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ISBN : 2350210537
Éditeur : Naïve (07/08/2006)

Note moyenne : 3.7/5 (sur 10 notes)
Résumé :

Trois personnages - un vendeur de bibles, un flic et un producteur de rap - relatent leur rencontre avec Johnny Cash, chanteur de country devenu sur le tard icône du rock, dessinant en creux le portrait d'un Américain type, étranger radicalement et fascinant - Johnny Cash comme un microclimat ou un idiotisme : se droguant pour d'autres raisons que nos drogués à nous ; priant d'une autre façon que nous ; épousant des femm... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (3) Ajouter une critique
Charybde7
  16 mars 2015
Retravaillée et rééditée chez Hélium en 2015, cette biographie romancée de Johnny Cash, initialement publiée en 2006 chez Naïve retrace le parcours d'un homme marqué par la culpabilité, la violence, la religion et le désir d'une rédemption hors de portée, en trois moments et trois lieux, et par la voix de trois témoins fascinés par l'homme et par le mythe.
1954 : Johnny Cash, qui n'est encore que John R. Cash, participe à un séminaire de formation à la vente au porte-à-porte. le premier narrateur, vendeur de bibles, entraîné dans un tour des cérémonies religieuses par Cash, est impressionné par sa présence physique, et, de fait, c'est autant par sa carrière que par son corps et ses angoisses intérieures qu'Arno Bertina nous fait vivre les métamorphoses de cet homme qui va devenir un mythe américain.
«Il n'est pas indolent c'est autre chose ; je vois une force contenue. Sa peau est celle de son âge, mais cette espère de puissance a quelque chose de félin qui efface la jeunesse du corps. Cette force ne va pas l'emporter, ce qui la contient est impossible à bouger.»
1965, changement de décennie et d'époque : L'homme a endossé la peau de Johnny Cash et les maux qui vont avec, abîmé jusqu'au plus profond par l'abus d'alcool, de barbituriques et d'amphétamines. En garde à vue pour détention de drogue, le policier admirateur du chanteur de country qui passe la nuit à ses côtés témoigne d'un mythe transformé en ombre.
«J'ai de l'amour pour ce type dont je ne connais que les chansons. Ce soir il est devant moi et tous ces ragots prennent corps. Sur la note des stups figure en rouge le chiffre 3 ; c'est donc sa troisième interpellation ici au Texas. Je n'ai pas appelé ailleurs mais il doit y en avoir plus encore dans le Tennessee, et quelques autres par là-bas en Californie ; des accidents parce qu'il roule défoncé, des motels saccagés ou n'importe quelle maison par laquelle il sera passé, et sa voiture aussi je crois, et les voitures des autres où il pensait avoir planqué quelques pilules, etc. Des pompiers l'ont arrêté il y a trois mois au milieu d'un brasier gigantesque : il venait de mettre le feu au parc de Los Padres, au-dessus de Ventura, une réserve naturelle. Quarante-quatre vautours de la réserve sont morts brûlés, j'ai retenu ce chiffre dingue. Quand les pompiers sont arrivés il était encerclé par les flammes, au milieu des torches-vautours, qui ne s'étaient pas envolées à temps parce qu'il leur commandait peut-être, ou parce qu'elles ne voulaient pas le laisser. Il parle au démon, il commande aux vautours : Saint François du Diable.»
1995 : Johnny Cash a plus de soixante ans, il en fait quinze de plus. Rick Rubin, producteur mythique, entre autres, d'Aerosmith et de Public Ennemy, s'est mis en tête de produire le vieux Cash, que beaucoup considèrent comme un tocard et qui est gravement malade. Avec American recordings, Rubin pousse Cash à remettre «l'os à nu» dans une course contre la montre pour lui faire enregistrer ce qu'il a en lui de plus tragique et de plus beau avant la fin.
«C'est aussi cette fatigue que je veux enregistrer, celle de l'homme ayant survécu à une tornade, sa vie. Fini l'insupportable cataclop-cataclop. Je veux qu'on entende le silence d'après les tornades. Il s'est débattu sans fin, il est en paix mais il n'a plus la force de se réjouir.»
