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Normand Baillargeon (Préfacier, etc.)Oristelle Bonis (Traducteur)
ISBN : 2355220018
Éditeur : Zones (11/10/2007)

Note moyenne : 3.82/5 (sur 67 notes)
Résumé :
Un document édifiant où l'on apprend que la propagande politique au XXe siècle n'est pas née dans les régimes totalitaires, mais au cœur même de la démocratie libérale américaine.
Texte présenté par Normand Baillargeon, philosophe, professeur à l'université du Québec à Montréal, et auteur d'un Petit cours d'autodéfense intellectuelle paru chez Lux en 2007.
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Lybertaire
  29 mars 2013

Il y a des thèmes dont on parle peu, à tort. La propagande est de ceux-là. Qu'est-ce que la propagande ? Pour Bernays, la propagande regroupe un ensemble de techniques visant à manipuler l'opinion publique pour « servir des intérêts particuliers ». Les intérêts particuliers dont il parle sont ceux d'un « gouvernement invisible » , une élite minoritaire qui influence les comportements du peuple pour satisfaire ses intérêts personnels et qui dirige véritablement le pays. Cette thématique a été plusieurs fois abordée dans ce blog, et en voici ici l'un des textes fondateurs. Qui sont les « faiseurs d'opinion » ?
Bernays justifie cette concentration des pouvoirs par le coût élevé que la promotion d'une idée ou d'un produit auprès de millions de personnes coûte cher... On peut surtout penser que la classe dirigeante sait s'unir pour préserver richesses et pouvoir dans le même camp.
Le « conseiller en relations publiques » (dont le terme semble avoir été inventé par Bernays), coordinateur de la propagande, se fait l'avocat d'une cause, qu'elle soit d'ordre privé ou public. Son rôle « consiste à amener le commanditaire (aussi bien une assemblée élue chargée de formuler des lois qu'un industriel fabriquant un produit commercial) à comprendre ce que souhaite l'opinion, et, dans l'autre sens, à expliciter pour l'opinion les objectifs du commanditaire. » le propagandiste oeuvre dans tous les domaines :
Certes, la propagande est omniprésente, et il cite quelques exemples, mais Bernays la qualifie également de nécessaire : pourquoi ? Concernant la propagande étatique, c'est parce que le peuple est obligé de déléguer les fonctions d'administration de la société à une minorité. Celle-ci fait donc appel aux services de propagandistes pour avoir l'adhésion de l'opinion publique dans les projets publics : la construction d'un hôpital, d'un aéroport, etc. Il insiste d'ailleurs sur le fait que les hommes politiques, pendant et après la campagne électorale, ne savent pas se faire aimer et écouter de leurs électeurs...
Mais il justifie moins la propagande venant des entreprises (ce que l'on appellerait aujourd'hui du lobbying), sauf implicitement par l'accroissement des ventes (et donc de la clientèle). « Dans le secteur industriel, l'idéal du conseiller en relations publiques sera d'éliminer la perte de temps et les frictions dues soit à ce que l'entreprise fait ou fabrique des choses dont le public ne veut pas, soit à ce que le public ne voit pas l'intérêt de ce qu'on lui propose. »
Mais en bon prince, Bernays vient nous expliquer que le conseiller en relations publiques respecte une éthique : rien que ça ! Il énonce même une sorte de code moral dans lequel le propagandiste ne servira pas un client que le propagandiste juge « malhonnête », et qu'il ne travaillera pas pour deux clients « dont les intérêts viendraient se heurter ». Même, « la sincérité doit être pour lui une règle d'or. »
Comment peut-on discerner le projet voué à une communauté, au commerce équitable, à la démocratie, du projet mené dans le seul but de faire prospérer une entreprise ? Dans quelle mesure faire prospérer une entreprise serait-il préjudiciable pour la population ? Dans quelle mesure faire vendre tel produit de consommation courante serait-il immoral ? Où se situe le délit si les propagandistes obtiennent l'assentiment discret d'une population ? Quelles sont les limites du code moral ? Justement, il n'y en a pas. le code moral, c'est la parole des conseillers en relations publiques contre celle des autres. Quelques règles déontologiques ont été dressées par le lobbying des lobbying, mais c'est davantage une façade de plus, à en juger par les méthodes recensées dans L'Industrie du mensonge de Stauber et Rampton qu'une loi contraignante.
