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EAN : 9791030406825
96 pages
Allia (24/08/2017)
3.93/5   28 notes
Résumé :
''Supportes-tu la solitude ? me demandaient certains. Cette question me sidérait, car Wen était extraordinairement présente – mais d’une présence devenue changeante et imprévisible. Cette instabilité nouvelle m’occupait tant qu’il m’importait peu d’être incompris des autres. J’avais vécu en eau calme, je naviguais maintenant sur des eaux agitées et irrégulières où des tourbillons pouvaient m’engloutir. J’avais besoin de tous mes esprits pour me maintenir.''
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" La mort n'existe pas. Il n'y a que la vie qui cesse. le mal que font tous les autres discours. "

Wen est morte le 9 novembre 2012. Depuis 48 ans, c'est elle qui partageait et agrandissait la vie de Jean-François Billeter. En mourant, Wen a emporté la complicité, l'écoute, la compréhension, la douce banalité du quotidien.
"21 septembre: Puis-je être heureux sans Wen? Il manque le rire".

Mais la mort peut-elle réellement mettre fin à 48 ans d'une histoire qui s'est écrite à deux? Serait-ce si radical? "Une autre Aurélia" ( titre en hommage à Gérard de Nerval ) est un journal de deuil simple et poignant. D'abord tenu au jour le jour, il se distend pour se terminer 4 ans plus tard, une fois la paix du coeur revenue. Lent cheminement d'un homme face à l'absence physique de celle qui l'aimait et qui le complétait si bien, il ouvre le lecteur à ses propres émotions et à une riche réflexion sur la vie à deux. Car, bien sûr, il y eut beaucoup de moments heureux au long de toutes ces années, mais il y eut aussi des manquements et des regrets, des voyages qu'ils s'étaient promis et qu'ils ne firent jamais. C'est aussi cela la mort de l'autre, un infini de possibles qui soudain se referme et disparaît. Cette absence définitive, pas d'autre choix que de l'accepter, voir de la sublimer au risque de faire le lit du désespoir ou de la folie.
"5 mars: Deuil? Non. Il s'agit du passage d'un bonheur à un autre - de celui de vivre avec Wen à celui d'avoir vécu avec elle. Passage agité, il est vrai. Une tourmente éprouvante."

Mais parce que l'autre qui nous accompagne ne vit pas seulement à côté de nous mais aussi à l'intérieur de nous, il est possible de lui garder une place. Accueillir en douceur les souvenirs, les émotions et les larmes.
"15 novembre: Pleuré un moment; Pourvu que cela dure à l'avenir."

Le temps travaille à estomper le plus intime, ce que les photographies ne nous rendront jamais, le parfum de la peau, le son de la voix.
" 24 décembre: A certains moments, je souffre doublement: de son absence et de l'absence du souvenir. "
Ces effacements sont du chagrin qui s'ajoute au chagrin. Alors, parfois, s'accorder un instant de présent pur.
" Il me faudrait de temps à autre un jour sans mémoire ".
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LE RÊVE ET LA VIE.

Difficile de ne pas voir une relation directe entre le sous-titre du très déroutant et beau roman de Gérard de Nerval, Aurélia, et ce texte si intense, émouvant, personnel du grand sinologue suisse Jean-François Billeter, d'ailleurs intitulé Une autre Aurélia. Cette référence à Nerval, l'auteur s'en cache d'autant moins que le prénom de celle qui est cause de ce petit ouvrage saisissant n'est en rien Aurélia mais Wen, son épouse d'une vie.

Wen, cette éternelle jeune femme, originaire de Pékin où le futur auteur la rencontrait par le plus grand et improbable des hasards dans les salons d'une certaine Mme Wang, veuve chinoise mais d'origine et de nationalité suisse. La suite serait presque digne des contes de fées - une danse, une natte que l'on tire par mégarde, un fou rire... - n'était l'environnement social et politique chinois de ces années 60, aux prémices de la terrifiante "Révolution Culturelle". Il faudra pas loin de deux années, d'innombrables soubresauts, la mauvaise volonté doublée de mauvaise foi, finalement contrecarrées, des autorités chinoises, quelques rencontres fortuites et d'une insatisfaisante brièveté, la peur vissée au coeur que l'administration chinoise ne déporte purement et simplement la belle (les étrangers étaient non seulement fort rares à cette époque mais ils étaient tous suspectés d'être des espions à la solde de leurs pays), une année et quelques longs mois, donc, pour que ces deux-là finissent par convoler en juste noces et, voyant le pays s'enfoncer dans une grande période d'instabilité politique, fuir provisoirement le pays pour rejoindre la Suisse.
(Tout ceci est à découvrir dans le superbe Une rencontre à Pékin, publié en même temps que ce livre-ci, en août 2017)

L'aventure durera... Quarante-huit belles années !

