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Albert Kohn (Traducteur)
EAN : 9782070263585
136 pages
Éditeur : Gallimard (02/02/1984)
4.33/5   24 notes
Résumé :
Dans ce quatrième volume de son autobiographie, Thomas Bernhard, après avoir une nouvelle fois songé à s'abandonner à la maladie, reprend néanmoins la lutte. Observateur impitoyable, il témoigne contre l'injustice du destin, la tyrannie et la suffisance des médecins incompétents, l'injustice dans le traitement des malades. Dans ses longues heures d'immobilité il cherche à élucider le mystère de sa personnalité, la part qui revient à ses ancêtres et surtout son père,... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Malaura
  25 juin 2012
La lecture de « Mes prix littéraires » - oeuvre posthume dans laquelle Thomas Bernhard (1931-1989) recensait en neuf nouvelles les distinctions honnies qu'il s'était vu octroyées tout au long de son existence - était un excellent préambule pour découvrir la plume assassine de ce grand écrivain autrichien misanthrope, sarcastique et fin observateur des travers d'une humanité qu'il méprisait et ne se gênait pas de vouer aux gémonies avec autant d'ironie mordante que de justesse d'analyse.
On avait ainsi pu découvrir l'humour noir et virulent d'un écrivain génial que son hypersensibilité avait rendu extrêmement solitaire, atrabilaire et révolté. A cela s'ajoutait l'appréciation de l'écriture singulière, obsédante et névrotique d'une oeuvre principalement autobiographique, qui canalisait une forte propension à l'exécration de l'Autriche, la patrie d'origine de l'auteur, d'une intense réflexion des comportements sociaux, et du récit personnel des diverses étapes de sa propre existence, dont l'écrivain déployait la narration afin d'en extraire à la fois la connaissance de son « moi » profond » et à la fois celle de ses contemporains, qu'il jugeait sans détour, d'une langue vipérine, et ce, pour le plus grand plaisir du lecteur…
Après « L'origine », « La cave » et « le souffle », « le froid – une mise en quarantaine» est le quatrième ouvrage autobiographique de l'auteur, dans la continuité de ses précédentes oeuvres personnelles. Tout en centrant le récit sur lui-même en prenant sa propre personne pour objet d'étude, Thomas Bernhard y reprend son rôle d'observateur intransigeant. Les étapes de sa vie et leurs répercussions sur son psychisme et sur l'évolution de sa pensée font donc office de catalyseurs pour analyser une humanité toujours plus décevante et morose ainsi qu'un « réel » qu'il se fait fort de détester tant il lui semble vain et vide.
Là où « Mes prix littéraires » généraient, sous ses saillies pleines de drôlerie acrimonieuse, une jubilation et une réjouissance qu'alimentait une méchanceté facétieuse, le récit autobiographique « le froid » se présente d'emblée sous un climat plus sombre et douloureux puisqu'il relate la maladie de l'auteur, atteint de tuberculose, et son séjour au sanatorium public de Grafenhof, lieu sinistre s'il en est dans lequel déchéance, désolation et mort règnent avec autant de primauté qu'une Trinité sous l'abside d'une basilique.
Très jeune encore, à peine 18 – 19 ans, Thomas Bernhard, auquel on a diagnostiqué une ombre sur le poumon, se retrouve donc contraint de rejoindre la cohorte des « tubards » de Grafenhof, ces malades en robes de chambre élimées traînant d'un pas lent par les couloirs, leurs crachoirs à la main et leurs feuilles de température sous le bras… « Quelle abomination infâme le créateur a-t-il imaginée ici, quelle forme repoussante de misère humaine ! ».
Témoin de cette monstruosité, de cet état indigne de sous-humanité rejetée définitivement par la société et dont il fait dorénavant partie, le jeune Thomas Bernhard se fait l'observateur impitoyable de ce microcosme hospitalier où l'injustice et l'inégalité des soins sont des plus révoltantes, où les médecins, en sus de révéler leur totale incompétence, font valoir leur suprématie dans une complète immunité, et où les malades, pas le moins solidaires, agissent entre eux avec la plus lamentable bassesse.
Ayant tiré un trait sur ses ambitions artistiques ou professionnelles, ses aspirations d'évolution dans la société désormais au point mort, le jeune adulte, encore aux premiers stades de sa vie, voit pourtant celle-ci se réduire comme peau de chagrin et nul espoir d'horizons nouveaux auxquels se raccrocher. Ajoutons à cela, le désintérêt de sa famille, trop préoccupée par la maladie de sa mère, alors en phase terminale d'un cancer, la mort brutale de son bien-aimé grand-père due en grande partie à une erreur de diagnostic médical, le rejet et la peur qu'inspire autour de soi la tuberculose par ses risques de contagion…On comprendra mieux comment le jeune Bernhard s'abandonne dans un premier temps à la maladie, se vautrant dans cet état de complaisance perverse et morbide qui caractérise le statut de malade.
