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ISBN : 2258102634
Éditeur : Les Presses De La Cite (07/05/2013)

Note moyenne : 3.5/5 (sur 98 notes)
Résumé :
Dans ce roman visionnaire, lauréat du prix Arthur C. Clarke en 2011, Lauren Beukes offre sa vision hallucinée de Johannesburg.

Ancienne journaliste et ex-junkie, Zinzi habite Zoo City, un quartier de Johannesburg peuplé de criminels obligés de vivre avec un animal à leur charge. Si l'animal meurt, son propriétaire aussi.
"Animalée" après la mort de son frère dont elle se sent responsable, Zinzi est affublée d'un paresseux symbiotique qui a élu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (32) Voir plus Ajouter une critique
ladesiderienne
  15 décembre 2013
CHALLENGE ABC 2013/2014 (10/26)
Tout d'abord, je voudrai remercier Babelio et les éditions "Presses de la Cité" pour m'avoir fait découvrir, grâce à la dernière opération Masse Critique, un univers littéraire qui m'était totalement étranger, celui de la fantasy urbaine.
Bienvenue donc à Zoo City, ghetto de Johannesburg, peuplé de criminels et gangs en tout genre et où sont relégués aussi les "animalés" dont fait partie Zinzi, l'héroïne du livre. Comme de nombreux paumés du quartier, elle doit vivre en symbiose avec un animal. Jugée responsable de la mort de son frère, la voilà condamnée à cohabiter avec un paresseux accroché à ses basques. Pour d'autres, c'est une mangouste, un vautour ou un singe. L'origine de ce phénomène reste assez obscure.
Cette idée de départ m'a paru plutôt sympathique. Ex-journaliste, ex-junkie, Zinzi survit en participant à des arnaques sur internet (les fameux réseaux d' arnaques nigérianes) et grâce à un certain talent pour retrouver les objets perdus. Pressée par une dette qu'elle doit rembourser, et bien qu'elle n'apprécie pas ce genre de recherches, elle est engagée par un producteur pour retrouver une jeune fille disparue, membre d'un de ses groupes de musique. Zinzi est un personnage auquel il est facile de s'attacher (comme à son paresseux, d'ailleurs), elle se débat avec son passé tumultueux et son évolution au cours de l'enquête est très intéressante.
D'une originalité évidente, ce roman mêle des faits totalement imaginaires à la situation bien réelle des réfugiés en Afrique du Sud. Un monde horriblement contemporain côtoie celui de la magie noire et du culte des ancêtres, les décibels des boites de nuit les plus branchées rivalisent avec la violence des bas-fonds les plus dangereux. Lauren Beukes semble très à l'aise pour nous décrire tous ces milieux.
Mon impression reste cependant mitigée car souvent j'ai perdu le fil de l'histoire. Il aurait mieux valu que les mots en argot (et ils sont nombreux) soient expliqués en bas de page plutôt que regroupés dans un lexique à la fin du livre. La surabondance de personnages et de leurs surnoms, les coupures de journaux, les conversations internet, les fiches de films qui interrompent le récit ont mis quelquefois ma patience à mal. La fin qui n'a plus rien de rationnelle a également refroidi mon enthousiasme premier.
En résumé, idée originale dans un décor d'apocalypse mais traitée de façon trop brouillonne : 10/20.
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Dridjo
  14 janvier 2015
Attention … Coup de Coeur !!
Autant l'annoncer tout de suite sans faire le lecteur capricieux, ce « Zoo city » de Lauren Beukes est entré dans le top 10 de mes coups lectures de l'année, directement à la 4ème place. Il détrône tout de même de le « L'amour avant que j'oublie » de Lyonel Trouillot.

Lauren Beukes est Sud-Africaine, femme, auteure. Rien de très original là-dedans. Puis, son particularisme apparaît, elle met en scène des personnages noirs – bien qu'on ne s'en rende quasiment jamais compte si ce n'est au détour d'une phrase-flash – dans des environnements de science-fiction.
