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EAN : 9782752907257
139 pages
Éditeur : Libretto (05/04/2013)

Note moyenne : 4.04/5 (sur 35 notes)
Résumé :
4e de couverture
Un homme marche dans Paris. Il a été ramassé quasi mort à la fin de la Seconde Guerre mondiale par des soldats américains sur une route parsemée de cadavres et porte un matricule sur l’avant-bras gauche. S’il a tout oublié de l’enfer traversé, il ne sait plus non plus ce que fut sa vie d’avant la déportation. A-t-il une famille ? Des enfants ? Un métier ? Doté par défaut d’un prénom de hasard, il réapprend à vivre dans une capitale française... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
araucaria
  21 avril 2021
Ce livre est un récit romanesque d'un ancien déporté de retour d'Auschwitz, l'auteur avait précédemment raconté son vécu dans "C'est en hiver que les jours rallongent."
Ce témoignage rappelle bien sûr les livres de Primo Levi ou Simone Veil, mais le récit est abordé sous un angle différent. le lecteur y découvre bien entendu les horreurs commises dans les camps d'extermination, les conditions de vie des détenus, la hiérarchie instaurée dans les camps, les brutalités, les privations, les exécutions, mais aussi à l'approche des troupes américaines, l'abandon des camps par les SS entraînant avec eux sur les routes, les déportés déjà plus morts que vifs...
Un très beau livre qui montre aussi combien le retour à la liberté est difficile, et la perte de repères que peut avoir un ancien déporté lorsqu'il retrouve une ville comme Paris, où tout a changé depuis son arrestation, entre occupation allemande puis passage des troupes alliées de libération, ville encore marquée par la guerre, par ses restrictions, par ses deuils.
J'ai beaucoup apprécié ce livre et le style sobre de l'auteur.
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Commenter  J’apprécie          351
horline
  22 mai 2013
Si mai 1945 voit se profiler la fin de la guerre, ce n'était pour autant pas encore la paix. Les restrictions de toute sorte pèsent encore sur le quotidien, les gens sont usés, certains continuent de mourir. Les prisonniers de guerre et les déportés ne sont pas encore revenus, les règlements de compte s'annoncent, et lorsque les jeeps américaines s'engagent su les routes pour rejoindre les dernières poches du front, elles croisent des pyjamas sur la route. Des pyjamas rayés qui, de manière effroyable, renferment des corps vidés de leur chair, des « corps aux angles aigus ». Parmi eux, miraculeusement, il y a un « tas humain » qui sera ramassé après avoir donné des signes de vie.
Parlant français, cet inconnu à la mémoire blanche, sans identité, et auquel on a attribue le nom d'Alex entreprend une fois pris en charge par les autorités françaises un autre combat : celui de redevenir humain avec une enveloppe charnelle, une identité, un passé, des émotions…
C'est ce cheminement d'un amnésique vers le retour à la vie, ou plutôt vers la reconquête de sa vie que raconte Joseph Bialot dans La station Saint-Martin est fermée au public. Car après avoir vraisemblablement connu la famine, les brimades, la violence, la cruauté, l'angoisse incessante qui vrille l'estomac dans les camps, Alex a oublié ce qu'était être humain.
Il ressemble à un spectre, il appartient à cette foule d'invisibles que la guerre a réduits à l'état animal. Dés lors, avec une langue grave et une distance intuitive, on suit le récit d'un homme qui se laisse guider par ses sensations une fois qu'il rejoint Paris. Puis au fur et à mesure qu'il tente de ranimer sa mémoire, Alex se rend compte que le « qui suis-je ? » est douloureux, même s'il n'est plus la menace d'un kapo ou d'un SS.
C'est un roman pudique, de dimension et d'intensité modestes, peut être parce qu'Alex ne peut aller au-delà de la simple sensation et que les émotions ont longtemps demeuré comme anesthésiées. Toutefois, ce court récit dans lequel on pourrait certainement y déceler une part autobiographique quand on sait que Joseph Bialot est un ancien déporté, parvient à captiver le lecteur
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Butylphenyl
  30 juin 2013
Avec La station Saint-Martin est fermée au public, Joseph Bialot façonne une DeLorean littéraire.
