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ISBN : 2916073981
Éditeur : Editions Le Bec en l'air (14/03/2013)

Note moyenne : 4.3/5 (sur 5 notes)
Résumé :
Idriss, un sans-papiers malien, raconte la naissance de son amitié avec Ahmed. Clandestins et dans l’impossibilité de retourner chez eux, ils sont tous deux enfermés dehors ; leurs promenades dominicales, entre Montreuil, Créteil, et Boissy-Saint-Léger, rendent leur solitude plus palpable encore. Les émotions qu’ils taisent tournent en boucle jusqu’à ce qu’Ahmed déraille et soit incarcéré.
C’est à l’occasion du travail qu’elle a mené sur la communauté m... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (4) Ajouter une critique
Charybde2
  17 avril 2013
L'amitié pudique entre deux sans-papiers jusqu'au suicide en prison de l'un d'eux. Juste magnifique.
J'ai reçu comme un véritable et bénéfique choc ce travail du romancier Arno Bertina et de la photographe Anissa Michalon, publié en avril 2013 aux jolies éditions du Bec en l'air.
S'appuyant sur un gros travail de terrain autour d'un authentique "fait divers", comme le mentionnent désormais à peine les journaux aux ordres, "Numéro d'écrou 362573" nous raconte, par la voix belle, curieuse et subtilement désenchantée du sans-papiers malien Idriss, une aussi superbe qu'improbable amitié avec l'Algérien Ahmed, rencontré au hasard de longues pérégrinations pédestres en banlieue, indispensables à qui ne peut affronter les risques permanents de contrôle, de rétention et de reconduite à la frontière liés aux transports en commun. Amitié nourrie de la digestion presque tranquille d'innombrables malheurs quotidiens, du sentiment d'étouffement et de désespoir qui les saisit parfois, des rencontres avec de bien belles personnes, aux limites de la marginalité (le rocker dur-à-cuire Raymond et son coeur d'or, tout particulièrement), le perpétuel déséquilibre intime entre le "bled" (publiquement enjolivé chez Ahmed, lucidement au bord du désaveu chez Idriss) et la rue parisienne, l'écart infranchissable entre la survie et la vie. Jusqu'au moment où, cédant à cette vague obscure jusque là refoulée, Ahmed craque et finisse incarcéré... avant de se suicider au bout de deux ans de prison en attente d'un jugement... le récit est subtilement rythmé par le monologue intérieur d'un organiste, exécutant des oeuvres de commande lors de la messe d'enterrement d'un ministre, bouillonnant de rage contenue en pensant à la mort de son voisin Ahmed, qu'il vient d'apprendre.
Les photographies d'Anissa Michalon qui illustrent ces 75 pages d'une grande densité poétique créent le contrepoint parfait, images simples d'ici ou de là-bas, images qui montrent peut-être encore mieux que les mots attribués à Idriss ou à Ahmed l'intense pudeur, le formidable refoulement feignant le plus possible une certaine joie de vivre, le risque intime de la chute, qui sont le lot de ces sans-papiers, images magnifiées par la complicité et l'empathie qu'Arno Bertina a visiblement su développer avec ces réalités africaines.
Magnifique et bouleversante, toute en retenue et sans effets spéciaux indécents, une lecture à recommander absolument, tant au plan esthétique qu'au plan socio-politique.
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Charybde7
  19 juin 2013
Le portrait noir et blanc d'Idriss semble être celui d'un géant timide, son visage largement dissimulé dans l'ombre, son regard pudique fixant un point au sol.
Avec les photos d'Anissa Michalon à la mémoire d'Idriss, Arno Bertina raconte l'amitié de celui-ci, immigré sans-papiers malien, avec Ahmed, algérien sans-papiers lui aussi, rencontré lors d'une longue marche en banlieue parisienne, la longue marche de ceux qui n'osent pas prendre le métro par peur des contrôles.
Les bordures d'autoroute, entre pavillons, barres d'immeubles et centres commerciaux sont comme une prison du dehors, loin du pays natal, loin de la nature et du bonheur rêvé, hors de la légalité et de l'intimité, excluant tout rassemblement, et tout geste vers l'autre tant est grande la peur de se faire repérer. À celle-ci s'ajoute la prison du dedans : impossible de dire la peur, la solitude extrême, l'envie de rentrer au pays, inutile de hurler.
S'approcher des histoires de sans-papiers consume, de honte et de rage, et d'humanité perdue.
« J'appelle mon frère.
-Allô ? Allô ?
On s'entend mal.
Je raccroche et recompose le numéro de la carte, puis celui de mon frère. J'attends. Je m'entends gueuler « Allô ! les macaques ? » mais c'est un « allô !» tout simple évidemment qui sort ; ils ne connaissent pas Ahmed, ça ne les fera pas rire. Mais imaginer dire ça, l'avoir imaginé, c'est déjà beaucoup, et lorsque mon frère m'annonce qu'avec son téléphone tout neuf, il peut désormais me mettre sur haut-parleur – tout le monde m'écoute, je dois les saluer avec un peu d'entrain car je les entends glousser (mes nièces) ou me dire bonjour (ma petite fille) ou se taire (mon père) et mon coeur se serre. Qu'est-ce que cela veut dire « tomber de haut » à ce moment-là ? J'aurais voulu lui confier des choses intimes et ça n'est plus possible si tout le monde écoute – quatorze ou quinze personnes qui vivent de l'argent que j'envoie depuis ce même taxiphone ou il ne faudrait pas hurler… J'en peux plus, c'est pas une vie – un scorpion retourne contre lui son dard : alors qu'ils m'écoutent parler péniblement, rassemblés autour du haut-parleur, mon coeur voudrait qu'ils soient encore ailleurs. Ils ne sont pas là et leur existence me pèse pourtant. «Pense à nous» mais surtout ne reviens pas. Pense à nous mais reste loin.
