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EAN : 9782373852295
339 pages
Les éditions du Sonneur (18/03/2021)
4.04/5   38 notes
Résumé :
Septembre 1872 : la Danaé accoste en Nouvelle-Calédonie. À son bord, des communards envoyés expier de l’autre côté de la Terre leur désir d’une société plus juste. L’un de ces déportés, Étienne Delandre, nous fait le récit de leur lutte pour s’acclimater à ce bout d’ailleurs et pour surmonter dans cette prison à ciel ouvert, au milieu d’une nature saisissante et brutale, l’exil, le dénuement et l’oubli.
En butte à une administration pénitentiaire intrai... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Étienne Delandre, communard déporté en Nouvelle-Calédonie, raconte son exil : l'administration pénitentiaire et la société coloniale, ses compagnons de lutte, comme lui « envoyés expier de l'autre côté de la Terre leur désir d'une société plus juste », leur dénuement dans cette prison à ciel ouvert.
Il relate le long et pénible voyage de vingt-et-une semaines sur la Danaé, l'arrivée et la découverte de l'archipel, l'installation et les années qui passent sans laisser espérer d'issue, jusqu'à la grâce qu'il refusera, puis, enfin, l'amnistie.
(...)
Sandrine Berthet évoque un aspect rarement abordé de la Commune de Paris. Cette reconstitution sous forme romanesque de la vie en déportation lui permet de présenter une vaste galerie de caractères, acteurs et actrices aux convictions et aux personnalités variées. Ses descriptions des paysages et du climat de l'île sont certainement nourries par ses propres souvenirs puisqu'elle même a grandi en Nouvelle-Calédonie. Une belle fresque qui prend le temps de laisser ses personnages s'exprimer.

Article complet sur le blog :
Lien : https://bibliothequefahrenhe..
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En 1872, bon nombre de communards sont envoyés en Nouvelle-Calédonie pour expier leur rébellion.
Il leur faudra y passer dix ans avant d'être amnistiés.
Le dénuement, la folie, la mort parfois
Parmi eux, Louise Michel.
Des conditions de vie très dures, un climat sans pitié, des gardiens inflexibles et cruels.
Et puis, la révolte des canaques colonisés.
Tout un pan d'Histoire que j'ignorais.
Des noms et des situations réels, mais racontés par un personnage de fiction, Etienne Delandre.
C'est un livre incroyablement bien écrit, qui parle de tous ces hommes, mais aussi des paysages et de la flore de Nouvelle-Calédonie.
L'auteure a parfaitement réussi à nous faire vivre ces moments incroyables qui méritent d'être connus de ceux qui, comme moi, les ignoraient.
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Ce qui m'a donné le plus envie de lire ce livre, c'était la perspective d'y glaner quelques évocations de la déportation en Nouvelle Calédonie de Louise Michel après sa condamnation pour son rôle dans l'Insurrection de la Commune de Paris. Cette femme, qui pourrait presque incarner à elle seule toute la révolte et tous les idéaux qui ont permis à la France de l'époque de finalement réussir à s'arracher à son passé monarchique, est aussi une source d'inspiration inépuisable pour les générations qui ont hérité de cette émancipation sans avoir eu à la conquérir.

A ma grande joie, Jetés aux ténèbres s'ouvre sur un cri du coeur de Victor Hugo, dont j'aime penser qu'il pourrait aussi se lire comme un résumé succinct de la vie de Louise Michel et du ressort de son action politique, tant il colle avec l'intensité de son individualité.

Contre toute attente, je découvre juste après cette citation que le héros du roman est, tout à l'opposé, un jeune ingénieur centralien qui semble un peu tombé là par hasard et qui doit en grande partie sa survie mentale aux colis et lettres que lui envoient ses parents tout au long de cette terrifiante et interminable déportation à l'autre bout du monde.

Le récit confirme que les conditions inhumaines de cette tragique déportation n'ont pas donné d'autres choix aux Communards que le mode survie. Néanmoins, la perspective historique et l'aventure romanesque offrent la possibilité d'une belle réflexion sur les thèmes de l'exil et de la confrontation à la part d'illusion inhérente aux idéaux.

