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Daniel Mirsky (Traducteur)
EAN : 9782070125517
176 pages
Éditeur : Gallimard (07/05/2010)
3.99/5   61 notes
Résumé :
Sous prétexte de parler de tous les prix littéraires qu’il a reçus, Bernhard se livre, dans ces textes inédits, à ce qu’il fait le mieux : exercer sa détestation. Jurés, organisateurs, notables allemands ou autrichiens, personne n’est épargné par l’humour vengeur d’un auteur hypersensible à la médiocrité. Irrésistiblement méchant et drôle, Bernhard excelle aussi dans l’art de la miniature. Chaque récit est un joyau, et se lit comme une courte nouvelle. Derrière une ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Malaura
  10 octobre 2011
« Mes prix littéraires » semblent être un excellent préambule à l'oeuvre du grand écrivain autrichien Thomas Bernhard (1931-1989) et à la découverte de l'homme misanthrope, atrabilaire et hypersensible qu'était cet auteur génial à la plume assassine.
Thomas Bernhard détestait la médiocrité, abhorrait la bêtise, vomissait les nantis, abominait les bourgeois obséquieux, méprisait les écrivains prétentieux, maudissait les politiciens hypocrites, réprouvait l'Etat autrichien et ne supportait pas la bassesse, les esprits obtus, la superficialité…le monde, l'univers, la vie, la mort…
Avec Thomas Bernhard, il faut aimer le noir. Humour…noir, humeurs…noires, idées…noires…
Mais un noir sarcastique, un noir moqueur, un noir frondeur, caustique et sardonique, d'une féroce drôlerie et d'une impitoyable justesse.
Un homme qui fit de sa détestation la pierre angulaire d'une oeuvre abondante, «Gel », « La cave», « L'origine », « le neveu de Wittgenstein »…aux forts accents autobiographiques.
« Mes prix littéraires », dernier ouvrage du maître autrichien, publié à titre posthume, est donc dans la lignée de ses précédents écrits et fait état des principales récompenses littéraires attribuées à l'écrivain tout au long de son parcours.
En neuf récits qui se lisent comme autant de brèves et délectables nouvelles, l'auteur revient sur ces distinctions « honnies » qu'il s'est vu octroyées.
En littérature, lorsqu'elle est parée de bons mots et de belles phrases, la méchanceté est pure délectation !
Et c'est avec un plaisir jubilatoire que l'on savoure les saillies pleines de fiel et d'acrimonie de cet éreinteur aux mille récriminations.
On sourit, on rit, on s'esclaffe, on exulte…on en veut encore !
La plume de Bernhard égratigne, griffe, mord et déchiquette, dans le même temps qu'elle s'écoule toujours avec une impeccable fluidité et une parfaite élégance.
De la critique acerbe des institutions littéraires, de l'incurie des jurés, de l'inculture des politiciens, de l'impéritie des uns et des autres, Thomas Bernhard n'épargne personne et surtout pas lui-même, en soulignant accablé : « Je devais donc me résigner à recevoir mon prix précisément des mains des gens que j'exécrais le plus. Je m'étais juré de ne jamais plus remettre les pieds dans ce ministère dans lequel l'abrutissement et l'hypocrisie continuaient de régner en maître. » « Tout cela était dégoûtant mais c'était moi-même qui me dégoûtais le plus. »
Et, pourtant, à chaque fois, il y va…dans un sursaut d'incompréhensible faiblesse et surtout, dans un but délibéré d'appât du gain. « J'accepte l'argent car il faut accepter tout argent de l'état » ou bien « si quelqu'un vous propose de l'argent, c'est qu'il en a, il faut le lui prendre ».
Si à force d'exécrer, l'homme devient exécrable - à tel point qu'un journaliste autrichien en vint même à écrire dans un grand quotidien qu'il était « une punaise qu'il fallait exterminer » et qu'un ministre sorti de ses gonds lui sauta à la gorge - le lecteur lui, à l'inverse, en redemande.