C'est eux qui m'ont envoyé ici, ils se sont saignés pour que je me saigne maintenant – qui osera stopper l'hémorragie ? »
On peut faire grandir sa part d'humanité en lisant ce livre, et en luttant contre l'inhumanité par des actions concrètes.
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topocl
  19 août 2017
Anissa Michalon a fait des photos de sans papiers maliens à Montreuil, fait la connaissance d'Idriss, puis de sa famille, au Mali. Idriss est mort, Il s'est suicidé après deux ans d'incarcération à Fresnes, en attente de procès. Sa famille n'en sait rien parce que "Allah ne pardonne pas ça".
Arno Bertina a écrit un court roman, d'après ces photos , transposant les faits sur divers personnages.
Idriss, dans les rues que, malgré les douleurs et la fatigue, il arpente pour ne pas se faire contrôler dans le métro. s'est fait un ami, Ahmed l'Algérien. un type un peu fou mais gentil, avec lequel parler, déambuler, rire et pleurer. mais dont il ne sait pas grand chose au final.
C'est un décor de grande misère, déambulation entre bretelles d'autoroutes, sous les yeux de JR, ménage dans les immeubles parisiens, lit partagé en alternance dans une pièce de 6 mètres carrés.
Du pays, Idriss a reçu l'argent du voyage et en échange envoie l'essentiel de ses revenus. Il leur parle au téléphone, mais depuis qu'avec son argent ils ont acheté un appareil avec haut-parleur et qu'ils sont 15 à écouter, il ne peut même plus se confier à son frère. Et sa femme , qu'il n'a connue que quelques jours, marié rap tradition , le temps de faire une petite fille qu'il n'a jamais connue, il ne sait pas quoi lui dire, il lui en veut un peu: à cause d'elle, impossible de faire sa vie ici en France.
Alors Idriss, parfois part d'un rire dément qui masque la peine, la solitude, cette vie qui n'a plus de sens.
Un seul blanc l'écoute, un homme dont il nettoie l'immeuble, un organiste iconoclaste qui transmet son message de compassion après la mort d'Ahmed par un étrange message musical, lors des obsèques d'un inconnu.
Les quelques paragraphes consacrés à l'organiste sont un peu artificiellement, posés là, presque "pour faire joli" (et c'est vrai que s'ils sont très beaux). Sinon, c'est une texte magnifique subtil, à l'écoute, hors conventions, douloureux, plein d'attention envers un être humain souffrant comme il en existe beaucoup, un texte qui envoûte et dérange.
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lebecenlair
  19 avril 2013
Article de Jean-Philippe Cazier sur Mediapart.
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Les critiques presse (1)
Bibliobs   18 avril 2013
Le fil du récit est tendu, que ne rompt ni la promesse d'une carte de séjour, ni l'espoir d'une vie meilleure ou la délivrance de la mort [...]. Elle ne fige ni ne tranche. Au lecteur de tirer ses propres conclusions
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations & extraits (2) Ajouter une citation
lebecenlairlebecenlair   19 avril 2013
Idriss est un des narrateurs de la fiction à la suite de laquelle sont présentées des photographies qui montrent son visage, son village au Mali, sa famille, etc. Les images venant après le texte semblent assurer le passage de la fiction à la réalité. C’est bien, en un sens, ce qu’elles font, produisant ainsi un curieux dédoublement : Idriss est à la fois, dans le même livre, un être de fiction et un être réel, un personnage inventé par l’écrivain et une personne réelle rencontrée par la photographe. Les photographies, ici, attestent d’une certaine réalité, mais elles s’insèrent en même temps dans un processus de dédoublement et de suspension de l’identité.
[…] Dans le cas d’Idriss, ce que fait le livre d’Arno Bertina et Anissa Michalon c’est ouvrir pour lui d’autres possibles, répondant par là à son désir, à sa recherche d’une issue, déployant et inventant des directions neuves par lesquelles, en un sens, continuer à vivre – un livre pour, malgré tout, sauver cette vie…
Jean-Philippe Cazier, Mediapart, mars 2013
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Charybde2Charybde2   17 avril 2013
(C'est Raymond qui disait cela souvent : "à la mode d'Ahmed". Du jour où il m'a expliqué cette expression je l'ai beaucoup aimée. J'ai cru pouvoir la rapporter, mais Ahmed est devenu sombre : peut-être Raymond se moquait-il de lui... J'avais l'impression, moi, que c'était la marque des amis, ces détails qui font des surnoms - un truc qui enveloppait l'amitié.)
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Videos de Arno Bertina (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Arno Bertina
L' Association des Bibliothèques en Seine Saint Denis et Arno Bertina ont convié Marie Redonnet à une présentation de son nouveau roman à paraître le 7 janvier aux éditions le Tripode : "La Femme au colt 45", dans le cadre des Matinées plateaux, préparatoires au festival Hors Limites 2016. C'était à la bibliothèque de Romainville, le vendredi 17 décembre 2016, extraits.
http://le-tripode.net/livre/marie-redonnet/la-femme-au-colt-45 http://www.bibliotheques93.fr/
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