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EAN : 9782072704253
240 pages
Gallimard (09/02/2017)
4.19/5   18 notes
Résumé :

Le narrateur et son cousin Michel âgés de onze ans passent leurs vacances dans une maison de Corrèze où leur grand-père est en train de mourir tout doucement après une existence d'aventures extraordinaires sur des continents lointains.
Il n'en faut pas plus pour que l'esprit des deux garçons s'enflamme et réussisse à passer sans le moindre hiatus d'une réalité quotidienne heureuse aux jeux fantastiques de l'imagination. Comme pour marquer la fin de l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Avant toute chose, je vous invite à aller cliquer sur le nom de l'auteur, Pierre Bergounioux, et d'aller voir la photo qui a été choisie sur ce site pour orner sa biographie. de plonger dans son regard, de caresser du bout des cils ce visage ridé et tanné, ce visage fait d'un cuir à la fois tendre et épais, celui du terroir, celui de la Corrèze. En regardant cette photo, vous comprendrez instinctivement de quel bois sont faits les livres de cet auteur. Je retrouve en effet dans ses écrits cette même profondeur, cette même humanité, cette même beauté que celles qui émanent de ce touchant visage.

Découvert avec « Catherine », puis « Miette », cette nouvelle incursion dans le monde de Pierre Bergounioux m'a enchantée. Après la lecture des Jardins statuaires de Jacques Abeille, j'avais besoin de rester dans les méandres et l'envoutement, dans la beauté aussi, d'une écriture ciselée. Pierre Bergounioux s'est alors imposé à moi. Des lectures précédentes me restaient des bribes de terroir, des lambeaux de pudeur, des étincelles de délicatesse. La bête faramineuse a bien poursuivi son travail d'enchantement.

Mais qu'elle est donc cette plume, qu'a-t-elle de si particulier, de si singulier ?

L'écriture de Pierre Bergounioux c'est tout d'abord une écriture du terroir, celle qui auréole la vie ordinaire mais nimbé de permanence des petites gens, par exemple celle d'un homme qui a été quitté par une femme aimée (dans « Catherine »), d'une femme paysanne (avec « Miette »), de petits enfants au contact d'un grand-père fatigué ici dans « La bête faramineuse ».
Récit d'enfance se déroulant à la fin des années cinquante, le narrateur de onze ans passe ses vacances avec son cousin Michel tour à tour son complice, son confident, son meilleur ami, son adversaire parfois aussi, dans ce havre originel qu'est la maison de Corrèze où habite leur grand-père. Ce séjour a lieu chaque année, il se fait rituel, il se fait racine et est marqué par les retrouvailles avec le mystérieux et indéfinissable génie du lieu, cette fameuse « bête faramineuse », tressée d'ombres délicieusement inquiétantes, nimbée de clartés virevoltantes, tissée de chaleur méridienne, lisérée de contours flous et mouvants, figure imaginaire fantasmée concentrant tous les dangers du monde et ce par quoi de petits garçons deviennent des héros. Un bonheur annuel fait de découvertes interdites, d'imagination, de rêveries, de chasse aux papillons, de poursuite d'insectes, d'initiation à la pêche, bonheur parfois entrecoupé par des jours pluvieux durant lesquels le temps semble se dilater. Bonheur perturbé surtout par le souffle rauque et les grognements d'un grand-père fatigué, ancien grand voyageur dont le mystérieux bureau regorge de livres qui sentent le grenier et de masques envoutants.

En posant la question de l'enfance dans son rapport avec les lieux, avec les autres enfants, avec le monde des adultes et du grand âge, et avec le temps aussi tantôt accéléré, tantôt dilaté, l'écriture de Pierre Bergounioux parvient, par ailleurs, à dépeindre de magnifiques peintures, la poétisation au travers les yeux de l'enfance se faisant en effet très picturale, notamment lorsque l'auteur dépeint les sentiments amoureux du très jeune garçon pour une jeune fille dont l'apparition se fait lumineuse et parenthèse enchantée :
« Elle est entrée dans l'air blanc, avec sa robe bleue, son panier, son persistant, merveilleux et farouche visage. Elle allait s'éloigner. le merle tirait sa fioriture. J'ai entendu ma propre voix. Je supposais qu'en lui parlant, je retarderais sa disparition. Elle s'est immobilisée au bord du ruban caillouteux, surchauffé, tandis que les hautes herbes se redressaient sur son passage. Il devait être question de la vie étrange, mal sûre, qu'on surprend à l'écart des maisons, des rêves dont on parle en rêve ».