C'est que ces neuf récits sont autant de tranches de vie qui, au-delà du prétexte des récompenses, nous font découvrir tout un pan de son existence. Une existence terriblement solitaire pour un homme infiniment anxieux, d'une sensibilité telle qu'il ne peut y faire face que par la diatribe, le blâme ou le reproche. Car tout le touche, le blesse, le vexe, le meurtrit. Un être en définitive extrêmement touchant et émouvant lorsqu'il nous conte ses difficultés à écrire un discours de remerciement, lorsqu'il évoque son attachement à son grand-père, à sa tante ou à son frère, ou bien lorsqu'il nous parle simplement de son amour de l'art et de la littérature ou de son accablement devant l'abrutissement généralisé vers quoi le monde tend ; cette vacuité des choses et des êtres qui le rend tout bonnement malade, plein d'amertume, révolté.
De la même couleur que l'encre avec laquelle il écrit, les textes de Bernhard sont des perles de jais brillant d'un éclat sombre et mat, ils nous font rire mais nous serrent aussi le coeur.
Merci à Babelio et aux éditions Gallimard pour la découverte de ce contempteur de génie au grand talent d'équarrisseur, à la langue vipérine, aux persiflages éloquents, qui a fait de la critique et de la virulence, une arme contre l'indifférence.
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Pirouette0001
  04 janvier 2018
C'est délicieusement iconoclaste et subversif. Thomas Bernhard n'aime pas les prix littéraires, ses lecteurs s'en seraient douté. Pourquoi les a-t-il acceptés ? Pour de sombres raisons financières.
Il est inutile d'avoir déjà lu un de ses romans, même si cela aide sans doute à mieux comprendre le personnage.
Et c'est plutôt amusant de lire le dessous des cartes de l'attribution de prix littéraires, quand bien même il n'est question que de prix allemands ou autrichiens.
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ASAI
  30 septembre 2020
Une autobiographie, une autocritique, et encore plus, car Thomas Bernhard, est inclassable et il le cultive encore dans cet ouvrage.
L'écriture est impeccable. Il raconte d'ailleurs à deux reprises, comment il est insatisfait alors que l'éditeur est prêt, et comment il va reprendre chaque page de son texte. Thomas est un insatisfait, en permanence. Il s'interroge beaucoup. Il ne s'aime pas. Et en même temps il a une forme d'arrogance, de fierté, d'amour-propre, toutes ces choses qu'il dévoile dans ce récit.
Il y décrit aussi son rapport à l'argent délivré par l'obtention des prix littéraires. Il s'interroge sur le rapport entre le cynisme et la moralité, un cynisme et une moralité.
Il a un bel humour, sur à peu près tout. Mais on sent la souffrance du créateur qui a souhaité toute sa vie une reconnaissance pour non pas son oeuvre, mais la valeur de son oeuvre, son apport. On sent son amertume, on sent sa souffrance.
Et pourtant, il n'a jamais perdu ni son humour ni son amour pour quelques échantillons (rares) de l'humanité.
J'ai aimé cette lecture, car Thomas B. sait s'élever des contingences et il sait dire clairement pourquoi.
Et je me répète, sa plume est impeccable.
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ivredelivres
  22 août 2010
Féroce et réjouissant, drôle et méchant, sincère et mensonger, le livre étant tout petit il est bon de lui trouver une grande quantité de qualificatifs.
J'ai lu et parfois aimé, mais pas toujours, Thomas Bernhard, je savais qu'il détestait son pays et que celui-ci le lui rendait bien mais j'étais loin de me douter qu'il a failli être enseveli sous les prix littéraires, parfois à des périodes difficiles de son existence « comme si je venais de tomber sans rémission dans un épouvantable puits sans fond. J'étais persuadé que l'erreur d'avoir placé tout mes espoirs dans la littérature allait m'étouffer »
On découvre ainsi avec un brin de jalousie que nous ne sommes pas les seuls à cultiver les prix, nos voisins ne sont pas avares non plus. Et plus surprenant que chez nous, il arrive que ces prix soient donnés par d'improbables académies, fédérations industrielles, cercles et associations de tous poils.
