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Critique de viou1108


viou1108
  09 avril 2015
Les honneurs perdus, c'est l'histoire d'une solitude et d'une quête. Saïda est née dans un bidonville (surnommé « Couscousville ») à la périphérie de Douala au Cameroun. Musulmane, elle grandit dans une famille aux préceptes religieux stricts, cantonnant la femme à ses fourneaux. Sa seule instruction se limite aux vagues « enseignements » de l'école coranique du coin, qui tient davantage de la garderie d'enfants que de la maternelle épanouissante. Saïda grandit donc, enfermée dans ses croyances, dans la maison parentale, dans la crasse et la misère, dans la tristesse plutôt que dans la joie, seule et vierge moquée par les femmes et méprisée par son père, elle qui aurait dû naître mâle. Alors que les filles de son âge flirtent, se marient ou quittent le taudis pour des horizons meilleurs, Saïda trime sans broncher, protégeant sa virginité comme un trésor dont elle rêve pourtant de se débarrasser dans les bras du Prince Charmant. Comprenant qu'elle ne trouvera ni son sauveur ni son eldorado dans cette Afrique misérable voire misérabiliste, elle décide de partir, à 40 ans passés. de Couscousville à Belleville, il y a un monde de différences, et pourtant la vie se révèle moins belle qu'espéré. Les (pauvres) émigrés sont malvenus dans la riche Europe, et à défaut de papiers en règle, leur situation est bien précaire. Saïda a quitté l'emprise de son père pour se retrouver sous la coupe de sa cousine Aziza, qui l'exploite puis la jette à la rue sans remords ni vergogne. Saïda parvient alors à s'imposer bonne à tout faire chez Ngaremba, jeune africaine noire, écrivain public idéaliste, qui organise chez elle quantités de réunions d'intellectuels africains dans le but de sauver le continent.
Au milieu de ces péripéties et coups du sort, Saïda garde le cap : elle cherche l'Amour, et préserve sa virginité pour Lui. Il lui aura fallu 50 ans pour le trouver, en y perdant un certain sens de l'honneur, puisqu'elle n'aura pas droit au mariage en bonne et due forme avant consommation. Il lui aura fallu 50 ans, mais Saïda va finir par devenir une femme libre. Il n'est jamais trop tard…
A l'image de Saïda, sorte d'anti-héroïne, les femmes, l'Afrique, les femmes africaines, sont au centre de ce roman. L'Afrique, continent esclave puis colonisé puis libéré mais désemparé, rêve de la lointaine Europe, ce miroir aux alouettes qui n'a que faire des immigrés.
L'auteur se moque bien des uns et des autres, de leur naïveté, de leur penchant pour la fatalité, ou de leur idéalisme de pacotille : missionnaires, ONG et intellos français gauchisants n'ont, à cet égard, rien à envier à l'élite black réunie chez Ngaremba, dans ce qui ressemble plus à des séances de radotage-agapes qu'à un think tank sur le sauvetage africain. Si la cause de l'Afrique semble perdue, celle des femmes l'est un peu moins, ou en tous cas l'auteur leur montre plus de tendresse. Sans les épargner, elle leur laisse une porte de sortie, quelque part entre solidarité et alphabétisation.
Conte de fées tragi-comique, entre fatalité et espérance, le roman est écrit dans une langue ironique, riche et vivante. Et pourtant l'histoire de Saïda ne m'a pas vraiment touchée, malgré sa force, sans que je sache expliquer pourquoi…
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