L'écriture de Pierre Bergounioux, c'est enfin une écriture éminemment sensorielle mais tout en retenue et en pudeur, permettant de faire remonter et de mettre en mots l'indicible, notamment l'angoisse existentielle de la mort qui rôde, mais aussi la quête des origines, la remontée du temps pour retrouver la source, celle de la fin de l'enfance. Tout en entremêlant ces questions graves et profondes, à l'énumération paisible des bonheurs simples de l'enfance en vacances à la campagne, ceux de gouters au fond du jardin, composés de beignets et d'abricots sous le massif du lilas, ceux des réveils alors que dehors il fait mauve tant il pleut, ceux des grasses matinées lorsque le ventre bombée de la commode a déjà pris une patine dorée dans la chambre bleue, les bonheurs touchants lorsque le chant d'un oiseau ou la forme des nuages ne sont pas fortuits et revêtent une signification qui nous est destinée…

« Je suis resté les yeux ouverts à me demander si c'était l'aube, le gâchis ruisselant de gris et de mauves que j'avais surpris, parfois, et dont on ne parvenait pas à croire que sorte à nouveau, intact et glorieux, le jour. Mais c'était le jour et depuis longtemps, sans doute. Hier était loin et des images pâlissaient qui devaient être des rêves. le friselis que j'entendais venait des gouttières, de la pluie, et non de la salle de bains. Paul n'était plus dans son lit. J'ai attendu encore un peu en surveillant le joint de plomb du volet ».

Indéniablement une odeur se terre dans les livres de Pierre Bergounioux…une odeur de poussière des siècles, l'émanation des choses qui ont participé à l'évidence de la vie, dont la vie s'est retirée et qui demeurent…Le parfum du néant que les choses désaffectées répandent et que nous avons tous en nous et que nous ne savons pas isoler et encore moins nommer. Un parfum de songes et de mélancolie. le parfum d'une bête faramineuse aux contours de plus en plus précis lorsque approche le grand âge.


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Deux enfants de onze ans, le narrateur et son cousin Michel, arrivent avec leurs mères et un petit frère, pour les vacances d'été dans la maison familiale de Corrèze. le grand-père, ancien grand voyageur, dont on comprend assez vite qu'il est atteint d'une maladie incurable, vit dans cette demeure.
De nouveau, Pierre Bergounioux nous offre un récit croisant expérience sensible en milieu naturel et réflexion métaphysique, le tout à hauteur d'enfant, à travers les yeux et la pensée d'un garçon qui sort de l'enfance, traversé par des doutes, des questionnements sur son rapport au monde, aux objets, et aux autres.
Flanqué de son acolyte Michel, avec qui il entretient des relations de connivence matinées d'agacement, le petit explorateur, sur les pas de son grand-père, s'enfonce dans la forêt environnante, en quête d'un animal monstrueux fantasmatique. L'imagination des deux enfants est nourrie par les récits et les livres de leur aïeul, par les masques africains Senoufo de la bibliothèque. Ils aspirent à livrer un combat homérique contre la bête qu'ils ont pensée apercevoir dans les fourrés.
En parallèle de cette pensée obsédante, d'autres étapes viennent compléter le parcours initiatique de notre narrateur, la vision enchanteresse d'une jolie voisine croisée à plusieurs reprises, une longue marche épuisante et effrayante dans des paysages désolés, reflets de temps immémoriaux, afin de pêcher des truites dont on doute de l'existence.
Ces épisodes dont le déroulé nous offrent de si belles pages avec le style poétique inimitable de l'auteur, ponctué de clairs obscurs, de transparences, d'absences, de ruptures, apparaissent comme autant de rites de passage jalonnant l'ouverture au monde et la construction de l'identité du jeune Bergounioux.
En toile de fond, la vie continue dans la maison. Les femmes s'occupent des travaux ménagers et du bébé. le grand-père, en fin de vie, donne ses derniers conseils aux apprentis aventuriers.
Avec la bête faramineuse, nous sommes dans la tête de l'enfant, emportés par ses rêveries, ses perceptions, ses confrontations au réel et aux chimères.

