
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celdadou
  01 février 2016
Le récit de ce roman pour moi représente tout à fait une bouffée delirante , ou une entrée dans une pathologie psychiatrique qui s'apparente à la psychose Manico dépressive ..... Avec Almac l'héroïne en pleine crise hypomaniaque qui ne dort pas qui est dans un délire tres productif puisque Thomas B n'est que l'objet de son délire et l'alimente .
Évidemment l'élément declencheur est son âge , ses trente ans ... On peut imaginer qu'elle était fragile avant à tendance dépressive et le jour de ses trente en elle décompensé sur le plan psychologique.
Les chapitres alternent les fruits du délire sa construction , ses crises de paniques et d'angoisse .
Elle n'évoque que des hommes Paul son mari procureur qu'elle dépeint comme quelqu'un d'assez distant ...
Il y a Egalement un rapport aux sexe , des termes employés qui sont assez crus ... Elle est desinhibée.
On a la description parfaite du dédoublement de personalité avec des descriptions d'elle vu de l'extérieur ...
Son esprit est complètement envahi , elle a une fuite des idées , c'est comme si sa pensée ne pouvait pas ralentir .
Elle est incontrôlable, il y a une abolition totale du discernement , son esprit est en pleine exaltation.
Elle est écrivain et Thomas B écrivain et éditeur ..
Toute l'histoire tourne autour d'une rencontre avec ce dernier pour une publication d'un livre.
Elle s'invente des jours avec lui des relations intimes qui sont très convainquantes ...
Les signes d'angoisses sont omniprésents et la paranoïa avec l'interprétation de certaines choses laisse à évoquer que cette femme est dans une souffrance extrême .
Les chapitre ou sont évoqués les urgences psy , sont assez classiques ... Cependant avec la médication et le cadre du lieu elle se rend compte du mal a ordonner sa pensée .
Elle fait souvent référence a la beauté , la dévalorisation de l'estime de soi à 30 ans .
On peux se demander ... Mais qu'à vecu cette personne pour perdre la raison et etre dans un tel état d'hypomanie .....???
Sa pensée est envahie et elle déambule dans les rues , elle est auto mutilée ... Signe d'une souffrance psychologique extrême.... L'automutilation calme l'anxiété car la douleur prend le dessus.
Ce livre qui se lit rapidement n'écessite à mon avis un peu de connaissance sur la psychiatrie et le mécanisme du délire , la souffrance mentale , les crises de paniques , l'exaltation ... Car il y a un panel d'éléments cliniques assez intéressant . Sinon il y aura des détails qui seront occultés. Ce qui serait dommage , quant on est soignant en prêchait rie on peut etre rencontré a ce genre de personnalités .... Et qui apres une mise sous traitement redeviennent normaux.... Merci babelio ,Merci les éditions Stocks !!!!
Peux être n'est ce simplement une dépression reactionnelle a son âge 30 ans qui l'angoisse tellement qu'elle n'a plus les facultés a se recentrer sur elle même .
Roman très intéressant et tres bien écrit avec une bonne connaissance de la pathologie mentale décrite
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motspourmots
  03 août 2016
S'il n'avait été écrit par une femme, on ne se priverait pas de qualifier ce roman de "couillu". Mais gardons-lui ses attributs féminins et parlons d'un roman osé, percutant, dérangeant. C'est ça la littérature aussi, ça bouscule, ça secoue, ça oblige à entrer dans un univers qui pouvait nous sembler très éloigné. La folie. Ce truc qui n'arrive qu'aux autres... Et surtout pas à une jeune femme de 30 ans qui donne toutes les apparences d'une vie équilibrée et satisfaisante. Et pourtant.

"Il n'y a plus de suite dans mes idées, il y a une succession d'idées comme des perles sans fil." Quelques jours après son anniversaire, Alma se réveille dans la chambre d'un établissement psychiatrique et tente de se remémorer les circonstances qui l'y ont conduite. Et d'abord le fameux jour de ses 30 ans et les détails infimes qui ont enclenché l'engrenage qui ne demandait qu'à s'emballer. Trois fois rien. Un compagnon qui n'a pas descendu la poubelle. Une crise de panique subite. L'envie de prendre l'air. Commencent alors pour Alma quelques jours d'errance dont elle semble ne rien maîtriser, le corps tributaire d'un esprit en roue libre, bien décidé à évacuer le trop plein d'émotions qui le contraint.

Si l'esprit d'Alma s'égare, ce n'est pas le cas de la plume de Claire Berest. Peu à peu, elle dessine le portrait d'une jeune femme de 30 ans à laquelle il est à la fois facile et effrayant de s'identifier tant elle parvient à montrer que ce basculement soudain pourrait tous nous concerner. Un léger manque de confiance en soi, une relation un peu compliquée au père, une sensation d'enfermement, ou encore celle de ne pas être en phase avec les autres... qui n'a jamais ressenti cela ? "Il me reste la force d'être absente".

