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SZRAMOWO
  22 janvier 2017
Cet été j'ai poursuivi le travail d'exploration des rayons arrière de ma bibliothèque. J'y ai retrouvé La montagne morte de la vie, de Michel Bernanos, le fils de Georges.
Paru chez Jean Jacques Pauvert en 1967, le roman a été réédité par le Livre de Poche en 1977, dans la collection Fictions dirigée par Michel Demuth et Jean-Baptiste Baronian. Je me souviens encore de ma surprise lorsque j'ai lu le nom Bernanos dans cette collection. Je pensais bien entendu au père, Georges et c'est seulement en rentrant chez moi que je me suis aperçu de ma bourde.
Bizarrement le livre est dédié à l'actrice Maria Mauban (1924-2014), la mère de Jean-Claude Dauphin.
Michel Bernanos s'est suicidé le 27 juillet 1964 dans la forêt de Fontainebleau, il était âgé de 41 ans.
La Montagne morte de la vie est le roman titre d'un cycle de trois oeuvres présentées comme les oeuvres majeures de l'auteur.
Un jeune homme de dix-huit ans, « un soir, après boire, » se retrouve à « signer un engagement d'une année sur un galion. »
En bute aux brimades de l'équipage il trouve refuge auprès de Toine le vieux cuisinier : « Va chercher ton hamac, tu dormiras avec moi à la cuisine. Tu seras toujours mieux qu'avec ces voyous. »
Pour fuir cet environnement hostile, le héros s'isole dans le spectacle immense de la mer :
« le navire (…) et son beaupré donnant l'illusion d'éperonner l'horizon semblait voler. »
« la brise légère (…) me faisait penser aux caresses de ma mère, du temps où je n'étais encore qu'un tout petit enfant. »
« (…) le galion faisant jaillir des gerbes de gouttelettes où se mêlaient de minuscules arcs-en-ciel. »
Il passe ses nuits « (…) à guetter les étoiles nouvelles qui s'élevaient de l'horizon pour s'installer dans la sombre voute céleste sous la garde immobile de la Grand Ourse. »
Le dernier paragraphe du voyage en galion sonne comme une réminiscence du poème de Jose Maria de Heredia, les Conquérants (fatigués de porter leur misère hautaine) :
« Les hommes devenus silencieux étaient pour la plupart allongés sur le pont digérant leurs crimes. Certains fixaient devant eux des yeux hagards, remplis de vide, comme s'ils avaient voulu chercher l'oubli dans le lointain, là où le jour pur marquait l'aurore. »
Pour le héros, le voyage en galion est un parcours initiatique. Il y est seul, sans défense face à un équipage qui veut le plier à ses volontés. Il s'abrite derrière une autorité naturelle, celle d'un vieux cuisinier respecté. Mais ce dernier lui apprends que dans l'adversité, il convient d'oublier les querelles et de faire cause commune y compris avec ses anciens tortionnaires.
« (…) j'appris par la suite à mes dépens que l'homme est vulnérable devant la souffrance, comme devant la joie. »
Le héros et Toine, le cuisinier, se retrouvent seuls, ils abordent sur une terre au relief étrange, dominée par un soleil rouge « Autour de nous, la roche avait cette même couleur rouge (…) »
Commence alors un deuxième parcours initiatique, la progression vers le sommet d'une montagne, progression au sein d'un environnement inconnu, plantes carnivores, forêt vivante, village aux habitants pétrifiés.
Le roman de Bernanos renvoie à notre propre expérience de la vie, à nos peurs, à la recherche de certitudes, à nos déceptions devant l'homme, aux épreuves qui nous font devenir des humains consentants.
En terminant cette deuxième lecture, près de 40 ans après la première, je reste avec la même impression amère quant au sens de la vie et à notre présence sur terre.
A lire, à condition de ne pas sombrer.

Lien : http://desecrits.blog.lemond..
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gill
  11 avril 2012
Michel Bernanos est l'un des trois fils de Georges Bernanos, éclipsé par la personnalité de son père il n'a réussi à libérer son extraordinaire talent que dans ce livre qui est un des plus beaux de la littérature fantastique française et à coup sûr, un des plus émouvants et des plus tragiques.
Lorsqu'ils furent au pied de la montagne ils virent d'innombrables silhouettes d'êtres pétrifiés les yeux dirigés vers le sommet.
La seule preuve de vie de leur figure n'était plus que la flamme ardente de leur regard. C'est la découverte que vivent deux marins après le naufrage de leur navire, cette aventure a des accents et des relents horrifiques d'une oeuvre de Lovecraft.
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madameduberry
  01 mars 2014
Un de mes professeurs de philo m'avait recommandé ce livre, pour illustrer un cours sur la mort, je crois. Intriguée, je découvris alors ce que je ne sus que plus tard, avec le recul, être un joyau de la littérature fantastique de langue française, et encore plus tard comme une écriture de soi de la part de Michel Bernanos. de beaux commentaires de cette oeuvre existent déjà, je ne parlerai que de l'effet, durable, que ce livre produisit sur moi. Un sentiment d'opression et d'écrasement, mais aussi un désir d'aller vers la résolution d'une question vitale, à travers la projection hallucinante d'un univers intérieur .
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blandine5674
  21 novembre 2014
Roman de Bernanos publié à titre posthume, en deux parties.
La première partie (réaliste) se passe sur un bateau où un mousse se fait chahuter, puis défendre par un vieux cuistot. Après naufrage, il se retrouvent sur une terre inhabitée et hostile (fiction).
Roman court et avant tout visuel et sensoriel ou la nature a pris le dessus sur l'homme. A lire.

