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Frédéric Worms (Éditeur scientifique)Arnaud François (Éditeur scientifique)
EAN : 9782130562726
693 pages
Presses Universitaires de France (05/10/2007)
4.17/5   42 notes
Résumé :
Si la vie est une évolution, alors elle doit expliquer jusqu'à la connaissance, l'intelligence, la science et la technique de l'homme, l'homo faber ; si il y a en elle de la création, alors ce n'est pas un postulat extérieur, mais dans son histoire et dans notre vie même qu'on doit l'expérimenter. dans L'évolution créatrice, Bergson pousse ainsi la théorie de l'évolution et l'expérience de la " durée " jusqu'au bout, sans admettre ni une création transcendante ni un... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Erveine
  12 janvier 2014
L'évolution créatrice.
À mi-chemin de notre entendement de l'univers Bergsonien se condense en nous l'idée que lorsque nous sommes en réactivité, nous entendons par là lorsque nous réalisons une action, nous sommes dans la réalisation pratique de ladite construction et à cet effet notre esprit est alors concentré, mais uniquement sur l'effort. Il n'est plus irradié par le flux de l'intelligence. Il l'a cependant été avant, lorsque nous avons mentalement projeté d'entreprendre une action sur la matière et que s'est jouée dans notre tête la situation scénique de cette entreprise. Ce qui laisse à penser que notre intelligence ne peut nous éclairer que sur le dessein d'une action future à partir de faits déjà connus de nous et qu'en cours de réalisation ce n'est pas elle qui nous guide, mais bien plutôt notre instinct.
Notre instinct qui se complète d'innéité. Notre intuitivité qui s'accompagne de tous les savoirs innés que nous portons en nous et qui sont du même ordre que les patrimoines héréditaires transmis ou transmissibles, mais non systématiquement partagés.
Il en va finalement de statuer sur la limite entre laquelle l'intelligence est assimilée ou pas. Réceptive dans l'élaboration du projet et perceptive dans l'établissement de sa programmation seulement. Quand on sait que l'espace-temps de la perception est éthéré, que chaque minute qui passe appartient au passé et que la visibilité d'un temps futur n'intègre pas l'actionnement de l'intelligence qui n'opère qu'à partir du déjà-là ou déjà expérimenté. Il en découle une certaine remise en question de notre projection sur l'avenir et de notre faculté de basculement vers l'étape intermédiaire que conduit l'évolution créatrice...
Tandis que l'oeil vif de Bergson nous accompagne en chemin...
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Santarini
  03 décembre 2021
La critique suivante est un extrait de mon livre "Croire ou savoir ?".
Les concepts flous
Dans son ouvrage « L'évolution créatrice », Bergson a recours à un mystérieux et vague « élan vital » pour rendre compte de l'évolution de la vie sur la Terre. Cette approche est, à mon sens, tout à fait similaire au recours à la « volonté de Dieu » pour rendre compte, par exemple, du mouvement des planètes. Il s'agit d'une pseudo-hypothèse qui n'apporte rien, n'explique rien, mais surtout est porteuses d'effets pervers dangereux : elle risque d'inhiber la démarche humble, patiente et méthodique d'observation, de réflexion et d'expérimentation, seule démarche susceptible de conduire pas à pas à une description et à une compréhension de plus en plus fines de la réalité. C'est malheureusement ce qui s'est produit pendant des siècles, avec toutes les conséquences néfastes qu'on connaît, par exemple sur la progression de la médecine. L'« élan vital » de Bergson peut paraître bien innocent, mais je pense vraiment qu'il contient ce germe de perversion, comme bien d'autres approches de ce type, passées ou actuelles. En cela, il est bien révélateur d'un écueil insidieux à éviter.