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Le narrateur est un garçon de 11 ans, parisien, qui passe ses vacances dans la propriété de la famille, « les Bordes », avec son cousin Michel, son petit frère, Paul, sa mère et sa tante Nine. Les deux hommes adultes de la famille sont le grand-père qui se meurt et le père du narrateur qui vient de temps à autre de Paris dans sa Peugeot 202. On imagine qu'il s'agit en partie de la propre enfance de l'auteur dans les années soixante quoiqu'il ait télescopé le nom de la propriété , « les Bordes », des parents de sa femme actuelle et le prénom de son fils cadet, « Paul » si l'on en juge par les références dans ses « Carnets de notes ». Nous sommes à la fin des années cinquante ou au début des années soixante.
C'est une initiation à la vie aussi bien rêvée (celle de l'enfance et des explorateurs extraordinaires) , que réelle : poursuite d'insectes, le lucane cerf-volant s'apparente ici à un monstre, tir interdit avec le fusil retrouvé dans le grenier mais aussi initiation à la chasse ou à la pêche. En ce sens, l'épisode du père qui attrape des truites au « fouet » et à la mouche est un morceau de bravoure et m'a immédiatement renvoyé en amnésie, avec mon propre père au bord de la Moselle en des moments inoubliables et lyriques.
C'est sans compter sur la mort qui rôde (celle du grand-père) et qui reste dans le non-dit mais c'est pour le narrateur, une véritable angoisse métaphysique -et cette émotion est bien rendue par le style tout en retenue de l'auteur adulte – que l'idée de sa fin, que rien ne dure, que tous y passent.
Reste cette apparition lumineuse de la jeune fille -je ne sais pourquoi j'ai songé au Grand Meaulnes –« fée de son adolescence » dit l'auteur dans ses Carnets de notes encore , et la maladresse timide et touchante du jeune garçon.
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Dans La bête faramineuse, Bergounioux traite de la question de l'enfance dans son rapport avec le monde (les lieux), l'Autre et le temps. Il s'agit de rattraper un temps révolu par le biais de l'écriture. En ce sens, c'est une véritable quête des origines que mène l'auteur. Les deux enfants, le narrateur et son cousin Michel, aiment écouter les récits de voyages de leur grand-père en Afrique australe, s'introduire dans son bureau où sont accrochés les masques rapportés de l'autre continent, mais aussi ouvrir l'Atlas, les livres peuplés de « bêtes » fabuleuses. Autant dire que le bureau du grand-père stimule fortement l'imagination des deux enfants au point que leurs excursions dans les bois sont intimement liées à la présence devinée d'une bête fabuleuse.
La démarche de l'auteur dans La bête faramineuse est de remonter le temps jusqu'à l'origine du « déchirement » qui engendre la fin de l'âge d'or, celui de l'enfance ; de reconstituer ce temps où la conscience d' « être » n'est pas encore aussi effective, intelligible qu'à l'adolescence ou l'âge adulte ; une réalité passant par la conscience d' « être » de l'enfant.
La poétisation créée un effet de merveilleux dans les descriptions de la nature ; descriptions originales en ce que la nature semble être donnée à voir à travers le regard d'un enfant.