L'auteure y va franchement, sans se cacher derrière son petit doigt. C'est parfois cru, souvent violent mais toujours convaincant. Car on ne perd jamais le fil qui nous relie à Alma, ses doutes sur sa vie de couple, sur sa vie professionnelle, sur le temps qui passe irrévocablement, et cette tentation de se laisser happer par une force qui la dépasse. C'est ce qui est aussi remarquable que terrifiant.

Un lecteur averti en vaut deux. Si vous n'aimez pas les coups de poings dans l'estomac ou les uppercuts qui vous laissent KO, passez votre chemin. Mais vous vous priverez d'une sacrée expérience littéraire, et ce serait dommage.
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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Eleusis
  22 avril 2016
Alma va avoir trente ans. Cette jeune femme normale, écrivain discret qui donne des cours particuliers et sers dans les bars pour vivre, se retrouve à l'hôpital psychiatrique de Bellevue. Elle se remémore, étape par étape, les 24 (ou 48 heures) qui l'ont menée là. Evidemment, avec un début comme ça, on ne peut se demander : mais que s'est-il passé ? En fait, il ne s'est pas passé grand chose. Ou pas grand chose de remarquable. Enfin, c'est extraordinaire (faute d'être souhaitable) pour le personnage, ce le serait sans doute dans notre vie aussi… mais en littérature, ça n'a pas tout à fait le même impact.

Je suis ressortie du livre sans me sentir changée ou secouée outre mesure, alors même qu'en tant que jeune femme de 27 ans surdiplômée pour son poste actuel, écrivant et faisant un petit boulot en espérant finir sa thèse, j'ai possiblement le profil rêvé pour m'identifier au personnage. Je suis restée de marbre face à une énième évocation d'un milieu littéraire parisiano-parisien, et ce même si elle est possiblement bien faite : on parle certes d'un personnage qui reste en périphérie dudit milieu et qui en souffre, mais cela revient toujours à parler du même milieu, des mêmes poses et des mêmes personnages. Thomas B. et son hypokhâgne, Thomas B. et son obsession pour Julien Gracq, Alma et ses parents qui conjuguent le subjonctif imparfait à l'oral m'ont semblé des pantins idéaux de ce que doit être la faune littéraire, et je n'ai par conséquent pas toujours cru aux personnages. Et le plus étrange, c'est que j'en ai croisé des brassées, de gens comme ça… peut-être parce qu'il y avait toujours un détail, dès lors qu'on les approchait un peu, qui venait contraster avec leur parfait profil de littéraires. Parce que personne n'est jamais l'archétype d'un milieu et de toutes ses réussites ou de tous ses échecs. Parce que… Vous visualisez l'idée.

Il y a quelque chose d'intéressant, pourtant, dans cette volonté de représenter les marges du milieu littéraire et de s'attarder sur un écrivain qui a réussi, un peu, mais pas assez pour y trouver réellement sa place. Peut-être même, en creux, Claire Berest ébauche-t-elle une critique dudit milieu, qui transparaît notamment dans le rêve délirant de la narratrice, qui imagine un fantaisiste prix littéraire, nommé d'après la première femme poétesse de France. A la difficulté de s'en sortir correctement dans le monde actuel où l'écrivain, à quelques exceptions près, ne peut vivre de sa plume, d'autres facteurs d'usure auront conditionné le craquage d'Alma. le sexisme ambiant y est en bonne place. Dommage, peut-être, que cette overdose donne lieu à des scènes de sexe au langage un peu trop cru à mes yeux – même si je dois dire que ça paraît cohérent avec le cheminement du personnage.

Ce que j'ai trouvé dommage, en somme, c'est qu'il y a de bonnes idées, et même de beaux passages – des phrases simples qui ont fait mouche, à quelques occasions. Mais malgré cela, j'ai eu la sensation d'un produit littéraire encore un peu trop lisse, un énième bouquin à la première personne qui raconte quelques heures d'un personnage pas tout à fait campé, comme fait pour devenir la femme générique, mais qui, par cela, échoue à représenter n'importe quelle femme.
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XavierM
  16 février 2016
Un brin trop sage pour être vraiment fou ! Sans doute la folie n'est elle que de surface dans ce pétage de plomb d'une trentenaire avide de pénétration masculine et d'alcools. Pas assez dérangeant ni surprenant...juste un peu choquant pour le petit bourgeois mais pas désagréable pour autant à lire.
Attendons le coup de sang des quarante ans qui ne devrait cette fois pas manquer de sel !
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jg69
  01 avril 2016
Le roman s'ouvre sur Alma, une jeune femme 30 ans, qui se réveille aux urgences psychiatriques de Bellevue sans savoir comment elle s'est retrouvée là. Elle va essayer de se souvenir des 48h qui ont précédé son internement.

