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EAN : 9782844850805
148 pages
Allia (28/01/2002)
4.24/5   50 notes
Résumé :
Je m'inscris donc en faux contre une sorte d'accord tacite que les sinologues paraissent avoir établi entre eux. Le texte serait si difficile, son état si problématique, la pensée qui s'y exprime si éloignée de la nôtre que ce serait de la naïveté ou de l'outrecuidance de prétendre le comprendre exactement. Mon intention est de briser ce préjugé. Je ne le ferai pas en essayant d'imposer une lecture particulière, mais en exposant comment je m'y suis pris pour tenter ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Jean-François Billeter ne se contente pas de fort bien connaître la Chine ; il sait en plus fort bien penser et écrire en français.De ce fait, la pensée de Tchouang-Tseu qui semblait jusqu'ici obscure, fumeuse et ésotérique devient tout d'un coup limpide et pénétrante, pleine de contenu et de signifiance. Une aide précieuse pour lutter contre l'illusion en des temps où celle-ci prédomine si lourdement!
Ses critiques contre les précédentes traductions sont parfaitement justifiés quand l'on veut bien constater l'effroyable charabia auquel l'on a parfois affaire; à moins d'admettre que Tchouang-Tseu quand il maitrisait mal son sujet, se contentait de raconter n'importe quoi!
Mais il est vrai que la rigueur de pensée qui caractérise notre époque ouvre aisément cette option ...
"Tchouang-tseu s'intéresse tout particulièrement à ce passage au régime supérieur, à ce moment où se produit une sorte de basculement, où aux mouvements artificiellement coordonnés et contrôlés par la conscience se substitue soudain un "fonctionnement des choses" beaucoup plus complet qui, prenant le relais, décharge la conscience de la plus grande partie de ses tâches et abolit l'effort. (...) Ce basculement est le point d'aboutissement, ou du moins un moment essentiel de tout apprentissage."
Ce qui peut s'illustrer ainsi :
"L'empereur Jaune se rendit un jour au nord de la Rivière rouge, escalada le Mont K'ouen-louen et du regard embrassa le sud. de retour chez lui, il s'aperçut qu'il avait perdu sa perle obscure. Il chargea Connaissance d'aller la retrouver, mais ce fut en vain. Il envoya Vue Perçante, mais elle revint bredouille. Il envoya Dispute, qui ne la trouva pas plus. Il envoya finalement Sans Rien, qui la retrouva. Étrange, se dit-il, que ce soit Sans Rien qui l'ait retrouvé !"
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A l'époque des Royaumes Combattants…
Quatre leçons tirées du Tchouang-tseu ont été données au Collège de France en 2000 par Jean-François Billeter (né en 1939), sinologue helvète et professeur de la chaire d'études chinoises à l'université de Genève. Editées en 2002, elles sont à nouveau imprimées en 2015 aux éditions Allia. Superbe petit livre blanc conçu et fabriqué avec soin, les « Leçons sur Tchouang-tseu » revisitent quelques parties retraduites par le sinologue suisse. La pensée du « philosophe » chinois du IVe siècle avant J.-C. s'est empêtrée au cours des siècles dans les gloses, les réécritures, les traductions fautives. Libérée du pensum des lettrés par Jean-François Billeter, elle virevolte tel un papillon scintillant sur les arabesques du temps et révèle une vision éblouissante du monde. La première leçon donnée le 13/10/2000 intitulée « le fonctionnement des choses » vise l'« intelligence du texte » c'est-à-dire le sens voulu par l'auteur à son époque. Dans l'exercice complexe de la traduction, la composition, le tempo, la tonalité éclaire la signification du texte. Toutefois, l'approche nouvelle et opératoire du sinologue suisse réside dans la prise en compte d'une pensée pragmatique. Tchouang-tseu réfléchit par rapport à une expérience du monde décrite précisément. Les extraits de dialogues traduits deviennent alors particulièrement éclairants. Suivront les leçons « Les régimes de l'activité » ; « Une apologie de la confusion » ; « Un paradigme de la subjectivité ». Jean-François Billeter n'imagine pas Tchouang-tseu comme un philosophe enfermé dans un système abstrait mais tel un penseur « à la polyphonie toujours renouvelée » : « la complexité n'est pas dans les éléments mais résulte de leur combinaison ». Lavée à la belle eau de l'intelligence, la pensée d'un auteur vieux de vingt-cinq siècles luit, intacte, évidente, opératoire, ouvrant des perspectives neuves, dessinant d'un geste ailé un vide vivifiant en soi.