Et en effet comment ne pas être terrassé, désillusionné, en proie au plus vif désarroi devant l'iniquité de l'existence, qui accorde aux uns et prend aux autres avec la même implacable inflexibilité hasardeuse ? Comment de pas être dégouté par le sort, lorsqu'on a, comme Bernhard, connu dès son plus jeune âge, les relents de décomposition des corps en fin de vie dans un environnement où la maladie à fait son nid aussi douillettement qu'un oiseau sur les bras d'un grand arbre? On en viendrait même à haïr les biens-portant si l'on n'était pas si entièrement concentré par la certitude de la mort rôdant autour de soi…
Le décès du grand-père, l'agonie de la mère, son propre état de poitrinaire…Bernhard a développé depuis toujours « l'A.B.C. de la maladie et du trépas » ainsi qu'un mépris sans borne pour le corps médical et les médecins. Les nombreuses erreurs de diagnostic exercées sur lui-même et sa famille jouent pour beaucoup dans le verdict sans appel que l'auteur assène férocement à cette bande d'incapables pleins de morgue qui ne brillent que par leur affligeante incurie.
Mais l'esprit batailleur de Bernhard reprend le dessus. Ses dons d'observation et d'analyse, sa curiosité et sa méfiance, sa vigilance des soins qu'on lui administre, sa révolte et son rejet, lui permettent d'éprouver quotidiennement le réel et lui confèrent un rôle à part au sein de l'institut. Il est celui qui examine et constate, qui observe et note, qui remarque, qui juge et se rebelle…« cette distance que je prenais, était tout simplement d'une nécessité vitale, c'était seulement ainsi que j'avais la possibilité de sauver mon existence ». Et si pendant plusieurs années son existence est rythmée par les nombreux séjours à Grafenhof, Thomas Bernhard réussit, par sa force de caractère et son tempérament, à sortir vivant de cette antichambre de l'enfer.
Il est surprenant de constater comme le souvenir de cette époque, narrée plus de trente ans plus tard, est encore si vivace dans l'esprit de Bernhard, et encore si épais, si collants, si poisseux, les sentiments acerbes éprouvés en ces temps d'après-guerre où le milieu hospitalier - et notamment les cantonnements des poitrinaires - est des plus insalubres.
Le langage est âpre, amer, mordant ; la critique des docteurs mais aussi des malades est virulente et corrosive ; l'auteur du « Neveu de Wittgenstein », fidèle à lui-même, n'épargne personne, ressassant avec frénésie ses griefs, ses colères et son angoisse existentielle. Une écriture hypnotique et intense, qui s'enroule en regains et répétitions autour de son sujet jusqu'à l'obsession, et qui vous happe, vous mord et vous broie avec autant de férocité qu'un chien enragé.
Ce style obsessionnel, personnel et brocardeur, à la fois dur et éminemment savoureux car empreint d'humour noir, fait de Thomas Bernhard l'un des grands écrivains de langue allemande du XXème siècle.
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Dirlandaise
  05 octobre 2012
Quatrième tome de l'autobiographie de l'auteur. Cette fois, monsieur Bernhard, âgé de dix-huit ans est hospitalisé dans l'établissement pour poitrinaires Grafenhof. Il passe le temps en observant les autres malades et en réfléchissant à ses origines obscures. En effet, il n'a jamais connu son père et lorsqu'il ose aborder le sujet avec sa mère, il se heurte à une hostilité sourde et tenace. Son grand-père lui manque cruellement et bientôt, il devra affronter la perte d'un autre être cher en la personne de sa mère qui se meurt d'un cancer. Son état de santé est inquiétant et il doit subir un pneumopéritoine, intervention toute nouvelle à l'époque. Son univers se réduit donc à sa chambre de malade qu'il partage avec différentes personnes auxquelles il s'attache mais qui lui sont enlevées soit par une guérison miraculeuse ou bien une mort affreuse. le jeune homme se sent de plus en plus seul au monde et son moral vacille. Il décide pourtant de se battre et de s'accrocher à ce qui lui reste de vie malgré toutes les épreuves et les perspectives d'avenir plutôt minces. Sa carrière de chanteur est sérieusement compromise et son certificat de commis d'épicerie ne lui est d'aucune utilité car qui va engager un poitrinaire pour servir la clientèle ? Il découvre « Les démons » de Dostoïevski ainsi que d'autres livres qui lui permettent de tenir le coup.
