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EAN : 9782915978117
82 pages
Editions Argol (01/02/2006)
3.76/5   29 notes
Résumé :
Introuvable, ce petit livre que certains s'autorisent à qualifier de « livre culte », B-17 G de Pierre Bergounioux, renaît dans une nouvelle édition, avec une postface de Pierre Michon.

« La narration pulvérisée. Un éblouissement, un de ces éblouissements auxquels vise l'art quand il cherche à nous aveugler pour nous rendre enfin la vue ». Bertrand Leclair, La Quinzaine littéraire, 2001

« Le livre qu'on persiste à estimer le plus remarq... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Ovni littéraire que ce B-17G au titre évocateur d'un autre objet volant, bien identifié celui-là, puisqu'il s'agit d'un bombardier américain de la seconde guerre mondiale, appelé à anéantir l'ennemi commun des alliés, le nazisme.
L'écriture sophistiquée et metallique de Bergounioux nous fait pénétrer à l'intérieur d'un de ses appareils, après moult circonvolutions qui nous le présentent tout d'abord d'un point de vue extérieur, celui d'une caméra couplée à la mitrailleuse d'un chasseur allemand, un Focke-Wulf 190, à vos souhaits. En donnant une dimension poétique, en passant par des réflexions sur la narration, en évoquant tour à tour Faulkner ou Hemingway ou Saint-Exupery, ça vole décidément haut dans ce court récit considéré culte par certains.
Très haut même.
Peut-être un peu trop pour moi.
J'y ai ressenti une forme d'admiration pour le travail d'écriture, mais aussi une forme de détachement émotionnel.
Ça doit être pour ça que j'ai vite enchaîné avec une relecture un peu plus terre à terre, facile à lire et drôle, Mon chien Stupide de John Fante.
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Ce que peut la littérature


"La réalité, lorsqu'elle pulvérise l'idée qu'on s'en faisait, qu'elle nous rappelle son existence, sa royauté, sa puissance, c'est invariablement avec perte et fracas. Pour l'accueillir et, s'il se peut, la projeter, par le moyen du langage articulé, sur du papier, il y a deux préalables, qui sont de l'éprouver en personne et d'être sans prévention ni but précis, sans passé ni projets pour l'avenir, d'avoir moins de vingt ans, donc."

Les pilote, copilote, mécanicien, navigateur, bombardier, opérateur radio et mitrailleurs qui composent l'équipage d'un B-17G, qualifié de "Forteresse volante" durant la Seconde guerre mondiale, sont souvent jeunes. Ils ont 19 ans, mettons. Ils partent, au sein d'une escadrille de quatre appareils qui forment le box, bombarder l'Allemagne nazie. À vingt mille pieds d'altitude, ils sont pris en chasse, probablement par un Focke-Wulf 190 qui vomit ses obus de 20 mm. C'est la règle semble-t-il. Cette trame trouve son origine dans une séquence filmée vue par l'auteur pour la première fois à la télévision familiale en 1965.

"Pour les Anciens, déjà, la guerre était mère de toutes choses." Et la guerre est une chasse. Dans sa brillante et malicieuse postface, Pierre Michon, qui connaît si bien l'auteur, ne manque pas de rappeler ce que ce texte doit à Moby Dick. Bergounioux convoque ou évoque aussi Faulkner, Kant, Mailer, Saint-Exupéry, Proust, Kafka, Cervantes, Joyce, Homère, Hemingway, Shakespeare, Rimbaud, fermez le ban ! C'est qu'ici, il est avant tout question de littérature, de ce que c'est que de porter une expérience vécue à l'écrit, de ce que cela présuppose, exige, implique, de là où cela mène, que l'on soit propriétaire régnant sur ses terres, pilote de guerre, asthmatique reclus dans sa chambre ou vagabond.

Bergounioux connaît son affaire. À partir de ce matériau somme toute assez prosaïque, il met en branle, lui, la grande et mystérieuse machine volante de l'écriture. Il fait se lever des mondes. Il explique, au sens étymologique du terme, il déplie, déploie les possibles  dont l'événement est gros. Son texte est une fenêtre en forme de kaléidoscope qui s'ouvre sur le réel.

