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EAN : 9782849506851
696 pages
Syllepse et Page2 (05/09/2018)
4/5   1 notes
Résumé :
La montée en puissance contemporaine des « pays émergents », au premier rang desquels la Chine, venant après celle du Japon et des « dragons » sud-est-asiatiques (Corée, Taïwan…), oblige à réinterroger voire à réviser l’histoire du capitalisme. Et de se demander si le premier rôle, longtemps tenu par l’Europe occidentale, au sein de cette dernière n’avait été qu’un accident dont les conséquences seraient en train de s’épuiser et une parenthès... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
de
  29 novembre 2018
Des éléments clés du devenir-monde du capitalisme
Une relecture du devenir-monde du capitalisme. Une lecture à contre-courant des histoires linéaires confinées arbitrairement dans espaces bien délimités. Comprendre le monde d'aujourd'hui, implique d'analyser les formes prises par ce que nous nommons aujourd'hui les rapports sociaux et leur imbrication. Il faut aussi saisir l'histoire particulière de chacun de ces rapports, et souligner ce qui a façonné/limité/contraint les possibles à venir dans l'histoire des sociétés humaines. Non une histoire téléologique, le présent n'est pas prédictible à partir du passé, mais certains éléments « déterminent » partiellement et potentiellement les futurs. Mais nous ne devons jamais oublier que d'autres possibles auraient pu être construits, en fonction des contradictions et des interventions humaines dans ces contradictions. Une histoire sous forme de faisceaux d'événements concrets – tels qu'il est possible de les re-construire et de leur donner sens sous forme d'analyse.
Je souligne que les interrogations autour de la « genèse » du capitalisme ne peuvent se poser qu'après la construction effective de celui-ci. Aborder l'histoire de ce possible ne dispense pas d'analyser les logiques propres, internes, abstraites du capitalisme. D'où l'importance de la critique de l'économie politique – non réductible aux lectures économistes – du capital comme rapport social et mode de production…
Une histoire englobante, mondialisée comme l'explique Alain Bihr qui nécessite de se saisir de multiples éléments, de les mettre en relation, de penser la complexité et les temporalités. Une conviction justement soulignée de « la constitution du capitalisme comme réalité mondiale », non pas comme point d'arrivée, mais comme point de départ, comme en quelque sorte « sa condition préalable ». Et cela fournit, me semble-t-il un élément central de la spécificité de ce mode de production. L'auteur rappelle, un rappel plus que nécessaire, que le capital est un rapport social de production. Donc ni une chose sans histoire ni un simple élément comptable. Il revient aussi sur un précédent ouvrage et la place du féodalisme comme élément favorable – et non comme condition suffisante – au possible futur capitalisme.
« L'objet du présent ouvrage est précisément d'établir que cette condition suffisante a été fournie par l'expansion commerciale et coloniale de l'Europe occidentale, qui débute à la fin du Moyen Age et s'est poursuivie durant tous les temps modernes, pour reprendre la périodisation historique classique, et qui a abouti à la formation d'un premier monde capitaliste centré sur l'Europe occidentale, un monde que cette dernière entend diriger et ordonner en fonction de ses intérêts propres ». Il est difficile d'user en permanence des termes les plus adéquats. J'indique que l'Europe ne peut être considérée comme une « entité » ayant des « intérêts propres » ; seules des populations ou des fractions de populations peuvent donner sens à la notion d'« intérêts propres ». Il me semble toujours dangereux de personnaliser des espaces socio-géographiques ou socio-politiques.
