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Pierre Citron (Éditeur scientifique)
EAN : 9782082125390
630 pages
Flammarion (29/02/2000)
4.31/5   18 notes
Résumé :

Les Mémoires de Berlioz tracent le portrait exemplaire d'une sensibilité à l'époque romantique. Né en 1803, Berlioz est le contemporain de Hugo, de Delacroix et l'aîné de quelques années de Mendelssohn, Chopin, Liszt, Schumann et Wagner ; il demeure cependant une figure isolée dans le paysage musical français et la singularité flamboyante de son ouvre suscite en France ironie et scepticisme. Trop souv... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
madameduberry
  23 janvier 2014
J'avais 20 ans et quelques, je découvrais l'art lyrique, un ami me fit écouter le morceau du concours de Rome où Berlioz échoua cette fois encore: La Mort de Cléopâtre.Interprète: Janet Baker.
Saisissement, étonnement, rire même à la dixième écoute.Il y a des facéties musicales réjouissantes qui secouent un peu les paroles pompeuses et lourdes (ah! le" vil reptile"! )
Orchestre démentiel, expressionisme, romantisme, voix détimbrée de Miss Baker pour traduire les affres et le remord de la "Veuve d'Antoine et veuve de César, au pouvoir d'Octave livrée"Cela ne ressemblait à rien de ce que je connaissais.
Plus tard Les Troyens m'ont livré quelques merveilles et enfin L'Enfance du Christ m'a charmée de sa délicatesse (L'Adieu des bergers à la Sainte Famille ferait pleurer un taxidermiste)
Mais qui est Berlioz? Un provincial qui s'émancipe de la lourde tutelle du papa médecin,et qui dissèque quelques semaines les cadavres avant de suivre sa vocation musicale et de jouer du flageolet.
Etudiant pauvre, il court le cachet et se fâche avec tout ce qui compte dans le monde musical. il va à l'opéra, au poulailler, déroule sa partition sur ses genoux et se lève courroucé pour dénoncer les timbales qui ne partent pas, les trompettes qui ne trompettent pas, et, sacrilège des sacrilèges, une interprétation tronquée: "qui donc se permet de corriger Glück??" éructe-t-il durant un silence de l'orchestre, à la grande confusion du chef, et à la grande joie des étudiants fauchés qui s'engouffrent dans un chahut monstre.Les têtes chapeautées ou aigrettées des dames se tournent vers lui.
C'est un braillard au nez en bec d'aigle, aux cheveux incandescents et ébouriffés, l'oeil méchant et l'écume aux lèvres. Un vrai punk, en somme. Il a écrit ces épisodes caractériels, son bras de fer avec les vieux profs du Conservatoire de Paris où il fait peur à tout le monde, avec une vanité ingénue qui passe très bien.Il raconte aussi son propre parcours vers la musique, ce qu'il croit, et à quoi il croit. Il a toujours une cause à défendre, mais sait aussi se dénommer ver de terre amoureux d'une étoile: Miss Harriett Smithson
L'anglaise actrice de théâtre, à qui il fera une cour effrénée, et qui se révélera bipolaire, ou neurasthénique, et qu'il n'abandonnera pas, pourtant.
Et il rédige ses mémoires, pour consigner tout ce bruit et cette fureur.
Méchant, souvent spirituel, ce brûlot au style journalistique fait toujours mouche. Il ne fait pas bon se trouver sous ses flêches.
Il a du souffle, pour parler de ses passions, Berlioz.
Mais le plus beau est à la fin du livre, quand il nous fait vivre de façon très "cinématographique" ses retrouvailles avec une femme plus âgée, dont il tomba amoureux au sortir de l'enfance,qu'il aima longtemps, qu'il aima toujours, et qui se refusa à ses avances, même quand elle eût pu, libre, les accepter car elle comprit à la fin de quel amour vrai et sincère elle était et resta l'objet. Cette scène là, à la fois retrouvailles pour l'éternité et séparation définitive, est une des plus émouvante que j'aie lue, ou fantasmée à la lecture.
Rire, critique féroce, style percutant et images à l'emporte pièce, c'est bien, bien meilleur que Pacadis et Beigbeder réunis.
Sa capacité à s'enflammer pour une femme, puis à se consumer ensuite, sa tendresse jointe à son caractère atrabilaire, cela fait de ses Mémoires un sacré bon livre!
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vincentf
  18 février 2012
Plonger dans la vie exaltée d'un grand musicien donne à sa musique un supplément de coeur. Berlioz incarne à merveille l'artiste romantique, en est presque la carricature. Il s'enflame pour l'art et l'amour, les fusionne en une épouse shakespearienne, et pourfend, donquichotesquement, les moeurs musicales dissolues de ses contemporains, qui (horreur ultime, impensable aujourd'hui et dans l'esprit en avance de Berlioz) réarrangent les symphonies de Beeethoven et sont incapables de monter correctement la moindre petite oeuvre à mille exécutants du brave Hector, qui erre à travers l'Europe dans l'espoir de trouver un ophycléide jouant juste. Tantôt fleur bleue, quand, vieux, il réécrit au rêve amoureux de ses douze ans, tantôt féroce, quand il décrit comment le jury (des architectes et des scultpeurs...) déscernait le prix de Rome, quand il zozotte la méchanteté de Cherubini et de tous les directeurs d'opéras et de conservatoires, ou quand il énonce les compétences des musiciens qui ne l'aiment pas, Berlioz parvient à captiver un lecteur prêt à le suivre dans ses pérégrinations à travers l'Allemagne et la Russie et dans sa romanesque fuite de Rome pour tuer l'amant de son amie, fuite avortée, car Berlioz, toujours, revient à la musique, son émotion la plus vraie et son énervement le plus outrancier.
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lotiie
  25 janvier 2009
Un livre qui allie connaissances biographiques et musicologiques sur Berlioz. Il se lit assez bien, les détails sur ses voyages et sur ses compositions sont précises et claires...! Un très beau livre sur un compositeur romantique, écrit par lui même.
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Citations et extraits (315) Voir plus Ajouter une citation
PartempsPartemps   10 juin 2021
Je donne mon second concert. — La symphonie fantastique. — Liszt vient me voir. — Commencement de notre liaison. — Les critiques parisiens. — Mot de Cherubini. — Je pars pour l’Italie.