Chaque fois qu'on a essayé d'expliquer un phénomène de l'Univers physique (que ce soit la foudre, l'électricité, la vie, etc.) par des principes vagues, par des intentions, des dieux ou encore un Dieu, on a, au mieux, piétiné et parfois régressé. Non seulement ces tentatives ne sont pas des explications, mais c'est justement quand on s'en affranchit qu'on commence à progresser dans la compréhension. Ces tentations du passé ne sont pas encore mortes : on trouve encore de nombreux croyants qui essayent d'enfermer Dieu dans le Big Bang (comme une sorte de dernier refuge !). Pourtant, comme toujours, c'est quand on refuse ce genre de facilité qu'on commence à voir s'ouvrir des horizons nouveaux, toujours plus vastes et plus extraordinaires. Dans le cas du Big Bang, l'ouverture laisse entrevoir rien moins que des Univers multiples !
L'humilité de la recherche
Bien sûr, ceux qui ont eu le courage d'entrer dans cette voie de recherche et d'y persévérer ont bien compris qu'on n'a jamais fini de comprendre. Mais l'humilité et l'ascèse qu'elle exige sont payantes : les merveilles découvertes compensent largement les efforts effectués pour y parvenir.
Heureusement que les chimistes ne se sont pas laissé décourager par les préjugés de Bergson qui le conduisent à proposer que la chimie n'est pas applicable à la matière vivante. Ils n'auraient pas découvert tout l'univers de la chimie organique avec, au passage, une foule d'applications médicales pour soulager une multitude de douleurs physiques (et même psychique si l'on pense à toute la pharmacopée de la psychiatrie). Heureusement, de même, que les biochimistes ne se sont pas laissé impressionner par ces autres préjugés qui conduisent le même Bergson à penser que la chimie n'est pas pertinente pour rendre compte du fonctionnement des êtres vivants et de leur évolution. Ils n'auraient peut-être pas découvert l'ADN ni la multitude de ses applications et le généticien Craig Venter n'aurait peut-être pas osé entreprendre les travaux qui lui ont permis de réaliser cette formidable prouesse technologique que constitue le premier être vivant contrôlé par un génome entièrement synthétisé en laboratoire, le premier être vivant sans parents !
Le souci de la vérification
Dans « L'évolution créatrice », je ne rencontre que des suggestions (de formulation souvent imprécise) que des scientifiques appelleraient « hypothèses de travail ». C'est bien normal, quand on essaye de comprendre, de formuler des hypothèses de travail et c'est ce que font en permanence tous les scientifiques (jour et nuit, pourrais-je même ajouter par expérience personnelle…). Seulement voilà : une hypothèse de travail n'a pas d'autre but que de conduire à une prédiction réfutable. On réalise alors l'observation ou l'expérimentation destinée à confirmer ou à infirmer la prédiction et ce n'est qu'en cas de confirmation que l'hypothèse de travail est retenue. Dans le cas contraire (de très loin le plus fréquent), elle va rejoindre le cimetière bien rempli des « bonnes idées » fausses. C'est ainsi que fonctionne la science et c'est ce mécanisme qui est responsable de sa redoutable efficacité. Par contre, dans son « Évolution créatrice », Bergson n'élimine aucune de ses hypothèses de travail (puisqu'il ne les trie pas par l'expérience), de sorte qu'il se retrouve au milieu d'un fatras de préjugés.
Il apparaît, à la lecture, que Bergson est bien au courant des découvertes de son époque, particulièrement en biologie. Malheureusement, il procède un peu à la manière des créationnistes actuels : il passe sous silence toutes les prédictions bien réalisées des théories retenues par la science de son époque et il met l'accent sur quelques difficultés qu'elles n'expliquent pas encore pour justifier l'existence d'un « élan vital » qui pourtant n'explique rien de plus. Pour un lecteur du XXIème siècle, c'est assez amusant : je suis loin d'être un expert en biologie, mais pourtant j'ai plusieurs fois souri à la lecture, dans « L'évolution créatrice », d'un de ces mystères de l'époque de Bergson aujourd'hui bien résolu (et grâce à des explications autrement plus précises et convaincantes qu'un recours à un mystérieux « élan vital »).
