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Pero (Autre)
EAN : 9782368464144
Steinkis Editions (17/11/2022)
3.7/5   28 notes
Résumé :
Mais qui a tué Roland Barthes ?
25 février 1980. Roland Barthes est renversé par une camionnette. Et s'il s'agissait d'un assassinat ? Jacques Bayard, commissaire de son état, et Simon Herzog, jeune sémiologue, mènent l'enquête. Une enquête de routine qui se transforme rapidement en polar saisissant. Roland Barthes possédait en effet la septième fonction du langage, capable de convaincre n'importe qui de faire n'importe quoi dans n'importe quelle situation. A... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (27) Voir plus Ajouter une critique
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D'après le roman de Laurent Binet, scénario de Xavier Bétaucourt, dessin d'Olivier Perret, couleur de Paul Bona.

Roland Barthes ( un philosophe, critique littéraire et sémiologue français. Source Wikipédia) vient d'être renversé par une camionnette alors qu'il traversait une rue de Paris. Il sortait juste d'un entretien avec François Mitterrand. Il venait de découvrir « La septième fonction du langage », une technique verbale qui permet de convaincre n'importe qui de faire n'importe quoi, en résumé, le pouvoir absolu. Cette théorie aurait été suggérée par Roman Jakobson. (un penseur Russo-tchéco-américain qui devint l'un des linguistes les plus imaginatifs et éminents du XXe siècle, en posant les premières pierres du développement de l'analyse structurelle du langage, de la poésie et de l'art dont le cinéma, à travers une oeuvre abondante et variée. Source Wikipédia)

Barthes finit par décéder à l'hôpital. le commissaire Jacques Bayard et Simon Herzog, sémiologue, mènent l'enquête afin de découvrir s'il s'agit d'un simple accident ou d'un meurtre et si cette « septième fonction du langage » existe vraiment.

C'est une histoire qui visite le milieu intellectuel, ses conspirations, ses rivalités. On entre dans le monde du Logos club, assemblée constituée d'éminences qui se livrent à des joutes verbales où le perdant se voit amputer d'une phalange.

L'histoire, entre réalité et fiction, dresse une critique au vitriol du petit monde rance de la soi-disante élite intellectuelle dont la bêtise et le narcissisme n'ont d'égal que l'étendue de leurs connaissances dont ils s'énorgueillissent.

D'un point de vue pictural, la construction des cases sur chaque page, leur organisation en un enchaînement fluide, les bulles parfaitement réparties, offrent un confort de lecture remarquable et ne cassent pas le déroulement de l'action. On oublie vite les qualités techniques de l'image pour se concentrer sur l'histoire et en être absorbé.

Le dessin se rapproche plus du croquis, de l'esquisse, que du réalisme comme c'est le cas pour certaines bandes dessinées. Néanmoins, l'histoire faisant intervenir des personnages ayant réellement existé, leurs traits caractéristiques sont reproduits de façon suffisamment précises pour qu'on les reconnaisse. Les sourcils de Jean Edern Hallier, le crane de Giscard, la coiffure monacale de Sollers etc. ... L'effet croquis permet à l'oeil de ne pas s'attarder trop longtemps sur le détail et donne du mouvement et de la fluidité à la lecture.

Merci à Babelio masse critique privilégiée et aux éditions Steinkis pour la découverte de ce magnifique ouvrage de bandes dessinées et pour la redécouverte de l'histoire extravagante, passionnante et pleine d'humour de Laurent Binet.

Editions Steinkis, 152 pages.

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À l'approche des fêtes, il y a parfois de jolis cadeaux en anticipation. Ce fut le cas quand Babelio me contacta pour une Masse Critique privilégiée que me proposait les éditions Steinkis. Merci à eux deux pour cette opportunité de découvrir la version BD d'un livre que j'avais par ailleurs apprécié.

C'est d'ailleurs sans doute la raison de ma sélection que cette précédente lecture, que de me faire donner mon avis de quelqu'un qui connaît déjà l'histoire. Tout d'abord le temps à fait son oeuvre et si je me rappelais bien sûr le sujet général, j'ai pu redécouvrir avec plaisir les différents rebondissements d'une intrigue parfois loufoque, bien rendu par un dessin qui sait se montrer énergique et rendre parfaitement le mouvement.

