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EAN : 9782266101912
251 pages
Éditeur : Pocket (04/04/2001)

Note moyenne : 3.85/5 (sur 10 notes)
Résumé :

Le vol d'une collection de CD de jazz ? En apparence une broutille. Mais si le lendemain on vous colle le cadavre d'un inconnu dans votre appartement, vous commencez à douter de la bienveillance de votre prochain. Pourtant Zam, journaliste politique, mène une existence sinon paisible du moins routinière, jalonnée de cuites quotidiennes, de ruptures sanglantes et de réconciliations éternelles avec Bébète, d'articles ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Luniver
  13 août 2016
Zam travaille pour un journal indépendant, pas forcément tendre avec le président en place, ce qui peut se révéler quelque peu dangereux étant donné la nature du pouvoir, à forte tendance autocratique. En dehors de cette vie professionnelle engagée, il mène une vie assez tranquille en compagnie d'une bouteille de vin ou de whisky, écoute du jazz, se dispute comme un chiffonnier et se réconcilie avec l'élue de son coeur.
Zam n'est pas le plus virulent, loin de là, mais quelqu'un finit tout de même par s'intéresser d'un peu trop près à lui : on lui vole ses précieux disques de jazz, un cadavre est retrouvé dans son appartement, et il s'aperçoit qu'il est régulièrement suivi en voiture. le journaliste réveille alors tout son réseau de connaissances pour comprendre ce qui lui arrive.
Le ton du roman est assez aigre pour décrire le Cameroun post-colonial. Les espoirs de démocratie se sont rapidement envolés devant les réalités de la vie quotidienne : corruption, clientélisme, parti unique soutenu d'ailleurs par les mêmes puissances qui prônent des élections libres pour éviter de perdre l'exploitation de ressources durement acquises.
De tous les personnages du roman, Zam est celui qui m'a paradoxalement intéressé le moins. Son ami avocat, d'abord épris de grands idéaux mais qui a tourné au cynique, est nettement plus haut en couleur à mon avis. Quelques personnages secondaires, comme le policier livré à lui-même pour obtenir de quoi manger, ou le politicien haut placé, sont particulièrement piquants aussi.
Même si le rythme est parfois en dents de scie, j'ai plutôt apprécié ce roman, surtout pour ces tirades sur la passation de pouvoir. J'ai déjà vu à la bibliothèque que ce roman a une suite, je ne manquerai pas de me la procurer.
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Polars_urbains
  27 juin 2019
Trop de soleil tue l'amour est un des romans policiers africains les plus connus et parmi les plus significatifs du genre. Les thèmes abordés, superficiellement ou de manière approfondie - la dictature, les politiciens véreux, l'injustice sociale, l'insécurité, la violence, la débauche, l'alcoolisme, l'exploitation, les trafics divers… - servent de toile de fond à des aventures échevelées mettant en scène Zam, un jeune journaliste idéaliste, un peu alcoolo et féru de jazz, sa petite amie Bébête aux mérites peu reconnus et Eddie, « émigré sans papiers rapatrié de force par charter », pseudo juriste fort en gueule mais plein d'intelligence et de ressources…
Zam n'a pas de chance, alors qu'il prépare une série d'articles sur la déforestation et les spoliations foncières dont sont victimes des communautés villageoises, il est surveillé, filé, accusé de tous les maux et de tous les crimes. Ceux qui lui en veulent vont jusqu'à dynamiter l'immeuble dans lequel il a trouvé refuge avec sa belle, mais cela ne suffira pas à lui faire rendre les armes : après tout, selon l'exemple de Rosa Parks refusant de laisser sa lace à un blanc dans un bus de Montgomery, si on ne fait pas quelques chose, rien ne se passe.
La charge est forte et l'auteur laisse peu de place aux espoirs de démocratie dans un pays où la corruption, le clientélisme et le népotisme sont la norme et où prévalent parti unique et président élu à vie (pour mémoire, Paul Biya dirige le Cameroun depuis 1982 après avoir été Premier ministre de 1975 à son élection). Zam, en subira les conséquences et paiera cher, tout comme Eddie, son ami « avocat », épris de grands idéaux mais rapidement tourné cynique. On retiendra également quelques personnages secondaires, plus ou moins reluisants, comme PTC, le directeur du journal, Norbert, « flic amateur d'extras », Georges, le toubab néo-colonialiste manipulateur et pervers, enfin un politicien haut placé, un « grand », courroie de transmission des pratiques locales. Seule Bébête, personnification de la femme africaine à qui l'éducation a fait défaut et que la pauvreté a réduite au rang de victime, émerge de façon positive.
Trop de soleil tue l'amour souffre d'un rythme irrégulier et d'une écriture qui hésite parfois entre le français académique et un argot - celui d'Eddie en particulier – un peu incongru. Comme si l'auteur avait souhaité éviter la couleur locale du « français africain » que les auteurs d'aujourd'hui privilégient. On retiendra par contre une galerie de portraits pertinents et de belles digressions sur une certaine réalité africaine, celle de l'injustice sociale, de la violence et de l'insécurité, voire de la perversion.