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Des philosophes rattachés à la pensée taoïste classique (nous parlons bien ici de philosophie, et non de la religion taoïste), Tchouang-Tseu (ou Zhuangzi) est sans doute l'un des plus inclassables, voir le plus difficile à situer au sein de ce mouvement global. Aux frontières de l'anarchisme, il se détache de la dimension politique et princière de Lao Tseu et des chroniques plus quotidiennes de Lie Tseu. Fondé sur un certain individualisme, le Tchouang-Tseu (le recueil qui porte donc son nom) peut aussi tendre à une interprétation ésotérique et mystique forte, pour peu qu'on ne retienne qu'une lecture poétique de ce texte foisonnant. Il est tout à fait révélateur que le segment le plus célèbre du Tchouang-Tseu en occident soit sans doute le « Rêve du Papillon », profonde mise en abyme de notre représentation du réel qui permet un accès (retour ?) au chaos (originel ?). de quoi perdre le néophyte qui pourrait rester rebuté par un ouvrage d'apparence peu accessible, ou tomber au contraire à l'inverse dans une fascination probablement trompeuse.


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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
Nous rencontrons ici un phénomène curieux et caractéristique des études philosophiques, note-t-il [Ludwig Wittgenstein] dans ses Bouts de papier (Zettel). La difficulté n'est pas, pour ainsi dire, de trouver la solution, mais de reconnaître la solution dans ce qui a l'air d'en être seulement la prémisse. (Cette difficulté) tient, je crois, à ce que nous attendons à tort une explication alors qu'une description constitue la solution de la difficulté, pour peu que nous lui donnions sa juste place, que nous nous arrêtions à elle, sans chercher à la dépasser. C'est cela qui est difficile : s'arrêter.
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L'empereur Jaune se rendit un jour au nord de la Rivière rouge, escalada le Mont K'ouen-louen et du regard embrassa le sud. De retour chez lui, il s'aperçut qu'il avait perdu sa perle obscure. Il chargea Connaissance d'aller la retrouver, mais ce fut en vain. Il envoya Vue Perçante, mais elle revint bredouille. Il envoya Dispute, qui ne la trouva pas plus. Il envoya finalement Sans Rien, qui la retrouva. "Étrange, se dit-il, que ce soit Sans Rien qui l'ait retrouvé !"
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Tchouang-tseu s'intéresse tout particulièrement à ce passage au régime supérieur, à ce moment où se produit une sorte de basculement, où aux mouvements artificiellement coordonnés et contrôlés par la conscience se substitue soudain un "fonctionnement des choses" beaucoup plus complet qui, prenant le relais, décharge la conscience de la plus grande partie de ses tâches et abolit l'effort. (...) Ce basculement est le point d'aboutissement, ou du moins un moment essentiel de tout apprentissage.
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Le Tchouang-tseu est pour une part l’œuvre d'un philosophe, c'est-à-dire d'un homme qui pense par lui-même, consulte avant tout sa propre expérience, médite aussi ce que disent les autres et fait un usage réfléchi du langage.
Il fallait poser cela parce que nous ne savons presque rien de la personne de Tchouang-tseu. Nous n'avons que le texte et nous n'y trouverons pas sa pensée philosophique si nous ne l'y cherchons pas.
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L’homme est un être de nature soumis à l’étrange nécessité de se faire violence pour se socialiser et qui, quand il y est parvenu, éprouve la plus grande peine à intégrer les forces de la nature qui agissent en lui. Sa subjectivité est pour lui-même une énigme.
Leçons sur Tchouang-Tseu Jean François BILLETER
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Videos de Jean-François Billeter (24) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean-François Billeter
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