Elle cessera malheureusement un jour de novembre 2012. le 9 pour être précis, après sept jours d'un coma sans soubresaut.

Trois jours après, sans avoir dressé le moindre plan, sans bien savoir de quoi ces pages seront faites, Jean-François Billeter entame ces premières notes : «Ne pas chercher d'images d'elle. Quand j'en cherche, elles sont décevantes, ne sont pas celles que je voudrais. Il faut que l'émotion naisse et que l'image vienne d'elle-même - ou ne vienne pas.»

S'ensuivront quatre années (jusqu'en avril 2017) de réflexions, de confessions, de recherches intimes, de souvenirs précis ou plus diffus, de rêves, aussi, de plus en plus présents et forts au fur et à mesure où s'éloigne la date anniversaire de cette disparition.

Émotion, dit-il dès cette première note. C'est très probablement l'un des maître-mots de l'ensemble de cet ouvrage d'une très grande intimité, parfois jusqu'à un certain pathos bien assumé - ne le voit-on pas confesser, plus d'une fois, des larmes ? Et leur bienfait incroyable -. Émotions vécues auprès de cette femme demeurée d'une grande jeunesse, souvent espiègle et drôle. N'avoue-t-il pas d'elle qu' «elle était jeune à 72 ans - d'une jeunesse que l'âge commençait tout juste à menacer» ? Émotions perçant avec la musique :

«Mozart. Grande émotion. Elle est dans cette émotion.»

Un peu plus loin :

«Le Stabat mater de Pergolesi, émotion. Ne pas penser à Wen qui n'est plus, mais à moi sensible, devenu tel grâce à elle.»

J-S Bach, enfin, le maître des maîtres, sans nul doute, pour qui cherche à condenser vie et rêve, folie et réalité, transcendance et immédiateté en quelques notes d'une beauté presque irréelle, pour ainsi dire divine, même sans être croyant. Écoutons-le, qui trouve dans ces émotions musicales intenses l'une des voies vers sa propre résilience :

«Les Variations Goldberg. Miracle, l'émotion portée jusqu'à l'incandescence. le moment mystique de Pascal n'a rien d'étonnant pour moi. L'émotion est la substance unique et universelle de toutes les béatitudes, extases, états de grâce, dont on a parlé dans les religions. La même énergie est en jeu dans tous les cas. Il n'y a pas de mystères.»

Il y a la musique, mais aussi l'art - la méditation et l'émotion ressenties à la contemplation attentive du Noli me tangere - à son sens profond, aussi - du Titien lui sera d'une aide inouïe dans l'évolution de sa conscientisation de son expérience, de la douleur, du manque et de sa résolution.

Intensément, profondément homme de culture et de lettres, les auteurs et poètes ne manquent pas, Marcel Proust, Chamfort, Novalis, Stendhal, Lichtenberg et bien d'autres encore, qui l'aident à leur manière, à dépasser, à comprendre, à accepter les changements qui interviennent en lui, qui lui permettent d'affirmer, au bout de la première année de deuil (mot qu'il déteste) :

«Il y a eu l'intimité avec elle, il y a maintenant l'intimité qui perdure en son absence.»

Bouleversant.
Mais le chemin est pourtant encore long et ce n'est pas, en soi, l'acceptation de la disparition de l'autre mais bien, plutôt, l'acceptation de la vie que l'on se fait avec l'autre dans son absence. D'où ce sentiment d'instabilité, ces ruptures permanentes, d'un jour sur l'autre, le vide faisant suite à des impressions de trop plein, le manque qui apparaît après la puissance d'un souvenir, les paroles apaisantes d'amis l'ayant connue, la remémoration d'un voyage, d'un lieu aimé de l'autre et à deux. Ainsi :

«24 Déc. : A certains moments, je souffre doublement : de son absence et de l'absence du souvenir.
27 Déc. : Ce matin, audace : je me dis que le bonheur passé est intact et que je puis passer à autre chose. »