Lien : http://www.polars-africains...
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alertinfo
  18 décembre 2010
Génial. Je l'ai eu en Français en seconde ce coco mais n'ai lu un livre de lui que quinze ans plus tard.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
LuniverLuniver   06 août 2016
Il faut dire que, si, après une longue période de dictature, des exilés, que favorise une circonstance imprévue, reviennent en masse au pays, ce n'est pas rassurant pour le pouvoir ; mais, contrairement à ce que l'on pourrait croire a priori, ce n'est pas tellement plus rassurant non plus pour l'ensemble de la société en place, trop bien façonnée par le temps et les habitudes, trop résignée à ce qu'on appelle la force des choses. [...] Les nouveaux venus ont des aspirations, un langage, un comportement non seulement étrangers, mais incompréhensibles, voire odieux. Le contraste de leurs façons de vivre avec les us traditionnels n'est-il pas un miroir où la société majoritaire lit nécessairement son arriération et sa décrépitude ? [...] De même que la cellule humaine se positionne de manière à s'accoutumer à l'imprégnation alcoolique pour en devenir finalement un artisan involontaire, de la même façon les populations sédentaires avaient dû s'accommoder des exactions, des turpitudes des autocrates ; elles en avaient pris le pli. Presque plus rien ne les blessait ni ne les étonnait, bien au contraire ; elles en étaient même arrivées à applaudir aux extravagances de la dictature. Là où le peuple a été trop longtemps tenu à l'écart des lumières du droit, le vice devient la norme, le tortueux la règle, l'arbitraire la vertu. L'arrivée massive des exilés causa un choc aux populations, en les contraignant à un brusque réveil. On se réjouissait en public du retour des enfants prodigues ; en privé, on les blâmait de ne pas agir en sentir comme tout le monde. S'indignaient-ils de la corruption ? on leur répondait : « Il faut bien que tout le monde mange », oh, le vilain mot ! S'abstenaient-ils de courtiser les puissants ? Le peuple sermonnait : « Dieu a dit : obéissez aux supérieurs. » S'acharnaient-ils au travail ? on les en blâmait, sous prétexte que l'homme n'a qu'une vie et qu'il faut la gâcher le moins possible. Se scandalisaient-ils des financements dérisoires de l'éducation et de la santé des populations ? Priorité au remboursement de la dette, leur rétorquaient la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Prêchaient-ils la révolution, comme c'est la manie chez les exilés revenus au pays ? on levait les yeux au ciel en invoquant la fatalité.