Quant aux évocations de Louise Michel au fil du roman, ma représentation du personnage historique s'en est trouvée enrichie, à ma grande satisfaction. Je recommande cette oeuvre qui relie brillamment l'expérience de la déportation à son contexte, dans une Nouvelle Calédonie en proie aux violences de la colonisation, à ses débuts.
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1871, face aux armées de Bismarck le peuple de Paris refuse la défaite, s'organise en communes et tente pendant deux mois une expérience de démocratie directe dans la capitale. La réponse ne se fait point attendre et la répression est violente et sévère. Les conseils de guerre statuent alors sur le sort des participants aux combats. Une partie est condamnée à la déportation en Nouvelle-Calédonie.
A partir de récits personnels, de documents historiques, Sandrine Berthet recrée la vie des déportés de la Commune de Paris en nouvelle Calédonie. Son style clair et sans fioritures contribue à nous faire participer au quotidien des déportés, à leurs aspirations et leurs déceptions face à la réalité d'une terre aride et d'une existence réduite et privée de toute occupation significative, avec pour seul espoir celui d'une amnistie, qui ne viendra qu'après dix ans d'exil. Son personnage principal, Étienne Delandre, ancien élève-ingénieur trouve cependant des points d'ancrage dans le dessin, les lettres échangées avec sa famille et les emplois qu'il trouve dans la société calédonienne après avoir purgé cinq ans de peine.
Le voyage des déportés à fond de cale, leur arrivée à Nouméa, leurs années de solitude dans une nature sauvage et ennemie, les souvenirs de leur lutte pour une société plus juste, de la répression qui a suivi, ainsi que la description d'une société coloniale organisée en strates autour du profit, la révolte des Canaques indigènes, tous ces éléments concourent à livrer une part d'histoire inconnue de la plupart.
Un premier roman très prometteur et c'est avec intérêt que je suivrai la carrière littéraire de Sandrine Berthet.
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1872, le navire La Danae accoste en Nouvelle-Calédonie pour y échouer des communards, envoyés en exil à l'autre bout du monde. Ils rêvaient de la Republique, d'une société plus juste et égalitaire, se sont battus sur les barricades... pour être « jetés aux ténèbres » sur ce bout de terre aux antipodes. J'ai été totalement embarqué par ce roman et cette page d'histoire que je ne connaissais absolument pas. (Il faut dire que je n'ai jamais étudié le 19eme siècle en histoire. Par un curieux miracle, mes profs d'histoire en se succédant passaient allègrement de la révolution à la première guerre mondiale.) J'ai beaucoup aimé le voyage pénible et saisissant, la découverte de ce nouveau monde, ou plutôt de cette prison à ciel ouvert; ces personnages d'origines sociales si différentes, qui rêvaient des mêmes idéaux à Paris, et qui ont été volontairement oubliés à l'autre bout du monde. Leurs rêves trahis, mais l'espoir tenace. L'attente interminable d'une amnistie, qui serait tellement plus qu'une grâce... j'ai énormément appris pendant cette lecture, et surtout avec beaucoup de plaisir.
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Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
Nous avons voulu les mettre en application, nos idées de démocratie directe, d'égalité, de justice, et elles ont fait pisser dans leur froc tous ceux qui ont un nom, un avoir, une position. Ils ont vu quoi pendant les deux mois qu’a duré la commune ? Des manants qui commencent réellement à mettre une dérouillée à l'ordre des choses. Des gibiers de famine, des incultes, des athées qui s'octroient les responsabilités de la cité. Songe un peu à l’effet ! Nous leur avons fichu la peur de leur vie. Comment auraient-il pu ne pas nous en vouloir à mort, de cette peur qu'on aura flanquée ? Alors, dès qu'ils ont pris le dessus, ils ont eu en point de mire notre extermination méticuleuse, systématique, totale. 
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Chaque jour en montant sur le pont, j’espère découvrir une preuve qu’on en a bientôt fini avec l’océan Austral. Mais aujourd’hui le froid est toujours aussi vif et le vent semble aimanter les albatros, qui ont remplacé depuis longtemps les poissons volants des mers chaudes dans notre sillage. Ces volatiles sont prodigieux. Ce n’est pas tant leurs larges ailes qui impressionnent, mais leur manière de cheminer à travers ce temps d’apocalypse. Ils ont l’air de se jouer des rafales et de la houle, ils volent au-dessus de la vague, la longent au ras des flots, partent en chandelle, remontent au-dessus de la crête et recommencent cette danse encore et encore. Ils semblent goûter notre compagnie – ils ne doivent pas croiser grand monde dans ces parages. Ils ne se doutent pas du sort qui les attend.
Car les marins les apprécient beaucoup eux aussi : empaillés, ils se négocient très cher. Les bestioles sont facilement appâtées par un morceau de lard au bout d’un hameçon. Une fois attrapé, l’animal est suspendu par les pattes et entame une longue agonie. Les matelots en ont massacré plus de trois cents en deux semaines.
Il a fallu moins de temps au gouvernement pour régler leur compte à plus de vingt-cinq mille communards, femmes, enfants, vieillards et autres innocents compris. Vingt-cinq mille exécutions sommaires – ou trente mille, ou plus, on ne sait pas et à coup sûr, on ne saura jamais. (pp.72-73)
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Je commence à penser que c’est la méthode de la Pénitenciaire, cette misère matérielle dans laquelle on nous a jetés : on veut nous maintenir dans un état de survie permanent pour que notre horizon soit borné aux besoins les plus primitifs – réussir à faire cuire la pitance pour qu’elle soit comestible, trouver comment manger à sa faim, se construire un abri qui nous protège de la pluie et du soleil, qui nous permette de dormir. Ainsi plus de temps et surtout plus de volonté pour réfléchir, pour penser au monde qu’on voudrait forger, pour songer à la manière de le changer.
Je pourrais me laisser aller et être terrifié par cette idée. Mais ils ne m’auront pas aussi facilement ! Je compte bien me défendre, je ne rendrai pas les armes. Je veux rentrer en France aussi vivant que j’en suis parti. Je le veux, et j’ai confiance : j’en suis capable, je tiendrai bon. Il le faut. (p.116)
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La multitude qui crie, qui est furieuse et soudain heureuse quand Gambetta déclare la déchéance de l'Empereur, et la vie qui se gonfle comme sous l'effet d'une bourrasque, et éclate en entendant la proclamation de la République. 4 septembre 1870, Troisième République française, 4 septembre 1870 et j'ai vingt ans.
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Et je lui raconte la défaite de Bonaparte à Sedan, l'humiliation couronnée par sa capture par les Prussiens et, une fois la nouvelle parvenue à Paris, la foule qui afflue vers le centre de la capitale, qui descend des quartiers populaires de l'est de la ville, les ruisseaux humains qui débordent de partout et se rejoignent pour inonder la place de l'hôtel de ville.
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