En effet, bien que le titre et la couverture de l'ouvrage augurent une dominante spatiale, cette fiction est avant tout soumise au prisme du temps, comme le laisse présager la photographie en noir et blanc de Jean-Pierre Couderc.
Assez significativement, le verbe de la station Saint-Martin est fermée au public s'avère d'ailleurs à la forme passive du présent de l'indicatif et préfigure en cela la posture initiale du héros soit celle d'un homme qui ne connait pas de passé – amnésie oblige – et qui endure un présent nébuleux. Il lui faudra donc lutter pour recouvrer son passé et ainsi triompher de ce présent qui l'accable.
Dans ce court récit, Joseph Bialot relate plus précisément la prise en charge d'un homme laissé pour mort par les Allemands et miraculeusement retrouvé par des soldats américains – qui l'appelleront Alex – à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Amnésique, il s'efforce tant bien que mal d'explorer les méandres de sa mémoire afin de "réintégrer sa peau, [de] se retrouver à l'aise". À travers la restauration d'un passé concentrationnaire, c'est donc la reconstruction mentale et identitaire qu'évoque l'auteur.
À mi chemin entre le témoignage et la fiction, La station Saint-Martin est fermée au public nous immerge, à travers des bribes de souvenirs, dans la misère et la pestilence concentrationnaire. Cette oeuvre hybride évoque également la profonde absurdité du mécanisme nazi : de l'odieux hasard avec lequel les allemands choisissent quel déporté tuer – ils utilisent le principe du loto – au métier de médecin du camp, chargé finalement de maintenir en vie des hommes voués à la mort.
Si Joseph Bialot insiste donc sur le caractère éminemment ubuesque de l'univers concentrationnaire, il délivre également bon nombre d'informations pratiques : il évoque notamment les différents tickets d'alimentation et le rationnement sous toutes ces formes (nourriture, gaz etc). Les notes de bas de page sont également précieuses : j'y ai ainsi appris quel était le surnom d'Isle Koch, la femme du chef de camp de Buchenwald ("la chienne de Buchenwald"), que le Grand Rex était un Soldatenkino durant l'Occupation, c'est-à-dire un cinéma exclusivement réquisitionné pour divertir la Wehrmacht ou encore qu'à Auschwitz, "nombre de Polonais aryens affichaient une grande admiration pour Rina Ketty" et plus spécifiquement pour sa chanson J'attendrai.
J'ai également grandement apprécié la réflexion duale sur l'espace et le temps. Dans La station Saint-Martin est fermée au public, il semble en effet que les lieux soient vecteurs de souvenirs – et donc en l'occurrence pour Alex, notre héros, de traumas – que seuls le temps permet d'apaiser. Espace et instant sont donc complémentaires ici et contribuent au travail de guérison. J'aurais toutefois aimé que certaines thématiques soient plus approfondies comme ce passage où il appréhende, à travers un de ses personnages, les mots comme un possible antidote à la barbarie – idée qui m'a d'ailleurs rappelé le très joli L'Ecriture ou la vie de Jorge Semprun – ou encore celui où il décrit le modèle allemand.
"Les nazis ont inversé l'ordre social et moral" écrit-il. "Au Lager, le pays du négatif, tu n'existes que si tu as quelqu'un au-dessous de toi, quelqu'un à haïr, à commander, à humilier, un être à détruire, à pressurer, à faire sangloter. C'est ça, aussi, le fascisme. le Kapokommando ne trouve de consistance que dans cette échelle de valeurs : il le droit de vie et de mort sur son Unterkapo, son Vorarbeiter, son Pipel et, bien sûr, sur tout crevard de base, le déporté lambda." L'expression "pays du négatif" par exemple, que je trouve extrêmement intéressante, aurait mérité plus d'explications.
De même, dans un autre registre, pour le personnage de Clotilde qui se trouve tiraillée entre le souvenir de son défunt – et vénéré – père et les exactions qui lui sont reprochées. Un récit plus long aurait permis d'explorer davantage sa psychologie et ainsi peut-être d'égaler la richesse réflexive du film Lore qui traite un sujet similaire. Les quelques cent-quarante pages me semblent également trop ténues pour aborder pleinement la résurgence progressive de la mémoire – d'autant que les souvenirs reviennent de manière chronologique ce qui me semble improbable et donc peu crédible – et aboutissent à une fin un brin trop abrupte à mon sens.
