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Christine Zeytounian-Beloüs (Traducteur)
EAN : 9782354060398
84 pages
Les Editions du Rocher (26/03/2009)
5/5   1 notes
Résumé :

Premier Rendez-vous, long poème considéré comme une œuvre maîtresse, fut rédigé en 1921 et publié la même année à Berlin, puis republié peu après à Saint-Pétersbourg dans une version remaniée. Cette œuvre, dont le titre évoque les Trois Rendez-vous du philosophe et poète Vladimir Soloviev, cherche à saisir l'instant qui n'est déjà plus à trav... >Voir plus
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
PartempsPartemps   14 septembre 2020
Premier rendez-vous

Étoile du souvenir, surgis ;
Années revécues.
Poème : premier rendez-vous,
Poème : premier amour.
Je vois des appels venteux.
je vois des ténèbres soufflantes :
Le courant cramoisi de la guerre,
Où nous nous sommes noyés…
Mais point d’« hier» ni d’« aujourd’hui » :
Le passé tout entier s’éclaire,
Et seul un chant, hirondelle divine,
Lance son cri brûlant par la fenêtre…
Brille, mon étoile, au lointain !
Sur le chemin, les ans dressés comme des bornes :
Je les longe tel un pèlerin,
Cheminant au-devant de moi-même…
Frissons d’eau par les vents épandus,
Faites courir, journées d’un printemps qui n’est plus,
Vos mètres rayonnants,
Vos rêves vibrants de baisers.
Mille neuf cent, année pleine d’aurores !..
Questions jetées vers le levant…
…..
Mais l’hiver au hurlement de rue…
Silhouette au pied rapide,
S’arrachant aux semelles, l’obscurité
Grandit et chagrine enténèbre
Les immeubles aux flancs blancs ;
Il semblerait que des lémures,
Que les mimes muets de l’hiver
Élaborent des tours, mirés
En paroles écloses :
Toi et nous !
Je vais, docile et déprimé,
Tel un sosie à quatre pieds :
L’esprit biptère se fige en étoile ;
Et l’amas encroûté gèle ;
Givrant et scintillant,
jouant en essaims cristallins,
je verserai du miroir de ma face
Des lys de reflets croisés,
Et sous le masque, criblé de péchés,
je hérisserai ma honte sans issue,
Pour que surgisse de la vie, obscur,
Un temple fou et dépourvu de sens…
……
Entourez-moi, humains :
Pour me sauver de moi-même ;
Resserrez vos poitrines de foudre,
Vos cœurs emplis de feu.
Mon moi visible est miroir des pulsions,
Diamant taillé par un fantôme
En réfractions entrecroisées :
Scintillant, je me reflète en vous
Comme, inondé d’un trop-plein de destin,
Un couronnement qui vous incombe :
Je mûrirai, me livrant au battement
De cœurs chers et chaleureux.
Vous, approchez : je suis enfoudré ;
Vous, reculez :je suis un autre,
Je suis disloqué, débordant
De vides qui fuient débâcle,
Tel l’envol de l’ombre en cône creux,
Tel un nuage au firmament,
Tel le tonus éternel et sans cœur
De faîtes inexistants.
Des formes s’édifient dans les nuées :
Et moi, visage confisqué,
Assombri, fragmenté, morose,
je cours le long des congères,
Des pieds d’un fêtard de passage
je m’étire, sans poids, sans qualités :
Les démons me font pousser.
D’une angoisse inexprimable…
Nous sommes sans vie et distants,
Spirales de regards étrangers,
Miroirs en vagues déferlants,
Nous jouons à danser pour rien,
Comme des taches claires sur les murs d’été,
Dans un verre, un remous de lumière,
Tout est bizarrement inconcevable ;
Et tout ressemble à un labyrinthe…
Yeux dans les yeux ! Tout s’enturquoise…
Entre les yeux et nous, je suis ressuscité ;
Un souffle annoncera la première nouvelle :
Pas toi, ni moi !.. Mais nous : mais Lui !
L’esprit, moqueur comme un faune,
Nous mène sur un autre plan :
Nous grattons nos calvities roses
Sous les turquoises du printemps ;
Nous voulons être trop malins,
Nous renonçons, nous ne comprenons rien,
Abandonnant un rêve trop précoce,
Nous errons encombrés par la vie ;
Et lassés, nous honnissons
La fumée des brillances passées :
En taureaux plaintifs nous jouons des cornes,
En vieux hongres nous ruons aux brancards.
Notre bon sens, comique au groin de truie,
Parfois énonce à l’appel des aubes :
Mieux vaut une maisonnette de bois
Que ces pierres si maladives;
Il cache sa tête comme une autruche,
S’écarte en sursaut comme un chien,
