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EAN : 9791030406825
96 pages
Éditeur : Allia (24/08/2017)

Note moyenne : 3.67/5 (sur 15 notes)
Résumé :
''Supportes-tu la solitude ? me demandaient certains. Cette question me sidérait, car Wen était extraordinairement présente – mais d’une présence devenue changeante et imprévisible. Cette instabilité nouvelle m’occupait tant qu’il m’importait peu d’être incompris des autres. J’avais vécu en eau calme, je naviguais maintenant sur des eaux agitées et irrégulières où des tourbillons pouvaient m’engloutir. J’avais besoin de tous mes esprits pour me maintenir.''
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
Erik35
  07 novembre 2017
LE RÊVE ET LA VIE.
Difficile de ne pas voir une relation directe entre le sous-titre du très déroutant et beau roman de Gérard de Nerval, Aurélia, et ce texte si intense, émouvant, personnel du grand sinologue suisse Jean-François Billeter, d'ailleurs intitulé Une autre Aurélia. Cette référence à Nerval, l'auteur s'en cache d'autant moins que le prénom de celle qui est cause de ce petit ouvrage saisissant n'est en rien Aurélia mais Wen, son épouse d'une vie.
Wen, cette éternelle jeune femme, originaire de Pékin où le futur auteur la rencontrait par le plus grand et improbable des hasards dans les salons d'une certaine Mme Wang, veuve chinoise mais d'origine et de nationalité suisse. La suite serait presque digne des contes de fées - une danse, une natte que l'on tire par mégarde, un fou rire... - n'était l'environnement social et politique chinois de ces années 60, aux prémices de la terrifiante "Révolution Culturelle". Il faudra pas loin de deux années, d'innombrables soubresauts, la mauvaise volonté doublée de mauvaise foi, finalement contrecarrées, des autorités chinoises, quelques rencontres fortuites et d'une insatisfaisante brièveté, la peur vissée au coeur que l'administration chinoise ne déporte purement et simplement la belle (les étrangers étaient non seulement fort rares à cette époque mais ils étaient tous suspectés d'être des espions à la solde de leurs pays), une année et quelques longs mois, donc, pour que ces deux-là finissent par convoler en juste noces et, voyant le pays s'enfoncer dans une grande période d'instabilité politique, fuir provisoirement le pays pour rejoindre la Suisse.
(Tout ceci est à découvrir dans le superbe Une rencontre à Pékin, publié en même temps que ce livre-ci, en août 2017)
L'aventure durera... Quarante-huit belles années !
Elle cessera malheureusement un jour de novembre 2012. le 9 pour être précis, après sept jours d'un coma sans soubresaut.
Trois jours après, sans avoir dressé le moindre plan, sans bien savoir de quoi ces pages seront faites, Jean-François Billeter entame ces premières notes : «Ne pas chercher d'images d'elle. Quand j'en cherche, elles sont décevantes, ne sont pas celles que je voudrais. Il faut que l'émotion naisse et que l'image vienne d'elle-même - ou ne vienne pas.»
S'ensuivront quatre années (jusqu'en avril 2017) de réflexions, de confessions, de recherches intimes, de souvenirs précis ou plus diffus, de rêves, aussi, de plus en plus présents et forts au fur et à mesure où s'éloigne la date anniversaire de cette disparition.
Émotion, dit-il dès cette première note. C'est très probablement l'un des maître-mots de l'ensemble de cet ouvrage d'une très grande intimité, parfois jusqu'à un certain pathos bien assumé - ne le voit-on pas confesser, plus d'une fois, des larmes ? Et leur bienfait incroyable -. Émotions vécues auprès de cette femme demeurée d'une grande jeunesse, souvent espiègle et drôle. N'avoue-t-il pas d'elle qu' «elle était jeune à 72 ans - d'une jeunesse que l'âge commençait tout juste à menacer» ? Émotions perçant avec la musique :
«Mozart. Grande émotion. Elle est dans cette émotion.»