Malgré les pressantes sollicitations que j’adressai au ministre de l’intérieur pour qu’il me dispensât du voyage d’Italie, auquel ma qualité de lauréat de l’Institut m’obligeait, je dus me préparer à partir pour Rome.

Je ne voulus pourtant pas quitter Paris sans reproduire en public ma cantate de Sardanapale, dont le finale avait été abîmé à la distribution des prix de l’Institut. J’organisai, en conséquence, un concert au Conservatoire, où cette œuvre académique figura à côté de la symphonie fantastique qu’on n’avait pas encore entendue. Habeneck se chargea de diriger ce concert dont tous les exécutants, avec une bonne grâce dont je ne saurais trop les remercier, me prêtèrent une troisième fois leur concours gratuitement.

Ce fut la veille de ce jour que Liszt vint me voir. Nous ne nous connaissions pas encore. Je lui parlai du Faust de Gœthe, qu’il m’avoua n’avoir pas lu, et pour lequel il se passionna autant que moi bientôt après. Nous éprouvions une vive sympathie l’un pour l’autre, et depuis lors notre liaison n’a fait que se resserrer et se consolider.

Il assista à ce concert où il se fit remarquer de tout l’auditoire par ses applaudissements et ses enthousiastes démonstrations.

L’exécution ne fut pas irréprochable sans doute, ce n’était pas avec deux répétitions seulement qu’on pouvait en obtenir une parfaite pour des œuvres aussi compliquées. L’ensemble toutefois fut suffisant pour en laisser apercevoir les traits principaux. Trois morceaux de la symphonie, le Bal, la Marche au supplice et le Sabbat, firent une grande sensation. La Marche au supplice surtout bouleversa la salle. La Scène aux champs ne produisit aucun effet. Elle ressemblait peu, il est vrai, à ce qu’elle est aujourd’hui. Je pris aussitôt la résolution de la récrire, et F. Hiller, qui était alors à Paris, me donna à cet égard d’excellents conseils dont j’ai tâché de profiter.

La cantate fut bien rendue ; l’incendie s’alluma, l’écroulement eut lieu ; le succès fut très-grand. Quelques jours après, les aristarques de la presse se prononcèrent, les uns pour, les autres contre moi, avec passion. Mais les reproches que me faisait la critique hostile, au lieu de porter sur les défauts évidents des deux ouvrages entendus dans ce concert, défauts très-graves et que j’ai corrigés dans la symphonie, avec tout le soin dont je suis capable en retravaillant ma partition pendant plusieurs années, ces reproches, dis-je, tombaient presque tous à faux. Ils s’adressaient tantôt à des idées absurdes qu’on me supposait et que je n’eus jamais, tantôt à la rudesse de certaines modulations qui n’existaient pas, à l’inobservance systématique de certaines règles fondamentales de l’art que j’avais religieusement observées et à l’absence de certaines formes musicales qui étaient seules employées dans les passages où on en niait la présence. Au reste, je dois l’avouer, mes partisans m’ont aussi bien souvent attribué des intentions que je n’ai jamais eues, et parfaitement ridicules. Ce que la critique française a dépensé, depuis cette époque, à exalter ou à déchirer mes œuvres, de non sens, de folies, de systèmes extravagants, de sottise et d’aveuglement, passe toute croyance. Deux ou trois hommes seulement ont tout d’abord parlé de moi avec une sage et intelligente réserve. Mais les critiques clairvoyants, doués de savoir, de sensibilité, d’imagination et d’impartialité, capables de me juger sainement, de bien apprécier la portée de mes tentatives et la direction de mon esprit, ne sont pas aujourd’hui faciles à trouver. En tous cas ils n’existaient pas dans les premières années de ma carrière ; les exécutions rares et fort imparfaites de mes essais leur eussent d’ailleurs laissé beaucoup à deviner.

