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Bernard Kreiss (Traducteur)
EAN : 9782070385867
192 pages
Éditeur : Gallimard (11/02/1993)
4.17/5   84 notes
Résumé :
Glenn Gould, Wertheimer et le narrateur se sont rencontrés, il y a vingt ans, au Mozarteum de Salzbourg, pour y suivre les cours d'Horowitz. D'emblée, Gould s'est imposé comme musicien génial, tandis que ses deux comparses, écrasés par la personnalité du pianiste, ont perdu toute illusion d'une carrière de virtuose. Le narrateur a lâchement abandonné son Steinway pour la rédaction toujours recommencée d'un ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
ladymuse
  29 novembre 2019


« Quand il était venu en Europe pour suivre les cours de Horowitz, Glenn était déjà le génie et nous, à cette même époque, nous étions déjà les naufragés. »
Publié en 1983, six ans avant la mort de Thomas Bernhard "Le naufragé" est un roman-monologue qui met en scène trois personnages : Glenn Gould, le narrateur et son ami Wertheimer. le génie de Glenn Gould s'impose d'emblée et détourne les deux autres de leur carrière de pianiste virtuose. Aucun des deux ne peut accepter l'idée qu'il ne sera jamais le meilleur. Mais si le narrateur met fin à cette carrière sans regret, donnant son Steinway à la fille du maître d'école, il n'en est pas de même pour Wertheimer qui mettra quinze ans à s'avouer vaincu et vingt ans avant de mettre fin à ses jours.
L'art de Thomas Bernhard consiste à construire son soliloque comme une fugue, telle qu'on la trouve dans les "Variations Goldberg" que jouait Glenn Gould précisément au moment de leur rencontre. Elles sont composées d'un aria, suivi de 30 variations, et de la réitération de l'aria initial).
"Après ces trente variations dans lesquelles Bach emploie tous les moyens imaginables pour partir du même point et pour revenir au même point (chaque variation correspond à une mesure de l'aria), il clôt le cycle par une réitération de l'aria, laissant suggérer que rien n'est achevé." (wikipedia, variations Goldberg)
On trouve une très belle définition de la fugue dans la nouvelle de Carson McCullers, "Celui qui passe", à propos d'un prélude de Bach.
"La première voix de la fugue se détacha d'abord, limpide, solitaire, puis se répéta, mélangée à une seconde voix, et se répéta de nouveau dans une construction savante, où le flot serein , horizontal de la musique se mit à couler avec une majesté tranquille. le thème principal s'enroulait aux deux autres, dans une richesse infinie d'invention, émergeant parfois, parfois submergé, avec la sublime élégance d'une chose qui se sait unique et ne craint pas de se fondre dans un ensemble".
Dans "Le naufragé" l'auteur fait dire à Glenn Gould :"Notre existence consiste à être continuellement contre la nature, et à procéder contre la nature, jusqu'au moment où nous baissons les bras parce que la nature est plus forte que nous qui, par outrecuidance, avons fait de nous-mêmes un produit de l'art. ..." Et puis ceci : "Il haïssait l'idée de n'être qu'un médiateur de musique entre Bach et le Steinway...un jour, c'est lui qui parle, je serai broyé entre Bach d'une part et le Steinway d'autre part...A longueur de vie, j'ai peur d'être broyé entre Bach et le Steinway...L'Idéal serait que je sois Steinway, je pourrais me passer de Glenn Gould, dit-il, en étant Steinway, je pourrais rendre Glenn Gould superflu...Glenn Steinway, Steinway Glenn, uniquement pour Bach".
C'est un peu comme si la misère de notre vie venait de notre impossibilité à coïncider avec nous-mêmes.
Après avoir donné seulement 34 concerts, Glenn Gould a choisi de se retrancher du monde pour se consacrer uniquement à son art. le même choix conduira le "sombreur", comme Glenn Gould appelle Wertheimer, à l'auto-destruction finale
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Commenter  J’apprécie          80
Edouard22
  05 septembre 2021
Tels des papillons venant griller sur la lampe qui les attire, il est des personnalités attirées tout-à-fait sincèrement par d'autres alors qu'elles n'ont rien à gagner, et même tout à perdre, à les fréquenter. C'est le cas de Wertheimer et du narrateur, pianistes virtuoses de niveau mondial, lorsqu'ils rencontrent et côtoient Glenn Gould au Mozarteum de Salzbourg pour y suivre les cours, excusez du peu, de Vladimir Horowitz, tant la personnalité et le génie de Glenn Gould les impressionnent et les écrasent, tout talentueux qu'ils soient.
L'un, Wertheimer, en a abandonné sa carrière de pianiste pour se lancer dans de vagues études de sociologie, avant de déprimer et de se suicider, et l'autre, le narrateur, a pratiquement donné son magnifique piano à queue Steinway dans une famille où il savait qu'il serait massacré et, déprimé également, s'est lancé dans l'écriture d'un ouvrage jamais terminé et toujours recommencé sur Glenn Gould.