Dans le cadre de la rencontre « Palabres autour des arts » de janvier 2015 qui sera consacré à la science-fiction et l'héroïc-fantasy dans les littératures des Afriques, j'ai eu un mal de chien à trouver des auteurs du continent qui se soient attaqués à ces genres littéraires. J'ai donc sauté de joie en découvrant Lauren Beukes (mais aussi Momi Mbuzé ou la nigériane naturalisée américaine Nnedi Okorafor) et j'ai vu mon bonheur grimper d'un cran, à chaque minute de lecture, en découvrant ce magnifique récit, qui n'est pas vraiment de la science-fiction mais plutôt une sorte d'uchronie du présent d'une Afrique du Sud "destroye " et rongée, non pas par le poison de l'Apartheid, dont il n'est d'ailleurs jamais question dans le récit, mais par le crime, la violence représenté par les animalés. Patience, j'explique.

Lauren Beukes nous campe une Afrique du Sud optimiste-béat dans le fait que la société n'est pas traversée par la problématique raciale, que les « camps » fait de couleurs différentes n'ont pas leur place dans cette nation résolument arc-en-ciel, mais, la nature ayant horreur du vide que causerait une absence de haine, a remplacé le problème de race par l'éternel problème de la misère, de l'inégalité et, surtout, elle a fait descendre sur la terre un un fléau – magique ? – que personne n'a réussi à expliquer ; l'animalisation de toutes les personnes qui se sont rendus coupables d'un crime de sang. Ou plutôt qui se sentent coupable, d'un crime de sang ?

Nous sommes dans un monde où, la nuit qui suit le crime commis, un animal quelconque vient frapper à la porte du meurtrier et s'attache à lui à vie. Impossible d'échapper à ce destin. Une grande distance entre l'homme et son animal crée des douleurs intolérables et la mort de l'animal entraîne celle de l'homme par ce que tous appellent, l'esprit rempli de frayeur, "le contre-courant". Les coupables de crimes sont donc affublés, en permanence d'un animal (ours, chien, papillon, tigre, marcassin…) sans que personne ne sache vraiment sur quels critères sont "choisis" les animaux. Et il est, évidemment, quand on est dans une prison de haute sécurité, il vaut mieux être animalé à un tigre du Bengale qu'à une souris grise de Brasilia. Quoi que…
Quoi que, là où Lauren Beukes introduit encore plus de fiction-magique, c'est que les animaux apportent à leur "compagnons" des capacités nouvelles, des « pouvoirs » - mutants selon l'univers Marvel – qui vont de la simple capacité à inspirer de l'empathie, au pouvoir de "posséder" d'autres corps. Un animal "fort" ne donne pas toujours un "pouvoir" fort.

Zinzi, le personnage principal de ce « Zoo City », est donc une jeune dame, au passé douloureux, animalée à un paresseux, et vivant dans le ghetto le plus glauque et mal famé de Jo'Burg. Elle y vit avec Benoît, animalé à une mangouste, qui est un congolais au passé trouble qui a fui la guerre.
Zinzi a hérité, avec son paresseux, du don de retrouver les objets. Elle n'a qu'à regarder quelqu'un pour qu'apparaissent devant les les « fils » de tous les objets, êtres, que cette dernière a perdu. Plus vous avez perdu de choses, plus dense est le halo vous entourant. Alors Nzinzi utilise ce don pour retrouver des choses sans importances pour des gens aussi pauvres qu'elle. Et, à côté, elle vit d'arnaque à l'ivoirienne. Ces messages envoyés par million, au hasard d'adresse mail c trouvé sur le Net, qui sont faits de larmoyantes demandes d'assistance avec, en contrepartie d'un geste si plein d'humanité, des promesses de pactoles. Et un jour, deux animalés au profil des plus effrayants, lui demandent de retrouver Songweza, la moitié, jumelle, d'un duo de chanteur ado stars. Là débutent, vous vous en doutez, les problèmes…

J'ai véritablement adoré lire ce roman. L'écriture est fluide et moderne, le rythme est digne des meilleurs polars, soutenu et dynamique, la tension monte petit à petit, en vrai thriller et les dernières pages du livre nous mettent dans une angoissante attente du dénouement. L'on s'attache à cette Zinzi revenue de tout et qui s'accroche à la vie, après avoir touché le fond du fond. L'idylle avec Benoît n'a rien d'une amourette à l'eau de rose et pourtant l'émotion est là et les personnages « méchants » sont vraiment terrifiants. Lauren Beukes utilise des extraits d'articles de journaux pour nous donner des informations sur l'environnement (notamment sur les animalés) sans alourdir le récit d'explications trop longues.