Un peu plus loin :
«Le Stabat mater de Pergolesi, émotion. Ne pas penser à Wen qui n'est plus, mais à moi sensible, devenu tel grâce à elle.»
J-S Bach, enfin, le maître des maîtres, sans nul doute, pour qui cherche à condenser vie et rêve, folie et réalité, transcendance et immédiateté en quelques notes d'une beauté presque irréelle, pour ainsi dire divine, même sans être croyant. Écoutons-le, qui trouve dans ces émotions musicales intenses l'une des voies vers sa propre résilience :
«Les Variations Goldberg. Miracle, l'émotion portée jusqu'à l'incandescence. le moment mystique de Pascal n'a rien d'étonnant pour moi. L'émotion est la substance unique et universelle de toutes les béatitudes, extases, états de grâce, dont on a parlé dans les religions. La même énergie est en jeu dans tous les cas. Il n'y a pas de mystères.»
Il y a la musique, mais aussi l'art - la méditation et l'émotion ressenties à la contemplation attentive du Noli me tangere - à son sens profond, aussi - du Titien lui sera d'une aide inouïe dans l'évolution de sa conscientisation de son expérience, de la douleur, du manque et de sa résolution.
Intensément, profondément homme de culture et de lettres, les auteurs et poètes ne manquent pas, Marcel Proust, Chamfort, Novalis, Stendhal, Lichtenberg et bien d'autres encore, qui l'aident à leur manière, à dépasser, à comprendre, à accepter les changements qui interviennent en lui, qui lui permettent d'affirmer, au bout de la première année de deuil (mot qu'il déteste) :
«Il y a eu l'intimité avec elle, il y a maintenant l'intimité qui perdure en son absence.»
Bouleversant.
Mais le chemin est pourtant encore long et ce n'est pas, en soi, l'acceptation de la disparition de l'autre mais bien, plutôt, l'acceptation de la vie que l'on se fait avec l'autre dans son absence. D'où ce sentiment d'instabilité, ces ruptures permanentes, d'un jour sur l'autre, le vide faisant suite à des impressions de trop plein, le manque qui apparaît après la puissance d'un souvenir, les paroles apaisantes d'amis l'ayant connue, la remémoration d'un voyage, d'un lieu aimé de l'autre et à deux. Ainsi :
«24 Déc. : A certains moments, je souffre doublement : de son absence et de l'absence du souvenir.
27 Déc. : Ce matin, audace : je me dis que le bonheur passé est intact et que je puis passer à autre chose. »
Depuis que Jean-François Billeter a rendu son tablier d'enseignant de l'université de Genève en 1999 afin de se consacrer exclusivement à la recherche, aucun de ses ouvrages n'avait comporté la moindre mention strictement autobiographique - en dehors de celles servant à ses démonstrations, liées, surtout, à sa connaissance personnelle de l'un de ses principaux sujets d'étude : la Chine -. Aussi n'est-ce aucunement une vocation de biographe qu'il entame sur le tard avec cet ouvrage-ci (de même que "Une rencontre à Pékin" ressort bien plus de l'ouvrage hommage que de l'album autocentré sur des souvenirs lointains). Si cet homme, d'un très grand, sincère humanisme - il suffit pour s'en convaincre de lire son "Leçons sur Tchouang-Tseu" ou même son "Chine trois fois muette" et, plus récemment, "Un Paradigme" - s'est décidé, cinq années après la fatale disparition, à transmettre cette expérience forte, violente, incroyable dans sa pourtant terrible banalité c'est parce qu'il lui a semblé que sa propre expérience, son approche d'une certaine folie pouvait être de quelque aide à quiconque se trouvant dans une identique situation. Car cette folie, on comprend entre les lignes que lui-même craint d'y sombrer, à cause de tout ce qui le lie au désespoir, au manque, à l'absence de l'être aimé. Aussi souhaite-t-il faire profiter son semblable, dans une certaine mesure, de sa victoire intérieure sur celle-ci, le retour à la vie après avoir failli sombrer dans le seul rêve, ainsi qu'il en fut de la vie de l'auteur d'Aurélia, Gérard de Nerval, mort dans les conditions que l'on sait, sans qu'il ait pu achever son oeuvre... Retrouver Aurélia ?