Le narrateur nous raconte ces processus sur vingt ans avec un verbe ininterrompu de deux paragraphes, presque logorrhéique, mais sur un mode mélancolique et dépressif, émaillé cependant de passages très drôles, souvent très critiques sur Salzbourg, l'Autriche et les Autrichiens. On a affaire ici au flux de pensée du narrateur, qui tourne même souvent au ressassement, où ce dernier se paie même le luxe d'encastrer celui, supposé, de Wertheimer.
Curieusement, et c'est là peut-être le génie de Thomas Bernhard, le tout est d'une extraordinaire fluidité et simplicité et s'avère même extrêmement agréable à lire, la traduction de Bernard Kreiss y aidant sans doute. En prime, dans cet ouvrage de 1983 nous profitons aussi d'un portait en creux de Glenn Gould, effectivement génial et mondialement connu pour son interprétation des Variations Goldberg.
Au final très belle découverte que celle de Thomas Bernhard !
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Marti94
  27 novembre 2013
C'est un livre très surprenant. En lisant, j'ai eu du mal à savoir si j'adorais ou détestais. Pourtant, j'ai été attirée comme dans un tourbillon de mots; c'est le signe que Thomas Bernhard a une écriture magnifique même si sa misanthropie est parfois dérangeante. Je ne regrette pas les conseils du Masque sur l'oeuvre de Thomas Bernhard reconnu comme un auteur culte de la littérature de langue allemande.
Thomas Bernhard relate les destins croisés de trois pianistes, anciens élèves du célèbre Horowitz. Incarnant la parole de l'un d'entre eux, le narrateur dessine le portrait du génial et écrasant Glenn Gould et raconte comment Wertheimer, l'ami malheureux et jaloux, sombre dans la folie et finit par se suicider. Trouvant refuge dans l'écriture et la philosophie, le témoin du naufrage fait figure de seul rescapé de l'échec.
Lu en août 2010
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chartel
  13 juin 2015
Il est bien question d'un naufragé dans ce roman étonnant de Thomas Bernhard où un narrateur soliloque sur près de 200 pages? C'est justement le narrateur lui-même, le seul encore en vie, passé la cinquantaine, d'un groupe de trois hommes qui se sont rencontrés au Mozarteum de Salzbourg pour suivre les cours de piano d'un certain Horowitz (rien de moins!). le narrateur se retrouve donc seul sur la grève, abandonné par Wertheimer le suicidé et Glenn Gould (rien de moins!) mort soudainement d'une congestion cérébrale. Leur disparition l'amène à réfléchir sur sa destinée, sur son passé, sur la musique et sa place dans un monde peu avenant qui pousse au découragement. L'éditeur nous dit que le naufragé est Wertheimer, appelé ironiquement le sombreur par Glenn Gould. Mais un naufragé est pour moi un survivant. C'est celui qui a résisté (peut-être malgré lui) aux assauts d'une vie implacable. Wertheimer a coulé, tout comme Glenn Gould avait coulé avant lui, montrant que le génie ne protège pas du désespoir.
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nathlie93100
  04 mars 2021
C'est la première fois que je lis un roman de Thomas Bernhard en entier. Avant de tenter le coup avec celui-ci, je n'avais entendu que des extraits de Mes Prix littéraires et lu des extraits éparpillés. Découvrir un peu mieux la plume de cet auteur a été un pur régal.
Le Naufragé, qui se veut initialement une biographie de Glenn Gould et de son génie, se révèle être avant tout la grande amitié qui unit les 3 protagonistes du roman : Glenn Gould, la narrateur et Wertheimer, le sombreur, et, peut-être, véritable naufragé de cette histoire.
Tout au long du long monologue interne du narrateur, Glenn Gould laisse peu à peu sa place et est éclipsé par Wertheimer, cet ami dépressif, fasciné et écrasé par par le génie artistique de Gould. Si la rencontre avec cet homme aura donné un sens à la vie du narrateur, ce ne sera pas le cas de Wertheimer qui, lui, se laissera sombrer face à ce génie.
Pour parler rapidement du style d'écriture de Thomas Bernhard, celui-ci est très particulier mais au combien génial ! Tenir ce long monologue interne sur 200 pages demande une certaine maîtrise de la langue et des idées. En effet, ce petit livre ne contient aucun temps mort : pas de paragraphes, ni de chapitres, uniquement du texte au kilomètre nous livrant les pensées profondes du narrateur, avec une certaine forme d'humour toujours présente. Un joli tour de force pour un roman étonnant.
Au travers de ce roman, Thomas Bernhard ne fait pas que saluer le génie de Glenn Gould, il interroge surtout la société autrichienne dans laquelle il a vécu sa vie durant et n'hésite à ponctuer le récit de nombreuses critiques, notamment sur la bourgeoisie. En effet, les trois personnages sont tous issus de la bourgeoisie autrichienne et canadienne et Thomas Bernhard nous offre trois parcours et destins très différents.