Tout ce qu’il y avait alors à Paris de jeunes gens doués d’un peu de culture musicale et de ce sixième sens qu’on nomme le sens artiste, musiciens ou non, me comprenait mieux et plus vite que ces froids prosateurs pleins de vanité et d’une ignorance prétentieuse. Les professeurs de musique dont les œuvres-bornes étaient rudement heurtées et écornées par quelques-unes des formes de mon style, commencèrent à me prendre en horreur. Mon impiété à l’égard de certaines croyances scolastiques surtout les exaspérait. Et Dieu sait s’il y a quelque chose de plus violent et de plus acharné qu’un pareil fanatisme. On juge de la colère que devaient causer à Cherubini ces questions hétérodoxes, soulevées à mon sujet, et tout ce bruit dont j’étais la cause. Ses affidés lui avaient rendu compte de la dernière répétition de l’abominable symphonie ; le lendemain, il passait devant la porte de la salle des concerts au moment où le public y entrait, quand quelqu’un l’arrêtant, lui dit : «Eh bien, monsieur Cherubini, vous ne venez pas entendre la nouvelle composition de Berlioz ? — Zé n’ai pas besoin d’aller savoir comment il né faut pas faire !» répondit-il, avec l’air d’un chat auquel on veut faire avaler de la moutarde. Ce fut bien pis, après le succès du concert : il semblait qu’il eût avalé la moutarde ; il ne parlait plus, il éternuait. Au bout de quelques jours, il me fit appeler : «Vous allez partir pour l’Italie, me dit-il ? — Oui, monsieur. — On va vous effacer des rézistres du Conservatoire, vos études sont terminées. Mais il mé semble qué, qué, qué, vous deviez venir mé faire une visite. On-on-on-on né sort pas d’ici comme d’une écurie !...» — Je fus sur le point de répondre : «Pourquoi non ? puisqu’on nous y traite comme des chevaux !» mais j’eus le bon sens de me contenir et d’assurer même à notre aimable directeur que je n’avais point eu la pensée de quitter Paris sans venir prendre congé de lui et le remercier de ses bontés.

Il fallut donc, bon gré mal gré, me diriger vers l’académie de Rome, où je devais avoir le loisir d’oublier les gracieusetés du bon Cherubini, les coups de lance à fer émoulu du chevalier français Boïeldieu, les grotesques dissertations des feuilletonistes, les chaleureuses démonstrations de mes amis, les invectives de mes ennemis, et le monde musical et même la musique.

Cette institution eut sans doute, dans le principe, un but d’utilité pour l’art et les artistes. Il ne m’appartient pas de juger jusqu’à quel point les intentions du fondateur ont été remplies à l’égard des peintres, sculpteurs, graveurs et architectes ; quant aux musiciens, le voyage d’Italie, favorable au développement de leur imagination par le trésor de poésie que la nature, l’art et les souvenirs étalent à l’envi sous leurs pas, est au moins inutile sous le rapport des études spéciales qu’ils y peuvent faire. Mais le fait ressortira plus évident du tableau fidèle de la vie que mènent à Rome les artistes français. Avant de s’y rendre, les cinq ou six nouveaux lauréats se réunissent pour combiner ensemble les arrangements du grand voyage qui se fait d’ordinaire en commun. Un voiturin se charge, moyennant une somme assez modique, de faire parvenir en Italie sa cargaison de grands hommes, en les entassant dans une lourde carriole, ni plus, ni moins que des bourgeois du marais. Comme il ne change jamais de chevaux, il lui faut beaucoup de temps pour traverser la France, passer les Alpes, et parvenir dans les États-Romains ; mais ce voyage à petites journées doit être fécond en incidents pour une demi-douzaine de jeunes voyageurs, dont l’esprit, à cette époque, est loin d’être tourné à la mélancolie. Si j’en parle sous la forme dubitative, c’est que je ne l’ai pas fait ainsi moi-même ; diverses circonstances me retinrent à Paris, après la cérémonie auguste de mon couronnement, jusqu’au milieu de janvier ; et après être allé passer quelques semaines à la Côte-Saint-André, où mes parents, tout fiers de la palme académique que je venais d’obtenir, me firent le meilleur accueil, je m’acheminai vers l’Italie, seul et assez triste.
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PartempsPartemps   30 novembre 2020
Mes soirées à l’Opéra. — Mon prosélytisme. — Scandales. — Scène d’enthousiasme. Sensibilité d’un mathématicien.

