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EAN : 9782756103587
208 pages
Éditeur : Léo Scheer (28/01/2012)

Note moyenne : 5/5 (sur 2 notes)
Résumé :
Si est la suite de N’avez-vous pas froid et de la manière d’autofiction bessettienne. Après son divorce douloureux avec un pasteur, l’héroïne – ici nommée Désira – se retrouve seule dans un petit appartement, dans la France conservatrice des années 60. Une femme divorcée y est mal vue. Une femme divorcée qui reste célibataire et aime aller le soir au cinéma, encore plus. Bien décidée vivre sa vie comme elle l’entend – dans les limites de la bienséance –, Désira est ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
oiseaulire
  31 juillet 2018
Hélène Bessette est née en 1918 et décédée en 2000. Ce roman, "Si" a été écrit dans les années 1950 et narre à la première personne l'histoire banale d'une femme dépressive.
Car Desira est une femme de 30 ans, seule, ce qui, au milieu du 20ème siècle, se porte encore assez mal. Déclassée, espionnée, soupçonnée de moeurs dissolues (il est vrai qu'elle va seule au cinéma, marche seule dans la rue, occupe seule son logement, ce qui ne laisse pas d'être suspect ) ; victime de campagnes de calomnies, quoiqu'elle fasse, de la part de voisins soudainement attachés à la morale quand il s'agit de la sienne ; soumise aux tentatives de subornation des hommes, de tous les hommes, mariés ou non, surtout mariés : médecins, commerçants, employeurs, simples passants, tous reniflent en elle la proie solitaire... Accusée d'être entretenue si elle arbore une robe neuve, ou de glisser vers le ruisseau si sa tenue semble plus négligée : tout cela fleure bon les années cinquante, leur petitesse, leur esprit pornographique, sinon quant à la forme, du moins quant au fond : ne pense-t-on pas, lorsque les toilettes collectives se bouchent par défaut d'entretien, qu'elle y aurait jeté le produit d'une fausse couche ?
A peine aurais-je cru possible une telle persécution si je n'y avais retrouvé, avec amusement et consternation, le tableau de l'époque brossé par ma propre mère, avec moins de talent il est vrai, et dont le patronyme, par un incroyable hasard, était à une lettre près celui de l'auteur.
Toutes ces misères et cette solitude mènent la narratrice au suicide. Elle se rate ( un échec de plus ! ) et continue à caresser obsessionnellement l'idée d'échapper à la vie pour notre plus vif intérêt, car elle fait vraiment le tour de la question : pourquoi vivre si la vie ressemble à la mort et la mort à la liberté ? pourquoi mourir si Dieu existe et si nous sommes ses éternels otages dans l'au-delà ? Ces réflexions balancent entre le tragique, le parodique et fouaillent le cerveau et le coeur du lecteur jusqu'au découragement ( vraiment cette fille est insupportable ! ), jusqu'à l'énervement ( qu'elle se débrouille ! ) : c'est vrai qu'elle a le talent de réveiller nos angoisses enfouies.
Hélène ne gémit pas sur son sort comme on pourrait s'y attendre mais se contente d'une description sèche, blanche de la situation. Elle sait avec jubilation se rendre encombrante pour son entourage (si lointain, cet entourage, si tiède, qu'elle en crève de rage et de désespoir). Alors pas question de lui faciliter la vie, à ce si lâche entourage et de lui épargner les questions de mauvais goût, celles qui font peur, celles qui touchent le plus intime de l'être : elle ne partira pas sans emm... le monde, pour ça, on peut lui faire confiance, c'est sa vengeance ! Hélène Bessette n'essaie pas de se montrer sympathique, ne ligote pas son lecteur dans la toile d'araignée du sentiment, ne cache pas son aigreur, son orgueil, son mépris. Elle ne falsifie pas son image, elle sait qu'elle n'a pas forcément un "bon fond" comme on dit, et ne le cache pas. Bref elle est une femme qui pourrait être chacune/chacun d'entre nous ( eh oui ! même toi, viril lecteur, car ce qu'elle vit est avant tout une expérience humaine : qui ne s'est jamais senti un jour insuffisamment homme, insuffisamment doué, insuffisamment ceci ou cela et projeté du fait de cette insuffisance même, réelle ou supposée, "du mauvais côté de la barrière" ? )
Tout cela ne suffirait pas à faire un bon livre s'il n'y avait le style, toujours lui, le style généreux, fort, poétique d'Hélène Bessette. Style résolument moderne, qui emprunte beaucoup au genre théâtral, usant avec efficacité de la répétition, de la scansion, du leitmotiv, de la narration en cercle pour dénoncer avec véhémence une condition pleine d'injustices. Style qui a fasciné Raymond Queneau et on comprend pourquoi… Marguerite Duras quant à elle la considérait comme une grande novatrice et l'un des auteurs majeurs du 20ème siècle (avec elle-même, cela va de soi).
Hélène Bessette est une grande artiste trop méconnue. Elle tend à sortir aujourd'hui de son oubli littéraire grâce aux efforts de réimpression des Editions Leo Scheer, d'articles de presses ( le n° 28 de la Revue Littéraire lui est consacré ), de la biographie éclairée de Julien Doussinault, des nombreux colloques autour de son oeuvre ( celui de Cerisy notamment, a lieu du 20 au 27 août prochain en présence des deux fils de l'auteur.)
Découvrez Hélène Bessette, auteur original et échelon important dans la littérature contemporaine au même titre que Queneau, Grenier, Duras, Sarraute et quelques autres. Que vous l'aimiez ou non, elle vous surprendra.
https://www.youtube.com/watch?v=UGIGSJk68KU
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critiques presse (1)
Lhumanite   20 février 2012
Plus qu’un simple monologue intérieur, plus qu’une mise en voix différée, c’est la mise en jeu de toute la puissance du langage comme scalpel pour décaper les mensonges qui font accepter le malentendu de l’existence.
Lire la critique sur le site : Lhumanite

Videos de Hélène Bessette (8) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Hélène Bessette
Liliane Giraudon le travail de la viande éditions PO.l: où Liliane Giraudon tente de dire comment et de quoi est composé son nouveau livre "Le travail de la viande" et où il est question de garçons bouchers et de vegans, de Marseille et de trans, d'Hélène Bessette et de Meyerhold, de Paul Otchakovsky-Laurens et d'écriture, de Pierre Reverdy et de Colette, à l'occasion de la parution de = "Le travail de la viande" aux éditions P.O.L, à Paris le 20 novembre 2019 "Fruit de braconnages dans la vie de tout le monde, on peut lire ce livre dans le désordre, le parcourir comme un abattoir où sont débités des morceaux de textes. Traversée des genres ou extension, ce n'est pas un hasard si « Fonction-Meyerhold », adressé à celui qui paya de sa vie le fait d'avoir été au service du texte se place au coeur du dispositif. C'est lui qui rayonne comme centre des opérations. Fond d'écran, la ville de Marseille tient lieu de décor en tirage surexposé. Héroïque travesti, « Oreste pesticide » y redoute de curieuses mouches pornographes. Il mythologise la ville dans son aspect destroy et revisite sur un mode tragi-comique le tabou de la virginité comme les violences policières. La lettre à Reverdy affronte un sujet souvent passé sous silence : la collaboration avec l'Allemagne nazie de sa protectrice et amie des arts Coco Chanel. Le scénario « B7 : un attentat attentif » est inséparable de l'année 1946 où Hélène Bessette monte à Notre-Dame de la Garde avant d'accoucher de son deuxième fils. Pour ce qui est de la fille aux mains coupées, les mains ont été véritablement coupées."
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