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EAN : 9782234074897
240 pages
Éditeur : Stock (03/01/2014)

Note moyenne : 3.44/5 (sur 16 notes)
Résumé :
Nous sommes jeunes et fiers est le récit d’un retour aux sources. Mais quelles sources convoque-t-on lorsque celles-ci renvoient au désir d’un monde débarrassé de civilisation ? Produits des discours publicitaire, écologique et culturel, Ivan et Noémie, nouveaux Adam et Ève à l’insatisfaction permanente, bercés par le voeu chimérique d’une vie plus vraie, sont les figures tragiques d’une époque où la quête de sens prend parfois la forme inattendue d’un voyage sans r... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
SFuchs
  26 mars 2021
Ils sont jeunes, ils sont fiers... Ivan et Noémie sont beaux. Observée depuis leur forteresse parisienne, la France au-delà des contreforts du périph' est une zone vague, comme l'idée qu'ils s'en font. Dans leur écrin parisien, nos étourneaux ont une vie simple, évidente, légère comme les mots dont ils font usage pour nommer cette réalité qui pour eux n'existe pas, ou si peu.
"Sophistication et simplicité, les deux ensemble, fondus, noués. Ils habitaient un merveilleux monde juste, euphorique et réconcilié, se tenaient sur la corde raide entre l'excès et l'équilibre, piochant ça et là ce qu'il y avait de meilleur pour le moral, pour le sommeil, pour les enfants, pour nous les femmes, pour la peau, pour les cheveux. Ils seraient toujours plus heureux, évoluaient dans une bulle surprotégée, ce monde-là de profusion, et qui se rêvait nu malgré son indigestion."
Kierkegaard disait qu'en nommant les choses, on les excluaient de tout ce qu'elles pourraient être sans les nommer. La campagne disparaît sous nos yeux tandis qu'on l'a requalifiée de zone périurbaine, le métier devient un enchaînement de missions, la solidarité un plan de team building, l'écriture un flood de textos, l'imagination de Noémie un précipité de clichés, la carrière d'Ivan une accumulation de poses et de slogans. Couple d'avant la Chute, Ivan et Noémie convergent lentement vers l'issue logique de leur pérégrination. Pourtant, malgré leurs travers, on serait triste de les perdre car tout inconscients qu'ils sont, leur amour est beau et c'est encore par lui que, peut-être, ce monde sera sauvé.
"Avant cela elle l'embrassait généreusement, la langue maternante, bien enroulée contre sa langue, serrée contre lui, sa carcasse. Elle lui donnait de l'amour ainsi. Et leur amour ressemblait de plus en plus à une belle amitié, sans que cela leur pèse ou les désarçonne. Ils ne s'étreignaient plus que sur le pas de la porte. Ils avaient oublié le sexe dans l'accident. C'était là maintenant leur amour dans ce qu'il avait de plus pur et d'une gratuité désarmante. Tout risque de chantage ou de jalousie semblait à présent dissous."

Solange Bied-Charreton a façonné quelques personnages qui sont passés du roman précédent à celui présent. La souveraine organise les conditions de vie de ses sujets mais laisse libre cours à leurs destinées. Ne demandez pas à un romancier ou à une romancière de circonscrire ses personnages, il ou elle les a créés dans le souci de les laisser vivants dans les yeux du lecteur. Une sorte d'amour filial décliné à la relation entre l'auteur et ses personnages : "je t'ai donné ce que j'avais à te donner, vas et vis ta vie, c'est la seule chose qui m'importe". Un autre romancier pas mal connu m'avait déjà fait cette réflexion tandis que je lui posais des questions précises sur les personnages de ses romans et les décisions énigmatiques qu'ils avaient pris. Il m'avait renvoyé à une incertitude, à l'indécision et à la liberté de ces marionnettes du destin.
"Comme si Ivan et Noémie avaient su d'avance que leur vie basculerait, qu'elle leur réserverait un chien de sa chienne alors qu'ils ne lui avaient rien fait, car ils n'attaquaient pas leur vie, ils la laissaient tranquille. Quant à la médiocrité de la vie des autres, ce n'était pas leur faute, ces gens ne pouvaient s'en prendre qu'à eux-mêmes. Rien de plus gratuit ce jour-là qu'une manifestation de leur mauvais karma, un drame que même le malheur officiel, le malheur qu'on voyait partout à la télévision, ou déroulé dans les cabinets de psychanalystes, celui des suppléments "traumatismes" des magazines féminins les plus intellectuels, n'auraient pas pu prévoir."