La plupart des représentations de l’Opéra étaient des solennités auxquelles je me préparais par la lecture et la méditation des ouvrages qu’on y devait exécuter. Le fanatisme d’admiration que nous professions, quelques habitués du parterre et moi, pour nos auteurs favoris, n’était comparable qu’à notre haine profonde pour les autres. Le Jupiter de notre Olympe était Gluck, et le culte que nous lui rendions ne se peut comparer à rien de ce que le dilettantisme le plus effréné pourrait imaginer aujourd’hui. Mais si quelques-uns de mes amis étaient de fidèles sectateurs de cette religion musicale, je puis dire sans vanité que j’en étais le pontife. Quand je voyais faiblir leur ferveur, je la ranimais par des prédications dignes des Saint-Simoniens ; je les amenais à l’Opéra bon gré, mal gré, souvent en leur donnant des billets achetés de mon argent, au bureau, et que je prétendais avoir reçus d’un employé de l’administration. Dès que, grâce à cette ruse, j’avais entraîné mes hommes à la représentation du chef-d’œuvre de Gluck, je les plaçais sur une banquette du parterre, en leur recommandant bien de n’en pas changer, vu que toutes les places n’étaient pas également bonnes pour l’audition, et qu’il n’y en avait pas une dont je n’eusse étudié les défauts ou les avantages. Ici on était trop près des cors, là on ne les entendait pas ; à droite le son des trombones dominait trop ; à gauche, répercuté par les loges du rez-de-chaussée, il produisait un effet désagréable ; en bas, on était trop près de l’orchestre, il écrasait les voix ; en haut, l’éloignement de la scène empêchait de distinguer les paroles, ou l’expression de la physionomie des acteurs ; l’instrumentation de cet ouvrage devait être entendue de tel endroit, les chœurs de celui-ci de tel autre ; à tel acte, la décoration représentant un bois sacré, la scène était très-vaste et le son se perdait dans le théâtre de toutes parts, il fallait donc se rapprocher ; un autre, au contraire, se passait dans l’intérieur d’un palais, le décor était ce que les machinistes appellent un salon fermé, la puissance des voix étant doublée par cette circonstance si indifférente en apparence, on devait remonter un peu dans le parterre, afin que les sons de l’orchestre et ceux des voix, entendus de moins près, paraissent plus intimement unis et fondus dans un ensemble plus harmonieux.

Une fois ces instructions données, je demandais à mes néophytes s’ils connaissaient bien la pièce qu’ils allaient entendre. S’ils n’en avaient pas lu les paroles, je tirais un livret de ma poche, et, profitant du temps qui nous restait avant le lever de la toile, je le leur faisais lire, en ajoutant aux principaux passages toutes les observations que je croyais propres à leur faciliter l’intelligence de la pensée du compositeur ; car nous venions toujours de fort bonne heure pour avoir le choix des places, ne pas nous exposer à manquer les premières notes de l’ouverture, et goûter ce charme singulier de l’attente avant une grande jouissance qu’on est assuré d’obtenir. En outre, nous trouvions beaucoup de plaisir à voir l’orchestre, vide d’abord et ne représentant qu’un piano sans cordes, se garnir peu à peu de musique et de musiciens. Le garçon d’orchestre y entra le premier pour placer les parties sur les pupitres. Ce moment-là n’était pas pour nous sans mélange de craintes ; depuis notre arrivée, quelque accident pouvait être survenu ; on avait peut-être changé le spectacle et substitué à l’œuvre monumentale de Gluck quelque Rossignol, quelques Prétendus, une Caravane du Caire, un Panurge, un Devin du village, une Lasthénie, toutes productions plus ou moins pâles et maigres, plus ou moins plates et fausses, pour lesquelles nous professions un égal et souverain mépris. Le nom de la pièce inscrit en grosses lettres sur les parties de contre-basse qui, par leur position, se trouvent les plus rapprochées du parterre, nous tirait d’inquiétude ou justifiait nos appréhensions. Dans ce dernier cas, nous nous précipitions hors de la salle, en jurant comme des soldats en maraude qui ne trouveraient que de l’eau dans ce qu’ils ont pris pour des barriques d’eau-de-vie, et en confondant dans nos malédictions l’auteur de la pièce substituée, le directeur qui l’infligeait au public, et le gouvernement qui la laissait représenter. Pauvre Rousseau, qui attachait autant d’importance à sa partition du Devin du village, qu’aux chefs-d’œuvre d’éloquence qui ont immortalisé son nom, lui qui croyait fermement avoir écrasé Rameau tout entier, voire le trio des Parques[13], avec les petites chansons, les petits flons-flons, les petits rondeaux, les petits solos, les petites bergeries, les petites drôleries de toute espèce dont se compose son petit intermède ; lui qu’on a tant tourmenté, lui que la secte des Holbachiens a tant envié pour son œuvre musicale, lui qu’on a accusé de n’en être pas l’auteur ; lui qui a été chanté par toute la France, depuis Jéliotte et mademoiselle Fel[14] jusqu’au roi Louis XV, qui ne pouvait se lasser de répéter : «J’ai perdu mon serviteur,» avec la voix la plus fausse de son royaume, lui enfin dont l’œuvre favorite obtint à son apparition tous les genres de succès ; pauvre Rousseau ! qu’eût-il dit de nos blasphèmes, s’il eût pu les entendre ? Et pouvait-il prévoir que son cher opéra, qui excita tant d’applaudissements, tomberait un jour pour ne plus se relever, sous le coup d’une énorme perruque poudrée à blanc, jetée aux pieds de Colette par un insolent railleur ? J’assistais, par extraordinaire, à cette dernière[15] représentation du Devin ; beaucoup de gens, en conséquence, m’ont attribué la mise en scène de la perruque ; mais je proteste de mon innocence. Je crois même avoir été autant indigné que diverti par cette grotesque irrévérence, de sorte que je ne puis savoir au juste si j’en eusse été capable. Mais s’imaginerait-on que Gluck, oui, Gluck lui-même, à propos de ce triste Devin, il y a quelque cinquante ans, a poussé l’ironie plus loin encore, et qu’il a osé écrire et imprimer dans une épître la plus sérieuse du monde, adressée à la reine Marie-Antoinette, que la France, peu favorisée sous le rapport musical, comptait pourtant quelques ouvrages remarquables, parmi lesquels il fallait citer le Devin du village de M. Rousseau ? Qui jamais se fût avisé de penser que Gluck pût être aussi plaisant ? Ce trait seul d’un Allemand suffit pour enlever aux Italiens la palme de la perfidie facétieuse.
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PartempsPartemps   05 novembre 2020
C’est que je connaissais déjà cette cruelle passion, si bien décrite par l’auteur de l’Énéide, passion rare, quoi qu’on en dise, si mal définie et si puissante sur certaines âmes. Elle m’avait été révélée avant la musique, à l’âge de douze ans. Voici comment :