Quoiqu'il en soit, il n'est pas possible d'enfermer le développement du premier âge du capitalisme dans un espace restreint, celui de l'Europe occidentale. Alain Bihr discute donc de différentes analyses et théorisations, en montrent les apports et les limites. Il insiste, entre autres sur le « devenir-monde », le processus d'expropriation dont « la violence est le principal moteur », l'« expansion commerciale et coloniale », la critique de l'eurocentrisme, la mise en garde envers « des illusions rétrospectives », le caractère exceptionnel de l'expansion décrite, le capital – « la valorisation de la valeur, la formation et la reproduction de cette « valeur en procès » (Marx) qu'est le capital »…
Des mondes et un monde en formation, « les petites circonstances et les grandes scansions, les acteurs manifestes et les facteurs occultés, les formes et les contenus spécifiques »…
Il aborde, dans un premier temps, les « grandes découvertes », les deux formes de l'expansion européenne – l'expansion commerciale et l'expansion coloniale – les rapports entre elles, le rôle des Etats, des compagnies commerciales, les réseaux marchands et l'émigration européenne…
Alain Bihr analyse la colonisation des Amériques, les formations historiques « précolombiennes », les relations entre Nouvelle-Espagne et la Nouvelle-castille, l'exploitation des populations indigènes, le pillage des métaux précieux et l'extraction minière, les formes agraires développées, les spécificités de la colonisation portugaise, la plantation latifundiaire esclavagiste, le cycle de l'or, la piraterie et la contrebande, l'économie esclavagiste des plantations, l'Amérique du nord (les populations autochtones, la morue, le castor), les colonisations espagnoles et françaises et le « destin singulier » des colonies anglaises.
La troisième partie est consacrée à « l'encerclement de l'Afrique », l'Afrique subsaharienne à l'arrivée des Européens, les comptoirs commerciaux, les prémices de la colonisation, les évolutions des espaces sénégambien guinéen, la colonie du Cap, la traite des esclaves africains et le commerce triangulaire (le cadre spatio-temporel, l'organisation, les conditions qui ont rendu possible cette traite, les bénéfices de la traite et du commerce triangulaire, les conséquences de la traite sur les sociétés africaines)…
Alain Bihr aborde ensuite, la difficile pénétration en Asie, l'Asie « féconde des vallées fluviales », l'Asie « féroce des steppes », l'Asie « des côtes, péninsules et archipels », la Thalassocratie fragile, l'« Estado da India » au 16eme siècle, les Philippines, le commerce trans-pacifique et la « Reconquista », Manille et les traits spécifiques de la colonisation des Philippines, la Vereenigde Ooostindische Compagnie,les Néerlandais et l'Indonésie, les commerces, la monopolisation de la circulation marchande puis l'organisation de la production, l'Inde avant et pendant l'empire Moghol, les Français et les Anglais et la colonisation de l'Inde…
Pour les lectrices et les lecteurs qui pourraient être effrayé·es par le sujet ou la taille de l'ouvrage, je souligne la grande lisibilité de l'ensemble, le choix d'une langue commune, la clarté des analyses et des expositions.
L'auteur explique les bornes temporelles de ce premier tome et ses choix rédactionnels impliquant certaines limites dans les développements.
Une somme qui permet d'appréhender les modalités et les spécificités situées de cette période de construction de ce qui deviendra le capitalisme. Un formidable récit historique et politique, ne négligeant ni les divisions et les choix des gouvernements des Etats, ni les contradictions engendrées, ni les rivalités et les conflits, loin des réductions économistes et des discours valorisant une forme historique d'organisation sociale… sans oublier les expropriations violentes, l'exploitation et les dominations des individu·es et des groupes sociaux, les résistances des un·es et des autres trop souvent négligées au nom d'un prétendu « sens de l'histoire » ou du fantasme d'une « civilisation du progrès ».
Reste une question, que je pose maintenant à toustes les auteurs et autrices, pourquoi ne pas utiliser une écriture plus inclusive ? – le point médian, l'accord de proximité, les historien·es, les habitant·es, les acteurs et les actrices, pour rendre visibles les unes et les autres, les iels et toustes.
Sans l'oublier que l'histoire des femmes ne concorde pas nécessairement avec celle des hommes, que le temps long de l'appropriation de l'activité ou du travail des femmes – ne saurait simplement se dissoudre ni dans l'expansion européenne ni dans le premier âge du capitalisme.
Lien : https://entreleslignesentrel..
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Bigmammy
  06 janvier 2019
Retenez-moi ou je vais devenir marxienne …
Certainement pas marxiste : adepte de l'analyse marxiste mais sans l'idéologie.
Depuis que je me suis plongée dans ce premier volume d'une trilogie décrivant le premier âge du capitalisme.
En embarquant dans ce pavé de près de 700 pages, écrites en tout petits caractères, je ne savais pas que j'allais parcourir les routes du commerce international, dans le sillage de Christophe Colomb, Magellan et Vasco de Gama.
