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Critique de Floccus


Floccus
  25 février 2020
"Comment apprend-on la présence au monde ? Comment reconnaît-on la saveur du temps qui travaille en nous ?" (50)

Dans le "soleil couchant", les ombres fines des méditations d'Alexandre Bergamini révélées sur le papier ont enlacé les miennes dans une danse de fumerolles. Son "coeur croasse" et tente de résister aux vents tempétueux, cherchant peut-être à ressembler à ces arbres taillés comme des nuages dans le parc Ueno. Il n'y aurait alors plus qu'à se laisser emporter, modeler, effilocher... Trouver un espace qui soit de taille pour notre errance est une quête cruciale pour qui a des blessures à panser. Celle d'Alexandre Bergamini trouve son épanouissement à Tokyo.

"Douceur des rapports, distance et respect, aucune familiarité. Être avec et s'extirper de la réalité en un instant, sans difficulté. Perméable sans être ni se sentir envahi par les autres. Ouvert aux autres sans être obligé de se protéger d'eux." (19)

Par l'évocation de Nicolas Bouvier, je retrouve Mariusz Wilk qui en son journal et au bord de l'Oniégo explore lui aussi les voies du dépouillement. "Nous sommes ce que nous regardons", la phrase fait miroir entre les reflets renvoyés par le lac du Grand Nord carélien et les torii japonais, "ces portes rouges isolées (...) symboles du passage du matériel vers l'immatériel". Celui qui réalise la nudité de sa conscience en cette vie, ne ressentira-t-il qu'une "vague inquiétude" au moment de la transition vers sa résorption ?

"Je me sens dès maintenant tellement à ma place que je devrais disparaître dans le paysage, me dissoudre dans les particules d'air et ne plus rentrer. Selon le principe ancestral de Shitao, le moine bouddhiste surnommé en Chine Moine Citrouille-Amère : me fondre et me confondre avec le paysage, avec les éléments et les grains de lumière, et disparaître définitivement." (34)

Dans la "lune montante", j'ai flotté. le cheminement intérieur de l'auteur m'est passé au travers. Ses rêveries se font plus sentimentales, plus artificielles. Ses attentes - de paix, de pureté, de belles personnes, , de bols à l'imperfection calculée - semblent prendre le pas sur sa perception. L'euphorie, régénérante mais noyant la lucidité, crée une réalité parallèle. Ce qui rend la rencontre avec l'ours d'autant plus brutale. La violence féroce surgit au beau milieu du paradis. Rappel à l'ordre. Gare à qui renonce à la clochette de la vigilance ! Nous sommes si vulnérables et si enclins à nous perdre en notre propre esprit, à l'image d'Akutagawa Ryunosuke. Je m'attendais à ce que la fissure ursine laisse passer le rai d'une nouvelle lumière, à la fin du livre, mais la "lente disparition" ne témoigne pas d'une réelle rupture, d'une vision qui transcenderai la compréhension de la réalité déjà présente au début.

[Lu dans le cadre de ces fabuleuses masses critiques]

Lien : http://versautrechose.fr/blo..
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