Le Naufragé aura donc été une excellente découverte. Un réel plaisir de découvrir la jeunesse de Glenn Gould au travers de ces différents personnages, qui auront partagé un bout de sa vie. Je me laisserais bien tenter par un autre de ses ouvrages quand j'en aurais l'occasion.
Lien : https://reveuseeveilleeblog...
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Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
brigetounbrigetoun   31 mars 2010
Beaucoup se suicident dans leur cinquante et unième année, pensai-je........ Très souvent, la cause en est la honte que, passé cinquante ans, le quinquagénaire éprouve, précisément pour avoir franchi cette limite. Car cinquante ans, c'est amplement suffisant, pensai-je. Nous tombons dans la vulgarité quand nous passons la cinquantaine et continuons néanmoins à vivre, à exister. Nous sommes assez lâches pour aller jusqu'à la limite, pensai-je...
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brigetounbrigetoun   31 mars 2010
Le fait est que si j'allais chez Wertheimer à Traich, c'était uniquement pour le détruire, pour le déranger et le détruire, et Wertheimer, inversement, n'avait aucune autre raison de venir chez moi ; en allant à Traich, je n'avais d'autre but que de me détourner de mon effroyable misère spirituelle et de déranger Wertheimer, échanger des souvenirs de jeunesse, pensai-je, devant une tasse de thé, et toujours Glenn Gould comme centre, non pas Glenn, mais Glenn Gould qui nous a détruit tous les deux, pensai-je.
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PilingPiling   23 août 2010
Au fond, nous voulons être piano, dit-il, non pas homme mais piano, nous fuyons l'homme que nous sommes pour devenir entièrement piano, et pourtant cela échoue nécessairement, et pourtant nous ne voulons pas y croire, c'est lui qui parle. L'interprète au piano (il ne disait jamais pianiste !) est celui qui veut être piano, et je me dis d'ailleurs chaque jour, au réveil, que je veux être le Steinway, non point l'homme qui joue sur le Steinway, c'est le Steinway lui-même que je veux être. Parfois nous sommes proches de cet idéal, dit-il, très proches, spécialement quand nous croyons que nous sommes d'ores et déjà fous, quasiment sur le chemin de cette démence que nous craignions plus que tout au monde.
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brigetounbrigetoun   31 mars 2010
Et je n'étais moi-même pas exempt de haine envers Glenn, pensai-je, je haïssais Glenn à tout moment, en même temps je l'aimais avec la plus extrême conséquence. Rien de plus effrayant, en effet, que de rencontrer un homme si grand que sa grandeur nous annihile et de devoir assister à ce processus et de devoir le subir, et aussi, finalement et au bout du compte, de devoir l'accepter alors même que nous ne croyons pas véritablement à un tel processus, toujours pas, jusqu'à ce qu'il se soit imposé à nous comme un fait incontournable, pensai-je, au moment où il est trop tard pour nous.
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Wertheimer05Wertheimer05   05 janvier 2014
Tous nos propos sont aberrants, peu importe ce que nous disons, c'est aberrant, et toute notre vie n'est qu'une unique aberration. Cela, je l'ai compris tôt, à peine ai-je commencé à penser que j'ai compris cela, nous ne tenons que des propos aberrants, tout ce que nous disons est aberrant, de même d'ailleurs que ce qui se dit en général, on n'a dit sur cette terre que des choses aberrantes jusqu'à présent, et on n'a effectivement et naturellement écrit que des choses aberrantes, parce que ça ne peut pas être autre chose qu'aberration, comme l'histoire le prouve.
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Videos de Thomas Bernhard (8) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Thomas Bernhard
En librairie le 18 août 2021.
Allongée dans le cabinet du Dr Seligman, jambes écartées, une jeune femme se lance dans un monologue absolument délirant. Elle s'adresse au médecin qui s'affaire entre ses cuisses et lui raconte ses fantasmes, ses obsessions, son histoire familiale – elle est née en Allemagne mais a fui sa culture et sa langue maternelles pour s'installer à Londres. Exilée dans ce pays autant que dans son propre corps, ses compagnons de route se nomment désormais M. Shimada (créateur japonais de sex-toys), Jason (son psy, qui doit sagement écouter ses obsessions hitlériennes) et K (un homme marié rencontré dans des toilettes publiques). Entre la découverte d'écureuils comestibles et l'art du sexe oral, entre une mère envahissante et le pyjama du Führer, la jeune femme se débarrasse des conventions pour caresser son rêve le plus fou : retrouver sa liberté – et s'offrir un sexe circoncis. Déjà culte dans de nombreux pays, "Jewish cock" est un roman explosif qui a été applaudi par toute la critique à sa sortie. Dans les pas de Thomas Bernhard, Katharina Volckmer explore la culpabilité allemande, la question du genre, l'asservissement de nos corps et le danger des tabous érigés en barrières morales. Un texte puissant qui annonce la naissance d'une écrivaine majeure.
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>Littérature (Belles-lettres)>Littérature des langues germaniques. Allemand>Romans, contes, nouvelles (879)
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