Parfois la récompense lui semble un peu iméritée « le Président Hunger se leva, rejoignit l'estrade et proclama l'attribution à ma personne du prix Grillparzer. Il lut quelques phrases élogieuses au sujet de mon travail, non sans citer quelques titres de pièces dont j'étais censé être l'auteur, mais que je n'avais pas du tout écrites »
Il fait ainsi de multiples voyages qui sont pour lui l'occasion de voyager au frais de la princesse littérature vers des villes qu'il n'aime pas « le Danube ne cessait de s'étrécir, le paysage ne cessait de s'embellir, avant de redevenir d'un seul coup morne et fade, et me voilà arrivé à Ratisbonne »
Les cérémonies sont l'occasion pour lui de s'offrir un costume neuf ou une magnifique Triumph Herald et pour nous de faire connaissance avec sa tante/compagne qui l'accompagne partout.
Thomas Bernhard fulmine, se moque, se répand dans son allocution en propos hargneux ou inintelligibles et lorsqu'il se voit traité d'« écrivaillon » par une ministre, il quitte simplement la salle mais ...empoche le prix et en fait très bon usage.
Vous me direz il y a un côté « je crache dans la soupe » oui mais c'est avec un tel talent et un tel humour, les situations racontées sont tellement drôles ou tellement choquantes qu'on y résiste pas même si tous les récits ne se valent pas.
Lien : http://asautsetagambades.hau..
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AmandineMM
  12 octobre 2011
Assez décevant : la présentation de l'éditeur annonce des récits mordants et vengeurs, mais je n'en ai trouvé que d'assez fades, ou plutôt exerçant beaucoup moins de détestation que je ne l'attendais de ce livre.
Chacun des neuf prix littéraires fait l'objet d'une petite nouvelle pour raconter son déroulement et, parfois, son avant – la recherche d'un costume ou d'un discours, le dilemme pour décider s'il faut accepter ce prix ou non – et son après, comme ce qu'il a fait de l'argent reçu avec ce prix (voyages, voiture, etc.) Étant donné le mépris clairement proclamé par Bernhard pour les prix et les institutions littéraires, je pensais pouvoir m'attendre à une certaine justification de cette haine, à un exposé des motifs qui ont causé celle-ci, mais ils sont assez peu présents. Bien sûr, il y a toutes les erreurs – tout à fait grossières et inimaginables pour les profanes que nous sommes – commises lors des discours de ces cérémonies (inversion du sexe des deux écrivains récompensés, biographies et bibliographies erronées, notamment) et la condescendance des jurés et responsables du prix, mais c'est d'après moi bien mince : emblématique de la méconnaissance des écrivains récompensés par les responsables même de ces prix, mais mince.
Ce qui m'a également déçue, c'est la redondance générale de ce livre : autant d'une nouvelle à l'autre qu'à l'intérieur même de celles-ci. le déroulement des prix littéraires et les raisonnements de Bernhard (je méprise tous ces gens, mais j'accepte tout de même le prix pour l'argent, car j'en manque actuellement cruellement) se suivent et se ressemblent dans leur structure. de plus, à l'intérieur même de ces récits, la même idée est souvent répétée plusieurs fois, comme si l'écriture suivait le fil des pensées de l'écrivain. J'ignore si ce style redondant interne est dû à la traduction ou s'il m'aurait fait le même effet en langue originale, mais il m'a déplu.
C'est pour ces deux raisons principales que je me suis davantage intéressée aux discours prononcés lors de certains prix littéraires, insérés à la fin du recueil. Ils constituent une bonne illustration des propos précédents et énoncent des idées tout à fait intéressantes (celle selon laquelle, après la guerre, les gens du 20e siècle ne vivent plus, mais existent, m'a particulièrement intéressée par exemple).
Lien : http://minoualu.blogspot.com..
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
MalauraMalaura   10 octobre 2011
Depuis des années je m'interrogeais sur le sens de cette Académie, et toujours j'en revenais à me dire qu'un tel sens ne saurait procéder de ce qu'une assemblée, qui en fin de compte n'a été fondée que pour servir froidement le narcissisme de ses vaniteux membres, se réunisse deux fois par an pour s'auto-encenser et, après le bénéfice d'un voyage luxueux aux frais de l'Etat, goûter dans des établissements renommés à de de la bonne cuisine bourgeoise et à de la bonne boisson, tout cela pour tourner pendant près d'une semaine autour du pot de sa bouillie littéraire fade et faisandée.