Un contrepoint magnifique et poignant au "Hellfire" de Nick Tosches sur Jerry Lee Lewis, où, par des regards extérieurs, Arno Bertina réussit une plongée intime au coeur des démons de l'homme en noir.
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Charybde2
  18 mars 2013
Exceptionnelle fiction biographique sur Johnny Cash : 1954, 1965 et 1995 dans le regard de 3 personnages à ces moments-clé de sa vie...
Publiée en 2006, après trois premiers romans, cette "fiction biographique" d'Arno Bertina constitue un formidable hommage à Johnny Cash, tout en humour et en profondeur rageuse. Trois chapitres, trois époques, trois regards.
En 1954, à l'aube de sa carrière, l'oeil sceptique d'un vendeur de bibles croisant dans un séminaire de techniques de vente au porte-à-porte le vendeur d'électroménager et musicien amateur pour cérémonies religieuses, à la réputation de fougue et d'"obscénité" déjà localement bien établie, qu'est Johnny Cash à l'époque.
"- Ce spectacle obscène, cette manière que vous avez de vous donner en spectacle, de vous agiter, vous les méthodistes. de vous agiter et de brailler comme font les Nègres ou ces jeunes qui saccagent la ville, sous prétexte de musique."
En 1965, le récit d'une terrible nuit d'incarcération pour possession de substances, à El Paso, par un policier compatissant qui est aussi un fan de la star country déjantée, croulant sous le poids des tournées insensées, totalement accro aux barbituriques et aux amphétamines, qu'est devenue Johnny Cash.
"La nuit sera longue, je me suis dit, en pensant "lourde". J'étais ému car j'aimais ce type et ses chansons, et j'étais gêné de le rencontrer comme ça. Qu'il y ait un témoin de son grelottage. J'avais honte de me présenter à lui en ayant autorité sur lui, un pouvoir, j'avais honte de ce pouvoir tout en sachant que je ne m'en servirais pas. Comme le Romain des Évangiles, j'aurais voulu le lui remettre, ce pouvoir, le déposer à ses pieds. Mais les agents qui l'ont interpellé ont déjà fait leurs rapports, la procédure est enclenchée."
En 1995, le monologue intérieur électrique de Rick Rubin, producteur majeur de rap et de heavy metal, durant les sessions d'enregistrement d' "American Recordings", la série de reprises hallucinées qui, sous son impulsion, ressuscite en apothéose planétaire, le temps d'une course à la mort, la star vieillissante, gravement malade et déchue après que deux majors successives lui aient rendu ses contrats.
"Et j'emporterai le morceau parce que je suis sûr de moi : "Ce sera le plus grand duo de tous les temps." On en parlera à peine, ça sera long, ils ne formeront pas le plus grand groupe de tous les temps parce que Cash est lancé dans une course contre la montre et Strummer, lui, sa vie est terminée. Il pourrait arrêter de vivre juste après cette chanson, sa légende est fixée. C'est un attelage de pieds nickelés, sur le papier, mais "Redemption Song" sera le plus grand duo de tous les temps. Et Marley, mort en 81, se retournera dans sa tombe en regrettant de ne pas en être autrement que nom sur le papier, crédit pour la répartition aux ayants droit via leurs avocats - juste pour la jouer ensemble, sous un arbre à papayes ou un cacaotier, exactement comme Cash pleure après ces années d'avant les succès, quand il jouait sur le devant des maisons des uns ou des autres, au crépuscule, après sa journée de représentant de commerce, guitare et contrebasse jouant, elles, après leur journée de mécanos."
Un tour de force d'écriture, à la fois poignant et sans concessions, à lire en compagnie des titres de l'Homme en Noir, évidemment.