[...] Bernays, fier d'être le neveu de Freud, se base sur la psychologie des foules pour influencer l'opinion. C'est par exemple en influençant les instances en lesquelles les peuples donnent leur confiance (les médecins pour le tabagisme des femmes) ou en créant des associations et des instances en apparence neutres qu'il atteint sa cible.
Curieusement, ce sont les éditions La Découverte, avec la collection (pardon, le « label ») Zones, qui se sont emparées de ce texte à la fois subversif et fondamental. Ces mêmes éditions ont gardé le fonds Maspero dont elles sont issues, mais dans un coin, dans une collection (oups, un label) séparée du catalogue La Découverte qui, lui, est bien moins subversif que celui de son prédécesseur. Les maquettes intérieures et extérieures de la collection (du label, décidément), pensées dans une volonté de faire correspondre la mise en page et l'esthétique à l'avant-gardisme des textes édités, sont d'ailleurs particulièrement moches ; le résultat est déplorable mais les textes sont intéressants ! Il existe un vide sidérant dans l'édition française des sciences humaines et politiques : comment ce texte, datant de 1928, n'a-t-il pas été publié avant 2007 ? Cette situation tient-elle de l'omerta, du présupposé désintérêt des lecteurs ou d'une corporation d'éditeurs frileux ? Les trois à la fois ? Même si l'édition indépendante s'attache à combler ce vide, notamment par le biais des traductions, des textes majeurs sont passés à la trappe en France.
Propaganda d'Edward bernays est saisissant de limpidité, même si quelques propos sont empreints de la langue de bois – en particulier lorsqu'il s'agit de légitimer l'existence de la propagande par un code déontologique. Toutefois, la structure du livre, divisée en courts chapitre, n'est pas très claire, et donne un ensemble décousu, mais à la limite qu'importe : on a bien compris les propos de Bernays.
À ceux qui refusent l'existence d'une élite organisée en vue de la conservation de leurs intérêts personnels, à ceux qui veulent croire que la théorie du complot est plus qu'une théorie, ce livre est fait pour eux ! Car quoi qu'on en dise, les mots ici jaillissent en toute transparence, même si Bernays se drappe parfois d'intentions louables et honnêtes ; les mots ici s'expriment au nom du gouvernement invisible qui n'a rien d'irréel.
Une question néanmoins subsiste : pourquoi Edward Bernays a-t-il publié ce livre ? Pourquoi diffuser cette “réalité”, au risque de faire soulever une rébellion ? Est-ce croire qu'il n'arrivera pas dans les mains “de la masse” qu'il qualifie volontiers d'un champ lexical péjoratif (« masse » ; « ménagères » ; « troupeau » ) ? Est-ce croire que, quand bien même il arrive dans nos mains, nous n'en ferions rien ?
[...] « En règle générale, cependant, toute propagande a ses partisans et ses détracteurs, aussi acharnés les uns que les autres à convaincre la majorité. »
Propagande, lobbying, think tank... Au fond, les organisations, quelle qu'en soit leur forme, luttent pour des intérêts qui leurs sont propres. La question est : à quelles instances accordons-nous une légitimité ? La réponse n'est pas unique, elle se décline différemment pour chacun d'entre nous. Comme le soulignent Stauber et Rampton, il n'y a pas de bon ou mauvais lobbying. Qu'en est-il alors ? Peut-être pourrions-nous commencer par discerner l'oeuvre des groupes de pression (quels arguments sont avancés ? par qui ? dans quels buts ?) ; et ensuite choisir quelles opérations de propagande on rejette, selon ses convictions propres (par le boycott ou la non-action/consommation), et celles auxquelles on adhère (en s'en faisant le porte-parole).
Lisez l'intégralité de la critique (avec citations) sur mon blog :
http://www.bibliolingus.fr/propaganda-edward-bernays-a93067235
Lien : http://www.bibliolingus.fr/p..
