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Raphaële Gilbert (Autre)
EAN : 9782375461761
200 pages
Ecole Nationale Supérieure Sciences Information Et Bibliothèques (17/11/2022)
3.88/5   4 notes
Résumé :
Une nouvelle médiathèque tournée vers l'innovation et l'inclusion sociale ouvre ses portes. La fréquentation est au rendez-vous mais les situations d'accueil souvent difficiles. Suite à des faits de violence, plus tard, la sécurité est revenue, durablement. Une recherche-intervention, conduite pendant deux ans par une psychosociologue spécialiste des jeunes et des questions urbaines, a été un facteur décisif pour traverser la crise.
Initiée pour analyser le r... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Lorsqu'un établissement de lecture publique sur le modèle de type "tiers lieu" est dépassé par son succès, au point de devoir fermer, cela donne cette étude-intervention édifiante. Dans cet ouvrage les auteurs questionnent la crise ouverte qui s'est déclenchée avec une partie du jeune public suite à l'ouverture d'une nouvelle bibliothèque dans un quartier populaire. Attirés par les espaces cosy et la connexion wifi très vite les adolescents investissent les lieux, accompagnés de leurs fratrie qu'ils doivent surveiller tandis que les parents sont au travail. de fait des conflits d'usages se manifestent, les jeunes ayant parfois une attitude provocante, qui glisse vers une violence qui devient systémique vis à vis du personnel. Les membres de l'équipe jeunesse se retrouvent ainsi parfois avec plus de 200 enfants et adolescents en freestyle à gérer, ce qui décourage parents et grands-parents de revenir...

Malgré les nombreuses tentatives de régulation et le recours aux autres services de la municipalité la situation se dégrade, au point que les agents doivent recourir à leur droit de retrait. S'ensuit une fermeture administrative de 3 semaines, et une réflexion globale accompagnée par les chercheurs en sciences humaines pour créer les conditions d'une réouverture plus sereine. Une journée inter-service va permettre de créer un élan de solidarité et sera l'occasion de réfléchir collectivement aux attendus des partenariats, mais aussi de remettre à plat les objectifs de cet établissement à vocation culturelle qui ne pouvait décemment centraliser les besoins sociaux du territoire. Ainsi une charte est rédigée, que chacun devra signer pour s'engager à respecter les lieux et les personnes. Cela va permettre de réguler le retour du public et de s'assurer que les dérives ne reprennent pas. Ce texte à plusieurs mains est donc le résultat de deux années d'étude et d'intervention, il n'est pas en ce sens un manuel ou un guide mais regroupe les témoignages des différents acteurs engagés dans la résolution de cette crise ponctuelle. Comme toute situation spécifique et particulière le cas de cette bibliothèque est source de réflexion et d'enseignement global, même si le contexte peut différer.

La morale à tirer de cette histoire et des regards croisés qui composent cet ouvrage est qu'il faut repenser la notion de 3ème lieu en la reconnectant au réel et au contexte local. Penser que les usages vont découler naturellement du lieu est un leurre, et quelques canapés ne suffisent pas à constituer un lieu culturel viable ou à garantir des usages adaptés et harmonieux. Il s'agit donc de renoncer à certains idéaux qui ne sont que mirages dans les zones d'éducation prioritaire. de même un organigramme transversal avec des profils variés ne suffit pas à résoudre ce type de crise, et le recours à un management inspiré de la permaculture est parfois plus adapté à certaines situations.
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"Penser la médiathèque en situation de crise" n'est pas en lien avec la crise sanitaire. Il s'agit d'une structure située en banlieue parisienne, qui a vécu une crise ouverte avec les jeunes publics.
Médiathèque nouvelle, troisième lieu par excellence, à la pointe de la modernité, elle séduit dès son ouverture. Il faut dire que les collections, les services ainsi que le mobilier sur place ont tout conquérir le coeur des usagers. Mais tout ne va pas se passer comme prévu. Incivilités, menaces, dégradations, agressions, le personnel est à bout et la fermeture administrative n'est plus une option. Après un long travail en interne et avec l'ensemble des partenaires, la médiathèque rouvrira progressivement, retrouvant son public et sa sérénité sur le long terme.