Ce livre est surtout un polar, thriller, dans une réalité alternative de l'Afrique du Sud, mâtiné d'inexplicable, de magie et de criminels dopés au surnaturel. C'est haletant, bien écris, passionnant et il accrochera – à mon humble avis – aussi bien les vrais férus de SF que les nouveaux venus dans cet univers littéraire.
A découvrir absolument.
Lien : http://www.loumeto.com/mes-l..
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Kenehan
  21 juillet 2013
Je commence un peu à saturer de me forcer à finir des livres avec lesquels j'ai du mal à avancer. Zoo City est l'un d'eux.
Zinzi vit à Zoo City avec Paresseux, son animal symbiote. Elle a été "animalée" comme tous les criminels de Johannesburg. Désormais, sa vie se partage entre son animal, son amant, ses arnaques et son don pour retrouver les objets.
Je n'ai pu tenir que jusqu'au chapitre 12. Ce n'est pas du tout mon genre d'abandonner un livre comme ça en pleine lecture. En général, je fais des pauses avant de reprendre. Je n'aime pas laisser un livre inachevé. Mais là, il n'y a rien qui me donne envie de poursuivre plus loin. J'ai surtout l'impression de gaspiller mon temps de lecture à ce livre au lieu de le consacrer à un ouvrage qui me plait.
En premier lieu, c'est la couverture qui m'a attirée puis le résumé. Ca me faisait penser à la saga de Philip Pullman : "A la Croisée des Mondes". D'ailleurs, Lauren Beukes y fait allusion à un moment dans son histoire. On retrouve ce concept d'humains liés à un animal qui ne peuvent être séparés sous peine de mort. Mais franchement, autant j'ai adoré les livres de Pullman, autant "Zoo City" m'a ennuyé. J'aurais peut-être dû jeter mon dévolu sur "Les Lumineuses", l'autre roman de l'auteure, mais malheureusement il n'était pas en rayon, lui.
Attention, je ne dis pas que c'est mauvais. Si on oublie le côté parfois vulgaire et la surabondance de noms et surnoms pour chaque personnage au point que l'on se perd, c'est pas mal écrit.
Franchement, en ce qui me concerne, je n'ai rien ressenti durant ma courte lecture. Aucun attachement pour les personnages, même pas pour Zoo City, ce quartier au coeur du roman. Zinzi est trop renfermée, trop distante y compris avec nous, lecteurs. Je l'ai trouvé froide.
Je suis d'autant plus rester en retrait aussi que j'ai eu du mal avec le langage de Zoo City qui nous oblige régulièrement à voir la traduction en fin d'ouvrage (parfois sans rien trouver !). Et je ne parle pas des références inondant le livre ! 95% d'entre elles ne me disaient absolument rien (ou comment se sentir encore plus exclu !).
L'intrigue traine en longueur, il ne se passe pas grand chose. Même la présentation de ce monde particulier est d'une lenteur exaspérante. Peut-être parce qu'elle se fait à travers les yeux de Zinzi, qui est habituée à son univers, son environnement, qui est peut-être aussi un peu blasée et donc beaucoup moins de chose passe, on survole les choses.
Mais l'auteure a tenté d'enrichir le contexte en ajoutant des chapitres fait d'articles de journaux, de témoignages, de fiches de films. le problème c'est qu'en opérant de cette manière, elle donne l'impression d'insérer ces textes un peu au hasard comme si elle ne savait pas trop quoi en faire, comme si elle ne savait pas comment les glisser dans l'histoire. du coup, on a ces textes sortis de nul part qui coupent maladroitement le rythme de l'histoire (qui n'en a pas besoin en plus !).
Bref, ce livre va inaugurer les oubliettes de ma PAL, ce lieu qui accueillera désormais tous les ouvrages en cours qui me donneront l'impression de perdre mon temps. Des ouvrages en sursis que peut-être je reprendrais le jour où ma PAL sera presque vide (autant dire que ce n'est pas prêt d'arriver !).