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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
C’est au pied de l’escalier, au bout du corridor, que j’ai entendu la voix de maman. Je dis de maman parce que nous la reconnaîtrions toujours, quelque altérée qu’elle soit, de si loin qu’elle nous parvienne, malgré le fracas de l’ouragan, de la bataille ou de la fin du monde et parce que je la voyais, maman, par la porte entrebâillée, agenouillée aux pieds de grand-père qui, lui, dans le fauteuil, nous faisait face, nous voyait, aurait dû nous voir rassemblant notre courage devant la première marche. Mais nous étions encore diaphanes, transparents au regard vide que j’avais croisé. Le chuchotement liquide, la voix de petite fille – de maman – nous parvenait toujours par la porte entrouverte du bureau. C’est la troisième marche qui nous a trahis. Le filet clair s’est brisé.
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Nous avions vu croître à quelques pas de nous et si haut qu’à la fin elle nous cachait le ciel la créature à la gueule déchirante. J’avais dû vaincre le froid intense, l’épouvante dont je gardais le goût aigrelet dans la bouche, me dresser contre l’arbre de fonte, porter la main gauche en avant, l’index tendu, en guise de canon, lever la droite sous le menton, l’index replié sur l’invisible détente. Puis j’avais crié de toutes mes forces pour rendre la balle aussi pointue et rapide que je pouvais, afin qu’elle atteigne sous l’épaisse toison fauve le cœur sauvage.
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J'ai progressé malgré la houle. Quand une lame de fond s'enflait pour me renverser, je m'appuyais au mur que je ne voyais pas. Je me suis cogné à l'huisserie de la porte de la salle de bains, pas très fort parce que je n'allais pas très vite. Mais en même temps que l'air nocturne, le parquet, j'avais subi (le dedans) de profondes métamorphoses. J'étais fait soudain d'une chair translucide, d'une sorte de gelée où le moindre contact avec le dehors éveillait des trains d'ondes cruelles et lentes. J'ai attendu que les vagues s'espacent un peu. L'eau rendrait à ma chair une consistance suffisamment ferme pour que je puisse me frotter au monde, m'y mouvoir, le changer au moyen de lourds outils de fer. J'ai touché le froid de la faïence, de l'acier nickelé.
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Nous nous sommes enfermés dans la chambre bleue. J’ai ouvert le bocal. Les sphinx ont jailli vers la lumière mais nous les avons repris l’un après l’autre, sans difficulté, dans les plis du rideau. Michel les a transpercés tous les deux et piqués au fond du carton. Ils vrombissaient toujours, immobiles, flamboyants, autour de l’épingle. Nous pouvions effleurer du doigt leur petit toupet d’oiseau, la substance ductile et plumeuse du temps. Mais un remords se mêlait à notre joie secrète et nous évitions de trop nous regarder.
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Nous savions bien qu’elle ne dirait pas non, qu’elle ne pourrait pas nous empêcher de replonger dans l’eau bleutée du soir, à la porte ouverte, où elle avait laissé la grande valise noire et le carton à chapeau pour saluer grand-père, l’ombre indécise dans la pénombre du vestibule.
(Incipit)
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Videos de Pierre Bergounioux (18) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Pierre Bergounioux
Cette semaine, Augustin Trapenard est allé à la rencontre de Pierre Bergounioux à l'occasion de la sortie en poche de son livre "Le Matin des origines" aux éditions Verdier. Ce merveilleux ouvrage célèbre l'ancrage profond dans ses racines, dans les terres du Quercy entre Lot et Corrèze, où l'auteur a grandi, dans la chaleur de la maison rose et au sein des paysages qui ont façonné son être. Ces souvenirs, imprégnés dans sa mémoire, représentent une part essentielle de son identité qui demeure là-bas. À travers ces pages, Pierre Bergounioux évoque avec justesse le lien puissant que la terre tisse avec nos souvenirs et nos émotions, révélant ainsi le pouvoir des lieux familiers pour donner du sens à notre passé et à nos moments les plus heureux. Il était donc évident qu'Augustin Trapenard se déplace au coeur de cette histoire, sur les contreforts du plateau des Millevaches, dans sa maison de Corrèze pour un retour aux origines de la vie et de l'écriture.
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