Nous Sommes jeunes et fiers s'inscrit dans la continuité de Enjoy qui l'a précédé, tout en étant un roman épisode à lui seul. Nous suivons les trajectoires des personnages et les One Woman Solange Show qui, lorsqu'ils arrivent par vague, nous arrachent un rire à chaque page. Puis la trame redevient plus grave. L'humour est le don de ceux qui savent l'importance d'introduire un peu de légèreté, fut-ce de façon illusoire ou éphémère, dans un monde qui ne l'est pas.
"Il était une fois une époque parfaite, où l'on pourrait concilier de sains délices avec des engouements responsables. le chocolat aux éclats de fève de cacao, avec la tête de l'agriculteur guatémaltèque sur l'emballage recyclé, par exemple, lui plaisait beaucoup. Votre meilleur ami lointain, à qui il manquait toujours une ou deux dents, et qui vous racontait sa journée de travail dans la plantation, et qui vous proposait de lui verser de l'argent tous les mois. Malheureusement Ivan ne pouvait pas directement travailler pour ces chocolatiers d'exception parce que, les pauvres diables, ils n'avaient pas les moyens de tourner des publicités. Jusqu'au jour du Grand Soir, celui où le monde entier changerait, il devrait donc cantonner sa bonne volonté aux annonceurs d'un bio d'obédience capitaliste."
A la fois récit à part entière et jalon dans une oeuvre à vocation intégrale, Nous Sommes jeunes et fiers nous procure le plaisir de la belle littérature tout en invitant le lecteur à suivre l'aventure au long cours des figures dont il est peuplé et qui, nous l'espérons, peupleront les prochains romans. Et d'ailleurs ça tombe bien car ce matin, j'ai reçu une notification de mon libraire préféré : "votre achat du roman Les Visages pâles est en attente au point de retrait des commandes, rez-de-chaussée aile Rhône, merci pour votre confiance."
Affaire à suivre...
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Charybde2
  16 janvier 2014
Roman caustique et réussi du leurre "culturel" et de l'impasse contemporaine.
Publié en janvier 2014 chez Stock, le deuxième roman de Solange Bied-Charreton, après son « Enjoy » de 2012 (où les réseaux « sociaux » servaient joliment de révélateur caustique aux vides tant du socialement sur-intégré que du culturellement soi-disant rebelle), poursuit d'une façon bien particulière sa revue des chimères qui encombrent si aisément l'imaginaire contemporain, en se focalisant sur l'appel du départ et du voyage, là également aussi bien sous sa forme « intégrée » de tourisme, voulu sincère et néanmoins opportuniste, que sous sa forme « rebelle » de tentation d'un retour à la nature et à la simplicité sociale.
Ivan et Noémie, couple « bobo » emblématique, la jeune trentaine, habillé de ses frénésies consommatrices comme de ses élans humains désespérément chaleureux, elle enseignante en collège d'une banlieue parisienne, lui mannequin haut de gamme pour publicités « grande conso », est soumis bien malgré lui à une radicale remise en question lorsqu'un « accident de la vie » (la chute d'Ivan depuis un échafaudage, définitivement handicapante, lors du tournage d'un spot pour un dessert à la banane) vient propulser au sommet de leurs consciences leurs doutes intimes, leurs vacuités et leurs envies de « nouveau départ ».
C'est cette quête soudaine que Solange Bied-Charreton utilise avec habileté et causticité comme révélateur d'un magma culturel, d'un aveuglement ambiant qui permet à tant de « jeunes et fiers » (bel exergue issu du « Jésus de Montréal » de Denys Arcand) de vivre vainement au sein du leurre marchand-spectaculaire, en l'acceptant ou en le rejetant, en s'y conformant ou en y cherchant des échappatoires, mais, en filigrane du roman, toujours en ignorant la vérité du rapport économique pour s'accrocher à des superstructures culturelles.
Trouvant dans sa partie finale (dont il serait dommage de révéler la teneur) des accents qui évoquent les scalpels feutrés d'un Hugues Jallon, nettement plus insidieusement décapant qu' « Enjoy », râpant plus douloureusement les certitudes possibles, « Nous sommes jeunes et fiers » s'affirme comme un très réussi roman de l'impasse contemporaine.