L'émerveillement fondé sur le réel
À mon avis, le recours à des concepts flous (comme celui de l'« élan vital » ou même celui de Dieu) ne présente pas seulement un risque d'entrave méthodologique à la démarche scientifique progressive de compréhension. Il est également susceptible, et c'est encore plus grave, d'obscurcir l'enthousiasme quasi-mystique que procure l'approche intime du réel. Je suis personnellement beaucoup plus émerveillé par la contemplation de l'Univers et de la vie qu'il porte que par toutes les théories plus ou moins fumeuses inventées par les hommes, surtout quand ces théories ne sont pas confrontées à l'expérience. Je ne suis pas dupe : la nature est dure, cruelle. Mais, nom de Dieu (!!), qu'elle est belle ! Je n'ai jamais été déçu dans ma quête constante de la vérité. Oh, il ne s'agit certes que de la vérité avec un v minuscule (Ponce Pilate demandait, paraît-il, « Qu'est-ce que la Vérité ? » et là, il devait y avoir un V majuscule…). Qui plus est, on ne peut jamais l'atteindre cette vérité (et c'est même prouvé mathématiquement par la raison elle-même qui a réussi à découvrir ses limites !). Pourtant, c'est sur ce chemin rugueux et difficile que s'est toujours révélé progressivement à mon intelligence et à mon coeur une sorte de présence sereine, lumineuse. L'effort permanent de recherche m'en a rapproché de plus en plus et il continue de m'en rapprocher. C'est là, et là seulement, tout au fond de ma conscience, que je me permets d'envisager l'existence de Dieu. Mais ce n'est qu'une hypothèse de travail !
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heros_pitch
  21 avril 2021
Dans cet ouvrage, Bergson veut établir une véritable philosophie de la vie et la lier à une théorie de la connaissance.
Ayant déjà défini la notion de "durée" (opposée au temps, c'est une perception par notre conscience de moments qui se prolongent les uns dans les autres de manière irréversible et imprévisible) dans ses précédents essais, il l'applique à l'univers tout entier.
Il défend l'idée d'un "élan vital" qui serait une force à l'origine des formes de plus en plus complexes qui caractérisent le développement de la vie. Ce serait donc un processus de création que seule notre intuition est capable de révéler car notre intelligence ne peut par nature qu'isoler les phénomènes les uns des autres et ne saisit pas le discontinu, les changements inscrits dans la "durée" authentique.
Il définit l'intuition comme un prolongement de l'instinct, qui serait libéré des contraintes imposées par la nécessité de conservation.
Bergson sépare donc le monde en deux types différents d'ordre:
- la matière est soumise à une organisation géométrique, elle-même propre à l'intelligence, qui serait le fruit d'une volonté.
- l'élan vital, automatique et naturel, qui correspond aux déterminations de l'instinct.
Pour Bergson, le désordre n'existe pas, c'est seulement la déception d'un esprit cherchant un ordre et se trouvant confronté à un autre.
Pour lui, l'histoire de l'évolution est une confrontation constante entre l'élan vital et la matière.
Si l'intuition est donc la seule faculté à pouvoir saisir le principe de la vie, c'est dans le but de faire progresser la conscience de l'homme.
Enfin, Bergson affirme que la notion de "néant" n'a pas de réalité, c'est une fausse idée issue de la seule intelligence.
Selon lui, le temps étant considéré comme une grandeur indépendante, qui peut se mesurer, il est opposé à la durée qui est une perception différente de ce qui fait l'être, à savoir son unité et son dynamisme.
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Enroute
  18 mai 2019
Bergson n'aime pas les conceptions mécanistes de l'évolution de Darwin et de Spencer. Ce que les biologistes ne voient pas, c'est que leur conception de la différenciation n'a de sens que ramenée à un mouvement unitaire et continu qu'ils prétendent éluder au profit d'une savante mécanique aveugle qui agirait par causalité. C'est l'intelligence qui est responsable de cette illusion, celle que l'on puisse saisir de l'instable et du mouvement à partir du stable et de l'inerte, ce que font les biologistes en étudiant des êtres vivants singuliers et en prétendant deviner ce qu'il se passe - ou s'est passé - entre eux.
