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EAN : 9782020090988
Éditeur : Seuil (01/01/1986)
4.47/5   36 notes
Résumé :
Né en 1880, Andréi Biély fut avec Alexandre Blok un des chefs de file de la seconde génération symboliste en Russie.
Mais son art de la métaphore, son écriture novatrice font surtout de lui un des maîtres du futurisme russe et de la " prose ornementale " des années vingt en URSS. En 1902, ce fils d'un célèbre mathématicien, lui-même étudiant en sciences naturelles, scandalise le public en publiant une insolite Symphonie dramatique. Comme Blok, il exprime dans... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
5Arabella
  27 juillet 2016
Au centre du récit deux hommes, un père et son fils. Apollon Apollonovitch Abléoukhov, homme d'état occupant les plus hautes fonctions (non précisées) et Nicolas Apollonovitch, étudiant en philosophie. Ce dernier a eu l'occasion de rencontrer des révolutionnaires (nous sommes en 1905) et a fait une promesse inconsidérée. Il sort en plus d'une histoire d'amour malheureuse qui le pousse à des actes inconsidérés, comme le fait de se balader déguisé, intriguant et faisant peur en ville. Les mouchards et doubles agents rôdent, rendant l'atmosphère encore plus trouble et malsaine...
Difficile de parler de ce livre tout à fait étonnant, qui a été un vrai choc pour moi. La présentation de l'éditeur évoque Joyce, moi spontanément j'ai plutôt eu Musil en tête à la lecture, mais tout cela est bien dérisoire, car Biély a son style et son univers propres, qui ne sauraient être réduits à ceux d'un autre, aussi génial soit il.
Comment définir ce style et cette écriture ? Même s'il y a un récit, une histoire qui avance vers un dénouement, le plus important est l'écriture, et une vision onirique et par moment complètement démente de la réalité. Pas seulement parce que l'un des personnages est incontestablement fou et que l'auteur plonge complètement au coeur de cette folie.
Tous les personnages sont atteints à un moment donné ou un autre d'une rupture avec le réel, leur vécu et leurs fantasmes, angoisses prennent le pas sur le monde rationnel, et le moindre petit événement peut déraper dans le sur-réel.
Par exemple, Nicolas qui a égaré une bombe programmée, l'entend à l'intérieur de son corps. Plongée dans l'inconscient, dans les désirs inassouvis et peurs irrationnelles qui remontent à très loin. Mais en même temps, la rupture n'est pas totale, et le réel revient à un moment donné se venger en quelque sorte, et dans le déroulement du récit, l'auteur garde un pied dans le rationnel, on peut parfaitement faire un résumé factuel de ce qui se passe, ce ne sont pas les faits eux-mêmes qui sont irréels ou déments, mais plutôt la façon dont certains personnages les vivent à un moment donné. du coup, cela crée, à mon avis, un vrai sentiment d'angoisse, puisque ce basculement dans un vécu délirant est finalement possible pour tout le monde dans certaines circonstances.
Un livre dérangeant et troublant, à l'écriture vertigineuse. Néanmoins j'avoue que j'ai été mal à l'aise dans certains passages, l'auteur évoque le basculement dans la folie d'une façon tellement réussie, que j'ai été carrément angoissée par cet univers. Une lecture qui demande une grande disponibilité, et dans laquelle il faut être prêt à abandonner ses repères ; à ses risques et périls.
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lehibook
  24 janvier 2021
Le père ,haut fonctionnaire d'une administration momifiée , le fils étudiant , amoureux transi , fomentant son assassinat avec de mystérieux révolutionnaires . Leur relation d'amour-haine . Et surtout Pétersbourg en 1905 ,personnage central , ses palais glacés de brouillards , aux statues qui s'animent quand se lève la lune , ses bas-quartiers crasseux où grouillent les haines et les cafards , la Néva ,ses ponts hantés de masques à la Ensor , où déferlent les manifestations. Biely unit les tourments individuels , les folies personnelles et le maelström révolutionnaire en gestation dans un récit fiévreux scandé par le tic-tac angoissant de la catastrophe qui vient. On passe du tragique au grotesque , de la description poétique au délire hallucinatoire . Un très grand roman qui par bien des points m'a rappelé « Les démons » de Dostoievski .
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dcizeron
  11 août 2014
Et Nikolaï Apollonovitch Abléoukov, l'aspirant anar', s'apprête à tuer son père sénateur – il tient d'ailleurs la bombe dans sa chambre, prête, va d'un point à l'autre de Pétersbourg traîner son amour, sa hargne, son ennui, sa culpabilité et les conséquences d'une promesse trop hâtives... Et puis les voix de tout les comploteurs, et la vision halluciné d'une ville juste avant la révolution d'Octobre. Ce roman n'est pas un roman historique au sens où il n'est pas composé de leurs traditionnels grands mouvements, d'un récit événementiel ample mais d'un fourmillement ; c'est plutôt une danse macabre, une Nef des fous qui plus que jamais, moderne, à su sentir et donner le ton de son époque.
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
jay2_3jay2_3   02 janvier 2015
Imaginez qu’on vous attache par le milieu du corps à un câble, que l’on fasse tourner ce câble à une vitesse vertigineuse; vous tournerez en cercles de plus en plus vastes, dessinant une spirale dans l’espace, la tête en bas, de plus en plus vite. Et vous volerez dans les immensités cosmiques, vainqueur des espaces, devenu vous-même espace.
Vous serez emporté par cet ouragan, quand votre corps, comme un lest inutile, sera rejeté.
Imaginez qu’un point de votre corps éprouve le besoin de se distendre démesurément, effroyablement, et d’occuper un diamètre égal à l’arbitre de Saturne.