Mon peu de savoir économique est ancré dans la thèse fondatrice de Fernand Braudel « Civilisation matérielle, économie et capitalisme XVème-XVIIIème siècle » paru en 1979, auquel Alain Bihr reproche cependant sa « pauvreté conceptuelle » …
Il est vrai que Bihr se présente comme « communiste libertaire » et a consacré sa carrière universitaire au combat des damné(e)s de la terre. Une autre de mes références, souvent citées ici, sont les travaux d'Olivier Pétré-Grenouilleau sur les traites négrières.
Me voici donc partie autour du monde au rythme des fameuses Compagnies commerciales ancêtres des société par actions - puis de l'implantation coloniale des Espagnols, Portugais, Néerlandais, Anglais et Français, d'abord en Amérique centrale et autour des côtes de l'Afrique, à travers l'océan Indien et du Pacifique jusqu'au Japon, en passant par le détroit de Malacca … Avec pour objectif unique : le profit, générateur d'accumulation de richesses, ce capital d'abord consacré à des dépenses somptuaires (demeures et châteaux) mais qui servira de socle, quand le moment sera venu où le progrès technique permettra la Révolution industrielle et l'avènement du capitalisme. le profit, mais le risque aussi, les échecs …
Dans une langue fluide et sans accumulation de notes et de multiples références, Alain Bihr raconte l'histoire mondiale du commerce au long cours : comment il s'établit, se défend, provoque de multiples conflits entre puissances européennes, déstabilise les pouvoirs locaux, quelles denrées il privilégie, quels circuits il emprunte, quels profits il en tire …
Au départ, les découvreurs recherchent les épices, les métaux précieux (or et argent), les objets de luxe (la soie, les laques, les porcelaines ...). Ils vont acclimater la canne à sucre, puis le coton, le tabac, le café, le thé, l'opium sur de nouveaux territoires, découvrir des ressources minières. Il leur faudra bientôt recruter de force beaucoup de main d'oeuvre supportant le climat équatorial : esclaves, toujours plus d'esclaves, que leur fourniront volontiers les roitelets africains.
L'accumulation protocapitaliste est donc fondée sur ce crime contre l'humanité : la déportation de millions d'individus – sans compter ceux qui ont péri dans les razzias, les transports et le « stockage » avant embarquement et aux décès pendant la traversée. On estime qu'environ 25 millions d'être humains ont été arrachés à l'Afrique par les traites négrières … et ont largement contribué à entraver son développement.
Tout a commencé par le système féodal et les Croisades. C'est la double expansion commerciale et coloniale de l'Europe à travers les découvertes maritimes de 1492 à 1522 qui fonde l'accroissement de la richesse, le renforcement de la puissance de l'Europe et sa domination du monde … temporairement.
A la base : la surexploitation des terres et du travail servile, sans oublier les rôles éminents des diasporas arménienne, juive, chinoise, indienne et aussi de la contrebande, la piraterie, la fraude fiscale, les trafics illicites … Tout comme aujourd'hui !
La suite au prochain volume …
N.B. Pourquoi ces dates ? C'est en 1415 que les Portugais s'emparent de Ceuta : ils entament ainsi leur lente descente le long des côtes occidentales de l'Afrique .... et en 1763 s'achève la guerre de Sept Ans, durant laquelle la Grande-Bretagne a confirmé sa constante supériorité navale et au terme de laquelle elle inflige une lourde défaite à la France en Inde.
Lien : http://www.bigmammy.fr/archi..
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
dede   29 novembre 2018
L’objet du présent ouvrage est précisément d’établir que cette condition suffisante a été fournie par l’expansion commerciale et coloniale de l’Europe occidentale, qui débute à la fin du Moyen Age et s’est poursuivie durant tous les temps modernes, pour reprendre la périodisation historique classique, et qui a abouti à la formation d’un premier monde capitaliste centré sur l’Europe occidentale, un monde que cette dernière entend diriger et ordonner en fonction de ses intérêts propres
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Video de Alain Bihr (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Alain Bihr
Entretien avec Alain Bihr, sociologue et auteur du Premier Âge du capitalisme. Avec lui, nous revenons sur la genèse d'un mode de production qui domine plus que jamais la planète et nos existences, tout en traversant la crise la plus longue de son histoire.
L'émission intégrale : https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/161020/capitalisme-de-la-naissance-la-dislocationt#at_medium=custom7&at_campaign=1050

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