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reveline
  19 décembre 2013
Cela faisait bien longtemps, en vérité, qu'ouvrant un livre pour en lire les vingt premiers chapitres, je n'avais senti d'emblée se profiler le coup de coeur.
Difficile pour moi de retranscrire par des mots, l'enthousiasme qui fut le mien à la lecture de cet excellent roman de SF.
Peu adepte de ce genre au départ, (ma référence restait 1984 d'Orwell), ce roman dystopique m'a bluffée ! Tant par l'originalité de l'univers, la profondeur des concepts proposés, que par la maitrise indéniable de l'auteure qui tient son histoire d'une main de fer tout en écrivant avec un style quasi-parfait : rythmé, ciselé, drôle et percutant.
Jusqu'à présent, je n'avais lu de L. Beukes que le roman Les Lumineuses. Soyons honnête, si j'avais apprécie ce thriller-spatio-temporel pour son synopsis, le style ne m'avait pas plus impressionnée que le roman ne m'avait transcendé.
D'où mon agréable surprise en entamant ce bijou au style jouissif et irrésistible.
Le premier chapitre (le plus long de tous) pose immédiatement les bases de l'univers en nous plongeant sitôt aux côtés de Zinzi, une animalée, possédant le don de retrouver les objets perdus en suivant les liens lumineux qui relient l'objet à son propriétaire, et de Paresseux, son animal-conscience-culpabilité.
Celles et ceux qui ont lu l'intégrale de l'excellente saga jeunesse À la croisée des mondes (His Dark Materials) (que j'avais adoré il y a quelques années), seront sans doute surpris de rencontrer dans Zoo City, une idée assez similaire au concept d'animal/ âme liée à son propriétaire, utilisée jadis par Philip Pullman. La ressemblance ne s'arrête point là, car les deux auteurs mettent tous deux cette idée de génie au service d'un univers fascinant et l''utilisent comme un outil d'exploration de l'âme humaine, et de ses travers, afin d'interroger les notions de péché, de culpabilité, et de repentir. Mais si l'idée d'un animal-lié à un être humain en tant qu'âme chez Pullmann et en tant qu'incarnation de la culpabilité d'un individu ayant commis un acte répréhensible chez Beukes est identique, Lauren Beukes pousse le concept vers la noirceur la plus absolue, en l'habillant de son propos désenchanté, dans une Afrique du Sud aussi crépusculaire qu'inattendue, où l'auteure laisse libre cours à son imagination débridée pour nous donner à voir l'évolution terrifiante de nos sociétés contemporaines.
Ce qui m'a le plus séduit chez Zinzi, c'est son côté marginale, voire amorale, de bad girl au passé trouble, et à la vanne facile. Cynique en diable, et pourvue d'un sacré punch, Zinzi (qui m'a souvent fait songer à Charley Davidson), porte le roman sur ses épaules. L'intérêt que nous éprouvons pour le personnage ne faiblit jamais, grâce au dévoilement progressif de son passé au fur et à mesure que les pièces du puzzle s'assemblent. Bien que sans foi ni loi, et volontiers cassante, Zee n'en demeure pas moins une héroïne des plus attachantes (attachiante ?), qui m'a ravi plus d'une fois par son caractère affirmé et son sens de la formule qui tue.
Du point de vue des personnages, Zinzi et Paresseux forme un tandem détonnant mais les personnages secondaires qui gravitent autour d'eux apportent chacun leur lot de saveur au roman. Chacun d'entre eux étant des plus atypiques, perturbé, et extravagant.
Cette chronique vous semble par trop élégiaque ? Vous trouvez cela suspect venant de ma part ? Qu'à cela ne tienne ! En chipotant un peu, je peux tout de même vous dénicher quelques points négatifs ici ou là.
1) le roman est très complexe à comprendre et exige une lecture attentive (Mais est-ce vraiment un défaut, toutefois ?).
Je ne le pense pas, bien au contraire. J'avoue que certains passages m'ont semblés un peu nébuleux, mais rien qui handicape la lecture ou entache le plaisir que l'on y prend, rassurez-vous.
