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Gilberte Lambrichs (Traducteur)
EAN : 9782070406982
606 pages
Éditeur : Gallimard (22/01/1999)
4.07/5   85 notes
Résumé :
Huit jours après avoir assisté au mariage de sa sœur dans le château familial de Wolfsegg, en Autriche, Mureau, le narrateur, rentré à Rome doit repartir. Cette fois, pour participer aux funérailles de ses parents et de son frère, morts dans un accident de voiture.
Brebis galeuse d'une famille attachée à ses traditions, héritier d'un domaine dont il n'a que faire, Mureau retourne dans ce lieu grandiose, avec ses rites respectés et bafoués à la fois par son pè... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
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Sachenka
  20 avril 2021
Le narrateur, Murau, vit à Rome depuis plusieurs années. Loin de son Autriche natale. Loin de sa famille et du château de Wolfsegg. Loin de son lourd passé. Lourd? Pis que ça : tous (pays, parenté et traditions confondus), il les trouve médiocres, il les hait. J'ai envie de dire qu'il irait vomir sur leurs tombes. Son père flirtant avec le national-socialisme, sa mère inculte, son frère borné, ses soeurs à l'esprit étroit… avec leur conservatisme arriéré. Après tout, le fascisme ne s'était pas développé dans le néant. Malheureusement pour lui, la mort de son frère et de ses parents l'oblige à rentrer chez à la maison et à affronter ses démons. C'est le point de départ d'Extinction.
Toute la première partie, c'est Murau qui réagit à la mauvaise nouvelle (je ne sais toujours pas ce qu'il trouve plus catastrophique : la mort de ses parents ou le fait que cela l'oblige à retourner là-bas!) et qui se remémore tout ce qu'il déteste à propos de sa famille, son enfance, ses débuts dans la vie adulte, son besoin de s'éloigner, etc. Tous ces souvenirs épars et dévastateurs, mélangeant le présent et le passé, dont la démarcation n'est pas toujours claire, il faut les surmonter avec lui. D'autant plus que ses mots sont durs et peuvent être ressentis comme une claque en pleine face. Il est clair que l'auteur Thomas Bernhard n'invente pas tout et que le fiel qui déborde de son roman, il en a ressenti une partie. Si pas à l'endroit de sa famille, de son pays du moins.
Cette première partie, en plus d'être une terrible critique, certains pourraient trouver un peu longue. Moi, je l'ai adorée. le narrateur déambule dans Rome avec son élève Gambetti, ils passent « par la Flaminia, la Piazza del Popolo et tout le long du Corso » (p. 11) et plusieurs autres endroits où je suis passé et dont j'ai aimé me rappeler. Aussi, ils parlent d'histoire, de philosophie et de plusieurs grands auteurs que j'aime bien, comme Sartre, Kafka, Musil et Broch. Petit fait cocasse, l'auteur se cite ici parmi ces grands écrivains, « Amras, de Thomas Bernhard » (p. 11). Bref, Murnau parle de tout ce qui l'a marqué dans sa vie de jeune adulte, quand « il se cherchait » avant de s'établir en Italie. Cette éducation européenne qu'il s'est appropriée, certains peuvent l'apprécier.
Dans la deuxième partie, où Murnau retourne à Wolffsegg, on rencontre réellement la famille, ce qu'il en reste. Dans la partie précédente, on ne les avait vu qu'à travers les souvenirs de Murnau et la littérature nous a appris à se montrer suspicieux des comptes-rendus des narrateurs à la première personne. Ses soeurs Caecilia et Amalia, son beau-frère fabricant de bouchons de bouteilles de vin, ils s'avèrent à la fois mieux et pires que ce à quoi on s'attendait. Je n'en dis pas plus, à vous de voir en lisant.
Les funérailles nous plongent dans le coeur de cette famille aux allures aussi sinistres que les personnages des films de Hammer. Toutefois, ces individus peuvent représenter davantage des archétypes. J'écrivais plus haut que le fascisme ne s'est pas développé dans le néant, que certaines valeurs ou traditions encore vivaces, même après la guerre, ont continué à teinter (pourrir?) la vie dans les pays germaniques. Et c'est ce genre de valeurs que Bernhard souhaitait voir la disparition. L'extinction. Après tout, la mort de ses parents et celle de son frère (qui devait les perpétuer) marque la fin d'une époque qu'il espère révolue. Et ces valeurs sont nombreuses. L'une d'entre elle est la religion, qui abrutissait les masses. le personnage du cardinal, même s'il est magnifié à l'excès, représente lui aussi une espèce en voie de disparition. Pas étonnant que, lors des funérailles, Murnau préfère parler avec les petites gens, les jardiniers, les employés.
