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Claude Frioux (Traducteur)
EAN : 9782910491116
331 pages
La Quinzaine Litteraire (25/11/2000)
4.67/5   3 notes
Résumé :
Andréi Biély (pseudonyme de Boris Bougaev) est une des figures majeures de la " charnière " des XIXe et XXe siècles russes. D'abord connu comme praticien et surtout théoricien du symbolisme poétique en Russie, ses romans La Colombe d'argent et Peterbourg sont l'ouverture fastueuse du renouveau de la prose russe à l'époque moderne, dilacérée de façon rhapsodique entre les courants de conscience et les mythes visionnaires. Ils côtoient les voies de Proust et de Joyce,... >Voir plus
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
PartempsPartemps   28 septembre 2020
Le Retour

Il faisait nuit. Sur l’énorme falaise noire qui éventrait le ciel, le vieillard, tout entier tendu vers les hauteurs, se tenait debout, appuyé sur son bâton.
Les vents froids le frappaient; ses vêtements assombris se confondaient avec l’obscurité ambiante.
Les vents froids le frappaient et les pans de son habit battaient derrière son dos comme des ailes ténébreuses.
On aurait dit que c’étaient là les ailes de la nuit et que le vieillard dressé dans le noir planait comme une chauve-souris au-dessus du monde.

Sa barbe ressemblait à un nuage argenté, à une nébuleuse prise dans le tourbillon nocturne des siècles, prête à éclater en sanglots de feux stellaires.
Son collier lumineux paraissait un prolongement des étoiles. De temps à autre, une comète, diamant tombé de sa poitrine, tourbillonnait dans les ténèbres.
Le vieillard dispersait ses joyaux et ceux-ci, telles des graines de mondes nouveaux, se répandaient dans la nuit.
On aurait pu croire que des formes de vie inédites y naissaient pour y clore leurs destins.
Le vieillard planait toujours, agitant ses ailes, et criait « L’enfant connaîtra un nouveau commencement. Il renaîtra sur chaque diamant pour se répéter sans cesse. »
Mais ce n’était qu’une illusion. Le vieillard ne volait pas. Les vents glacés le frappaient et les pans de son habit flottaient dans son dos.

Et au fur et à mesure que le jour montait dans le ciel, son vêtement s’éclaircissait jusqu’à retrouver sa blancheur de neige.
La mer, couleur d’émeraude translucide, luisait sur toute sa surface et heurtait la rive en houles sonores. Le ciel de cristal, tendre et fragile, semblait inondé d’or vert… Seuls les horizons étaient hantés de brumes mauves et pourpres.
Sinon, tout était vert.
Traduction Christine Zeytounian-Beloüs, copyright édition Jacqueline Chambon

Extrait de Pétersbourg

Les habitants des îles vous étonnent.

C’était le dernier jour de septembre.
Dans l’île Vassilevski, au fin fond de la dix-septième ligne, émergeait du brouillard une maison énorme et grise ; un escalier douteux menait aux étages : ce n’était que portes et portes ; l’une d’elles s’ouvrit.
Et un inconnu aux fines moustaches d’un noir de jais apparut sur le seuil.
Au bout de son bras se balançait régulièrement un petit baluchon, non, pas si petit que ça, mais pas grand non plus, noué avec une serviette sale dont les bords rouges, ornés de faisans, avaient passé.
L’escalier était noir, jonché d’épluchures de concombres et de feuilles de choux piétinées.
L’inconnu glissa.

D’une main il se rattrapa à la rampe ; de l’autre (celle qui tenait le baluchon), il décrivit un zigzag; l’inconnu voulait préserver son baluchon d’un accident regrettable, empêcher qu’il ne tombât sur une marche de pierre, car la pirouette de son coude fut digne d’un acrobate.
Et quand il croisa le portier qui montait avec un fagot jeté sur les épaules, l’inconnu redoubla de prévenances à l’égard de son baluchon qui aurait pu s’accrocher à une branche.
Au bas de l’escalier, un chat noir, dressant la queue, lui fila entre les jambes, en laissant tomber à ses pieds des boyaux de volaille ; une convulsion crispa le visage de l’inconnu.
Ces mouvements nerveux sont naturels aux demoiselles.