C'est que l'intelligence est spatialité et qu'elle se sent particulièrement à son aise dans le travail de découpage et de décomposition de la seule réalité qui soit, le mouvement. A partir de ses pièces découpées, l'intelligence s'amuse alors à inventer des systèmes, aussi froids, inertes et morts que les morceaux de réalité qu'elle étudie. Au contraire, pour comprendre la réalité, qui est vivante, il faut exercer l'intuition.
C'est pour cela que pour Bergson, la théorie de l'évolution, si elle existe, ne peut être mécaniste (causalité) ni finaliste (elle travaille en vue d'une fin ultime), elle doit être conscience, qui est la seule manière de comprendre comment les êtres vivants poursuivent leur existence, c'est-à-dire en suivant le mouvement de la vie collé à la réalité. L'évolution est donc une création perpétuelle de solutions par des êtres vivants conscients. S'il n'y avait pas création, la réalité serait donnée tout d'un coup comme sur une pellicule cinématographique. Puisque ce n'est pas le cas, c'est bien que l'avenir reste indéterminé et soumis à l'action de la conscience.
Ainsi, le mouvement général, cet élan de vie qui soulève la matière pesante qui suit un mouvement descendant, ne peut qu'être un mouvement d'élévation, un cheminement vers la liberté dont la conscience humaine, la plus développée, est à la fois l'aboutissement et l'instrument.
On lit ça et là que l'écriture de Bergson est fluide et limpide, mais ce n'est pas mon opinion. Au contraire, il est difficile à "accrocher", et l'on est sans cesse dévié par des images, des métaphores, des sujets annexes qui ne viennent qu'avec une réflexion supplémentaire se rattacher au fil du discours. Il est vrai que l'écriture est souvent belle et, en un sens, monumentale, mais l'ensemble du propos reste, je trouve, décousu, ou manque d'uniformité. L'impression vient cependant à la lecture de Bergson que Sartre et Merleau-Ponty y ont puisé une part importante de leur inspiration (le néant, la conscience agissante, le corps propre, la spatialité, etc.). Très beau texte en tous les cas, mais à relire, sans doute, du fait de son hétérogénéité.
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Chri
  24 mai 2016
L'évolution créatrice est un chemin de pensée à rebours de l'évolution des espèces, pour tenter de dépasser l'intelligence en se refondant dans le tout, et de là, chercher à interroger l'instinct alors que l'intelligence est déjà en train de se condenser.
Une fois dans le grand bain, il serait dommage de retrouver toute de suite la terre ferme. du moins quand il faudra y revenir on se sera débarrassé de certaines illusions nourries par l'intelligence elle-même.
C'est le moment de voir clairement les limites des thèses néo-darwinienne et néo-lamarckiste sur l'évolution des espèces et de tenter de voir en creux les manifestations de la vie, d'y voir un souffle de conscience, un élan vital, un mouvement créatif opposé à une intelligence qui ne fait que produire du même avec du même - une intelligence qui immobilise tout ce qu'elle touche en même temps qu'elle sert à la mobilité de l'animal en quête de nourriture.
Ce courant de conscience pousserait pratiquement l'homme en dehors du buisson des espèces. Il y a une différence de nature avec l'animal dit Bergson. L'homme serait un aboutissement bien qu'il n'y ait point de plan conçu d'avance.
Critique d'un finalisme radical et du mécanisme radical, l'évolution créatrice est une belle leçon de philo où les métaphores interviennent comme des intermèdes poétiques qui permettent au lecteur de reprendre son souffle et l'entraînent à voir les choses en creux - à moins que la leçon de philo ne soit qu'un intermède dans un élan poétique.