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MarianneL
  09 mai 2014
«Il était une fois une époque parfaite, où l'on pourrait concilier de sains délices avec des engouements responsables.»
Le deuxième roman de Solange Bied-Charreton, paru début 2014 chez Stock après "Enjoy", est une satire particulièrement réussie de la société contemporaine et de ses nouveaux Narcisses, autour d'un couple de parisiens trentenaires aisés, Noémie, enseignante de français dans un collège de banlieue, débordante de bons sentiments, et Ivan, modèle pour la publicité que les agences s'arrachent pour vanter les mérites des yaourts, des perceuses ou du papier toilette.
«Il se donnait du mal pour être ce type-là, un monsieur Tout-le-Monde extraordinaire, tout à la fois supérieur et respectueux de la médiocrité, le gendre idéal.»
Ivan et Noémie voient leur vie basculer après un accident, la chute d'un échafaudage pendant le tournage d'une publicité qui va plonger Ivan dans un coma prolongé, puis dans l'inactivité et le désoeuvrement. Leurs certitudes s'effritent ; assaillis par le vide, l'absence de sens de leurs activités, de leur vie sociale, de leur cadre de vie, d'un Paris transformé en musée et en centre commercial, où le passé est omniprésent mais n'a plus aucun sens, leur crève soudain les yeux.
Leurs rêves d'aventure et leur quête de sens vont alors les conduire hors de leur cadre habituel. Rompant les amarres, ils tâtonnent vers un retour aux sources, tels des enfants naïfs en pleine confusion. Cette quête de spiritualité et de nature va les conduire très loin, rappelant, avec moins de noirceur et de brutalité, la voix d'un Hugues Jallon.
«Or si tout le monde se ressemble, à quoi bon voyager ? La Terre était périmée. Partout les mêmes immeubles, les mêmes centres commerciaux. Les mêmes murailles en ruine. Partout Italie 2 et pourtant de vieilles ruines, qu'on appelait et qu'on photographiait. le même voeu d'en découdre avec l'ennui, la soif de découverte, la recherche de tout autre chose.»
Le portrait talentueux de ces "bobos" qui dénoncent tout mais ne s'engagent dans rien, accros à la consommation autant qu'aux idéaux, ouverts et souriants, croyant être authentiques, toujours prêts à défendre la diversité du monde mais mélangeant tout et n'agissant jamais, est une version romancée tout à fait délectable du comportement de ces nouvelles élites parfaitement décrites par Christopher Lasch.
«Le "multiculturalisme" leur convient parfaitement, car il évoque pour eux l'image agréable d'un bazar universel, où l'on peut jouir de façon indiscriminée de l'exotisme des cuisines, des styles vestimentaires, des musiques et des coutumes tribales du monde entier, le tout sans formalités inutiles et sans qu'il soit besoin de s'engager sérieusement dans telle ou telle voie.» (Christopher Lasch, La révolte des élites)
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Drych
  11 avril 2014
Avec un humour caustique savoureux, Solage Bied-Charreton nous décrit l'univers de deux "bobo" parisiens. Leur décalage des réalités, la vacuité de leurs projets et de leurs idéaux, et leur désabusement, y sont décrits avec les accents de vérité de celle qui connait, et on sourit tout au long de cette lecture. le style des phrases est parfaitement en adéquation avec le sujet. Pour rire aussi de nos propres illusions.
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claraetlesmots
  17 mars 2014
Ivan et Noémie jeunes trentenaires parisiens sont un couple de bobos qui excellent dans le chic à avoir des avis sur tout et sur le monde, à se plaindre pour tout et pour rien. Lui est mannequin et elle professeur dans un collège en banlieue. le couple est adepte de la consommation qui leur est offerte sur un plateau d'argent ( il faut bien vivre avec son époque). Mais Yvan victime d'un accident perd son travail, l'image du beau et jeune trentenaire qu'il représentait est brisée.