Et ils dénoncent parfois l’insomnie qui dévore nos contemporains. L’inconnu souffrait d’insomnie. L’air enfumé de sa chambre le laissait penser et la coloration bleuâtre de son visage délicat en était une preuve.
L’inconnu s’attarda dans la petite cour, simple carré d’asphalte enserré dans la masse des cinq étages que trouaient les fenêtres. Au milieu de la cour étaient entassés des stères de bois, tout gonflés d’eau, et par la porte cochère, on voyait une partie de la dix-septième ligne, déchirée par le sifflement du vent.
O lignes !
Vous gardez le souvenir du Pétersbourg de Pierre-le-Grand.
Jadis, Pierre traça ces lignes parallèles ; puis elles se sont garnies de granit, de murs bas, de palissades ; la ligne tracée par Pierre devint plus tard la ligne adoucie par Catherine, ordonnance de colonnades.
Entre les masses énormes ont subsisté les maisonnettes de l’époque de Pierre ; là-bas, c’en est une en rondin ; ici, c’en est une verte ; plus loin, une bleue, basse, avec une enseigne rutilante : « Buffet » ; toutes sortes d’odeurs vous prennent à la gorge : odeur de sel marin, de hareng, de filins, de vestes de cuir, et de pipe, odeur de goudron des prélarts sur les quais.
O lignes !
Comme elles ont changé ! Et comme les a changées la rigueur des temps !
L’inconnu se remémora : c’était un soir d’été, à la lucarne de cette petite maison lustrée, une vieille, édentée, mâchonnait ; au mois d’août déjà, la lucarne s’était refermée ; en septembre, on avait emporté le cercueil tapissé de brocart.
Il pensait que la vie devenait plus chère ; que l’ouvrier avait du mal à vivre ; que, de là-bas, Pétersbourg enfonçait jusqu’ici les poignards de ses avenues, et poussait la horde de ses géants de pierre.
Là-bas, se levait Pétersbourg ; surgis de la vague des nuages, flamboyaient les bâtiments ; là-bas, quelque chose de froid, de haineux, semblait planer ; du chaos hurlant, un regard de pierre s’appesantissait sur les îles ; et émergeaient dans le brouillard un crâne et des oreilles.
Tout cela traversa la pensée de l’inconnu ; son poing se serra dans sa poche ; et il se souvint que les feuilles tombaient.
Tout cela, il le savait par cœur. Ces feuilles mortes, pour combien étaient-elles les dernières ? Il se dressa, ombre bleue.
Quant à moi, j’ajouterais : ô hommes russes ! ô hommes russes ! ne laissez pas échapper de leurs îles ces foules d’ombres. Déjà au travers des eaux léthéennes, sont lancés des ponts noirs et humides. Ah! pouvoir les démolir !
Trop tard… Et les ombres se pressaient sur le pont; parmi elles, l’ombre obscure de l’inconnu.
Au bout de son bras se balançait régulièrement un petit baluchon, non, pas si petit que ça, mais pas grand non plus.
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Vidéo de Andréi Biely
Rencontre en ligne avec Georges Nivat, à l'occasion de la parution, aux Éditions des Syrtes, de Kotik Letaïev, d'Andreï Biely.
Enregistrée le 10 juin 2021 *** Paru en 1917, Kotik Letaïev est une autobiographie poétique, épopée intérieure de l'enfance sur les trois premières années de la vie de son auteur, Andreï Biely. le héros, Kotik (diminutif de Konstantin qui signifie également chaton) Letaïev est un enfant précoce qui, depuis son plus jeune âge est familiarisé avec les trésors de la culture. Un jour, poussé par une nostalgie toujours plus grande, il part vers l'inconnu. le récit, à la première personne, a d'une part le charme naïf d'un discours enfantin au travers duquel se recompose la ville Moscou de la fin du XIXe siècle, et d'autre part l'inquiétant surréalisme d'un parcours initiatique conduisant sa victime par le dédale des mythes. Adepte de la théosophie de Steiner, l'écrivain, alors âgé de 35 ans, se sent revivre sa première naissance. Il couche cette expérience sur papier, avec comme résultat ce récit hors du commun, qui commence dès avant la naissance, dans le ventre de sa mère. *** Georges Nivat est historien des idées et slavisant, traducteur spécialiste du monde russe. Professeur honoraire à l'université de Genève, il a été l'un des traducteurs d'Alexandre Soljenitsyne. *** KOTIK LETAÏEV, d'Andreï Biely Roman traduit du russe par Georges Nivat 416 pages - 20 €
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