Immodeste, peut-être. D'une poignante humilité aussi que de mettre ces mots si intimes entre toutes les mains. Mais pas inutile. Et parce qu'il faut laisser grande ouverte la porte à l'émotion qui renforce, apaise, guérit, éprouver son expérience à l'aune de son semblable ne peut être qu'enrichissement. Tout est là, à qui sait voir et écouter :
«J'ai dans mon jardin une source qui parfois s'assèche et dont j'oublie même l'existence, et qui a d'autres moments déborde et inonde tout. D'autres jours elle a un débit discret, doux suivi.»
.........................
PS : critique rédigée en écoutant les miraculeuses, pour plagier M. Billeter, mais je le rejoins immédiatement et sans condition, Variations Goldberg de Jean-Sébastien Bach.
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fanfanouche24
  05 juillet 2018
Ecrit épuré, chavirant, sur le deuil de l'Etre aimé, présenté sous forme de journal intime...où l'auteur cherche à rester en fusion avec la femme de sa
vie, tout en trouvant des solutions pour dépasser sa souffrance-chagrin...et magnifier toutes leurs complicités, richesses vécues en chorus....
"15 décembre. Il suffit que j'entende quelques mesures d'une musique que nous aimions pour que notre bonheur commun s'empare de moi et me bouleverse. (...)
18 déc. M'en sortirai-je par le récit ? Sera-ce le moyen de recréer un tout, après la perte ? "(p. 27)
Après le coup de coeur d' "Une rencontre à Pékin " qui m'a fait faire connaissance avec ce brillant essayiste- sinologue, ma curiosité fut largement piquée ...!
Je poursuis donc avec un texte plus délicat, infiniment personnel, mais empreint d'une extrême pudeur ...hommage absolu à la femme aimée, morte trop tôt..
Récit bouleversant qui dit la perte de l'épouse, après près de cinq décennies d'une aventure commune... Il exprime à sa manière son souhait d'honorer la personnalité unique de sa femme, sa détermination à vivre pour rester à la hauteur de tout ce qu'ils ont vécu ensemble...
Il formule également avec calme son agacement vis à vis de la gêne, d'une sorte d''hypocrisie sociale des proches, qui évitent de parler, de nommer "la disparue"...
"Cette mort subite a mis fin à une aventure de quarante-huit ans. (...) Ma pensée était à l'arrêt, j'avais en moi un jour blanc. (...)
Quand on perd son conjoint, les autres vous mettent à part des vivants." (p. 12)
L'homme est peu banal, se refuse catégoriquement de s'apitoyer sur lui-même, se montre "volontariste", rejette larmoiements, pitié et tuti quanti...
Ce mari aimant et toujours "amoureux", du fond de sa douleur, ne veut surtout pas geindre... Il a un besoin vital et une exigence intime de transformer ce deuil, en "cadeau de mémoire et d'action" pour l'épouse vénérée....
Je pense ce texte bouleversant à plus d'un titre, mais directement compréhensible par des personnes ayant traversé cette même épreuve; j'ai retrouvé intensément quelques interrogations, angoisses personnelles vécues lors de la disparition de mon compagnon....
Cet écrit intime reste différent, atypique, car il y a un refus absolu de la complainte et une volonté hors-norme, même dans cette épreuve qui reste insupportable... L'auteur veut continuer à travailler, à faire des recherches; une exigence intellectuelle démultipliée , pour lui-même, certes, mais aussi
une exigence qui se veut un cadeau offert à son épouse, Wen....

"Quand on perd son conjoint, les autres vous mettent à part des vivants. Voyant à côté de vous une place vide, ils en déduisent que vous n'êtes plus qu'à demi et que vous vivez dans le manque - alors qu'au contraire la vie n'a jamais été aussi intense.