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Hardiviller
  13 août 2016
Ce livre date et ce n'est pas son moindre défaut , il est entre autre pesant . les autres critiques par des lecteurs du site se complètent dans mon ressenti de lecture , ce document à le mérite d'avoir été écrit par un des précurseurs de la propagande qu'elle soit commerciale ou politique . L'auteur puisque il a contribué à l'essor de cette " manipulation " des esprits , lui trouve des nécessités ( ce qui n'est dans l'absolu pas totalement faux ) lui accorde le mérite d'une éthique ( ce dont je doute fort ) . Plus près de nous Vladimir Volkoff , dans sa " petite histoire de la désinformation " est tout aussi fier de nous expliquer sa pratique professionnelle de la manipulation mais il a l'honnêteté de ne pas se gargariser d'une quelconque éthique . je ne saurais assez recommander la lecture de " La fabrication du consentement " de Noam Chomsky aux lecteurs intéressés par ce thème
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Neshouma
  27 avril 2013
document important sur le plan historiographique. Ce livre marque la naissance de la propagande, aujourd'hui appelée "conseil en communication", "publicité", "marketing". L'auteur de ce livre était un neveu de Freud, ce qui en dit long sur l'impact exact et parfois méconnu de la pensée psychanalytique. L'introduction du Canadien Normand Baillargeon est excellente et justifie à elle-seule cette ré-édition. le Livre en lui-même, de Edward Bernays, a un grand intérêt historique mais peu agréable à lire, peu intéressant car très redondant. Edward Bernays mérite d'être connu, ainsi que ses idées, non pas pour leur intérêt, mais à cause de leur dangerosité et de l'impact réel qu'ils ont eu et ont encore sur le monde.
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IreneAdler
  27 mai 2017
La propagande moderne ou comment adapter l'art militaire du consentement à la vie civile. Dans tous les domaines de la vie civile : mode (en profitant des débuts de la mondialisation et de la notoriété de la France dans ce domaine), culture, éducation (tout en mettant en garde contre la tentation de tout faire pour attirer les entreprises et en oubliant le côté pédagogique) mais aussi politique et santé publique (ou comment faire fumer les femmes américaines et détruire le réseau de transports publics). Là où Bernays apporte une évolution significative, c'est par la prise en compte de plusieurs facteurs : l'évolution de la société américaine, qui s'enrichit et se cultive, son ouverture sur le monde et surtout en prenant en compte les avancées sociologiques, économiques... pour rendre les campagnes plus efficaces. Mais pour Bernays, tant que les intentions sont bonnes... (oui, il semble naïf, hein ? Mais il ne l'est pas, loin de là...)
Tout n'est pas très très intéressant. Une partie est plus applicative : une sorte de manuel à destination des aspirants publicitaires, chargés de relations publiques. Les chapitres que j'ai trouvé les plus intéressants sont les 1ers et le dernier, plus analytiques, qui permettent de comprendre comment tout c'est mis en place. Et qui sont toujours d'actualité en 2017.
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Luniver
  18 août 2011
Livre très intéressant écrit par un des "fondateurs" des relations publiques. L'auteur explique, avec des exemples réels à l'appui, comment certains groupes aux intérêts différents peuvent devenir alliés de circonstance, les bénéfices que cela peut entraîner pour la population en général mais aussi les possibles dérives. Même si l'auteur fait preuve de cynisme et de vantardise de temps en temps, on sent qu'il maîtrise parfaitement son sujet, et la lecture est intéressante et agréable.
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
Sophie13Sophie13   06 mars 2014
Qui sont les hommes qui, sans que nous en ayons conscience, nous soufflent nos idées, nous disent qui admirer, et mépriser, ou ce qu’il faut penser de la propriété des services publics, des tarifs douaniers, du prix du caoutchouc, du plan Dawes, de l’immigration ? Qui nous indique comment aménager nos maisons et comment les meubler, quels menus doivent composer notre ordinaire et quel modèle de chemise il est de bon ton de porter ? Ou encore les sports que nous devrions pratiquer et les spectacles que nous devrions voir, les oeuvres de bienfaisance méritant d’être aidées, les tableaux dignes d’admiration, les argotismes à glisser dans la conversation, les blagues censées nous faire rire ?
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HarmonideHarmonide   03 mars 2018
Après la publication de Propaganda, Bernays réalisera un grand nombre d'autres campagnes, dont plusieurs restent légendaires – telles que l'organisation en 1929, pour General Electric, d'un anniversaire prenant prétexte de l'invention de la lampe à incandescence par Thomas Edison (1847-1931), événement que certains tiennent toujours pour un des plus spectaculaires exemples de propagande accomplis en temps de paix.
Mais on peut soutenir que le succès le plus retentissant de Bernays sera d'avoir amené les femmes américaines à fumer. Cet épisode, si éclairant sur sa manière de penser et de travailler, mérite d'être raconté en détail.