Depuis que Jean-François Billeter a rendu son tablier d'enseignant de l'université de Genève en 1999 afin de se consacrer exclusivement à la recherche, aucun de ses ouvrages n'avait comporté la moindre mention strictement autobiographique - en dehors de celles servant à ses démonstrations, liées, surtout, à sa connaissance personnelle de l'un de ses principaux sujets d'étude : la Chine -. Aussi n'est-ce aucunement une vocation de biographe qu'il entame sur le tard avec cet ouvrage-ci (de même que "Une rencontre à Pékin" ressort bien plus de l'ouvrage hommage que de l'album autocentré sur des souvenirs lointains). Si cet homme, d'un très grand, sincère humanisme - il suffit pour s'en convaincre de lire son "Leçons sur Tchouang-Tseu" ou même son "Chine trois fois muette" et, plus récemment, "Un Paradigme" - s'est décidé, cinq années après la fatale disparition, à transmettre cette expérience forte, violente, incroyable dans sa pourtant terrible banalité c'est parce qu'il lui a semblé que sa propre expérience, son approche d'une certaine folie pouvait être de quelque aide à quiconque se trouvant dans une identique situation. Car cette folie, on comprend entre les lignes que lui-même craint d'y sombrer, à cause de tout ce qui le lie au désespoir, au manque, à l'absence de l'être aimé. Aussi souhaite-t-il faire profiter son semblable, dans une certaine mesure, de sa victoire intérieure sur celle-ci, le retour à la vie après avoir failli sombrer dans le seul rêve, ainsi qu'il en fut de la vie de l'auteur d'Aurélia, Gérard de Nerval, mort dans les conditions que l'on sait, sans qu'il ait pu achever son oeuvre... Retrouver Aurélia ?

Immodeste, peut-être. D'une poignante humilité aussi que de mettre ces mots si intimes entre toutes les mains. Mais pas inutile. Et parce qu'il faut laisser grande ouverte la porte à l'émotion qui renforce, apaise, guérit, éprouver son expérience à l'aune de son semblable ne peut être qu'enrichissement. Tout est là, à qui sait voir et écouter :

«J'ai dans mon jardin une source qui parfois s'assèche et dont j'oublie même l'existence, et qui a d'autres moments déborde et inonde tout. D'autres jours elle a un débit discret, doux suivi.»

.........................

PS : critique rédigée en écoutant les miraculeuses, pour plagier M. Billeter, mais je le rejoins immédiatement et sans condition, Variations Goldberg de Jean-Sébastien Bach.
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Ecrit épuré, chavirant, sur le deuil de l'Etre aimé, présenté sous forme de journal intime...où l'auteur cherche à rester en fusion avec la femme de sa
vie, tout en trouvant des solutions pour dépasser sa souffrance-chagrin...et magnifier toutes leurs complicités, richesses vécues en chorus....

"15 décembre. Il suffit que j'entende quelques mesures d'une musique que nous aimions pour que notre bonheur commun s'empare de moi et me bouleverse. (...)
18 déc. M'en sortirai-je par le récit ? Sera-ce le moyen de recréer un tout, après la perte ? "(p. 27)

Après le coup de coeur d' "Une rencontre à Pékin " qui m'a fait faire connaissance avec ce brillant essayiste- sinologue, ma curiosité fut largement piquée ...!
Je poursuis donc avec un texte plus délicat, infiniment personnel, mais empreint d'une extrême pudeur ...hommage absolu à la femme aimée, morte trop tôt..

Récit bouleversant qui dit la perte de l'épouse, après près de cinq décennies d'une aventure commune... Il exprime à sa manière son souhait d'honorer la personnalité unique de sa femme, sa détermination à vivre pour rester à la hauteur de tout ce qu'ils ont vécu ensemble...
Il formule également avec calme son agacement vis à vis de la gêne, d'une sorte d''hypocrisie sociale des proches, qui évitent de parler, de nommer "la disparue"...

"Cette mort subite a mis fin à une aventure de quarante-huit ans. (...) Ma pensée était à l'arrêt, j'avais en moi un jour blanc. (...)
Quand on perd son conjoint, les autres vous mettent à part des vivants." (p. 12)

L'homme est peu banal, se refuse catégoriquement de s'apitoyer sur lui-même, se montre "volontariste", rejette larmoiements, pitié et tuti quanti...
Ce mari aimant et toujours "amoureux", du fond de sa douleur, ne veut surtout pas geindre... Il a un besoin vital et une exigence intime de transformer ce deuil, en "cadeau de mémoire et d'action" pour l'épouse vénérée....

Je pense ce texte bouleversant à plus d'un titre, mais directement compréhensible par des personnes ayant traversé cette même épreuve; j'ai retrouvé intensément quelques interrogations, angoisses personnelles vécues lors de la disparition de mon compagnon....

Cet écrit intime reste différent, atypique, car il y a un refus absolu de la complainte et une volonté hors-norme, même dans cette épreuve qui reste insupportable... L'auteur veut continuer à travailler, à faire des recherches; une exigence intellectuelle démultipliée , pour lui-même, certes, mais aussi
une exigence qui se veut un cadeau offert à son épouse, Wen....