Cette intrigue que j'ai tenté de résumer, elle est profonde et lourde, tout comme le style de Thomas Bernhard. Pendant ma lecture, je sentais des relents de Marcel Proust. le roman est constitué de longues phrases, de longs paragraphes…. En fait, il y a très peu de paragraphes, pas beaucoup plus de chapitres. Seulement deux parties. C'était un flot continu de critiques, un déversement presque ininterrompu de frustrations. Je ne savais jamais où m'arrêter. En temps normal, j'aime bien faire des petites pauses entre les chapitres (lesquels permettent souvent de former un ensemble cohérent, une idée centrale pour mieux se faire une tête et envisager la suite). Là, j'étais sans souffle.
Bref, si j'ai apprécié Extinction pour plusieurs raisons (critique acerbe mais réaliste de la société, brin de culture, fines descriptions psychologiques de personnages), le style fait en sorte qu'il puisse sembler rébarbatif à un grand nombre de lecteurs. Il peut constituer un mur infranchissable. À ne pas placer entre les mains de n'importe qui.
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Corboland78
  22 mars 2012
L'auteur qui vit à Rome reçoit un télégramme de ses deux soeurs l'informant du décès dans un accident de voiture, de leurs parents et frère. Murau quitte la capitale italienne et rentre en Autriche dans le domaine familiale de Wolfsegg afin d'assister à l'enterrement et prendre possession de cette vaste propriété qui désormais lui revient.
Ces quelques jours vont être le prétexte pour Murau à se livrer à une critique incendiaire de tout et tout le monde. Critique de sa famille, son père national-socialiste, sa mère bête, inculte, cupide et trompant son père sans amour pour ses enfants, son frère falot, ses soeurs qui n'ont jamais vécu car restées sous la coupe de leurs parents même si l'une Caecilia a épousé un crétin de fabricant de bouchons de bouteilles de vin. Critique de son pays l'Autriche, trop attachée au national-socialisme et au catholicisme.
Un roman terrible où les critiques succèdent aux critiques, d'autant plus dures qu'elles sont dirigées contre sa propre famille et son pays. Cinq cents pages sans paragraphes ni saut de lignes, des phrases mises bout à bout constituent ce bouquin découpé en deux chapitres, le télégramme qui se déroule en Italie et le testament en Autriche, à Wolfsegg. J'avoue que les premières pages furent éprouvantes, cette diarrhée de propos acerbes contre les siens m'a semblé insupportable puis au fil de ma persévérance j'ai accepté le parti pris de Thomas Bernhard et je l'ai suivi jusqu'au bout, car derrière la forme du propos s'est dégagé un style puissant. Un épouvantable grand livre.
Thomas Bernhard écrivain autrichien (1931-1989) a livré en 1986 avec Extinction son tout dernier livre, apogée de son style fait de phrases longues et répétitives, comme pour marteler son propos et nous le faire entrer dans le crâne de gré ou de force. Toute sa vie l'écrivain fera scandale dans son pays par ses textes diffamatoires ou attaquant l'Etat, néanmoins il est reconnu comme un grand écrivain par la critique et reçoit de nombreux prix.
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ladymuse
  30 novembre 2019

Famille je te hais, Église je te hais, pays et médiocrité je vous hais, je vous honnis, je vous vomis.
Quel écrivain s'est-il jamais permis des propos de vilipender des personnalités présentes pendant une remise de prix?
Satire féroce, "Extinction"est férocement drôle (je pense entre autres aux pullovers tricotés par les deux soeurs, qu'on ne sait par quel bout enfiler).
Je mets ici un extrait de Heldenplatz, pièce écrite et jouée en 1988 , malgré une censure qui fit tout pour essayer de l'en empêcher.
https://www.arte.tv/fr/videos/079739-003-A/les-grands-discours-thomas-bernhard/
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monito
  08 octobre 2009
J'ai abandonné après 130 pages. Non que l'écriture ne soit belle, encore que le style répétitif ait quelque aspect désarçonnant, mais la vision pessimiste à l'extrême de T. Bernhard, de ses parents, de ses frères et soeurs mais aussi de l'Autriche ou de l'Allemagne, ne correspondait sans doute pas à mon état d'esprit.