Nous sommes toujours en 1929 et, cette année-là, George Washington Hill (1884-1946), président de l'American Tobacco Co., décide de s'attaquer au tabou qui interdit à une femme de fumer en public, un tabou qui, théoriquement, faisait perdre à sa compagnie la moitié de ses profits. Hill embauche Bernays, qui, de son côté, consulte aussitôt le psychanalyste Abraham Arden Brill (1874-1948), une des premières personnes à exercer cette profession aux États-Unis. Brill explique à Bernays que la cigarette est un symbole phallique représentant le pouvoir sexuel du mâle : s'il était possible de lier la cigarette à une forme de contestation de ce pouvoir, assure Brill, alors les femmes, en possession de leurs propres pénis, fumeraient.
La ville de New York tient chaque année, à Pâques, une célèbre et très courue parade. Lors de celle de 1929, un groupe de jeunes femmes avait caché des cigarettes sous leurs vêtements et, à un signal donné, elles les sortirent et les allumèrent devant des journalistes et des photographes qui avaient été prévenus que des suffragettes allaient faire un coup d'éclat. Dans les jours qui suivirent, l'événement était dans tous les journaux et sur toutes les lèvres. Les jeunes femmes expliquèrent que ce qu'elles allumaient ainsi, c'était des « flambeaux de la liberté » (torches of freedom). On devine sans mal qui avait donné le signal de cet allumage collectif de cigarettes et qui avait inventé ce slogan ; comme on devine aussi qu'il s'était agi à chaque fois de la même personne et que c'est encore elle qui avait alerté les médias.
Le symbolisme ainsi créé rendait hautement probable que toute personne adhérant à la cause des suffragettes serait également, dans la controverse qui ne manquerait pas de s'ensuivre sur la question des droits des femmes de fumer en public, du côté de ceux et de celles qui le défendaient – cette position étant justement celle que les cigarettiers souhaitaient voir se répandre. Fumer étant devenu socialement acceptable pour les femmes, les ventes de cigarettes à cette nouvelle clientèle allaient exploser.
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LuniverLuniver   13 décembre 2012
La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays.
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EmniaEmnia   24 octobre 2015
Il est crucial de rappeler combien ce qui est proposé ici contredit l'idéal démocratique moderne, celui que les Lumières nous ont légué, de rappeler à quel point Bernays, comme l'industrie qu'il a façonnée, doit faire preuve d'une étonnante aptitude à la duplicité mentale pour simultanément proclamer son souci de la vérité et de la libre discussion et accepter que la vérité sera énoncée par un client au début d'une campagne, laquelle devra mettre tout en oeuvre - y compris, s'il le faut absolument, la vérité elle-même - pour susciter une adhésion à une thèse ou des comportement chez des gens dont on a postulé par avance qu'ils sont incapables de comprendre réellement ce qui est en jeu et auxquels on ne sent donc en droit de servir ce que Platon appelait de "pieux mensonges".

Normand Baillargeon, Préface
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HardivillerHardiviller   13 août 2016
Bernays cherche une justification ( à prétention ) scientifique de la finalité politique du travail accompli par le conseiller en relation publique ..... il la trouve dans l'adhésion de quelques théoriciens des sciences sociales de l'époque qui lui confirment que : la masse est incapable de juger correctement des affaires publiques et que les individus qui la composent sont inaptes à exercer le rôle de citoyen en puissance qu'une démocratie exige de chacun d'eux , bref , que le public , au fond , constitue pour la gouvernance de la société un obstacle à contourner et une menace à écarter .
Bernays rejoint un important courant antidémocratique présent dans la pensée politique américaine et selon lequel " la grande bête ( le peuple ) doit être domptée " . Ce courant assurait que le "véritable pouvoir , celui que procure la richesse de la nation " doit demeurer entre les mains des " êtres les plus capables " et que la première et principale responsabilité du gouvernement est de " maintenir la minorité fortunée à l'abri de la majorité ".
Normand Baillargeon .
Curieuse conception de l'éthique démocratique !
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Videos de Edward L. Bernays (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Edward L. Bernays
Edward Bernays and Group Psychology: Manipulating the Masses. By Academy of Ideas, on YouTube.
>Processus sociaux>Coordination et contrôle>Méthodes normatives : propagande (24)
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