Mon grand-père maternel, dont le nom est celui du fabuleux guerrier de Walter Scott, (Marmion) vivait à Meylan, campagne située à deux lieues de Grenoble, du côté de la frontière de Savoie. Ce village, et les hameaux qui l’entourent, la vallée de l’Isère qui se déroule à leurs pieds et les montagnes du Dauphiné qui viennent là se joindre aux Basses-Alpes, forment un des plus romantiques séjours que j’aie jamais admirés. Ma mère, mes sœurs et moi, nous allions ordinairement chaque année y passer trois semaines vers la fin de l’été. Mon oncle (Félix Marmion), qui suivait alors la trace lumineuse du grand Empereur, venait quelquefois nous y joindre, tout chaud encore de l’haleine du canon, orné tantôt d’un simple coup de lance, tantôt d’un coup de mitraille dans le pied ou d’un magnifique coup de sabre au travers de la figure. Il n’était encore qu’adjudant-major de lanciers ; jeune, épris de la gloire, prêt à donner sa vie pour un de ses regards, croyant le trône de Napoléon inébranlable comme le mont Blanc ; et joyeux et galant, grand amateur de violon et chantant fort bien l’opéra-comique.

Dans la partie haute de Meylan, tout contre l’escarpement de la montagne, est une maisonnette blanche, entourée de vignes et de jardins, d’où la vue plonge sur la vallée de l’Isère ; derrière sont quelques collines rocailleuses, une vieille tour en ruines, des bois, et l’imposante masse d’un rocher immense, le Saint-Eynard ; une retraite enfin évidemment prédestinée à être le théâtre d’un roman. C’était la villa de madame Gautier, qui l’habitait pendant la belle saison avec ses deux nièces, dont la plus jeune s’appelait Estelle. Ce nom seul eût suffi pour attirer mon attention ; il m’était cher déjà à cause de la pastorale de Florian (Estelle et Némorin) dérobée par moi dans la bibliothèque de mon père, et lue en cachette, cent et cent fois. Mais celle qui le portait avait dix-huit ans, une taille élégante et élevée, de grands yeux armés en guerre, bien que toujours souriants, une chevelure digne d’orner le casque d’Achille, des pieds, je ne dirai pas d’Andalouse, mais de Parisienne pur sang, et des... brodequins roses !... Je n’en avais jamais vu... Vous riez ! !... Eh bien, j’ai oublié la couleur de ses cheveux (que je crois noirs pourtant) et je ne puis penser à elle sans voir scintiller, en même temps que les grands yeux, les petits brodequins roses.