"Quand on perd son conjoint, les autres vous mettent à part des vivants. Voyant à côté de vous une place vide, ils en déduisent que vous n'êtes plus qu'à demi et que vous vivez dans le manque - alors qu'au contraire la vie n'a jamais été aussi intense.
Supportes-tu la solitude ? me demandaient certains. Cette question me sidérait, car Wen était extraordinairement présente - mais d'une présence devenue changeante et imprévisible. Cette instabilité nouvelle m'occupait tant qu'il m'importait peu d'être incompris des autres."

Curieusement, ce petit texte dense peut offrir aide et courage à d'autres , blessés par la mort d'un conjoint...
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Jean-François Billeter est un universitaire suisse de langue française, spécialiste de la Chine. Il a publié plusieurs ouvrages sur l'écriture, la philosophie, la culture chinoise, mais s'est aussi intéressé à l'hypnose et autres matières proches de la psychanalyse. Parti jeune à la découverte de l'empire du milieu, il va y rencontrer l'amour de sa vie, Wen. Il raconte ces années-là dans "Une rencontre à Pékin" dont j'ai prévu la lecture très prochaine...

D'habitude, je ne suis pas fan des récits autobiographiques, et j'avoue que j'ignorais totalement qui était Jean-François Billeter au moment de craquer instantanément à la vue de ses deux petits ouvrages et leur couverture représentant cette gracieuse femme asiatique. Cette femme n'est autre que Wen. Le présent opus, lu en premier, "Une autre Aurélia" est une sorte d'ovni littéraire, qui comporte une forte charge émotionnelle.

Alors que le couple de septuagénaires est inséparable depuis près d'un demi-siècle, Wen après un malaise nocturne plonge dans un coma d'une semaine et finit par s'éteindre. Jean-François est hébété de chagrin et de douleur, et va décider de coucher sur le papier ce qu'il ressent, au fil des jours.

Ce carnet de bord commence ainsi le 12 novembre 2012, quelques jours après la mort de sa femme, et s'achève le 16 avril 2017. Saisi par cette disparition subite, il va concevoir ce journal évidemment comme une thérapie, un moyen de surmonter le deuil par un travail de résilience, mais c'est peut-être aussi et surtout son approche analytique, quasi-clinique de son propre sentiment, qui va peu à peu l'aider à surmonter l'épreuve et retrouver une forme de sérénité.

Les jours s'enchaînent comme des montagnes russes, l'auteur est un jour bien, un jour mal, sans cesse à la recherche d'une forme de distanciation, mais pas trop (surtout ne pas l'oublier, Elle !), sorte de funambule sur le fil du souvenir : tantôt il maîtrise l'émotion qui menace de le submerger, tantôt il lâche-prise et se laisse envahir par le chagrin. On a le sentiment que l'homme qui s'est passionné pour l'hypnose et autres matières spirituelles se livre à une expérience grandeur nature, sur lui-même, afin d'appréhender les mécanismes qui permettent de guérir de son deuil.

Le lecteur vit littéralement les sensations de cet homme, et perçoit des instantanés. Il est le témoin direct de l'humeur, du ressenti du survivant, qui concentre souvent ses impressions en une phrase, parfois un peu plus. Parfois, avec l'émotion, une tension intérieure le pousse à intervenir deux ou trois fois par jour. Cependant au fil du temps, on sent que les réflexions s'espacent, signe qu'un calme intérieur commence à se frayer un chemin dans le coeur et l'esprit de cet homme. Wen devient peu à peu une sorte d'icône, irréelle, évanescente, dont les traits restent souvent flous et l'image difficile à convoquer la journée...alors qu'elle apparaît de plus en plus régulièrement dans les rêves nocturnes de Jean-François, dans des "aventures" qu'il prend petit à petit un certain plaisir à retrouver pour la nouveauté, l'imprévu qu'ils apportent...Wen ainsi sublimée, l'auteur en vient à comparer son expérience à l'Aurélia de Gérard de Nerval, constatant que le poète n'est pas parvenu à surmonter son deuil, le rêve l'emportant sur la vie. Jean-François, lui, a fait triomphé la vie.

Une belle lecture sur le deuil, un témoignage utile sur les chemins de la résilience, qui comporte quelques très beaux passages d'écriture. On ne peut être qu'admiratif devant cet amour immense, si profond et durable, dont on a l'impression d'être imprégné peu à peu ainsi que de l'image de Wen, cette si charmante femme chinoise. Cela donne envie de remonter le temps et de découvrir la genèse et les belles années de ce couple uni et original, dans "Une rencontre à Pékin".