Pour cela, en bon démiurge qu'il est, il forge ses armes, qu'on appelle aussi le style. le sien est limpide. Tout y semble d'une évidente facilité, comme toujours chez ceux qui maîtrisent leur outil. de la même manière qu'un menuisier reconnaît vite un ouvrage réalisé par un homme du métier, il est bien rare qu'il faille plus de quelques pages pour que les masques tombent. Chacune des 76 qui forment ce texte est là pour nous rappeler que oui, décidément, la littérature peut beaucoup.

(Je ne note pas les livres car ce ne sont pas de bons ou de mauvais élèves.)
Lien : https://lesheuresbreves.com/
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De jeunes Américains s'apprêtent à monter dans la fameuse « forteresse volante », l'avion B 17-G. Pierre Bergounioux prend le point de vue de ces jeunes gens insouciants, que la peur fait plaisanter et il en profite pour reconstituer le passé humain et technique qui les a conduits à ce point de départ.
Comme l'avion va être « pulvérisé », l'auteur fait de même avec sa narration, y mêlant de nombreuses références littéraires (peut-être un peu trop érudites parfois) de Shakespeare à Faulkner, son auteur de prédilection. Il mélange volontiers le passé et le présent narratif, les paysans américains aux prouesses techniques déployées dans ce tube qui renferme de jeunes vies et qui, on le sait dès le commencement, vont être fauchées.
Quand Pierre Bergounioux part sur une digression, il la développe à l'envi. S'il fait référence à la guerre d'Hemingway par exemple, on a une partie de sa biographie, dans quel avion il est monté et les impressions que l'auteur en avait à l'époque. En montant en quelque sorte dans l'avion avec ces jeunes qui vont bombarder l'Allemagne, Bergounioux s'interroge et nous interroge sur les hommes, leur passé, leur présent et leurs désirs.
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« L'évènement a pris fin quand à peine il semblait commencer ». Quatre-vingts pages suffocantes pour mettre cet évènement en scène et le décrire impitoyablement, chaque mot d'une justesse chirurgicale et infaillible.
Ces quatre-vingts pages appartiennent à mes plus grands moments de lecture.