En résumé, une oeuvre pudique et lucide qui retranscrit à merveille l'expérience post-concentrationnaire mais qui aurait toutefois gagné à être plus longue tant les idées évoquées ou survolées laisse présager une grande richesse.
Ce témoignage fictionnel a été reçu dans le cadre de l'opération Masse Critique. Je remercie donc Babelio et les éditions Libretto de m'avoir fait découvrir Joseph Bialot.
Plus de détails (mes rubriques "n'hésitez pas si ; fuyez si ; le petit plus ; le conseil (in)utile, en savoir plus sur l'auteur") en cliquant sur le lien ci-dessous.
Lien : http://blopblopblopblopblopb..
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andreepierrette
  01 juillet 2016
Un lecteur de Babelio a proposé la lecture de ce récit. Je l'ai lu dans l'après-midi, avec émotion,. Ce récit se rapproche d'autres dont "Si c'est un homme" par la description de la "vie" dans les camps de la mort. Jeune homme de 20 ans, juif, déporté en 1944 est, jeté sur les routes avec d'autres prisonniers à l'arrivée des Américains. Il est l'un des survivants mais il a perdu la mémoire. On le retrouvera plus tard à Paris, à la recherche de son identité. Paris en 1946, un an après la libération, c'est encore le temps des restrictions,une ville triste, grise, où les plus modestes , les plus nombreux ont faim. Alex , prénom provisoire, erre, découvre parfois dans un brouillard, des morceaux de quartiers qu'il a sans doute connus, jusqu'au jour où il se heurte à la station de Saint Martin fermé au public, symboliquement fermée comme sa vie. Beau récit, émouvant, historiquement vrai, écrit d'une plume légère malgré la gravité des faits. Découverte d'un écrivain pour ma part que je vais m'empresser de "découvrir".
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Moan
  01 août 2013
Un homme a été récupéré quasi mort par l'armée américaine à la fin de la seconde guerre mondiale.
Il reprend peu à peu vie, mais reste sans mémoire. Une infirmière prendra soin de lui et avec patience , l'aidera à retrouver petit à petit ses souvenirs.
Peu à peu, il évoque son parcours terrible dans les camps de concentration.
Livre court et puissant. A lire!
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critiques presse (1)
Telerama   22 mai 2013
Entre témoignage et fiction, ce texte, écrit en 2004, est aussi passion­nant qu'insolite.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (38) Voir plus Ajouter une citation
araucariaaraucaria   21 avril 2021
La route filait vers une colonne de fumée érigée sur l'horizon, dernière balise de la guerre qui cognait encore au loin.
La résistance des "verts-de-gris" devenait sporadique. La fin qu conflit était, maintenant, à portée de main de chacun des hommes en plein rush vers ce qui restait du front de l'Ouest.
La jeep, qui éclairait le convoi de camions, ne fit même pas un écart pour éviter le tas de chiffons bleu et blanc étalé le long de la berme.
Un second paquet de toile sale, puis un troisième entrèrent dans le champ du cameraman installé à l'avant de la voiture, près du sergent Stevens. L'engin dérapa légèrement sur un tas un peu plus volumineux.
Les colis se faisaient plus fréquents et leurs formes s'étaient épaissies. Intrigué par leur aspect, le Gi à la caméra filmait ces bornes kilométriques d'un type nouveau.
- C'est quoi, cet étalage de tissus? Ca ressemble à des fringues balancées sur le bitume.
- Pas la moindre idée.
C'est alors qu'il remarqua un carré rose sale qui émergeait des vêtements.
- Nom de... Mais... c'est une main... la main d'un mort!
- Tu rêves, non? Il y a trop longtemps que tu traînes sur le front, tu vois des macchabées partout!
- Stop! Je vais regarder ça de plus près. Il y a peut-être des images encore inédites de cette putain de guerre.