Un livre magnifiquement écrit, empreint d'une sincérité troublante et une force d'évocation foudroyante. Thomas Bernhard décrit ses souffrances et ses épreuves sans fard et le récit hallucinant de cette période de sa triste vie oscille entre optimisme et désespoir profond. Un homme profondément marqué par ses années de jeunesse et la mort des personnes qui lui servaient de guide et de lumière dans les ténèbres dans lesquelles il se débattait désespérément afin de retrouver un souffle d'air salutaire et salvateur. Un chef-d'oeuvre rien de moins.
« Les couloirs étaient remplis du titillement solennel de douzaines et de douzaines de poumons rongés et du bruit des pantoufles de feutre traînant sur le linoléum abreuvé de phénol. Ici avait lieu une procession qui se terminait à l'aérium, avec une solennité comme je n'en avais constaté jusqu'à présent que dans les enterrements catholiques, tout participant à cette procession portait devant lui son propre ostensoir : le crachoir de verre brun. »
« Toute ma vie je n'ai rien admiré davantage que ceux qui se suicident. Ils me dépassent en tout, ai-je toujours pensé, en tout, je ne veux rien et je suis attaché à la vie, aussi abominable et médiocre soit-elle, aussi répugnante et vile, aussi bas soit son prix et aussi abjecte soit-elle. Au lieu de me tuer, je conclus les compromis les plus répugnants, je m'abaisse au niveau de tout un chacun et je me réfugie dans la mollesse comme dans une fourrure nauséabonde mais qui réchauffe, dans la pitoyable survie ! »
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ay_guadalquivir
  23 juillet 2012
Le froid est le deuxième volet du parcours autobiographique de Thomas Bernhard, après L'origine. A la fin de la guerre qui a laissé l'Autriche médusée, Bernhard rejoint la légion des tubards, atteint d'une affection pulmonaire qui le conduit - entre autres péripéties médicaes - au sanatorium du Grafenhof. Sorte de petite Montagne magique, le froid empreinte pourtant des voies différentes pour trimbaler le héro d'hésitations entre certitude de mourir et envie de vivre. Il en profite pour chercher sa place dans cette cohorte moribonde, et pour y creuser sans cesse le sillon de son origine. Son grand-père, figure tutélaire, son père inconnu, sa mère mourante, telle est l'étrange galerie de ses proches. Ses expériences médicales sont presque risibles -pneumopéritoine par exemple- sauf qu'elles semblent guidées par un dessein qui n'est pas celui de la vie. L'envie de vie, il la retrouvera dans la musique, et dans l'envie elle-même, plus forte que l'aspiration inéluctable du gouffre que produit son environnement.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
ay_guadalquiviray_guadalquivir   12 juin 2012
"Des centaines avaient passé ici leurs affreuses robes de chambre pour les échanger à un moment quelconque qui ne pouvait plus être loin contre les linceuls d'une maison roublarde de fournitures mortuaires en bas de Schwarzach."
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   21 janvier 2017
Seul celui qui est sans pudeur est authentique.
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   21 janvier 2017
L'absurdité est le seul chemin possible.
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LiliGalipetteLiliGalipette   12 août 2011
«Nous abandonnons souvent la partie pour notre confort.»
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   21 janvier 2017
Seul écrit celui qui n'a pas de pudeur.
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Videos de Thomas Bernhard (8) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Thomas Bernhard
En librairie le 18 août 2021.
Allongée dans le cabinet du Dr Seligman, jambes écartées, une jeune femme se lance dans un monologue absolument délirant. Elle s'adresse au médecin qui s'affaire entre ses cuisses et lui raconte ses fantasmes, ses obsessions, son histoire familiale – elle est née en Allemagne mais a fui sa culture et sa langue maternelles pour s'installer à Londres. Exilée dans ce pays autant que dans son propre corps, ses compagnons de route se nomment désormais M. Shimada (créateur japonais de sex-toys), Jason (son psy, qui doit sagement écouter ses obsessions hitlériennes) et K (un homme marié rencontré dans des toilettes publiques). Entre la découverte d'écureuils comestibles et l'art du sexe oral, entre une mère envahissante et le pyjama du Führer, la jeune femme se débarrasse des conventions pour caresser son rêve le plus fou : retrouver sa liberté – et s'offrir un sexe circoncis. Déjà culte dans de nombreux pays, "Jewish cock" est un roman explosif qui a été applaudi par toute la critique à sa sortie. Dans les pas de Thomas Bernhard, Katharina Volckmer explore la culpabilité allemande, la question du genre, l'asservissement de nos corps et le danger des tabous érigés en barrières morales. Un texte puissant qui annonce la naissance d'une écrivaine majeure.
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