En l’apercevant, je sentis une secousse électrique ; je l’aimai, c’est tout dire. Le vertige me prit et ne me quitta plus. Je n’espérais rien... je ne savais rien... mais j’éprouvais au cœur une douleur profonde. Je passais des nuits entières à me désoler. Je me cachais le jour dans les champs de maïs, dans les réduits secrets du verger de mon grand-père, comme un oiseau blessé, muet et souffrant. La jalousie, cette pâle compagne des plus pures amours, me torturait au moindre mot adressé par un homme à mon idole. J’entends encore en frémissant le bruit des éperons de mon oncle quand il dansait avec elle ! Tout le monde, à la maison et dans le voisinage, s’amusait de ce pauvre enfant de douze ans brisé par un amour au-dessus de ses forces. Elle-même qui, la première, avait tout deviné, s’en est fort divertie, j’en suis sûr. Un soir il y avait une réunion nombreuse chez sa tante ; il fut question de jouer aux barres ; il fallait, pour former les deux camps ennemis, se diviser en deux groupes égaux ; les cavaliers choisissaient leurs dames ; on fit exprès de me laisser avant tous désigner la mienne. Mais je n’osai, le cœur me battait trop fort ; je baissai les yeux en silence. Chacun de me railler ; quand mademoiselle Estelle, saisissant ma main : «Eh bien, non, c’est moi qui choisirai ! Je prends M. Hector !» Ô douleur ! elle riait aussi, la cruelle, en me regardant du haut de sa beauté...

Non, le temps n’y peut rien... d’autres amours n’effacent point la trace du premier... J’avais treize ans, quand je cessai de la voir... J’en avais trente quand, revenant d’Italie par les Alpes, mes yeux se voilèrent en apercevant de loin le Saint-Eynard, et la petite maison blanche, et la vieille tour... Je l’aimais encore... J’appris en arrivant qu’elle était devenue... mariée et... tout ce qui s’ensuit. Cela ne me guérit point. Ma mère, qui me taquinait quelquefois au sujet de ma première passion, eut peut-être tort de me jouer le tour qu’on va lire. «Tiens, me dit-elle, peu de jours après mon retour de Rome, voilà une lettre qu’on m’a chargée de faire tenir à une dame qui doit passer ici tout à l’heure dans la diligence de Vienne. Va au bureau du courrier, pendant qu’on changera de chevaux, tu demanderas madame F*** et tu lui remettras la lettre. Regarde bien cette dame, je parie que tu la reconnaîtras, bien que tu ne l’aies pas vue depuis dix-sept ans.» Je vais, sans me douter de ce que cela voulait dire, à la station de la diligence. À son arrivée, je m’approche la lettre à la main, demandant madame F***. «C’est moi, monsieur !» me dit une voix. C’est elle ! me dit un coup sourd qui retentit dans ma poitrine. Estelle !... encore belle !... Estelle !... la nymphe, l’hamadryade du Saint-Eynard, des vertes collines de Meylan ! C’est son port de tête, sa splendide chevelure, et son sourire éblouissant !... mais les petits brodequins roses, hélas ! où étaient-ils ?... On prit la lettre. Me reconnut-on ? je ne sais. La voiture repartit ; je rentrai tout vibrant de la commotion. «Allons, me dit ma mère en m’examinant, je vois que Némorin n’a point oublié son Estelle.» Son Estelle ! méchante mère !... IV
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PartempsPartemps   30 novembre 2020
XIV

Concours à l’Institut. — On déclare ma cantate inexécutable. — Mon adoration pour Gluck et Spontini. — Arrivée de Rossini. — Les dilettanti. — Ma fureur. — M. Ingres.

L’époque du concours de l’Institut étant revenue, je m’y présentai de nouveau. Cette fois je fus admis. On nous donna à mettre en musique une scène lyrique à grand orchestre, dont le sujet était Orphée déchiré par les Bacchantes. Je crois que mon dernier morceau n’était pas sans valeur ; mais le médiocre pianiste (on verra bientôt quelle est l’incroyable organisation de ces concours) chargé d’accompagner ma partition, ou plutôt d’en représenter l’orchestre sur le piano, n’ayant pu se tirer de la Bacchanale, la section de musique de l’Institut, composée de Cherubini, Paër, Lesueur, Berton, Boïeldieu et Catel, me mit hors de concours, en déclarant mon ouvrage inexécutable.

Après l’égoïsme plat et lâche des maîtres qui ont peur des commençants et les repoussent, il me restait à connaître l’absurdité tyrannique des institutions qui les étranglent. Kreutzer m’empêcha d’obtenir peut-être un succès dont les avantages pour moi eussent alors été considérables ; les académiciens, en m’appliquant la lettre d’un règlement ridicule, m’enlevèrent la chance d’une distinction, sinon brillante, au moins encourageante, et m’exposèrent aux plus funestes conséquences du désespoir et d’une indignation concentrée.