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araucariaaraucaria   21 avril 2021
Les Américains approchaient ; ils étaient là, derrière cette colline, derrière ces canons invisibles qui grondaient vers ce burg si romantique. Les pyjamas redevenaient conscients. Les SS aussi.
Finalement, comme toujours, ce sont les sergents, les derniers automates en uniforme, qui ont trouvé une issue : la politique habituelle. Tuer! Abattre ces squelettes ambulants! Les empêcher, avant tout, de savourer leur délivrance une seconde avant leur mort. Entre les Américains si proches et la balle d'un pistolet à bout portant, il n'existait pas de compétition possible.
Ils tuaient! Ils n'en finissaient pas de tuer. Et les sentiers, les routes, les autostrades, objet de leur fierté, se garnissaient de tas de vêtements bleu et blanc arrosés de sang.
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araucariaaraucaria   21 avril 2021
Il n'arrivait à soutenir de conversation avec aucun patient de l'hôpital. Après les banalités d'usage, le malade en revenait toujours à l'écoute de lui-même. Chacun ignorait l'autre, n'entendait que son ego, ou du moins essayait.
L'expérience vécue par les hospitalisés possédait l'intensité d'une bombe qui aurait explosé en eux et dont la poussée tournait en rond dans leur corps. La détonation ne s'était pas produite en plein air mais seulement à l'intérieur des têtes, et l'effet du souffle confiné se révélait terrifiant. Ils avaient tous appris, tous, qu'à la guerre on est seul, unique dans son courage, spécimen inimitable dans la peur qui taraude les tripes, objet rare dans un assaut d'où l'on ne sort que mort ou tueur, éternellement solitaire au royaume du chacun pour soi et de Dieu pour personne. Là, dans cet asile caché, dans son parc paisible, ce "chacun" essayait d'émerger de la gangue invisible et sur mesure qui l'enfermait. Instrument de torture complètement imaginaire et que nul ne pouvait emprunter. Un bonheur peut, à la rigueur, se partager. Le malheur, lui, n'est jamais échangeable, pas plus qu'une camisole de force.
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genougenou   04 juillet 2016
"Faudra régulariser dans un bref délais, avait dit le rond-de-cuir derrière son bureau. On peut pas vivre sans papier !"
Erreur, monsieur l'employé aux Rapatriés ! Grave erreur ! On peut vivre , ou survivre plutôt, sans nom, sans papier, sans point d'attache, sans amour. Et même sans mémoire… La preuve… Si toutes les bibliothèques du monde flambaient dans un autodafé absolu, il ne faudrait que deux ou trois générations pour réécrire l'essentiel : La Bible, L'Iliade et L'Odyssée, le théâtre de Shakespeare... Mais me reconstruire moi, ça c'est une autre affaire. Après la guerre, le plus facile consiste à déblayer les ruines et à reconstruire les villes, mais les humains aux âmes détruites, on les rebâtit comment ? Leur histoire s'écrit-elle en latin, en sanscrit, en hébreu, en farsi? A quelle "casse" recompose-t-on le texte d'une vie disparue ?
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ButylphenylButylphenyl   26 juin 2013
Dès que le premier rapatrié mettait pied à terre, le silence s'installait. Tout passait par le regard. Les yeux cherchaient un visage, une attitude, une chevelure, un geste familier, mais l'œil n'enregistrait que des silhouettes émincées, vidées de leur chair, des corps aux angles aigus dont on devinait les entrailles derrière la peau diaphane, des visages sans relief aux pupilles atones, des crânes rasés ; les images caricaturales de ceux qui avaient milité, prié, enseigné, peint, écrit, travaillé, imprimé, moissonné, les traits longilignes de ceux qui s'étaient battus avec des mots, des gestes de solidarité, mais, aussi, avec des armes contre la sottise des collabos et de leurs maîtres. Ils rentraient, enfin, ceux que la malchance, la férocité, la lâcheté et la délation avaient envoyés dans le négatif de l'existence.
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Joseph Bialot : C'est en hiver que les jours rallongent
Olivier BARROT, depuis le café "Le Rostand" à Paris, présente le livre "C'est en hiver que les jours rallongent" (éditions le Seuil) de Joseph BIALOT. L'auteur parle de son livre avec Barrot.
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