2) le roman comporte quelques petites longueurs et souffre de baisses de rythme occasionnelles (Essentiellement dans les inter-chapitres qui alternent avec l'intrigue principale) : extraits de mail, de livres, d'articles de journaux, et de documents d'archives officiels …
3) L'enquête policière n'est pas d'un suspense insoutenable, ne vous attendez pas à du Agatha Christie 2.0 ou vous seriez déçus. Dans Zoo City, l'accent est surtout mis sur l'univers déjanté et les personnages qui ne le sont pas moins, d'ailleurs. Dès lors, la conduite de l'enquête devient prétexte à explorer un monde étrange, ses systèmes de valeurs et ses codes sociaux, comme d'interroger des concepts divers et variés autant philosophiques, sociologiques que culturels.
4) le dénouement de Zoo City est assez surprenant, mais un peu invraisemblable. En outre, une légère lassitude s'installe dans les derniers chapitres. Lesquels s'étirent un peu en longueur, mais la lecture reste agréable. de plus, je n'avais pas du tout deviné comment les différents arcs narratifs allaient s'assembler au final.
Au regard de « ces petites réserves », Zoo City est donc un petit coup de coeur, mais un coup de coeur tout de même.
À découvrir et à faire découvrir.
Je remercie beaucoup Babelio.
Lien : http://ladelyrante.wordpress..
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DarrenBryte
  06 juin 2017
On aurait aimé savoir ce qui se pas­sait dans la tête de Paresseux.
Un style, un uni­vers, une vision, une auteure que l'on découvre et lit avec plai­sir parce qu'ils offrent, tous ensemble, quelque chose d'un peu dif­fé­rent, d'un peu décalé. le talent se trou­vait sous l'énergie de la plume, le réalisme des per­son­nages et l'originalité de l'idée qui, bien que pré­sente au début de l'ouvrage, n'a pas été suffisamment alimentés au fil de l'intrigue. Mais on ne serait pas contre l'idée d'en lire un deuxième. Pari gagné !
Zinzi Decem­ber est une ani­ma­lée (une « Zoo ») ; ces personnes res­pon­sables d'un crime qui, lorsqu'elles sortent de pri­son, se trouvent affublées, en guise de peine additionnelle, d'un ani­mal symbiotique dont elles doivent s'occuper à vie (si l'animal meurt, son pro­prié­taire connaît le même sort). Elles reçoivent, avec leur sym­biote, un shavi (un don extra­or­di­naire). Celui de Zinzi est de retrou­ver les choses perdues. Ancienne jour­na­liste déchue après la mort de son frère (dont elle est tenue pour res­pon­sable), Zinzi survit dans Zoo City (un quar­tier déla­bré de Johannesburg peu­plé de gens comme elle) en fai­sant commerce de son shavi et en par­ti­ci­pant, à contrecoeur, à des arnaques à la nigé­riane.
Alors qu'elle se retrouve à court d'argent, un pro­duc­teur for­tuné, énigmatique et mal­sain fait appel à elle pour retrou­ver non pas un objet mais l'une de ses pop stars dis­pa­rues. Zinzi se lance alors à la recherche de Song­weza au coeur d'une ville dont elle va tra­ver­ser deux des mondes qui s'y côtoient et qu'elle connaît bien : celui de la déchéance et de la pau­vreté et celui de l'opulence ; à bien des égards misé­rables l'un comme l'autre. Ce fai­sant, elle cheminera sur les réa­li­tés de sa propre condi­tion, les blessures de son passé et l'incertitude qui habite son présent et son avenir.
« Plaisirs »
Le style est moderne, bran­ché, rem­pli d'expressions et de termes sud-africains qui ajoutent au réa­lisme des personnages et des dia­logues, crus et sans emphase. Il donne à l'ouvrage une dyna­mique cer­taine et nous plonge dans l'action sans détour ni chi­chis sty­lis­tiques inutiles. Les descriptions (des lieux et des situa­tions) sont saisissantes et bien ima­gées. Elles nous font sen­tir l'odeur de la moisissure qui baigne Zoo City, celle de la came qui inonde les lieux bran­chés dans les­quels Zinzi (nar­ra­trice du début à la fin) évo­lue et celle, enfin, de la vio­lence, morale, phy­sique, directe ou plus sub­tile, qui infecte la plu­part des per­son­nages.