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MalauraMalaura   10 octobre 2011
Quand les gens me demandaient qui avait déjà reçu ce Grand Prix, je disais à chaque fois : que des trous du cul, et quand ils me demandaient de citer ces trous du cul, je leur citais toute une série de trous du cul, qui leur étaient tous inconnus; ces trous du cul n'étaient connu que de moi !..
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MalauraMalaura   10 octobre 2011
L'Académie envoie automatiquement, en cas de décès de l'un de ses membres, un avis mortuaire bordé de noir. Avec un peu de chance je vivrai assez longtemps pour recevoir de sa part un avis de décès non d'un de ses honorables membres, mais de l'institution elle-même.
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ASAIASAI   01 octobre 2020
Peu de temps après je m'étais retrouvé au Café Museum avec Gerhard Fritsch, qui jusque-là avait compté au nombre de mes amis, à la table même où Robert Musil avait coutume de s'installer, et je lui avais demandé s'il entendait, après cette ignominie de la part de la fédération des industriels, protester contre leurs façons de faire, démissionner du jury et mettre à disposition son fauteuil. Mais Fritsch n'avait l'intention ni de protester ni de démissionner du jury. Il avait trois femmes aux besoins desquelles il devait subvenir, m'expliquait-il, avec la ribambelle d'enfants qui allait avec, il ne pouvait donc se permettre de se livrer à un acte de protestation qui à moi me paraissait évident, ni de démissionner du jury du prix Widgans, démarche qui me paraissait tout aussi évidente. Lui, le père d'enfants multiples et le soutien de trois femmes extrêmement dispendieuses, m'accabla de jérémiades et me supplia de tenir compte de sa situation sur un ton qui me répugna profondément. Le pauvre homme, inconséquent, lamentable, pitoyable. Peu après cette entrevue Fritsch s'est pendu à un crochet au-dessus de la porte d'entrée de son appartement, le gâchis qu'était sa vie avait fini par le dépasser et l'avait réduit à néant.
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ASAIASAI   01 octobre 2020
Comme je déteste ces villes moyennes avec leurs célèbres monuments qui les défigurent, sans que la population n'y trouve jamais rien à redire ! Les églises et les ruelles étroites, dans lesquelles végètent des êtres humains chaque jour plus bornés. Salzbourg, Augsbourg, Ratisbonne, Wurtzbourg, je les déteste toutes, parce qu'elles servent d'écrin séculaire à l'abrutissement.
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Videos de Thomas Bernhard (9) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Thomas Bernhard
Introduction par Ute Weinmann & Dieter Hornig, co-directeurs du Cahier de L'Herne Bernhard
« Rayonner ! Non seulement mondialement, mais universellement. Chaque mot dans le mille. Chaque chapitre une mise en accusation du monde. » Thomas Bernhard
On croit connaître Thomas Bernhard : romancier, dramaturge, imprécateur, immense écrivain du refus, du « contre ». Mais depuis sa mort en février 1989, de nouvelles approches de l'homme et de l'oeuvre se sont ouvertes grâce aux archives, et à l'édition des oeuvres complètes, contenant non seulement la prose et le théâtre, mais aussi les premiers textes journalistiques, les poèmes et les entretiens. S'y ajoute la publication de la correspondance avec son éditeur S. Unseld, directeur de la maison Suhrkamp. Tout ce corpus confirme que le rayonnement de son écriture et de sa posture n'a cessé de croître. La publication d'un Cahier de l'Herne Bernhard offre la possibilité d'explorer ces nouvelles pistes, d'éclairer la genèse de cette écriture et de prendre la mesure de son importance dans le monde actuel.
Avec le soutien du Forum Culturel Autrichien & Agora-CYU-Université Paris Cergy
À lire – aux éditions de L'Herne, 2021 : Cahier de l'Herne Thomas Bernhard, (dirigé par Dieter Hornig et Ute Weinmann) – Thomas Bernhard, L'Italien (suivi de À la lisière des arbres et Kulterer).
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