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Floyd2408
  22 novembre 2017
Voilà une étrange découverte, lors de la lecture d'une critique du Stalker dans son blog au titre acerbe, dissection du cadavre de la littérature, La montagne morte de la vie de Michel Bernanos. Ce roman fantastique vient s'inviter à ma curiosité, celle, de la langue, de la prose envoutante, d'une histoire tourbillonnante.
Bernanos, ce nom plutôt associé à Georges, auteur incontesté de la langue française, avec Sous le soleil de Satan paru en 1926, Monsieur Ouine paru en 1943, Les enfants humiliés paru en 1940 et tant d'autres constellant une oeuvre littéraire riche et puissante de ce grand auteur du XXe siècle. Mais là Bernanos se trouve uni à Michel, l'un des fils de Georges, poète, auteur de romans fantastiques, écrivant sous des pseudos divers comme Michel Talbert et Michel Drowin, pour rompre avec le nom de famille célèbre de son père, Michel est peu connu, certes, mais La montagne morte de la vie, roman source d'un cycle fantastique, paru à titre posthume ouvrira les portes de la notoriété à ce prénom.
Il est vrai que la littérature de nos jours souffre de la société de consommation et d'une propagande illusoire de certains auteurs formidables, ces écrivains sont la mode de certain, au détriment de l'écriture mais du chiffre ; faire vendre. Regardons les prix de nos jours, offert à des pseudos écrivains de circonstances…. Mais la découverte reste la meilleur façon de pouvoir puiser dans une littérature vraie, sans artifice, pouvoir chiner dans des libraires indépendants, s'ouvrir à une vraie littérature, naturelle, comme La montagne morte de la vie, récit écrit en 1963, paru à titre posthume.
Ce roman, divisé en deux parties distinctes, emporte votre coeur dans une tourmente sans fin, une angoisse saisissante portée par une écriture incroyable, la peur de notre jeune narrateur s'infuse dans le périple de ce galion comme une malédiction entrainant l'équipage dans une folie furieuse, une expédition maudite pénétrant par fatalité dans l'enfer océanique en furie.
Un jeune garçon se retrouve après une cuite mémorable enroulé malgré lui dans une expédition maritime, à la conquête de l'or sud-américain, sur un galion en partance. Ce jeune homme subira l'agitation des hommes d'équipage pour presque le noyer lors d'un bizutage musclé et stupide, puis Toine un vieil homme, cuisinier, le prendra sous son aile. Cette aventure semble à chaque instant souffrir de mal chance, comme une inévitable circonstance basculant dans l'effroi d'une catastrophe, en entrainant une autre comme une chute sans fin.
La première partie semble nous chavirer dans une aventure maritime au siècle des pirates, celle de la conquête des Amériques, pour y troquer l'or. Dès le début, le jeune homme de 18 ans semble plongé dans un horrible cauchemar, encore grisé par l'alcool, agressé par l'odeur du goudron au-dessus de la cale, le voilà encré sur le pont d'un navire, enrôlé, dans cette expédition inconnue, débute son histoire qu'il nous conte.
Tout se déchaine comme une malédiction, une volonté de Dieu comme à Job, pour tester notre jeune moussaillon, perdu dans le monde des adultes. le galion stoppe, pris dans un anticyclone, plus de vent, les vivres pourrissent, l'eau manque, l'équipage vire dans la folie, s'entretue, s'empoisonne de pomme de terre germé, mangé crues, se cannibalise pour se manger entre eux, s'enivre de rhum. Petit à petit ces hommes glissent dans la bestialité humaine pour survivre et finir par s'exterminer un à un, aidé par la nature capricieuse.
Michel Bernanos dans une inertie troublante, nous aspire dans ce tourbillon sans fin, comme ce coeur de la tempête entrainant le navire dans sa déchéance, le lecteur est happé dans ce chaos tel un automate prisonnier de ces mots hypnotiques, de ce mouvement s'ouvre la porte de l'enfer.
Cette deuxième partie, plus inquiétante dans l'immobilité où le rouge brule le paysage d'une chaleur de limbe, ce panorama saigne de sa curiosité et de son étrangeté, les deux survivants pensent être dans l'antre de l'enfer. L'histoire prend sa part de fantastique, tout parait d'un autre monde, l'atmosphère, le ciel, le silence alourdit la pesanteur de l'oppression, la végétation est hostile, la terre est instable. Cette survit est surtout un cauchemar de vie, Toine et le jeune narrateur s'imprègne de cette poussière, pour devenir statue de cette montagne, berceau de leur tombeau.
La mort demeure vaine, statufié de cette terre hostile, le jeune garçon narre cette histoire, comme si sa pensée devenait universelle pour être transcrite et lue. Ce roman est admirablement écrit, sa forme aimante l'attention pour l'aspirer dans ce tumulte sans fin.
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ComteTodd
  09 août 2015
"Je venais tout juste d'atteindre mes dix-huit ans, lorsqu'un soir, après boire, la main d'un ami guida la mienne pour signer un engagement d'une année sur un galion."

