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Critique de Pois0n


Pois0n
  10 septembre 2018
Imaginez un virus foudroyant, bien évidemment incurable, hautement contagieux et... se propageant par l'eau, pourtant toujours indispensable pour vivre : vous voyez le topo ? Pas très réjouissant. Eh bien, c'est ce à quoi se retrouve confrontée Ruby, quinze ans, une adolescente échappant miraculeusement aux conséquences de l'averse mortelle frappant sa ville. En une poignée de minutes, celle qui n'était qu'une adolescente superficielle comme tant d'autres, obsédée par son crush, les fringues et les produits de beauté voit tout ce qui constituait son quotidien et celui de milliers d'autres réduit à néant. Mais elle a survécu, et surtout, va devoir faire en sorte que ça dure...

The Rain est donc un roman post-apocalyptique pur jus, narrant la fin du monde et les premiers jours qui ont suivi. On y retrouve l'ambiance propre au genre, avec quelques emprunts à la z-lit : la propagation éclair de la maladie, les cadavres partout. Sauf qu'ici, personne ne se relève et le moindre contact conduit à une mort inéluctable. On pourra d'ailleurs trouver amusant le contraste entre les nombreuses descriptions peu ragoûtantes et la gentille censure appliquée sur les gros mots tout au long des 384 pages du livre, d'autant que le lectorat visé ne se formaliserait pas de quelques jurons... mais c'est comme ça. A côté, pour un bouquin jeunesse, The Rain est par moments incroyablement dur, notamment en ce qui concerne le sort de certains animaux. Pour ce qui est des humains, l'émotion est curieusement moins palpable... mais étant donné que Ruby est la narratrice et plutôt sonnée par ce qu'elle a à affronter, ce n'est pas incohérent. Tout au plus un peu froid de notre point de vue. Et il ne faut pas non plus oublier que contrairement aux animaux, les humains, eux, ne sont pas dignes de confiance... et parfois prêts aux pires atrocités pour survivre. Ce que Ruby découvrira à ses dépens...

En parlant d'incohérence, certaines critiques qualifiaient ainsi la superficialité de Ruby, qui, entourée de cadavres, pense encore à se refaire une beauté... Et oui, la voir se pomponner et se préoccuper de son apparence alors que le monde entier s'en contrefout peut être agaçant à la longue. Mais aussi idiot et illogique que ça puisse paraître... nous, que ferions-nous à sa place ? N'emporterions-nous pas des objets qui sembleraient inutiles à d'autres simplement par attachement ? Ne garderions-nous pas des habitudes ? L'obsession de son apparence, c'est tout ce qu'il reste à cette jeune fille qui a tout perdu en un claquement de doigts. Se réfugier dans ce qu'elle aime, s'y raccrocher, est un moyen comme un autre pour elle de ne pas perdre pied. Elle n'est d'ailleurs pas la seule à réagir ainsi, aussi WTF que ça puisse paraître []. Bref, chacun gère l'apocalypse comme il peut, *surtout* une gamine de quinze ans absolument pas préparée à la survie. Elle ne ferait d'ailleurs pas long feu si elle devait se débrouiller tout du long par elle-même... Bête, Ruby ? Non, la majorité de l'humanité l'a d'ailleurs été bien davantage. Elle fait de son mieux, c'est tout. Elle fait des erreurs. Donc oui, on lève les yeux au ciel de temps en temps, mais en soi, Ruby est infiniment plus crédible en reliquat de pintade snobinarde que si elle était devenue Rambo du jour au lendemain.

C'est donc une lecture très agréable et un poil angoissante que ce The Rain, au rythme certes lent et posé, mais axé sur la survie de tous les instants et ne laissant donc malgré tout pas le moindre répit au lecteur. L'immersion aux côtés de Ruby est totale, le sentiment de danger omniprésent et imminent aussi. Il n'y a pas beaucoup d'action, mais avec un ennemi aussi redoutable que l'eau, nul besoin d'en faire des tonnes : la moindre fuite dans un refuge peut tourner à la catastrophe. Une sensation d'éternité accompagne le récit ; comme Ruby, on perd le compte des jours tant il y a autre chose à penser.

Jusqu'aux cinquante dernières pages, The Rain ne souffre donc que de défauts mineurs. On accroche ou pas à son héroïne, mais l'histoire en elle-même est rudement bien menée. Puis, tout à coup... patatras. La narration se fait plus rapide, les évènements sont vite expédiés et manquent cruellement de détails là où jusqu'à présent, ceux-ci faisaient la force de l'histoire. Le trajet de Ruby n'est plus que résumé, puis paf, voilà déjà la conclusion, assez ouverte. S'il n'existait pas un second tome, celle-ci se voudrait d'ailleurs carrément pessimiste. En l'état, on ne peut que vouloir découvrir la suite et fin du calvaire de Ruby. Il reste néanmoins dommage que ce soit sur un arrière-goût de bâclage que l'on referme The Rain, qui s'était pourtant montré foutrement bon pendant la majeure partie de ce premier volume !
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