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Difficile d'ecrire quoi que ce soit sur ce livre apres avoir lu la post face de Pierre Michon. Je voudrai plutôt vous inviter à le lire parce que c'est typiquement un tres grand livre et qu'il n'a pas grande chance de se retrouver sous les feux de l'actualité. le texte saisit le lecteur des la premiere phrase et le tient suspendu entre instant figé et éternité J'avais éprouvé la meme sensation a la lecture de la Chronique d'une mort annoncée de Garcia Marquez. Curieux car les auteurs et les ouvrages sont très différents
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
L’image, médiocre, d’un gros avion à hélices, est extraite d’un film de combat. Une caméra montée dans le nez d’un chasseur et couplée avec les armes de bord s’est mise à tourner lorsque le pilote a ouvert le feu. L’objet est en voie de désagrégation dès son apparition, par le fait même. La séquence, qui n’excède jamais quelques secondes, s’achève le plus souvent par sa volatilisation dans un nuage de fumée, de flammes et de débris. Il existe des kilomètres de pellicule représentant la destruction de tous les types d’appareils qui s’affrontèrent dans les cieux du monde entier, de septembre 1939 à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Ils se ressemblent tous. Une tache imprécise, sombre, surgit dans la grisaille du film en noir et blanc, s’illumine d’éclairs, perd des morceaux, fume et déjà se désintègre.
L’appareil, visé, sur la photo, est un Boeing B-17, qu’un journaliste qualifia de Forteresse volante lorsqu’il fut présenté au public, en 1934, à Seattle. Il s’agit ici du modèle G, le plus tardif, aisément reconnaissable à la tourelle de menton qui fut ajoutée en 1943 pour repousser les attaques frontales. Mais les douze mitrailleuses du quadrimoteur n’ont pas suffi à écarter le chasseur allemand qui s’est approché par l’arrière. Les images précédentes sont trop floues pour qu’on voie si l’équipage a esquissé une défense. L’assaillant tire depuis qu’il filme ou filme, si l’on préfère, depuis qu’il a encadré la Forteresse dans son collimateur et pressé la détente. Il s’est écoulé trois secondes, à peine, entre cet instant et celui où des détails se dessinent dans la silhouette du B-17 engagé. Et dans ce très bref laps de temps, la tragédie a été consommée. Les armes jumelées des deux tourelles inférieures pendent vers le bas, inertes, muettes, leurs servants hachés par les projectiles qui ont traversé l’appareil de la queue à la tête comme, sans doute, le reste du personnel, échelonné dans le fuseau de deux mètres de haut, au maître couple, longt de vingt-deux, de la carlingue. Les obus de 20 mm du chasseur – un Focke-Wulf 190, selon toute vraisemblance – ont parcouru à la vitesse de mille mètres à la seconde cet espace oblong, très étroit, explosant au contact des arceaux d’aluminium, des corps engoncés dans les combinaisons de vol en mouton retourné, des câbles, des tuyauteries, des bouteilles d’oxygène, des bandes de cartouches dont il est encombré. Dès cet instant, les hommes – à supposer que le mot convienne quand on a dix-neuf ans, qui était l’âge moyen des équipages – ont été déchiquetés, dépecés par les projectiles spéciaux, à charge accrue, allongés, que l’IG Rheinmetall a mis au point pour abattre plus sûrement les quadrimoteurs qui sillonnent le ciel du Reich.
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On s'arrache les yeux depuis qu'on a atteint le continent pour surprendre l'éclat imperceptible, lointain, qui trahira la chasse, diluée, encore, dans le ciel doré. Les mitrailleurs du sabord ne cessent de se pencher sur la culasse de leur arme pour scruter l'espace au-dessus du linteau. Le hurlement de tempête, à la fenêtre, se mêle au grondement des moteurs, taraude les tympans malgré les coques des écouteurs. Les tourelles pivotent lentement, régulièrement, comme des têtes d'insectes translucides, de termites guerriers interrogeant de leurs antennes l'azur où se prépare l'essaim de guêpes prédatrices.
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Tout homme, postulait je ne sais plus quel écrivain anglais, porte en lui la matière d’un livre, celui de sa vie. À côté des volumes réels serrés sur les rayons des bibliothèques s’étendent, à perte de vue, les rangs fantomatiques des récits qui jamais ne turent écrits, soit que l’auteur n’ait pas trouvé les mots, soit qu’il n’ait pas survécu à la chose.
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Ils sont dix à endosser leur équipement avec la peur au ventre et le souci de la contrôler, de refuser la moindre liberté au gosse qu'ils étaient à quelques heures d'ici et qui, s'il avait voix au chapitre, dirait non, se roulerait dans l'herbe en pleurant, s'enfuirait pesamment, sans espoir, à cause des grosses bottes qui pèsent aux pieds.
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Pour les Anciens, déjà, la guerre était mère de toutes choses. C’est pour exterminer qu’on innove, qu’on passe du silex au bronze puis au fer, de l’arc à l’arquebuse. Ça a pris des millénaires.
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Vidéo de Pierre Bergounioux
Cette semaine, Augustin Trapenard est allé à la rencontre de Pierre Bergounioux à l'occasion de la sortie en poche de son livre "Le Matin des origines" aux éditions Verdier. Ce merveilleux ouvrage célèbre l'ancrage profond dans ses racines, dans les terres du Quercy entre Lot et Corrèze, où l'auteur a grandi, dans la chaleur de la maison rose et au sein des paysages qui ont façonné son être. Ces souvenirs, imprégnés dans sa mémoire, représentent une part essentielle de son identité qui demeure là-bas. À travers ces pages, Pierre Bergounioux évoque avec justesse le lien puissant que la terre tisse avec nos souvenirs et nos émotions, révélant ainsi le pouvoir des lieux familiers pour donner du sens à notre passé et à nos moments les plus heureux. Il était donc évident qu'Augustin Trapenard se déplace au coeur de cette histoire, sur les contreforts du plateau des Millevaches, dans sa maison de Corrèze pour un retour aux origines de la vie et de l'écriture.
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