Le trait de crayon m'a plus fait penser aux dessins journalistiques, peut-être par le talent à croquer les personnalités connues qui jalonnent l'histoire. Il y a des réussites bluffantes (Sollers notamment) et seulement quelques approximations (Fabius ou Mitterand que l'on voit moins heureusement).

L'adaptation reste une totale réussite. J'y ai retrouvé tout l'humour de l'original, la peinture diablement réussie du monde universitaire et des intellectuels, remplie de tendre ironie. le côté absurde est bien rendu par l'apparition dans le dessin du scénariste et du dessinateur qui débattent de la meilleure façon d'adapter et de la crédibilité de l'intrigue. On s'amuse en se cultivant, tout comme avec le roman de Binet.

Qu'en est-il si on a pas lu le roman ? Je suis bien mal placé pour me prononcer sur cette question, vous vous en doutez si vous venez de me lire. J'ai l'impression que la lecture de la BD pourrait donner envie de lire le roman, surtout si les questions de la linguistique et des débats rhétoriques vous intéressent ! Sinon... et bien tenter votre chance avec la BD, vous découvrirez peut-être qu'en fait, ça vous intéresse !

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Que feriez-vous si vous étiez Président de la République Française, et que votre règne, pardon votre septennat s'achevait en mai 1981, si vous entendiez parler d'une mystérieuse technique linguistique qui permet de convaincre n'importe qui de pratiquement n'importe quoi ?

Cet outil à nul autre pareil ne serait-il pas utile alors que les perspectives de réélection ne sont pas fameuses ? le seul problème c'est que Roland Barthes, à l'origine de cette découverte, est renversé par un véhicule de livraison. Il est conduit à l'hôpital où il décédera. Il a eu le temps d'évoquer un feuillet qu'il avait sur lui, qui contenait probablement une description de cette fameuse « 7ème fonction du langage », et qui lui a été volé.

La police confie cette enquête sensible au Commissaire Jacques Bayard, un homme expérimenté, mais comment dire ?, un peu bas du front... Il ne comprend rien aux subtilités du structuralisme, de la linguistique et de la « French Theory » en vogue ces années là. Il va convaincre un jeune enseignant, Simon Herzog, de le seconder dans cette mission, lui faisait miroiter un possible piston du Président en personne pour un coup d'accélérateur dans sa carrière.

Tout le monde veut avoir l'exclusivité de cette technique de manipulation de l'opinion : Giscard, comme on l'a vu, mais aussi Mitterrand et son entourage, sans oublier les services secrets bulgares drivés par Julia Kristeva et Philippe Sollers !

On voyagera beaucoup dans cette enquête joyeusement décalée, entièrement bâtie sur le pouvoir des mots, de Paris à Bologne, puis de Paris aux Etats-Unis (université de Cornell) sans oublier Venise et Naples. Et on sera aussi dans l'intimité caricaturale de beaucoup de figures du monde intellectuel et politique.

J'avais beaucoup aimé le roman de Laurent Binet, et quand Babelio m'a proposé de recevoir l'adaptation BD récemment parue chez Steinkis dans le cadre d'une opération Masse Critique, j'ai immédiatement candidaté.

Le scénariste, Xavier Bétaucourt et le dessinateur, Olivier Perret se sont mis en scène à plusieurs reprises dans cette adaptation, pour y ajouter des commentaires ou des petits raccourcis pour des parties du roman (notamment des considérations philosophiques) passées sous silence. Je me suis replongé dans le roman pour comparer. Ils ont fait selon moi de l'excellent travail d'adaptation vers le roman graphique. L'essentiel de ce qui fait le sel de cette galéjade grand format a été conservé !

Les couleurs de Paul Bona sont bien dans l'air du temps de ces années là : des teintes dans l'orange, le beige, le jaune, le vert kaki...

Si le roman vous fait peur, n'hésitez pas à découvrir ce roman graphique de qualité.

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BABELIO MASSE CRITIQUE décembre 2022

QUI A TUE ROLAND BARTHES ?

LA SEPTIEME FONCTION DU LANGAGE, scénario Xavier Betacourt, dessins Olivier Perret , couleurs Paul Bona, d'après le roman de Laurent Binet**

Roland Barthes est renversé par une camionnette, accident ou assassinat ? le commissaire Jacques Bayard est chargé de l'enquête et il y entraîne le jeune sémiologue Simon Herzog, et la quatrième de couverture de nous dire « une enquête de routine qui se transforme rapidement en polar saisissant. »

Ligne nerveuse, traits accentués et les dessins deviennent expression, rythme fou, détails qui tentent de créer une certaine atmosphère par des gros plans ou plans d'ensemble ou rapprochés.

