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Critique de Arakasi


Arakasi
  11 octobre 2016
Nous sommes en décembre 1642 et le cardinal de Richelieu est à l'agonie. Il est au désespoir à l'idée que sa grande oeuvre – abattre l'hégémonie espagnole et réduire la noblesse française à l'obéissance – restera inachevée. Sur qui comptait pour achever le chemin parcouru ? Un roi faible et condamné à court terme ? Une reine à moitié espagnole et gagnée aux partis dévots ? Un héritier encore au berceau ? A l'un de ses proches, il aurait confié sur son lit de mort : « Je ne connais qu'un seul homme capable de me succéder. Encore est-il étranger… »

Cet homme se nomme Giulio Mazarini. Arrivé en France depuis quelques années, il a déjà fait ses preuves en diplomatie en tant qu'agent du Saint Père. Sa redoutable efficacité lui a conquis la confiance de Richelieu, sa chaleur et son humanité le coeur de Louis XIII et d'Anne d'Autriche. Ses multiples qualités ne contrebalancent pourtant pas aux yeux de l'aristocratie française ses deux grands tords : il est italien et plébéien. Quand il accède au conseil du roi à la mort de Richelieu, pas un membre de la cour n'est prêt à parier sur sa survie politique. On se frotte déjà les mains dans l'attente de la mort de Louis XIII et du chaos qui s'en suivra, chaos plein de promesses pour qui saura bien mener sa barque et arracher le maximum de charges et de richesses à la pauvre régente.

Surprise ! Loin de renvoyer Mazarin à la mort de son époux, Anne d'Autriche en fait son premier ministre. Encore une fois, on grommelle dans les rangs de la noblesse. Ce petit cardinal ne durera pas… Il sera forcément remplacé par un autre favori, un noble, un vrai, un français ! Mais Mazarin durera, malgré les grondements de la Fronde et les canons espagnols.Il durera, luttera, prospérera jusqu'à devenir l'un des plus puissants hommes d'état de son temps – plus puissant même que le terrible Richelieu ! – et finira sa vie riche à millions et à la tête d'un royaume prospère et apaisée.

Mais, me demandez-vous, si Mazarin était un si grand personnage pour quoi en entendons-nous si peu parler ? C'est que les grands hommes ont deux batailles à mener, l'une contre leurs contemporains, l'autre contre l'historiographie, et si Mazarin s'est tiré avec les honneurs de la première, il a perdu la seconde. Ecorché vif par les beaux esprits de la Fronde, ridiculisé par les mémorialistes dévots, il a laissé dans l'imaginaire collectif l'image d'un valet de comédie italienne, petit, mesquin, avare et veule. Et c'est grand dommage… Car une fois débarrassé de sa boue par la plume alerte et cultivé de Simone Bertière, le sieur Mazarini s'avère de compagnie tout à fait recommandable, celle d'un homme brillant, moderne, cultivé, loyal et plus digne de la reconnaissance du peuple français que ne le furent ses féroces détracteurs.

Simone Bertière est-elle tombée amoureuse de son sujet ? Un peu probablement et nul doute qu'elle a pris à coeur la défense de cette victime de l'Histoire, si injustement mal-aimée. Mais c'est qu'il ne manque pas de charme ce petit italien avec son intelligence si vive et son humanité si chaleureuse… Et je dois m'avouer moi aussi séduite, car j'ai toujours eu un faible pour l'extrême compétence, surtout quand elle est tempérée d'humour et d'auto-dérision. J'aime Mazarin pour les mêmes raisons que j'adorais Ulysse étant adolescente : car il est infiniment plus malin que tous les autres et qu'il a su prouver que la persévérance, le génie et la gouille valaient plus que toute la richesse, la morgue et le sang bleu du monde ! J'aimerai aussi toujours Alexandre Dumas. J'ai ri aux larmes et rirai sans doute encore aux bouffonneries du « tricheur italien » dans « Vingt ans après », mais au fond de moi, une petite partie de mon esprit ne pourra pas s'empêcher de sautiller d'indignation et se secouer le poing en hurlant « Calooooomnies ! »
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