Sous la direction de Raphaëlle Gilbert, l'ouvrage "Penser la médiathèque en situation de crise" s'adresse aux bibliothécaires qui peuvent rencontrer les mêmes difficultés sur leur lieu de travail. Si tout ne se règle pas en un claquement de doigt, de nombreuses pistes sont données par divers intervenants, à prendre en considération avant ou pendant la crise.

Car, si la bibliothèque dite de 3e lieu semble l'endroit idéal, il est important de savoir faire la différence entre lieu public et place publique, de savoir connecter la bibliothèque à son environnement.

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Travaillant moi-même au sein d'une médiathèque, cet ouvrage proposé dans le cadre d'une opération masse critique m'a forcément attiré. Je remercie d'ailleurs l'ENSSIB et Babelio pour l'envoi.


Il n'existe évidemment pas une médiathèque mais bien des médiathèques ayant chacune leurs problématiques, leurs spécificités,… Ici, l'exemple est celui d'une médiathèque de région parisienne à forte mixité sociale et souffrant de nombreux actes d'incivilités. La crise évoquée le titre concerne quasi-uniquement ces derniers liés à la fréquentation des jeunes en médiathèque. J'admets que cet axe restreint m'a déçu et je m'attendais à une analyse beaucoup plus ouverte et générale.


La gestion de jeunes turbulents est évidemment essentielle. Cet ouvrage apporte quelques clefs et éléments de cfompréhension. Son contenu est globalement intéressant, génère de la réflexion malgré quelques redondances et des parties plus creuses que d'autres.