Difficile de ne pas se laisser embarquer d'emblée dans cette histoire cauchemardesque. Ce jeune homme, entraîné malgré lui sur un navire où la brutalité et la canaillerie sont quotidiennes, va vivre une aventure hors-du-commun, une mortelle lutte pour la survie. Alors que le galion sombre dans une tempête monstrueuse, il parvient à en réchapper, accompagné d'un certain Toine. Ils vont alors s'échouer sur une île mystérieuse, inhabitée, qui ne ressemble qu'à un vaste amas de montagnes rougeâtres, où l'eau semble inexistante, et la végétation, à première vue, absente. C'est alors que le périple que ces deux hommes vont endurer prend une tournure fantastique, où l'ombre de Jules Verne n'est jamais très loin. On ne sait plus exactement où se placer: entre rêve et réalité, entre cauchemar et au-delà.

Ce court roman vous émerveillera sans doute par ses images surnaturelles, franchement inquiétantes, tour à tour sinistres ou étrangement belles. Entre le récit d'aventure et la métaphore existentielle, ce roman, plutôt méconnu, et c'est bien dommage, devrait trouver une petite place dans votre bibliothèque!

P.S: Michel Bernanos n'est autre que le fils de Georges Bernanos, auteur de la première moitié du XXe siècle notamment connu pour son Journal d'un curé de campagne et son autre roman, Sous le soleil de Satan. Il souffrira de la notoriété de son père, mais cela ne l'empêchera pas de construire une oeuvre complète et unique. Il se suicidera à l'âge de 41 ans. Son obsession de la mort et son inquiétude permanente se retrouvent au fil des pages angoissées de "La Montagne morte de la vie".
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DamienR
  11 septembre 2013
La réussite d'un roman fantastique tient beaucoup au basculement entre l'histoire classique et les faits anormaux ou surnaturels. C'est une grande réussite dans ce roman-ci puisque le récit marin focalise le regard sur les intrigues entre les personnages, en tout cas ailleurs que sur l'essentiel. Les dérèglements du monde apparaissent en catimini, en réaction à la dureté de la situation.
Le titre du roman lui-même intrigue, il fait référence à la deuxième partie du roman où les deux héros vivent une épreuve inhumaine. Dans cette nature étrange, hostile, l'Homme est bien fragile.
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JAsensio
  28 janvier 2017
Il faudrait lire, puis relire La Montagne morte de la vie de Michel Bernanos sur une île ou, encore mieux, sur un bateau voguant au beau milieu de nulle part, et ainsi contredire Julien Benda raillant les prétentions des littérateurs : «On évoque le jour où, en raison de cette soif, l'auteur exigera que son oeuvre soit lue à telle minute de la nuit, parmi tels meubles, sous telle lumière, dans tel costume».
Premières lignes de ma préface à ce chef-d'oeuvre de la littérature fantastique.
Lien : http://www.juanasensio.com/a..
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KettuWater-fox
  14 mai 2014
Si je ne devais garder qu'un roman fantastique dans ma bibliothèque, ce serait probablement celui-ci. En fait, je l'ai tellement aimé qu'il est devenu pour moi un objet culte, un de ces bouquins dont JAMAIS je ne me séparerai.
Je l'ai lu adolescente et j'ai été tellement secouée qu'après ça je n'ai rien lu pendant un mois (ce qui à l'époque représentait pour moi une sacré période de jachère!).
J'ai été comme aspirée à l'intérieur livre. J'ai senti la moiteur de l'air, le poids du temps, l'angoisse du personnage et j'ai été broyée, pliée, tranchée par cette fin incroyable.
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Letourneurac
  31 mai 2022
Jugé comme l'un des chef d'oeuvres de la littérature fantastique française par Jean-Michel Royer (Lire, 1984), La Montagne Morte de la Vie a été rédigée en seulement 19 jours et nous transporte littéralement dans l'univers tourmenté de l'auteur.
Après avoir étudié son histoire, son vécu, nous ne pouvons nous empêcher de faire un parallèle avec la 2nde Guerre Mondiale. Michel Bernanos, engagé au sein des Forces Navales Françaises Libres à tout juste 19 ans, reprenait ainsi une vie civile d'après guerre tout en demeurant particulièrement fragilisé, comme bon nombre de soldats de l'époque.
Le syndrome de stress post traumatique dont ils furent victimes, appelé autrefois "mal de guerre", était peu reconnu à l'époque, leur sacrifice aussi n'était pas reconnu à sa juste valeur.
Je pense personnellement que La Montagne Morte de la Vie est un véritable hommage à tous ces soldats qui rentrent vivants de la guerre mais qui y laissent une partie d'eux-mêmes et ce toutes guerres confondues y compris celles de nos jours.
Lien : https://michelbernanos.com
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