En couple depuis 5 ans avec Paul, Alma est une jeune femme écrivain qui donne des cours et occupe un emploi de serveuse pour survivre.

Alma se souvient qu'elle s'est réveillée le 4 juin, matin de ses 30 ans en trouvant tout ce qui l'entoure complètement étranger, comme spectatrice de sa propre vie. La veille, une attaque de panique l'avait déjà submergée. Ce jour anniversaire de ses 30 ans va devenir le jour d'un véritable pétage de plombs.
Elle détruit l'ordinateur de son compagnon "je détruis pour détruire", se rend à un rendez-vous professionnel avec le célèbre écrivain Thomas B, jeune éditeur - auteur en vue puis entame une errance pendant laquelle elle succombe à toutes ses pulsions, dépense tout son argent en alcool et hôtel de luxe, passe de bar en bar... Elle se rend compte de l'absurdité de sa conduite mais continue à agir par impulsion."Heureuse d'être dominée par une autre, qui se retrouve aux commandes. Je ne suis plus Alma, ou alors je suis complètement Alma, enfin."

La peur du cap de la trentaine, âge où l'on est "jeune et vieille en même temps", l'insatisfaction de sa relation de couple, un certain milieu littéraire qu'elle veut fuir, une rencontre avec Thomas B. et Alma va se laisser envahir par de puissantes pulsions destructrices, tout va basculer très vite…

Ce roman est captivant, on ne peut pas le lâcher car on a très envie de savoir ce qui arrive à Alma, de tenter de la comprendre...

Le récit est fait d'alternance de chapitres à l'écriture et aux rythmes complètement différents. Une écriture vive, oppressante, crue parfois dérangeante dans les chapitres relatant sa dérive pendant deux jours et une écriture lente et calme dans ceux où elle décrit l'univers qui l'entoure aux urgences psychiatriques.

Un roman saisissant et dense qui se lit d'une traite.



Lien : http://leslivresdejoelle.blo..
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tiben
  11 février 2016
Bellevue est le troisième roman de Claire Berest, jeune écrivaine française. Il est aussi émouvant que marquant, parfois même dérangeant. C'est en tout cas une très belle réussite.

« Se faire sauter, pour une femme, concrétise l'idée du sexe d'une manière curieusement passive. Se faire sauter pour une femme, induit une prise en charge du plaisir de l'autre, cette incontournable envie chez l'homme de jouir. Encore et encore. Un train dans un tunnel qui se dirige sans alternative possible vers la sortie. Un besoin de se soulager, de jeter quelque chose hors de soi. Sont-elles si douloureuses ces réserves de sperme entassées pour qu'accompagne systématiquement leur expulsion et leur perte un cri superstitieux de ravissement ?[…]"

Dès les premières lignes du livre, le ton est donné : ça sera brut, cru, inattendu, déroutant, sans fard. En général, ce genre d'écriture ne me plait guère, mais quelque chose me disait qu'il fallait que je lise cet ouvrage. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que j'ai bien fait.

« C'est donc cela, la trentaine. Une fêlure sans éclair, un empoisonnement discret, un meurtre sans préméditation. Je m'aperçois que certains mecs d'un soir sont plus jeunes que moi, à présent. le sexe est plus disponible, l'amour devient fuyant »

Alma a 30 ans, vit avec Paul, possède un vrai ami, Auguste, toujours la quand elle a besoin. Sa vie est agréable : elle sort au spectacle, va au restaurant, part en weekend. Rien à redire de ce côté-là, et pourtant… un rendez-vous avec Thomas B., écrivain, éditeur, beau gosse, le jour de son anniversaire va tout chambouler et la faire basculer du côté obscur.

« L'amitié prend l'autre en charge dans son absolue et sordide entièreté, comme les mères, elle prend en charge e quotidien et l'exceptionnel au coude à coude sans autre transition qu'une reprise de souffle, les amis sont prêts à tout traiter, la vie, la mort, c'est d'accord. le véritable ami que l'on rencontre ressemble à une déflagration. »

Crise de panique, angoisse incontrôlable, agressivité, violence (automutilation), « pétage de plomb » (son déchainement sur le portable de Paul est épique!), sexe (fréquentes crises de nymphomanie), alcool massif… Alma n'est plus elle-même durant 48 heures. Elle se réveillera à Bellevue, un hôpital psychiatrique. Pourquoi est-elle là ? que s'est-il passé ? Alma ne se souvient de rien.