Il y a aussi deux personnages spectateurs/observateurs, le scénariste et le dessinateur, comme pour nous dire, peut-être, on y est on n'y est pas, on sait ce qui suit mais pas tout à fait, on comprend mais pas vraiment, faut-il comprendre quelque chose ?

Ce sont des éléments que j'ai déjà rencontrés dans la BD et à chaque fois avec plus ou moins de talent du coup de crayon, du scénariste, et du coloriste s'ils forment une bande à trois.

Les dessins ont la qualité de l'expression (surtout violente), de la narration (en détails ou en raccourci) et pourtant la séparation des cases, les séquences coupées en souffle opprimé et une certaine sécheresse liée aussi à la lourdeur du texte m'ont fait ressentir le béton armé, je tournais les pages en me disant c'est du plomb.

La linguistique n'est pas ce qu'il y a de plus simple comme discours et dans le cas de cette BD j'étais plutôt étouffée, même devant la sixième fonction du langage, la fonction poétique où la poésie me semblait un peu étranglée. La linguistique théorise ce que certaines personnes, il y en a beaucoup, plus ou moins ignorantes de la théorie, ont comme don ou talent ou résultat de lectures nombreuses et diverses et d'un travail acharné. Dans cette BD les discours sérieux même avec un bonne pointe d'ironie et d'humour, deviennent difficiles à avaler et encore moins à digérer (je peine à rédiger cette chronique).

 « La fonction « phatique » est la plus amusante, c'est la fonction qui envisage la communication comme une fin en soi… La fonction « métalinguistique » vise à vérifier que l'émetteur et le récepteur se comprennent... »p.48

Des clins d'oeil et des références sont convoqués au RV, l'histoire des années 80 et quelques unes de ses personnalités politiques littéraires ou philosophiques, des citations connues deviennent dans ce contexte un peu fatiguées et fatigantes, le cinéma est appelé aussi, tout se délie dans un effort désespéré de tenir ensemble et debout. Mais si le but est de dire que tout se désunit, alors le désarticulé est un vrai succès.

Je me disais que je ressemblais au commissaire tout le temps perdu, fatigué, surpris, un point d'interrogation sillonnant sont front.

Pour ma part le suspense n'a pas fonctionné mais l'ennui grandement. Ou alors je n'étais pas à ce rendez-vous :

le fond : une intrigue intrigante

la forme : lignes nerveuses et lourdes, vigoureuses, anguleuses, le dessin, élément capital ne m'a donné aucune émotion

le scénario : vous avez dit suspense ? Les personnages plus ou moins vrais portent tous leur caricature et la tentative de faire revivre une époque avec quelques grains d'humour et de satire a été pour moi une vraie prise de tête. Chez le technicien de l'écrit je n'ai trouvé ni liberté ni rigueur, mais un entre-deux de qualité brouillon.

le style : embrouillé

la construction : cassée

A un moment donné, Umberto Eco dit « Imaginons une fonction du langage qui permette, de façon beaucoup plus extensive, de convaincre qui que ce soit de faire n'importe quoi dans n'importe quelle situation. Celui qui aurait la connaissance et la maîtrise d'une telle fonction serait virtuellement le maître du monde. Sa puissance n'aurait aucune limite. » J'y ai échappé de peu !

Une histoire de mots ? Une leçon de linguistique ? Cette leçon là je ne l'ai pas apprise mais choisie par curiosité et dans l'attente d'un exercice de langage, de style, d'un humour fin, d'un jeu subtil des images, d'une découverte de signatures que je ne connaissais pas. Suis restée sur ma faim.

Une expérience de lecture que je ne regrette pas bien au contraire, et remercie vivement la Masse critique de Babelio et les Éditions Steinkis de m'en avoir donné la possibilité.