L'univers semble ori­gi­nal. Mais, à y regar­der de plus près, en se débarrassant de tout ce qui fait de cet ouvrage un roman, il correspond à une société frac­tu­rée où les inégalités se sont creu­sées au point de don­ner nais­sance à deux univers qui n'ont plus rien en com­mun. Et puis, on s'attache à Zinzi. Parce qu'en dépit de son carac­tère bien trempé et d'activités mora­le­ment condam­nables, on ressent la fra­gi­lité d'un per­son­nage blessé, qui se protège et qui sur­vit comme il peut, avec un passé qui le mine et un pré­sent qui ne lui per­met pas d'envisager l'avenir. Pour­tant, au fil du roman, il évo­lue et nous laisse découvrir une sen­si­bi­lité étouf­fée par une his­toire per­son­nelle dif­fi­cile et un monde qui ne connaît aucune pitié. Sans un mot, puisqu'il ne s'agit que d'un ani­mal, cet aspect du per­son­nage est sub­ti­le­ment mis en lumière à travers Pares­seux, son sym­biote. Il est l'autre ver­sant de Zinzi, celui qui s'exprime silen­cieu­se­ment, davan­tage à travers les faits que les mots.
« Regrets »
On regret­tera une immer­sion peut-être trop rapide dans l'action, au point par­fois d'avoir quelques dif­fi­cul­tés à « retrouver ses petits ». Bien des pré­sup­po­sés sont induits, comme des évi­dences. On aurait aimé qu'ils nous soient davan­tage contés. On regret­tera éga­le­ment que les phé­no­mènes magiques qui par­sèment l'ouvrage (et qui ne sont pas expli­qués, ni dans leurs fon­de­ments, ni dans leurs pers­pec­tives) ne trouvent pas vrai­ment d'utilité, si ce n'est nous faire tou­cher du (bout du) doigt l'empreinte de la magie dans la culture sud-africaine.
Mais on regret­tera sur­tout, sur­tout, que l'idée – captivante entre toutes – des sym­biotes n'ait pas été suffisamment exploitée. Passe encore que les ori­gines de la symbiose res­tent inexpliquées (après tout, il s'agit de phénomènes fan­tas­tiques qui n'ont pas à ver­ser dans le rationnel), mais ne pas péné­trer le coeur de ce que cette symbiose signi­fie, pro­voque ou sous-tend, c'est pas­ser à côté d'un uni­vers hors normes et encore trop méconnu. On reste avec un goût de « trop peu ». On aurait aimé se transposer dans la tête de Pares­seux et de tous les symbiotes qui se sont retrou­vés atta­chés (enchaî­nés ?) à leur humain. Pour résu­mer, quelques pages de plus (allez, une bonne cin­quan­taine !) n'auraient pas été pour nous déplaire.
« Reproches »
On reprochera à l'intrigue de nous embar­quer dans une enquête qui retombe comme un souf­flé, dans une grande banalité, et qui, fina­le­ment, n'a été ima­gi­née que pour nous faire che­mi­ner sur le des­tin per­son­nel de la nar­ra­trice (et de ceux qui la côtoient au plus près) à tra­vers un Johannesburg aux mul­tiples visages et, plus lar­ge­ment, une Afrique défaite.
On reprochera aussi une fin trop rapide, sans cohé­rence avec l'intrigue ini­tiale, car rien n'est jamais venu l'annoncer ou la faire devi­ner, même de loin. Elle tombe comme un cheveu (de Pares­seux) dans une soupe assez pauvre et abra­ca­da­bran­tesque. On reste avec cette impression qu'il fal­lait finir.
Dar­ren Bryte
Lien : http://www.lelitteraire.com/..
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critiques presse (1)
Elbakin.net   02 août 2011
Lauren Beukes nous propose avant tout une tranche de vie. Douce-amère. Avec ses petits instants de bonheur volés et surtout ses problèmes, ses regrets, ses doutes. [..] il s’agit bien d’une réussite, même si l’on se gardera bien de parler de roman majeur pour autant, terme souvent par trop galvaudé. 4/5
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   12 avril 2013
- La couverture est déchirée, les pages sont moisies, gonflées d'humidité, ça parle d'un arbre !