Casant le chaos sans issue
Dans les cahots d’un méchant quotidien.
Digérant les dons de la nature
Dans nos ventres obtus,
Nous foulons aux pieds les années;
Nous piétinons vers l’obscurité.
…..
Traduction Christine Zeytounian-Beloüs, copyright édition Anatolia
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PartempsPartemps   28 septembre 2020
Premier rendez-vousÉtoile du souvenir, surgis ;
Années revécues.
Poème : premier rendez-vous,
Poème : premier amour.
Je vois des appels venteux.
je vois des ténèbres soufflantes :
Le courant cramoisi de la guerre,
Où nous nous sommes noyés…
Mais point d’« hier» ni d’« aujourd’hui » :
Le passé tout entier s’éclaire,
Et seul un chant, hirondelle divine,
Lance son cri brûlant par la fenêtre…
Brille, mon étoile, au lointain !
Sur le chemin, les ans dressés comme des bornes :
Je les longe tel un pèlerin,
Cheminant au-devant de moi-même…
Frissons d’eau par les vents épandus,
Faites courir, journées d’un printemps qui n’est plus,
Vos mètres rayonnants,
Vos rêves vibrants de baisers.
Mille neuf cent, année pleine d’aurores !..
Questions jetées vers le levant…
…..
Mais l’hiver au hurlement de rue…
Silhouette au pied rapide,
S’arrachant aux semelles, l’obscurité
Grandit et chagrine enténèbre
Les immeubles aux flancs blancs ;
Il semblerait que des lémures,
Que les mimes muets de l’hiver
Élaborent des tours, mirés
En paroles écloses :
Toi et nous !
Je vais, docile et déprimé,
Tel un sosie à quatre pieds :
L’esprit biptère se fige en étoile ;
Et l’amas encroûté gèle ;
Givrant et scintillant,
jouant en essaims cristallins,
je verserai du miroir de ma face
Des lys de reflets croisés,
Et sous le masque, criblé de péchés,
je hérisserai ma honte sans issue,
Pour que surgisse de la vie, obscur,
Un temple fou et dépourvu de sens…
......
Entourez-moi, humains :
Pour me sauver de moi-même ;
Resserrez vos poitrines de foudre,
Vos cœurs emplis de feu.
Mon moi visible est miroir des pulsions,
Diamant taillé par un fantôme
En réfractions entrecroisées :
Scintillant, je me reflète en vous
Comme, inondé d’un trop-plein de destin,
Un couronnement qui vous incombe :
Je mûrirai, me livrant au battement
De cœurs chers et chaleureux.
Vous, approchez : je suis enfoudré ;
Vous, reculez :je suis un autre,
Je suis disloqué, débordant
De vides qui fuient débâcle,
Tel l’envol de l’ombre en cône creux,
Tel un nuage au firmament,
Tel le tonus éternel et sans cœur
De faîtes inexistants.
Des formes s’édifient dans les nuées :
Et moi, visage confisqué,
Assombri, fragmenté, morose,
je cours le long des congères,
Des pieds d’un fêtard de passage
je m’étire, sans poids, sans qualités :
Les démons me font pousser.
D’une angoisse inexprimable…
Nous sommes sans vie et distants,
Spirales de regards étrangers,
Miroirs en vagues déferlants,
Nous jouons à danser pour rien,
Comme des taches claires sur les murs d’été,
Dans un verre, un remous de lumière,
Tout est bizarrement inconcevable ;
Et tout ressemble à un labyrinthe…
Yeux dans les yeux ! Tout s’enturquoise…
Entre les yeux et nous, je suis ressuscité ;
Un souffle annoncera la première nouvelle :
Pas toi, ni moi !.. Mais nous : mais Lui !
L’esprit, moqueur comme un faune,
Nous mène sur un autre plan :
Nous grattons nos calvities roses
Sous les turquoises du printemps ;
Nous voulons être trop malins,
Nous renonçons, nous ne comprenons rien,
Abandonnant un rêve trop précoce,
Nous errons encombrés par la vie ;
Et lassés, nous honnissons
La fumée des brillances passées :
En taureaux plaintifs nous jouons des cornes,
En vieux hongres nous ruons aux brancards.
Notre bon sens, comique au groin de truie,
Parfois énonce à l’appel des aubes :
Mieux vaut une maisonnette de bois
Que ces pierres si maladives;
Il cache sa tête comme une autruche,
S’écarte en sursaut comme un chien,
Casant le chaos sans issue
Dans les cahots d’un méchant quotidien.
Digérant les dons de la nature
Dans nos ventres obtus,
Nous foulons aux pieds les années;
Nous piétinons vers l’obscurité.
.....
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PartempsPartemps   14 septembre 2020
Printemps