Un congé de quinze jours m’avait été accordé par le Théâtre des Nouveautés pour le travail de ce concours ; dès qu’il fut expiré, je dus reprendre ma chaîne. Mais presque aussitôt je tombai gravement malade ; une esquinancie faillit m’emporter. Antoine courait les grisettes ; il me laissait seul des journées entières et une partie de la nuit ; je n’avais ni domestique, ni garde pour me servir. Je crois que je serais mort un soir sans secours, si, dans un paroxysme de douleur, je n’eusse, d’un hardi coup de canif, percé au fond de ma gorge l’abcès qui m’étouffait. Cette opération peu scientifique fut le signal de ma convalescence. J’étais presque rétabli quand mon père, vaincu par tant de constance et inquiet sans doute sur mes moyens d’existence qu’il ne connaissait pas, me rendit ma pension. Grâce à ce retour inespéré de la tendresse paternelle, je pus renoncer à ma place de choriste. Ce ne fut pas un médiocre bonheur, car, indépendamment de la fatigue physique dont ce service quotidien m’accablait, la stupidité de la musique que j’avais à subir dans ces petits opéras semblables à des vaudevilles, et dans ces grands vaudevilles singeant des opéras, eût fini par me donner le choléra ou me frapper d’idiotisme. Les musiciens dignes de ce nom, et qui savent quels sont en France nos théâtres semi-lyriques, peuvent seuls comprendre ce que j’ai souffert.

Je pus reprendre ainsi avec un redoublement d’ardeur mes soirées de l’Opéra, dont les exigences du triste métier que je faisais au Théâtre des Nouveautés m’avaient imposé le sacrifice. J’étais alors adonné tout entier à l’étude et au culte de la grande musique dramatique. N’ayant jamais entendu, en fait de concerts sérieux, que ceux de l’Opéra, dont la froideur et la mesquine exécution n’étaient pas propres à me passionner bien vivement, mes idées ne s’étaient point tournées du côté de la musique instrumentale. Les symphonies de Haydn et de Mozart, compositions du genre intime en général, exécutées par un trop faible orchestre, sur une scène trop vaste et mal disposée pour la sonorité, n’y produisaient pas plus d’effet que si on les eût jouées dans la plaine de Grenelle ; cela paraissait confus, petit et glacial. Beethoven, dont j’avais lu deux symphonies et entendu un andante seulement, m’apparaissait bien au loin comme un soleil, mais comme un soleil obscurci par d’épais nuages. Weber n’avait pas encore produit ses chefs-d’œuvre ; son nom même nous était inconnu. Quant à Rossini et au fanatisme qu’il excitait depuis peu dans le monde fashionable de Paris, c’était pour moi le sujet d’une colère d’autant plus violente, que cette nouvelle école se présentait naturellement comme l’antithèse de celles de Gluck et de Spontini. Ne concevant rien de plus magnifiquement beau et vrai que les œuvres de ces grands maîtres, le cynisme mélodique, le mépris de l’expression et des convenances dramatiques, la reproduction continuelle d’une formule de cadence, l’éternel et puéril crescendo, et la brutale grosse caisse de Rossini, m’exaspéraient au point de m’empêcher de reconnaître jusque dans son chef-d’œuvre (le Barbier), si finement instrumenté d’ailleurs[11], les étincelantes qualités de son génie. Je me suis alors demandé plus d’une fois comment je pourrais m’y prendre pour miner le Théâtre-Italien et le faire sauter un soir de représentation, avec toute sa population rossinienne. Et quand je rencontrais un de ces dilettanti objets de mon aversion : «Gredin ! grommelais-je, en lui jetant un regard de Shylock, je voudrais pouvoir t’empaler avec un fer rouge !» Je dois avouer franchement qu’au fond j’ai encore aujourd’hui, au meurtre près, ces mauvais sentiments et cette étrange manière de voir. Je n’empalerais certainement personne avec un fer rouge, je ne ferais pas sauter le Théâtre-Italien, même si la mine était prête et qu’il n’y eût qu’à y mettre le feu, mais j’applaudis de cœur et d’âme notre grand peintre Ingres, quand je l’entends dire en parlant de certaines œuvres de Rossini : «C’est la musique d’un malhonnête homme[12] !»
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PartempsPartemps   21 juillet 2021
46— Non, monsieur, je fais ce qui est écrit !

— Mais je vous dis que non, vous vous trompez d’un ton !

— Cependant je suis sûr de faire l’ut !

— En quel ton est la trompette dont vous vous servez ?

— En mi b !

— Eh ! parlez donc, c’est là qu’est l’erreur, vous devez prendre la trompette en fa.

— Ah ! je n’avais pas bien lu l’indication ; c’est vrai, excusez-moi.

— Allons ! quel diable de vacarme faites-vous là-bas, vous, le timbalier !

— Monsieur j’ai un fortissimo.

— Point du tout, c’est un mezzo forte, il n’y a pas deux F, mais un M et un F. D’ailleurs vous vous servez des baguettes de bois et il faut employer là les baguettes à tête d’éponge ; c’est une différence du noir au blanc.

— Nous ne connaissons pas cela, dit le maître de chapelle ; qu’appelez-vous des baguettes à tête d’éponge ? nous n’avons jamais vu qu’une seule espèce de baguettes.