Imaginez que vous percevez de la sorte non pas un seul point de votre corps mais tous les points de votre corps. Tous ont gonflé; tous se sont dilatés jusqu’à l’état gazeux. Les planètes évoluent librement entre les vides des molécules du corps. La sensation centripète est abolie. Nous sommes alors éparpillés en particules. Et il ne reste plus d’intact que la conscience de nos sensations disloquées.
Que ressentirions-nous alors?
Nous sentirions que nos organes sont séparés les uns des autres par d’effroyables milliards de kilomètres. Mais la conscience unifierait ce scandale criant en un sentiment de désintégration simultanée: dans la colonne vertébrale, nous sentons le bouillonement des masses saturniennes, dans le cerveau pénètrent les étoiles des constellations; au centre du coeur palpitant nous percevons les battements douloureux, incohérents, d’un soleil tellement vaste que les flots de feu déversés par le vrai soleil n’en atteindraient pas la périphérie si jamais le soleil avait pénétré dans ce centre ardent aux battements douloureux et incohérents.
Si nous pouvions nous représenter tout cela, alors surgiraient devant nous les premières étapes de la vie de l’âme, une fois qu’elle a rejeté le corps.
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jay2_3jay2_3   02 janvier 2015
Sur le roc retombèrent en tintant les sabots métalliques; le coursier s'ébroua: naseaux qui fument dans le brouillard incandescent. Le profil du Cavalier d'Airain se pencha sur le dos du Cheval. Un éperon sonore griffa le flanc de métal.
Et le coursier s'arracha du roc.
Un martèlement pesant et sonore courut sur le pont qui menait aux îles. Le Cavalier d'Airain passa au galop. Les muscles de ses bras métalliques étaient contractés. Le pavé sonnait sous les sabots. Un hennissement éclata comme un rire: on eût dit le sifflet déchirant d'une locomotive. L'haleine des naseaux noya la rue d'une vapeur blanche et brûlante. Sur son passage, les chevaux, en renâclant, se jetaient de côté et les passant fermaient les yeux.
Défilèrent les avenues, puis un quai de la rive gauche, débarcadères, cheminés de bateaux, amoncellement grisâtre de sacs de chanvre; défilèrent les terrains vagues, les péniches, les palissades, les bâches, les innombrables maisonnettes. Au bord de la mer, aux confins de la ville, brilla la façade d'un estaminet turbulent.
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jay2_3jay2_3   02 janvier 2015
SPOILERS

Sa crise aiguë de folie apparaissait sous un jour nouveau. Il avait maintenant conscience d'être vraiment fou. Sa folie était comme le compte rendu que ses organes sensoriels délabrés faisaient à son moi conscient. Chichnarfné n'était qu'un anagramme mental. Ce n'était pas Chichnarfné qui le poursuivait et le persécutait, mais ses propres organes qui pourchassaient son moi. L'alcool et l'insomnie rongeaient sa complexion corporelle. Le corps était lié aux espaces. Et quand le corps avait commencé à se désagréger, les espaces s'étaient fissurés. Dans les fissures, entre les sensations, les bacilles s'étaient infiltrés; et les espaces s'étaient mis à grouiller de spectres...Qui était "Chichnarfné"? C'était l'envers d'un rêve abracadabrant, l'envers d'Enfranchiche; c'était un cauchemar né de la vodka. Ainsi Enfranchiche et Chichnarfné n'étaient que deux étapes dans l'étyhlisme.
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krzysvancokrzysvanco   05 juillet 2020
Elle avait un teint extraordinaire. C’était un teint... ah ! Un teint de nacre avec les reflets roses et blancs de la fleur du pommier.
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GerieGerie   20 décembre 2015
Que notre inconnu soit donc un inconnu doué de réalité! et que prennent aussi réalité les deux ombres qui le suivaient!
Et ces ombres, ces ombres noires poursuivront l'inconnu tout comme l'inconnu inlassablement poursuit le sénateur. Et le sénateur, le vieux sénateur te pourchassera toi aussi, lecteur, dans son coupé noir, et jamais, au grand jamais tu ne l'oublieras.
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Videos de Andréi Biely (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Andréi Biely
Rencontre en ligne avec Georges Nivat, à l'occasion de la parution, aux Éditions des Syrtes, de Kotik Letaïev, d'Andreï Biely.
Enregistrée le 10 juin 2021 *** Paru en 1917, Kotik Letaïev est une autobiographie poétique, épopée intérieure de l'enfance sur les trois premières années de la vie de son auteur, Andreï Biely. le héros, Kotik (diminutif de Konstantin qui signifie également chaton) Letaïev est un enfant précoce qui, depuis son plus jeune âge est familiarisé avec les trésors de la culture. Un jour, poussé par une nostalgie toujours plus grande, il part vers l'inconnu. le récit, à la première personne, a d'une part le charme naïf d'un discours enfantin au travers duquel se recompose la ville Moscou de la fin du XIXe siècle, et d'autre part l'inquiétant surréalisme d'un parcours initiatique conduisant sa victime par le dédale des mythes. Adepte de la théosophie de Steiner, l'écrivain, alors âgé de 35 ans, se sent revivre sa première naissance. Il couche cette expérience sur papier, avec comme résultat ce récit hors du commun, qui commence dès avant la naissance, dans le ventre de sa mère. *** Georges Nivat est historien des idées et slavisant, traducteur spécialiste du monde russe. Professeur honoraire à l'université de Genève, il a été l'un des traducteurs d'Alexandre Soljenitsyne. *** KOTIK LETAÏEV, d'Andreï Biely Roman traduit du russe par Georges Nivat 416 pages - 20 €
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