Les exilés étaient de retour, et c'est bien vrai que rien ne serait plus jamais comme avant. Mais, en attendant, le fleuve impavide des résignations mesquines et des turpitudes furtives continuait de couler, et c'est ce qui désespérait Eddie, trop attaché à son indépendance pour nourrir la moindre ambition politique à vrai dire, mais trop écorché dans sa dignité d'Africain par un long exil au milieu de populations racistes pour laisser courir les choses, et c'était là son drame.
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LuniverLuniver   13 août 2016
— Comment ? on ne t'a rien dit ? reprit-il à voix haute. T'es un flic ou pas ? Le gouvernement a peur pour les élections qui viennent ; il veut s'assurer de la fidélité de ses partisans supposés. On ne t'a pas dit ça ?
— Non, monsieur, chuchota Norbert.
— Mais alors, qu'est-ce qu'on t'a dit ?
— Rien, seulement : tu vas faire des enquêtes et ça va te changer.
— Ça va te changer ? Pourquoi ça va te changer ?
— Parce que, nous, dans notre police, on ne fait jamais d'enquête ; c'est même interdit.
— Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Non mais c'est dingue. C'est interdit aux policiers d'ici de faire une enquête ? C'est vrai, ce mensonge ?
— C'est vrai monsieur.
— Est-ce possible ?
— Si, si, c'est vrai, monsieur. Chaque fois qu'on fait une enquête, on tombe immanquablement sur un grand.
— Un homme puissant, c'est ça que tu veux dire ?
— Oui, monsieur. C'est pour ça que c'est interdit de faire des enquêtes.
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LuniverLuniver   14 août 2016
— Vous avez même vu quoi ? lança cet homme en guise d'exorde. Oui, je vous demande, vous avez même vu quoi, hein ? Vous-mêmes là, vous dites que quoi ? Nous autres nous voulons faire la chose désormais à la manière africaine, à la manière de nos pères. Vous là, vous voulez faire la chose à la manière des toubabs. Pourquoi ? Est-ce que vous êtes des toubabs, hein, mes frères ? Est-ce que les toubabs sont nos ancêtres ? La chose là, comment vous appelez même ça, oui, quoi, la chose-là, la commission électorale indépendante, c'est quoi ça ? C'est la manière des Blancs, ça, non ? Pourquoi vouloir nous faire faire toujours les choses à la manière des Blancs, alors que nous sommes tous africains. Regardez-moi bien, mes frères, est-ce que je suis un Blanc ? non, c'est-ce pas ? Et vous, vous êtes des Blancs, là ? non. Alors pourquoi la commission électorale indépendante ?

Ce discours, prétendument inspiré de la négritude, philosophie inventée par le grand poète antillais Aimé Césaire, est toujours accueilli avec enthousiasme, soulagement et reconnaissance par les dictateurs africains et leurs séides, souvent aussi dans les rassemblements populaire que flatte sa basse démagogie. Il faut croire que le vent avait tourné ; cette fois, la basse démagogie suscita une mémorable bronca faite de huées, de sifflets, de ricanement, d'apostrophes outrageantes, du genre : « Les ivrognes aux chiottes ».
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LuniverLuniver   07 août 2016
— Te gêne surtout pas, mon camarade, fais comme chez toi.
— Comment ça, chez moi ? protesta Norbert, je ne suis plus chez moi ici ? Vous, les Français, vous voulez faire la recolonisation maintenant ? Alors, c'est vrai ce qu'on dit dans les journaux indépendants ? Vous, les Français, vous venez nous recoloniser ? Les toubabs reviennent pour tout prendre ?

C'était très imprudent. Il y a un propos qu'un Africain ne doit jamais tenir devant un Français désormais, celui qui consiste à l'accuser de recolonisation. Ce soupçon met les toubabs français dans un état d'exaspération proche de la rage. Et si c'était vrai que seule la vérité blesse ?

— Ah, fit tout à coup Georges sur un ton étonnamment agressif, ça suffit hein ! Ça va oui ? Il ne faudrait pas trop me gonfler.

Et le petit homme de venir se planter devant Norbert, comme un coq dressé sur ses ergots.

C'était très imprudent. Il y a des gestes qu'un Blanc ne devrait plus jamais faire en Afrique devant un Noir. Le grand flandrin ne put résister à la tentation d'allonger son interminable bras jusqu'à l'épaule du petit Blanc et d'y exercer une pression qui se termina en une poussée inverse de celle décrite par le célèbre principe d'Archimède.
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Vidéo de Mongo Beti
Mongo Beti, Une vie, une oeuvre partie 1 Le portrait radiophonique d’un homme d’exception. Émission réalisée par Catherine Pont-Humbert et diffusée sur France culture le 26/12/2004.
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