Evidemment que l'attachement viscéral du narrateur à l'Italie, au Sud en général et à Rome en particulier, avait de quoi me séduire mais 130 pages plus tard nous tournions en rond… toujours…
Nonobstant quelques belles analyses sur l'art photographique comme abject car figurant sur pellicule des mensonges, ou l'abrutissement par la religion des masses mais aussi des prétendues élites… il m'a manqué la force de poursuivre.
Une autre fois ?
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ignatus-reilly
  30 mars 2012
Murau, le héros, a pour projet d'écrire un livre nommé "Extinction".
Il est originaire d'Autriche et habite depuis de nombreuses années à Rome.
Il apprend par un télégramme le décès accidentel de ses parents et de son frère. il se voit donc dans l'obligation de retourner à Wolfsegg, le château familial, ce lieu qu'il abhorre.
Ce livre est une charge contre sa famille, sa patrie, les petits-bourgeois.
Tout au long du texte, Murau se remémore ses conversations avec Gambetti, son élève italien. C'est lancinant, répétitif et d'autant plus puissant.
Rien n'échappe à l'oeil aiguisé de Murau ni à sa langue acerbe.
Quelle épreuve... mais ce n'est rien comparé à ce que ressent Murau du fait de devenir retourner à Wolsegg, huit jours seulement après le mariage de sa soeur!!!!!!
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Citations et extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
brigetounbrigetoun   09 novembre 2010
..parce qu'ils doivent utiliser leur abonnement, ils vont au théâtre à Linz et vont voir une comédie exécrable et n'ont pas honte, et vont à ces concerts ridicules au Brucknerhaus comme on l'appelle, où règnent les fausses notes poussées à la puissance maximum. Ces gens, je veux dire tes parents, a-t-il dit, n'ont pas seulement pris un abonnement au théâtre et au concert, ils vivent leur vie par abonnement, ils assistent aussi chaque jour à leur vie comme ils vont au théâtre, à une comédie exécrable, et n'ont pas honte d'assister à leur vie comme à un concert détestable où seules dominent les fausses notes, et ils vivent parce que cela se fait, non pas parce qu'ils l'ont voulu, parce que c'est leur passion, leur vie, non : parce qu'ils y ont été abonnés par leurs parents. Et de même qu'au théâtre ils applaudissent à contretemps, ils applaudissent aussi dans leur vie à contretemps, et sans cesse ils manifestent bruyamment leur joie dans leur vie là où il n'y a aucune raison de manifester bruyamment sa joie, et leurs visages arrogants font les grimaces les plus repoussantes alors qu'ils devraient rire de bon coeur. Et de même que les oeuvres auxquelles ils assistent grâce à leur abonnement sont une catastrophe et du niveau le plus bas, leur vie aussi est une catastrophe et du niveau le plus bas.... 
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SachenkaSachenka   24 mars 2021
Comme quatre-vingt-dix pour cent du genre humain [mon frère] croyait lui aussi que le diplôme de fin d'études en bonne et due forme de la dernière école qu'il avait fréquentée était l'apogée de sa vie. C'est ce que croyaient la plupart des gens, il y a de quoi devenir fou. Ils sortent de l'école et restent bloqués et ne font plus aucun effort. Et s'effondrent, comme on peut bien le dire. [...] L'ensemble des gens ne se donnent du mal, dirait-on, qu'aussi longtemps qu'ils peuvent attendre des diplômes stupides avec lesquels ils peuvent se pavaner en public, lorsqu'ils ont en main un nombre suffisant de ces diplômes stupides, ils se laissent aller.