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kanterror
  14 novembre 2010
Un livre intéressant, mais qui ne vaut le coup que si l'on connait (et à fortiori que l'on apprécie) un minimum la vie et l'oeuvre de Johnny Cash. Sans ces données, l'intérêt est je pense plus que limité. le concept est sympathique, original et bien traité (saisir 3 moments clés de la vie de Cash, à savoir avant le succès, au sommet de sa gloire et de son addiction aux drogues et enfin le retour au succès avec les American Recordings des années 1990-2000). Je ne peux que saluer également les positions (fictives ?) du personnage du producteur Rick Rubin, lors de la dernière période du livre, contemplant le mythe Johnny Cash devenu vieillard avant l'heure,enchainé à sa grenouille de bénitier d'épouse, qui s'interroge sur le destin qu'aurait connu le chanteur s'il n'avait pas rencontré sa femme. Cela témoigne sans doute d'un vrai travail voire d'une vraie passion de Bertina pour le bonhomme, ce qui me semble être indispensable quand on se livre à ce genre d'exercice littéraire.
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Citations & extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
Charybde7Charybde7   16 mars 2015
John a en lui cette énergie qui rend inconfortable ; dans les limites de son corps, c’est un arc trop tendu, il est complexé jusqu’à la crise peut-être, mais la peau est en parpaings. Les gestes gauches qu’il fait, l’impression d’avoir été posé là mais par qui, et pour quoi, il n’a pas demandé, c’est vrai.
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alzaiaalzaia   16 décembre 2012
Le moi est une fiction, Johnny le sait, écrite par des géomètres et des plombiers, c'est-à-dire des voyous, des as de la résolutions, des circulations tordues mais fonctionnant, des champions du plan orthonormé. Tous rédacteurs foireux, qui appelleront "Orphée" un Johnny cash et "long fruit d'or" une pauvre poire - car ils ne savent trouver le fruit d'or dans Johnny cash, obsédés qu'ils sont par les rebondissements maîtrisés, les trajectoires bouclées.
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alzaiaalzaia   16 décembre 2012
Plus tard la même année j'ai fredonné un air en me lavant les mains. Ma mère s'est retournée vers moi et a demandé " Qui chante de cette grosse voix de baryton ?" "Ben c'est moi, qui veux tu que ce soit ?" Alors ma mère s'est mise à pleurer "Tu chantes exactement comme ton grand-père" Elle en pleurait de joie (...) "T'es béni de Dieu fiston, dit maman. Je ne sais pas ce qu'Il a l'intention de faire de toi mais Il s'occupe de toi"
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LilyKLilyK   02 août 2016
Ceux qui sont appelés sont toujours seuls, uniques, et ce sont eux qui tremblent car ils apprennent en même temps que quelle que soit la largeur de leurs épaules, ils ne seront jamais que l'ombre d'eux-mêmes, entourés de fantômes, le fantôme de l'ancêtre qu'ils n'ont pas connu, perdu dans les limbes ou quelque chose comme ça. Qu'est ce que ça peut faire à un gosse de grandir avec cette certitude? Quel passé on a quand dès l'enfance on vous dit que vous n'êtes pas seulement vous mais aussi un fantôme, et que c'est cela, ta voie, qu'il faudra la cultiver pour que revivent les fantômes?
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Charybde7Charybde7   16 mars 2015
Cash est un bloc, c’est à partir de ça que nous travaillons. Un vieux bloc. Quel bruit ça fait, une vieille montagne qu’érodent le vent, la pluie, le froid… Et sous la neige, est-ce qu’elle craque comme les glaçons qu’on jette dans un bourbon ?
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Videos de Arno Bertina (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Arno Bertina
L' Association des Bibliothèques en Seine Saint Denis et Arno Bertina ont convié Marie Redonnet à une présentation de son nouveau roman à paraître le 7 janvier aux éditions le Tripode : "La Femme au colt 45", dans le cadre des Matinées plateaux, préparatoires au festival Hors Limites 2016. C'était à la bibliothèque de Romainville, le vendredi 17 décembre 2016, extraits.
http://le-tripode.net/livre/marie-redonnet/la-femme-au-colt-45 http://www.bibliotheques93.fr/
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