L'intelligence immobilise, découpe et conçoit un moi amorphe et des vides à combler. Spinoza m'a amené à Bergson et maintenant il me semble que quelques intuitions extrême-orientales, le non-agir, la vacuité, pourraient dégager l'horizon. Mais ici en occident les progrès de la science, un mécanisme radical poussent les philosophes dans leur retranchement.
Bergson déploie un effort considérable pour se mettre à la page des dernières découvertes, repasser sur les principaux chemins de la philosophie depuis l'antiquité, remonter la pente de l'intelligence et donner une nouvelle portée à la métaphysique.
Lien : http://classiques.uqac.ca/cl..
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Citations et extraits (48) Voir plus Ajouter une citation
enzo92320enzo92320   08 mai 2022
En général, quand un même objet apparaît d’un côté comme simple et de l’autre comme indéfiniment composé, les deux aspects sont loin d’avoir la même importance, ou plutôt le même degré de réalité. La simplicité appartient alors à l’objet même, et l’infini de complication à des vues que nous prenons sur l’objet en tournant autour de lui, aux symboles juxtaposés par lesquels nos sens ou notre intelligence nous le représentent, plus généralement a des éléments d’ordre différent avec lesquels nous essayons de l’imiter artificiellement, mais avec lesquels aussi il reste incommensurable, étant d’une autre nature qu’eux. Un artiste de génie a peint une figure sur la toile. Nous pourrons imiter son tableau avec des carreaux de mosaïque multicolores. Et nous reproduirons d’autant mieux les courbes et les nuances du modèle que nos carreaux seront plus petits, plus nombreux, plus variés de ton. Mais il faudrait une infinité d’éléments infiniment petits, présentant une infinité de nuances, pour obtenir l’exact équivalent de cette figure que l’artiste à conçue comme une chose simple, qu’il a voulu transporter en bloc sur la toile, et qui est d’autant plus achevée qu’elle apparaît mieux comme la projection d’une intuition indivisible. Maintenant, supposons nos yeux ainsi faits qu’ils ne puissent s’empêcher de voir dans l’œuvre du maître un effet de mosaïque. Ou supposons notre intelligence ainsi faite qu’elle ne puisse s’expliquer l’apparition de la figure sur la toile autrement que par un travail de mosaïque. Nous pourrions alors parler simplement d’un assemblage de petits carreaux, et nous serions dans l’hypothèse mécanistique. Nous pourrions ajouter qu’il a fallu, en outre de la matérialité de l’assemblage, un plan sur lequel le mosaïste travaillât : nous nous exprimerions cette fois en finalistes. Mais ni dans un cas ni dans l’autre nous n’atteindrions le processus réel, car il n’y a pas eu de carreaux assemblés. C’est le tableau, je veux dire l’acte simple projeté sur la toile, qui, par le seul fait d’entrer dans notre perception, s’est décomposé lui-même à nos yeux en mille et mille petits carreaux qui présentent, en tant que recomposés, un admirable arrangement. Ainsi l’œil, avec sa merveilleuse complexité de structure, pourrait n’être que l’acte simple de la vision, en tant qu’il se divise pour nous en une mosaïque de cellules, dont l’ordre nous semble merveilleux une fois que nous nous sommes représenté le tout comme un assemblage.
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enzo92320enzo92320   08 mai 2022
Qu’on réfléchisse encore à ce qui se passe dans le jeûne prolongé. C’est un fait remarquable que, chez des animaux morts de faim, on trouve le cerveau à peu près intact, alors que les autres organes ont perdu une partie plus ou moins grande de leur poids et que leurs cellules ont subi des altérations profondes. Il semble que le reste du corps ait soutenu le système nerveux jusqu’à la dernière extrémité, se traitant lui-même comme un simple moyeu dont celui-ci serait la fin.
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ErveineErveine   23 janvier 2014
Ainsi, aux yeux d'une philosophie qui fait effort pour réabsorber l'intelligence dans l'intuition, bien des difficultés s'évanouissent ou s'atténuent.