« Je suis affolée par ce que je viens de lui dire, le flot de paroles sorti de ma bouche me surprend la première, comme si j'avais perdu le contrôle non seulement de la situation, mais de moi-même.
Thomas resté coi, ses sourcils suspendus en deux arches, hésite. Il est estomaqué par sa violence, son impertinence, elle a le corps secoué, une veine de son front palpite, prête à exploser, il discerne alors la couleur de ses yeux plus nettement, ils ne sont pas juste noirs, ils sont assombris. »

Durant un peu moins de 200 pages, Claire Berest alterne entre le moment présent (le quotidien de Alma aux urgences psychiatriques) et les événements survenus durant les derniers deux jours. Alternant les rythmes, augmentant la tension, cette construction donne une vraie dynamique à la lecture en imposant son propre tempo. Elle entretient aussi pleinement le suspense. On ne peut lâcher le roman, on veut comprendre, on veut savoir et par conséquent, on tourne les pages rapidement. C'est une histoire qui se lit quasiment d'une traite. L'auteur a parfaitement su nous tenir en haleine et nous donner envie.

« Dans ma famille, on dit le coeur, qui n'en a pas en meurt, on dépose une goutte de champagne derrière l'oreille des enfants nouveau-nés, on collectionne les grammaires anciennes, on ne parle pas de sexe, on part se promener quand on est fâché, mais on évite de claquer la porte, on ne croise pas les bras quand on trinque, à Noël on laisse dehors un verre de vin pour le père Noël, à Pessah on laisse un verre de vin à table pour le prophète Elie. Dans ma famille il ne serait venu à l'idée de personne de se couper un bras intentionnellement et moins encore qu'une telle pratique existât. Subjonctif imparfait »

L'autre gros point fort de ce livre est la plume de l'auteur : si vive, intelligente, si sensible, si expressive, très explicite et visuelle. On ressent intensément ce que vit Alma. On souffre avec elle, on délire avec elle, … C'est oppressant et dérangeant tellement le style met à nu le personnage principal. On a l'impression de tout voir, tout savoir, tout vivre. C'est rare de telles émotions !

Il n'y a pas que des mots crus. En fonction des messages à faire passer, elle sait aussi être très belle, utilisant de longues phrases fluides, aux mots subtilement choisis qui nous font réfléchir, douter.

« Est-ce que je dis libre pour qualifier un sentiment que je ne parviens pas à décrire ? Je parle du sentiment rare où le point d'ancrage s'évanouit. S'apercevoir quand on s'y attend le moins que nos points de vue fondamentaux sont finalement relatifs et qu'il s'en faudrait de peu pour balayer nos évidences et assembler le puzzle de notre vie tout à fait différemment de ce qui était prévu »

Elle est enfin acerbe et piquante pour dénoncer et faire passer des messages à propos de l'apparence, du sexisme, etc…

« J'ai décidé de devenir serveuse quand mon éditeur, après avoir éclaté d'un rire franc à ma demande d'à-valoir avait conclu : « Vous n'avez qu'à vous mettre avec un homme riche si vous avez besoin d'argent ». CQFD. Ah ah ah, j'ai dû rire aussi lâchement et me taire. Se demander s'il aurait osé dire cela à un jeune écrivain homme. Je savais qu'il ne fallait pas le faire, il ne fallait pas se le demander, il fallait que cela glisse, que cela glisse. La rage finirait par s'épuiser. Je suis devenue serveuse, ce faisant, je n'étais plus écrivain, no ambitieuse, j'étouffais mon ego, pour ne me concentrer que sur des tâches »

Je ne m'attendais pas à une telle expérience quand j'ai choisi de lire cet opus. J'en ressors conquis par Claire Berest que je suivrai dorénavant. Court mais intense et marquant, je vous conseille Bellevue, même s'il n'est pas destiné à tous, âmes sensibles ou fragiles, s'abstenir…

4,5/5

Lien : http://alombredunoyer.com/20..
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Alexmotamots
  16 septembre 2021
Le propos était intéressant : une trentenaire, écrivain, se voit confier un travail d'écriture.
Mais 48 h plus tard, elle se retrouve en hôpital psychiatrique.
Suspens : que s'est-il passé pendant ces 48 h ?
Rien de bien folichon : elle boit, elle fume, elle baise, elle parle littérature.
Ah, et elle a des crise d'angoisse, aussi.
Un roman très parisien, voire germano-pratin, qui se regarde faire.
L'alternance de point de vue m'a exaspéré.
Lien : https://alexmotamots.fr
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