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Imaginez une formule magique, un moyen mystérieux, capable de faire agir les autres comme bon nous semble ; une sorte d'anneau de Sauron, en somme, mais qui serait connu des universitaires davantage que des Hobbits (sauf à imaginer Derrida et BHL en Hobbits, mais on s'égare). Et bien, cette formule, c'est la septième fonction du langage. Les six précédentes (non, non, vous n'avez pas raté les six premiers tomes de cette BD !) ont déjà été théorisées par Roman Jakobson, critique structuraliste des années 1970. On croise donc dans cette BD quelques personnes réelles et connues, y compris le scénariste et le dessinateur en personnages "surnuméraires", mais c'est surtout le duo de choc du vieux commissaire et du sémillant sémiologue que nous suivons de colloques universitaires en rassemblements secrets, à la recherche de cette septième fonction dont Roland Barthes aurait été dépositaire lorsqu'il est malencontreusement victime d'un accident de la circulation en février 1980. Mais s'agit-il vraiment d'un accident ? Ou bien s'est-il fait déposséder d'un secret convoité aussi bien par l'URSS que par les candidats à l'élection présidentielle à venir ?

On pourrait redouter un côté pesant à cette plongée dans les querelles universitaires de l'époque, il n'en est rien, au contraire. Les clins d'oeil humoristiques, petites citations et incursions littéraires créent une connivence avec le lecteur, qui se découvre lui-même sémiologue en remarquant que tout fait sens et devient signe, ce qui, dans une enquête policière, aussi farfelue soit-elle, est bien la moindre des choses.

Cette BD est inspirée du roman de Laurent Binet que j'avais lu avec plaisir lors de sa sortie ; j'aurais d'ailleurs aimé y retrouver un peu plus des joutes oratoires du Logos Club, au moins leurs grands axes. La mise en images du récit en donne une version plus légère, plus concentrée, plus drôle aussi dans le scénario qui met parfois à distance la narration pour en donner une version plus décalée, se parodiant elle-même, comme une autre manière de jouer avec les signes.

Un grand merci à l'éditeur qui m'a envoyé cette BD dans le cadre d'une masse critique.

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critiques presse (2)
ActuaBD
30 décembre 2022
L’adaptation du roman de Laurent Binet est réussie en ce sens qu’elle est fidèle à l’œuvre originelle, respectant son intrigue rocambolesque, son arrière-plan historique [...], ses personnages plus ou moins hauts en couleurs, dans leur propre rôle [...] son regard ironique sur le monde universitaire et les intellectuels, ses scènes parfois invraisemblables (orgies très élitistes) ou encore ses nombreux rebondissements, de Paris à Venise en passant par Naples et les Etats-Unis.
Lire la critique sur le site : ActuaBD
BDGest
13 décembre 2022
Xavier Bétaucourt adapte avec aplomb un roman de Laurent Binet racontant une improbable investigation. De Paris à Venise en passant par Ithaca (État de New York), le rythme est endiablé. Sous ses airs de film de James Bond, le récit invite tout de même le lecteur à réfléchir à la doctrine philosophico-littéraire…
Lire la critique sur le site : BDGest
Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation

- Le pouvoir patriarcal à recours à une forme sournoise de performativité. Pour naturaliser la construction culturelle qu'est le modèle de couple monogame hétéronormé. Il suffit que le mâle blanc déclare que cela est pour que cela soit. Si vous préférez.

- Mais puisque vous avez le droit de vote, le divorce et l'avortement ! Qu'est-ce que vous voulez ?

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-Selon moi, il y a deux grandes approches. La sémiologie et la rhétorique. La sémiologie permet de comprendre, de décoder, c'est défensif, c'est Borg. La rhétorique, c'est fait pour persuader, pour convaincre, pour vaincre, c'est offensif, c'est McEnroe.

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Concrètement, ça sert à quoi la sémiologie ?

C'est une discipline qui applique les procédés de la critique littéraire à des objets non littéraires...

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Pour Austin, parler est un acte locutoire, il permet de dire quelque chose. Mais il peut aussi être un acte illocutoire ou percolutoire parce que cela produit des actions.

L'utilisation du langage permet de performer.

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"Imaginons une fonction du langage qui permette, de façon beaucoup plus extensive, de convaincre qui que ce soit de faire n'importe quoi dans n'importe quelle situation." [...]"Si la septième fonction existe et s'il s'agit bien d'un genre de fonction performative, elle perdrait une grande partie de son pouvoir à être connue de tous." (P. 75)

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Videos de Xavier Bétaucourt (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Xavier Bétaucourt
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