Mais une telle doctrine ne facilite pas seulement la spéculation. Elle nous donne aussi plus de force pour agir et pour vivre. Car avec elle, nous ne nous sentons plus isolés dans l'humanité, l'humanité ne nous semble pas non plus isolée dans la nature qu'elle domine.
Comme le plus petit grain de poussière est solidaire de notre système solaire tout entier, entraîné avec lui dans ce mouvement indivisé de descente qui est la matérialité même, ainsi tous les êtres organisés, du plus humble au plus élevé, depuis les premières origines de la vie jusqu'au temps où nous sommes, et dans tous les lieux comme dans tous les temps, ne font que rendre sensible aux yeux une implusion unique, inverse du mouvement de la matière et, en elle-même, indivisible.
Tous les vivants se tiennent, et tous cèdent à la même formidable poussée.
L'animal prend son point d'appui sur la plante, l'homme chevauche sur l'animalité, et l'humanité entière, dans l'espace et dans le temps, est une immense armée qui galope à côté de chacun de nous, en avant et en arrière de nous, dans une charge entraînante capable de culbuter toutes les résitances et de franchir bien des obstacles, même peut-être la mort.
Extrait : page 271
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ChriChri   28 avril 2016
Tout se passe comme si un large courant de conscience avait pénétré dans la matière, chargé, comme toute conscience, d’une multiplicité énorme de virtualités qui s’entrepénétraient. Il a entraîné la matière à l’organisation, mais son mouvement en a été à la fois infiniment ralenti et infiniment divisé. D’une part, en effet, la conscience a dû s’assoupir, comme la chrysalide dans l’enveloppe où elle se prépare des ailes, et d’autre part les tendances multiples qu’elle renfermait se sont réparties entre des séries divergentes d’organismes, qui d’ailleurs extériorisaient ces tendances en mouvements plutôt qu’ils ne les intériorisaient en représentations.
(…) La vie, c’est-à-dire la conscience lancée à travers la matière, fixait son attention ou sur son propre mouvement, ou sur la matière qu’elle traversait. Elle s’orientait ainsi soit dans le sens de l’intuition, soit dans celui de l’intelligence.
(…) non seulement la conscience apparaît comme le principe moteur de l’évolution, mais encore, parmi les êtres conscients eux-mêmes, l’homme vient occuper une place privilégiée.
(Chapitre II – Les directions divergentes de l’évolution de la vie – torpeur, intelligence, instinct)
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ChriChri   09 avril 2016
Qu’il s’agisse de traiter la vie du corps ou celle de l’esprit, l’intelligence procède avec la rigueur, la raideur et la brutalité d’un instrument qui n’était pas destiné à un pareil usage. L’histoire de hygiène et de la pédagogie en dirait long à cet égard. Quand on songe à l’intérêt capital, pressant et constant, que nous avons à conserver nos corps et à élever nos âmes, aux facilités spéciales qui sont données ici à chacun pour expérimenter sans cesse sur lui-même et sur autrui, au dommage palpable par lequel se manifeste et se paie la défectuosité médicale ou pédagogique, on demeure confondu de la grossièreté et surtout de la persistance des erreurs. Aisément on en découvrirait l’origine dans notre obstination à traiter le vivant comme l’inerte et à penser toute réalité, si fluide soit-elle, sous forme de solide définitivement arrêté. Nous ne sommes à notre aise que dans le discontinu, dans l’immobile, dans le mort. L’intelligence est caractérisée par une incompréhension naturelle de la vie.
C’est sur la forme même de la vie, au contraire, qu’est moulé l’instinct. Tandis que l’intelligence traite toutes choses mécaniquement, l’instinct procède, si l’on peut parler ainsi, organiquement. Si la conscience qui sommeille en lui se réveillait, s’il intériorisait en connaissance au lieu de s’extérioriser en action, si nous savions l’interroger et qu’il pouvait répondre, il nous livrerait les secrets les plus intimes de la vie.

(Chapitre II – Les directions divergentes de l’évolution de la vie – torpeur, intelligence, instinct)
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