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WilkinsonWilkinson   25 août 2015
"Nous vivons toujours dans l'erreur que, de même que nous avons évolué, peu importe dans quel sens, les autres évoluent aussi, mais c'est là une erreur, la plupart se sont arrêtés et n'ont absolument pas évolué, ni dans un sens ni dans l'autre, ils ne sont devenus ni meilleurs ni pires, ils sont seulement devenus vieux et, par là, inintéressants au plus haut point. Nous croyons que nous allons être surpris de l'évolution de quelqu'un que nous n'avons pas vu depuis longtemps, mais lorsque nous le revoyons, nous ne sommes tout de même surpris que de ce qu'il n'a absolument pas évolué, qu'il a seulement vingt ans de plus et qu'au lieu d'être bien bâti, il a à présent une grosse bedaine et de grosses bagues de mauvais goût à ses doigts boudinés qui jadis nous semblaient très beaux. Nous croyons que nous pourrons parler d'un tas de choses avec l'un ou l'autre et nous constatons qu'avec eux tous nous ne pouvons parler de rien du tout. Nous sommes là et nous nous demandons pourquoi, et nous ne trouvons rien à dire sinon qu'il fait un temps comme ci ou comme ça, que la crise politique est comme ci ou comme ça, que le socialisme montre à présent son vrai visage et ainsi de suite. Nous croyons que l'ami d'autrefois est aussi l'ami d'aujourd'hui, mais nous voyons aussitôt notre terrible erreur, très souvent carrément funeste. Avec cette femme-ci tu peux parler de peinture, avec celle-là de poésie, penses-tu, mais ensuite tu es obligé de reconnaître que tu t'es trompé, l'une n'en sait pas plus sur la peinture que l'autre sur la poésie, toutes deux n'ont en réserve que leur bavardage sur la cuisine, comment on fait la soupe de pommes de terre à Vienne et comment on la fait à Innsbruck et combien coûte une paire de chaussures à Merano et la même à Padoue. Tu pouvais si bien parler de mathématiques avec l'un, penses-tu, si bien d'architecture avec l'autre, mais tu constates que la mathématique de l'un, l'architectonique de l'autre se sont embourbées il y a vingt ans dans le marécage de l'adolescence. Tu ne trouves plus de repères, plus de points d'appui, et dès lors tu les choques sans qu'ils sachent pourquoi. Tout d'un coup tu n'es plus rien que celui qui choque, qui les choque continuellement."
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SachenkaSachenka   30 mars 2021
La photographie est en réalité l'art diabolique de notre temps, me suis-je dit, elle nous fait voir pendant des années et des dizaines d'années et la vie durant des visages moqueurs, alors que ces visages moqueurs n'ont existé qu'une seule fois, rien qu'un seul instant sur une photo que nous avons prise sans du tout réfléchir, cédant à une inspiration subite. Et cette inspiration subite a ensuite une influence pour toute la vie, déplorable, et même catastrophique.
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Corboland78Corboland78   06 octobre 2011
Les Autrichiens n’ont pas le moindre goût, en tout cas ils n’en ont plus depuis longtemps, partout où l’on jette les yeux règne le pire mauvais goût. Et quel manque d’intérêt généralisé. Comme si l’unique centre était l’estomac, ai-je dit, et que la tête fût entièrement mise hors circuit. Un peuple si bête ai-je dit, et un pays si merveilleux dont, en revanche, la beauté est inégalable. Une nature à nulle autre pareille et des gens qui se désintéressent à tel point de cette nature. Une si haute culture, si ancienne, ai-je dit, et une si barbare absence de culture aujourd’hui, une inculture catastrophique. Ne parlons même pas de la situation politique déprimante. Quelles abominables créatures détiennent aujourd’hui le pouvoir en Autriche !
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Videos de Thomas Bernhard (8) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Thomas Bernhard
En librairie le 18 août 2021.
Allongée dans le cabinet du Dr Seligman, jambes écartées, une jeune femme se lance dans un monologue absolument délirant. Elle s'adresse au médecin qui s'affaire entre ses cuisses et lui raconte ses fantasmes, ses obsessions, son histoire familiale – elle est née en Allemagne mais a fui sa culture et sa langue maternelles pour s'installer à Londres. Exilée dans ce pays autant que dans son propre corps, ses compagnons de route se nomment désormais M. Shimada (créateur japonais de sex-toys), Jason (son psy, qui doit sagement écouter ses obsessions hitlériennes) et K (un homme marié rencontré dans des toilettes publiques). Entre la découverte d'écureuils comestibles et l'art du sexe oral, entre une mère envahissante et le pyjama du Führer, la jeune femme se débarrasse des conventions pour caresser son rêve le plus fou : retrouver sa liberté – et s'offrir un sexe circoncis. Déjà culte dans de nombreux pays, "Jewish cock" est un roman explosif qui a été applaudi par toute la critique à sa sortie. Dans les pas de Thomas Bernhard, Katharina Volckmer explore la culpabilité allemande, la question du genre, l'asservissement de nos corps et le danger des tabous érigés en barrières morales. Un texte puissant qui annonce la naissance d'une écrivaine majeure.
+ Lire la suite
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