Avec un cynisme aiguisé, l'auteure décortique au scalpel la vie d'Yvan et Noémie. Leurs habitudes, leurs principes leurs grandes idées sur la culture, sur la France, leurs contradictions " ils aimaient tout autant manger bio que prendre leur voiture pour faire les courses dans Paris ", la fierté dédaigneuse et hautaine qui les habitent. Un couple produit par notre société actuelle : " ce monde c'était le leur, à la fois d'opulence et de dénouement, de plaisir et de restriction, de profit et d'interdiction. Ce qu'il y avait de mieux, c'était le contrôle, c'était tout, c'était rien. C'était anxiogène, ça avait besoin d'anxiolytique. C'était pollué, ça réclamait très vite de l'air frais, mais coup de froid, il fallait du chaud. Des désirs sans direction, d'incessants paradis paradoxaux s'offraient à eux. Deux extrêmes appendices, des mamelles du bonheur, profusion et vigilance, participaient à la même assurance, luttaient en fait contre la même angoisse. "
Mais le couple privé d'un revenu s'éloigne de ses idéaux et prend conscience que cette course effrénée qu'ils mènent est stupide.
la suite sur :
http://fibromaman.blogspot.fr/2014/03/solange-bied-charreton-nous-sommes.html
Lien : http://fibromaman.blogspot.f..
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
BibaliceBibalice   16 décembre 2013
Ensemble ils avaient eu des désirs d’ailleurs, mais ce n’était jamais un ailleurs misérable. Le dénuement pour vivre mieux, pas pour mourir. La vie dans des huttes, si l’on voulait, mais dans une ambiance détente, où ne se trouverait aucun clochard. Ils auraient eu peur de rencontrer de vrais pauvres. Enseignante en banlieue nord, Noémie en fréquentait pourtant tous les jours, mais c’étaient des pauvres accessibles, qu’on aimait instruire, issus de la diversité, et qui l’enrichissaient de leurs différences. Avec les autres, on ne savait pas, c’était trop loin, ils avaient sans doute des maladies, des bras en moins. Ce loin pourtant qu’ils chérissaient se devait de comporter des dangers, des surprises. Ils s’y préparaient pour quand ils se décideraient à franchir le pas, aller là-bas, à l’autre bout de la Terre, sans savoir où.
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Charybde2Charybde2   16 janvier 2014
L’âge adulte leur avait ouvert de nouvelles perspectives. Ils se targuaient d’avoir su intégrer autant d’automatismes en si peu de temps, de ne plus se griser du moindre jour de chance. Chaque année, Ivan et Noémie prenaient du galon, ce qui avait été exceptionnellement accordé hier était devenu un acquis. L’émotion gravitait, brûlante puis anodine. À présent ils évitaient de s’émerveiller pour rien. Car tout était normal, ils devenaient sérieux. Une manière d’accepter qu’ils ne compteraient pas, aussi bien qu’ils mourraient oubliés. Ils acquiesçaient difficilement, ils n’étaient pas armés pour sortir de l’histoire. Ils n’y étaient pas entrés mais c’était la même chose.
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josteinjostein   20 juin 2014
On se contentera donc d’imaginer la jalousie de ces esclaves d’eux-mêmes restés en France dans leur tout petit monde devenu un musée géant, en cravate et veste de costume, avec leur souris d’ordinateur, leurs épouses Weight Watchers et leurs enfants sous Théralène.
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josteinjostein   20 juin 2014
L’importance de la représentation sociale, le crédit apporté aux masques, toute notre vie réelle camouflée dans du faux. Un plan machiavélique pour dominer le monde, y parvenir avec facilité et en tirer une certaine reconnaissance, comme les deux fouets d’un batteur électrique fondent la paix sociale, obtiennent des résultats grandioses dans le domaine de la cuisine des familles.
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Vidéo de Solange Bied-Charreton
Solange Bied-Charreton - Les visages pâles .Solange Bied-Charreton vous présente son ouvrage "Les visages pâles". Parution le 24 août aux éditions Stock. Rentrée littéraire 2016. Retrouvez le livre : http://www.mollat.com/livres/bied-charreton-solange-les-visages-pales-9782234078116.html Visitez le site : http://www.mollat.com/ Suivez la librairie mollat sur les réseaux sociaux : Facebook : https://www.facebook.com/Librairie.mollat?ref=ts Twitter : https://twitter.com/LibrairieMollat Instagram : https://instagram.com/librairie_mollat/ Dailymotion : http://www.dailymotion.com/user/Librairie_Mollat/1 Vimeo : https://vimeo.com/mollat Pinterest : https://www.pinterest.com/librairiemollat/ Tumblr : http://mollat-bordeaux.tumblr.com/ Soundcloud: https://soundcloud.com/librairie-mollat Blogs : http://blogs.mollat.com/
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