— Je m’en doutais ; j’en ai apporté de Paris. Prenez-en une paire que j’ai déposée là sur cette table. Maintenant, y sommes-nous ?... Mon Dieu ! c’est vingt fois trop fort ! Et les sourdines que vous n’avez pas prises !...

— Nous n’en avons pas, le garçon d’orchestre a oublié d’en mettre sur les pupitres ; on s’en procurera demain, etc., etc.»

Après trois ou quatre heures de ces tiraillements antiharmoniques, on n’a pas pu rendre un seul morceau intelligible. Tout est brisé, désarticulé, faux, froid, plat, bruyant discordant, hideux ! Et il faut laisser sur une pareille impression soixante ou quatre-vingts musiciens qui s’en vont, fatigués et mécontents, dire partout qu’ils ne savent pas ce que cela veut dire, que cette musique est un enfer, un chaos, qu’ils n’ont jamais rien essuyé de pareil. Le lendemain le progrès se manifeste à peine ; ce n’est guère que le troisième jour qu’il se dessine formellement. Alors, seulement, le pauvre compositeur commence à respirer ; les harmonies bien posées deviennent claires, les rhythmes bondissent, les mélodies pleurent et sourient ; la masse unie, compacte, s’élance hardiment ; après tant de tâtonnements, tant de bégayements, l’orchestre grandit, il marche, il parle, il devient homme ! L’intelligence ramène le courage aux musiciens étonnés ; l’auteur demande une quatrième épreuve ; ses interprètes, qui, à tout prendre, sont les meilleures gens du monde, l’accordent avec empressement. Cette fois, fiat lux ! «Attention aux nuances ! Vous n’avez plus peur ? — Non ! donnez-nous le vrai mouvement ? — Via !» Et la lumière se fait, l’art apparaît, la pensée brille, l’œuvre est comprise ! Et l’orchestre se lève, applaudissant et saluant le compositeur ; le maître de chapelle vient le féliciter ; les curieux qui se tenaient cachés dans les coins obscurs de la salle, s’approchent, montent sur le théâtre et échangent avec les musiciens des exclamations de plaisir et d’étonnement, en regardant d’un œil surpris le maître étranger qu’ils avaient d’abord pris pour un fou ou un barbare. C’est maintenant qu’il aurait besoin de repos. Qu’il s’en garde bien, le malheureux ! C’est l’heure pour lui de redoubler de soins et d’attention. Il doit revenir avant le concert, pour surveiller la disposition des pupitres, inspecter les parties d’orchestre, et s’assurer qu’elles ne sont point mélangées. Il doit parcourir les rangs, un crayon rouge à la main, et marquer sur la musique des instruments à vent les désignations de tons usitées en Allemagne, au lieu de celles dont on se sert en France ; mettre partout : in C, in D, in Des, in Fis, au lieu de en ut, en ré, en ré bémol, en fa dièse. Il a à transposer pour le hautbois un solo de cor anglais, parce que cet instrument ne se trouve pas dans l’orchestre qu’il va diriger, et que l’exécutant hésite souvent à transposer lui-même. Il faut qu’il aille faire répéter isolément les chœurs et les chanteurs, s’ils ont manqué d’assurance. Mais le public arrive, l’heure sonne ; exténué, abîmé de fatigues de corps et d’esprit, le compositeur se présente au pupitre-chef, se soutenant à peine, incertain, éteint, dégoûté, jusqu’au moment où les applaudissements de l’auditoire, la verve des exécutants, l’amour qu’il a pour son œuvre le transforment tout à coup en machine électrique, d’où s’élancent invisibles, mais réelles, de foudroyantes irradiations. Et la compensation commence. Ah ! c’est alors, j’en conviens, que l’auteur-directeur vit d’une vie aux virtuoses inconnue ! Avec quelle joie furieuse il s’abandonne au bonheur de jouer de l’orchestre ! Comme il presse, comme il embrasse, comme il étreint cet immense et fougueux instrument ! L’attention multiple lui revient ; il a l’œil partout ; il indique d’un regard les entrées vocales et instrumentales, en haut, en bas, à droite, à gauche ; il jette avec son bras droit de terribles accords qui semblent éclater au loin comme d’harmonieux projectiles : puis il arrête, dans les points d’orgue, tout ce mouvement qu’il a communiqué ; il enchaîne toutes les attentions ; il suspend tous les bras, tous les souffles, écoute un instant le silence... et redonne plus ardente carrière au tourbillon qu’il a dompté.
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Hector Berlioz. Le chant des chemins de fer.
>Histoire, géographie, sciences auxiliaires de l'histoire>Biographie générale et généalogie>Biographie: artistes et sportifs (789)
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Les lettres d'Hector Berlioz

Mon prénom, c'est aussi le nom d'un personnage que je mets en scène dans un de mes opéras : les Troyens. Opéra dont je compose le livret, en alexandrins, à partir du texte original que je lis en latin. Mais qui a écrit le poème original ?

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