Tout est épuisé. Trop de bourgeons.
Fleurs venues trop vite, trèfles.
Voici les nuages flottants comme moutons.
assourdissante sonne la bonne nouvelle encore plus fort.
Je suis inquiet crissant paresseusement
Ceux qui sont tombés, et toi Thekla en colère,
Vous pesez dangereusement sur la rue
on essuie les fenêtres.

Voici la chaux à nettoyer avec un couteau …
Voici des tasses de poison … Voici la laine …
La poitrine d’Avril gonflée d’enthousiasme.
Le vent tourne à l’extérieur de la poussière.

Fenêtres grandes ouvertes et pleurer, et parler,
et les fleurs se balancent sur leur tige,
et donnent sur la cour livide
pieds nus battus contre les meubles.

Chat pelé et l’auge pour siège,
patte de velours délavé.

Voici un garçon dans une chemise de calicot
Qui court, qui court vers sa grand-mère.

À la lumière du bout du puits sous la lumière d’après-midi.
Sentiment nouveau, comme avant, le feu.
Tout est ciel bleu et encore le bleu,
nuages flottants comme moutons, cheveux ondulés.

Dans le bleu de mon errance tes yeux de dahlias bleus.
Toutes les aspirations terrestres tellement désolées …
Des bottes de vieux paysan jetées dans la cour
avec le tonnerre tombant des grosses poutres.

1903, Moscou
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PartempsPartemps   14 septembre 2020
Mon moi visible est miroir des pulsions,
Diamant taillé par un fantôme
En réfractions entrecroisées :
Scintillant, je me reflète en vous
Comme, inondé d’un trop-plein de destin.
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PartempsPartemps   14 septembre 2020
La parole est à ceux qui recherchent des prophètes
et le mystère du ciel pleure…
Aux pieds des siècles discordants et rugissants
je suis rebelle dans un sommeil éternel…
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Videos de Andréi Biely (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Andréi Biely
Rencontre en ligne avec Georges Nivat, à l'occasion de la parution, aux Éditions des Syrtes, de Kotik Letaïev, d'Andreï Biely.
Enregistrée le 10 juin 2021 *** Paru en 1917, Kotik Letaïev est une autobiographie poétique, épopée intérieure de l'enfance sur les trois premières années de la vie de son auteur, Andreï Biely. le héros, Kotik (diminutif de Konstantin qui signifie également chaton) Letaïev est un enfant précoce qui, depuis son plus jeune âge est familiarisé avec les trésors de la culture. Un jour, poussé par une nostalgie toujours plus grande, il part vers l'inconnu. le récit, à la première personne, a d'une part le charme naïf d'un discours enfantin au travers duquel se recompose la ville Moscou de la fin du XIXe siècle, et d'autre part l'inquiétant surréalisme d'un parcours initiatique conduisant sa victime par le dédale des mythes. Adepte de la théosophie de Steiner, l'écrivain, alors âgé de 35 ans, se sent revivre sa première naissance. Il couche cette expérience sur papier, avec comme résultat ce récit hors du commun, qui commence dès avant la naissance, dans le ventre de sa mère. *** Georges Nivat est historien des idées et slavisant, traducteur spécialiste du monde russe. Professeur honoraire à l'université de Genève, il a été l'un des traducteurs d'Alexandre Soljenitsyne. *** KOTIK LETAÏEV, d'Andreï Biely Roman traduit du russe par Georges Nivat 416 pages - 20 €
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