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Un livre douloureux mais nécessaire.

Belle écriture, simple, ne paraissant pas recherchée. Naturelle ?
Le journal d'un deuil, le deuil de celle qui partagea la vie de l'auteur durant 48 ans.

Les sentiments sont nobles et vrais, sans fierté feinte, sans apitoiement auto-compassionnel.

Des sentiments clairs réfléchis, admirables de ceux que l'on aimerait siens si le malheur vient a nous frapper.

L'émotion est avouée humblement, sans attente de consolation sans vain espoir.

L'auteur bien que conscient et prolixe de sa culture sait aussi jouer la carte de l'humilité n'hésitant pas à annoter une citation par "je ne sais plus où je l'ai lu", à avouer ses pleurs confessant ainsi l'inappropriation d'une fierté stérile et stupide face a son immense douleur.
Sa souffrance l'aide à se construire.
Facile à dire, pas facile à vivre.
Il évoque avec grande précision les effets produits par des situations, des rencontres, des échanges en ces moments où l'esprit est à vif ; les stratégies qu'il échafaude plus ou moins consciemment pour surmonter, pour survivre.

Mais je ne suis pas sûr qu'il y ait une leçon à tirer de cette lecture.
Comment préparer un deuil a venir ? Comment corriger un deuil enduré ? J'imagine ce petit livre venir toquer a la porte de celui qui entre juste dans la souffrance d'avoir perdu un être cher et je crois que là il serait vraiment le bienvenue.
Sinon je crains que nous ne soyons devant ce genre littéraire que je n'arrive pas à comprendre: le témoignage. A quoi sert-il d'autre que flatter le voyeurisme du lecteur ?
Car si ce journal est manifestement celui d'un intellectuel lettré, aucune avancée philosophique ne l'illumine tout au plus quelques pistes psychologiques.
Un livre certes a l'humilité noble mais qui m'a éprouvé et plongé dans un malaise un peu honteux.
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Citations et extraits (31) Voir plus Ajouter une citation
9 sept. Aix-en-Provence. Je déjeune tardivement sur la petite place à fontaine proche de l'hôtel. Bleu du ciel, ocres de la pierre, ombre et lumière. Je me détends, je m'ouvre à la beauté - et avec elle au souvenir de Wen qui monte en moi, puissant souvenir de bonheur partagé. Je m'y entends maintenant: je le laisse monter mais pas trop, je le garde à mi-hauteur pour qu'il ne déborde pas. Comme elle serait émue, me dis-je, si elle était témoin de mon émotion. Je pense aussi à mon père. Je les associe, c'est la première fois. Sympathie qu'ils avaient l'un pour l'autre. Ils sont les deux morts tôt et subitement. Ma vie a maintenant une intensité dont je n'avais pas l'idée et dont les autres ne se doutent pas. Pour un rien l'émotion s'empare de moi, mêlant souvenirs, joies, douleurs, peu importe. Les autres n'en ont pas l'idée parce qu'ils doivent courir, calculer, se battre, se préserver, comme moi si longtemps.
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15 décembre. Il suffit que j'entende quelques mesures d'une musique que nous aimions pour que notre bonheur commun s'empare de moi et me bouleverse. (...)
18 déc. M'en sortirai-je par le récit ? Sera-ce le moyen de recréer un tout, après la perte ? (p. 27)
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Quand on perd son conjoint, les autres vous mettent à part des vivants. Voyant à côté de vous une place vide, ils en déduisent que vous n'êtes plus qu'à demi et que vous vivez dans le manque - alors qu'au contraire la vie n'a jamais été aussi intense.
Supportes-tu la solitude ? me demandaient certains. Cette question me sidérait, car Wen était extraordinairement présente - mais d'une présence devenue changeante et imprévisible. Cette instabilité nouvelle m'occupait tant qu'il m'importait peu d'être incompris des autres.
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28 janvier. A la vue de la moindre tendresse que se témoigne un couple, la mienne pour Wen me submerge.
28 janvier. Soudaine solitude. Besoin de donner de l'affection. Je lui dédie celle qui me vient maintenant. (p. 34)
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14 Oct. : Certains de ses gestes n'étaient qu'à elle. Parfois, quand elle me parlait, je les sentais si vivement que j'avais le sentiment d'être un autre. C'est le secret de la calligraphie chinoise : sentir en soi le geste de l'autre, celui qui a écrit.

21 Oct : On a tenu la grande émotion pour divine parce qu'elle embrasse tout et se suffit. Il n'y a pas d'au-delà de l'émotion.
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