- C'est comme ça que fonctionne votre talent ? Vous voyez les choses ? demande-t-elle avec un air amusé. Comme c'est pratique. Je ne sais pas comment s'appelait le livre. Mais l'une des autres filles nous le lisait, dans le conteneur.
- Le conteneur ?
- Ils nous ont expédiées comme ça. Serrées comme des sardines...
Elle caresse la gorge du marabout, qui plisse les yeux pour montrer qu'il apprécie.
- ... certaine sardines n'ont pas survécu. J'ai commencé une autre vie.
- Je pourrais essayer de découvrir ce qu'était ce livre. Si vous voulez. Vous pourriez en trouver un autre exemplaire.
- Et s'il n'est pas aussi bon que dans mes souvenirs ? Il vaut mieux que certains objets restent perdus.
- J'espère que vous ne parlez pas de ma chanteuse !
M. Huron, je présume, apparait sur la terrasse en faisant la révérence. Il n'est pas tant taillé comme une barrique que comme une cornemuse : tout son poids est concentré sur l'avant, et il déborde d'un t-shirt frappé de l'inscription "Depeche Mode Rose Bowl Pasadena 1987". Son crâne est dégarni, mais ce qui lui reste de cheveux est tiré en une queue-de-cheval malingre. Les vrais puissants, contrairement à tous les Vuyo du monde, ne se soucient pas de faire bonne impression.
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ladesiderienneladesiderienne   13 décembre 2013
L'appartement avait dû être Art déco en son temps, mais il avait été soumis à un réaménagement de trop. Remarquez, Mme Luditsky aussi. Sa peau avait la luminosité transparente du savon de glycérine, et ses yeux étaient légèrement exorbités, probablement en raison de l'effort que demande l'expression d'un sentiment lorsqu'on a les muscles faciaux pleins de botuline, ou qu'ils ont été soumis au laser. Ses cheveux étaient sculptés au gel pour former une sorte de pompadour couleur croûte de crème brûlée.
Le thé avait un goût de pisse de cheval rance filtrée dans la chaussette d'un clochard, mais je l'ai bu quand même, entre autres parce que Paresseux s'est mis à siffler lorsque j'ai voulu le vider discrètement dans le pot d'une orchidée en plastique postée près du canapé.
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ladesiderienneladesiderienne   13 décembre 2013
Certaines choses perdues ne peuvent pas être retrouvées. Comme la jeunesse, par exemple. Ou l'innocence. Ou (navrée pour vous, madame Luditsky) la valeur de l'immobilier une fois que les taudis ont commencé à déborder. Les bagues, en revanche, c'est facile. Comme les clés, les lettres d'amour, les jouets préférés. les photographies égarées et les testaments manquants. J'ai même retrouvé une chambre perdue, une fois. Mais, j'aime m'en tenir aux choses simples, aux petits objets. Après tout, le dernier truc conséquent que j'aie trouvé était une vilaine accoutumance à la came. Et voyez ce que ça a donné.
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BernachoBernacho   10 avril 2017
Dehqan Baiyat était étudiant en cinéma à New York avant de se transformer en seigneur de guerre afghan, avec moto et mitrailleuse. Il devint célèbre à la fin des années 90, non pas en raison de ses trafics d'opium ou de ses tactiques brutales contre les talibans ou l'OTAN... mais à cause du pingouin qui ne le quittait jamais.
Lorsque les rumeurs parlant d'un chef militaire accompagné d'un oiseau antarctique vêtu d'un gilet pare-balles ont commencé à se répandre parmi les troupes britanniques, ...
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ladesiderienneladesiderienne   14 décembre 2013
- Song est une pétasse coincée, répond Arno.
Il vient de cracher tout le venin de quelqu'un qui a entretenu une flamme dans la cave de son cœur et qui n'a reçu qu'une petite tape condescendante sur la joue lorsqu'il l'a révélée au grand jour et à l'élue de son palpitant. La graine a été brûlée, mais ça ne signifie pas qu'elle est morte.
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Videos de Lauren Beukes (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Lauren Beukes
Lauren Beukes nous parle des recherches qu'elle a menées dans la ville de Detroit pour écrire son roman "Les Monstres", en librairie aux éditions Presses de la Cité. En savoir plus sur ce titre: http://bit.ly/1HuS6En
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