Je ne sais pas vraiment ce que je pourrais retirer de cette lecture mais cette réflexion à plusieurs voix a le mérite d'exister et pourrait servir à des médiathèques dont le contexte géographique et social est proche de celle utilisée comme exemple.
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Retour d'expérience très intéressant sur une médiathèque de région parisienne confrontée à une crise avec une partie de son public, ici des ados/jeunes adultes.
Ce document ne s'érige pas en "mode d'emploi" à suivre absolument dans une situation identique. Il raconte simplement la manière dont cette structure s'y est prise pour surmonter ses difficultés, en impliquant des acteurs locaux (tutelle, partenaires médico-sociaux, publics...).
De par cette expérience, les membres de l'équipe impliquée nous offre des outils pour appréhender la médiathèque sous un angle nouveau, celui de la crise. Quelle est le rôle de ces établissements culturels dans les enjeux locaux, voire sociétaux ? Comment peuvent-ils légitimer ce rôle ? Être entourés, accompagnés ? Comme s'impliquer quand la situation fait appel à des compétences non acquises jusqu'ici ?
Si l'ouvrage apporte des réponses, je le rappelle, il donne surtout des clés de compréhension, et non un mode d'emploi. Très instructif !
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
Un dialogue s'instaure, sans fard, sur les situations qui ont conduit à fermer les lieux. Jusqu'ici le dialogue autour des incivilités avait été conduit presque exclusivement avec leurs auteurs. Ce jour-là et les suivants, la question est abordée avec tous les jeunes, ainsi que leurs parents lorsqu'ils sont présents. Les nouvelles règles d'accueil sont explicitées, les services proposés par la médiathèque présentés. Chaque jeune est expressément incité à s'exprimer sur les nouvelles règles d'accueil. Certains disent regretter de ne plus pouvoir venir en grand groupe pour passer l'après-midi : les médiathécaires leur présentent les collègues des services Sport et Jeunesse qui leur proposent une offre de service alternative. La grande majorité des jeunes estime que les règles sont justes et nécessaires. Une poignée d'entre eux seulement refuse de signer la charte dans un premier temps : ils reviendront sur cette décision quelques jours plus tard. Seules six personnes refuseront de la signer. Dans les deux mois qui suivront, 1200 chartes seront signées et aucune incivilité ne sera à déplorer. (p. 23)
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Nous avions installé des stands à l'entrée, près des automates de prêts et de la banque d'accueil. Étaient présents à nos côtés des représentants des services municipaux relevant des champs socioculturels et éducatifs, avec une forte présence du service des sports et de l'enfance. L'enjeu était de faire front commun, de montrer au public et particulièrement aux jeunes que nous travaillions tous ensemble, de répondre à des questions ne relevant pas des compétences de la médiathèque ou d'aiguiller vers d'autres services. Par exemple, le service enfance renseignait des familles sur les centres de loisir ou la cantine, le service des sports donnait des informations pratiques sur l'inscription à telle ou telle activité. Cette implication des autres services, voulue par la direction générale, a été une belle preuve de solidarité capitale pour notre équipe. Nous avions changé d'échelle, "notre" problème était devenu le problème de tout le monde, et les agents des différents services travaillaient ensemble pour le même public. (p. 48)
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Ces jeunes peuvent effectivement être très difficiles à supporter pour les institutions et ceux qui les font vivre mais nos travaux nous ont montré que la réponse essentiellement répressive, ou qui conduit à les exclure, renforce à long terme ces dynamiques violentes et enferment les jeunes dans des assignations dont ils ne sortent pas. Je pense, comme beaucoup d'éducateurs qui accueillent les adolescents, que nous devons faire tout notre possible pour ne pas nous laisser enfermer dans des confrontations duelles et, à terme, dans des dynamiques de rejet car, de fait, les capacités de coercition sont du côté des adultes. Ce n'est pas une position facile à tenir ; dans cette démarche psychosociologique, nous avons effectivement produit une situation d'exclusion de certains jeunes, mais nous avons permis à nombre d'entre eux de pouvoir se réinstaller dans un lieu rassurant. Le travail, pour que tous puissent revenir dans ce lieu, reste à poursuivre. (pp. 80-81)
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Dans notre cas, la conjonction de notre projet de modernisation et de diversification des services de la bibliothèque, de l'ouverture d'un nouveau lieu et de l'ambition forte de nos élus pour cet équipement a pu pousser à des représentations excessives, de part et d'autre, des fonctions qu'elle pouvait assumer, conduisant progressivement à une forme de confusion. La médiathèque était devenue, en tant que champ des possibles, un objet positif mais quelque peu indéterminé, dont personne ne cernait bien les contours ni le centre. Au-delà de l'identification des missions, à vouloir réunir des fonctions trop diverses et trop peu délimitées, le risque est important de créer le consensus autour d'un projet séduisant mais difficilement réalisable, qui perde de vue le fait que les politiques publiques ont besoin de s'appuyer sur des écosystèmes d'acteurs spécifiques et complémentaires et que la plus-value de la médiathèque est avant tout culturelle. (p. 124)
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Le prisme de l'approche systémique, de la psychosociologie et de l'analyse urbaine a opéré un déplacement : de quoi cette violence était-elle le symptôme ? Ce qui semblait être l'objet central de nos préoccupations et le sujet initial de la recherche - le troisième lieu, les incivilités, la violence, la souffrance - est apparu comme secondaire. Nous avons changé de focale et d'objet de travail. Notre travail a porté sur le rôle de la médiathèque, son ancrage urbain, son insertion au sein d'un système d'acteurs, ses partenariats et sa politique d'accueil. La psychosociologie, par l'apport de l'analyse des interactions, de la conflictualité, de la place de chacun et de l'attention portée au rôle joué par l'institution, a apporté un nouvel éclairage précieux. C'est par ce biais que nous avons trouvé une issue à la crise : en cessant de travailler sur celle-ci et en nous recentrant sur nos fonctions et nos ressources. (pp. 51-52)
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