Supportes-tu la solitude ? me demandaient certains. Cette question me sidérait, car Wen était extraordinairement présente - mais d'une présence devenue changeante et imprévisible. Cette instabilité nouvelle m'occupait tant qu'il m'importait peu d'être incompris des autres."
Curieusement, ce petit texte dense peut offrir aide et courage à d'autres , blessés par la mort d'un conjoint...
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Osmanthe
  06 septembre 2017
Jean-François Billeter est un universitaire suisse de langue française, spécialiste de la Chine. Il a publié plusieurs ouvrages sur l'écriture, la philosophie, la culture chinoise, mais s'est aussi intéressé à l'hypnose et autres matières proches de la psychanalyse. Parti jeune à la découverte de l'empire du milieu, il va y rencontrer l'amour de sa vie, Wen. Il raconte ces années-là dans "Une rencontre à Pékin" dont j'ai prévu la lecture très prochaine...
D'habitude, je ne suis pas fan des récits autobiographiques, et j'avoue que j'ignorais totalement qui était Jean-François Billeter au moment de craquer instantanément à la vue de ses deux petits ouvrages et leur couverture représentant cette gracieuse femme asiatique. Cette femme n'est autre que Wen. Le présent opus, lu en premier, "Une autre Aurélia" est une sorte d'ovni littéraire, qui comporte une forte charge émotionnelle.
Alors que le couple de septuagénaires est inséparable depuis près d'un demi-siècle, Wen après un malaise nocturne plonge dans un coma d'une semaine et finit par s'éteindre. Jean-François est hébété de chagrin et de douleur, et va décider de coucher sur le papier ce qu'il ressent, au fil des jours.
Ce carnet de bord commence ainsi le 12 novembre 2012, quelques jours après la mort de sa femme, et s'achève le 16 avril 2017. Saisi par cette disparition subite, il va concevoir ce journal évidemment comme une thérapie, un moyen de surmonter le deuil par un travail de résilience, mais c'est peut-être aussi et surtout son approche analytique, quasi-clinique de son propre sentiment, qui va peu à peu l'aider à surmonter l'épreuve et retrouver une forme de sérénité.
Les jours s'enchaînent comme des montagnes russes, l'auteur est un jour bien, un jour mal, sans cesse à la recherche d'une forme de distanciation, mais pas trop (surtout ne pas l'oublier, Elle !), sorte de funambule sur le fil du souvenir : tantôt il maîtrise l'émotion qui menace de le submerger, tantôt il lâche-prise et se laisse envahir par le chagrin. On a le sentiment que l'homme qui s'est passionné pour l'hypnose et autres matières spirituelles se livre à une expérience grandeur nature, sur lui-même, afin d'appréhender les mécanismes qui permettent de guérir de son deuil.
Le lecteur vit littéralement les sensations de cet homme, et perçoit des instantanés. Il est le témoin direct de l'humeur, du ressenti du survivant, qui concentre souvent ses impressions en une phrase, parfois un peu plus. Parfois, avec l'émotion, une tension intérieure le pousse à intervenir deux ou trois fois par jour. Cependant au fil du temps, on sent que les réflexions s'espacent, signe qu'un calme intérieur commence à se frayer un chemin dans le coeur et l'esprit de cet homme. Wen devient peu à peu une sorte d'icône, irréelle, évanescente, dont les traits restent souvent flous et l'image difficile à convoquer la journée...alors qu'elle apparaît de plus en plus régulièrement dans les rêves nocturnes de Jean-François, dans des "aventures" qu'il prend petit à petit un certain plaisir à retrouver pour la nouveauté, l'imprévu qu'ils apportent...Wen ainsi sublimée, l'auteur en vient à comparer son expérience à l'Aurélia de Gérard de Nerval, constatant que le poète n'est pas parvenu à surmonter son deuil, le rêve l'emportant sur la vie. Jean-François, lui, a fait triomphé la vie.
Une belle lecture sur le deuil, un témoignage utile sur les chemins de la résilience, qui comporte quelques très beaux passages d'écriture. On ne peut être qu'admiratif devant cet amour immense, si profond et durable, dont on a l'impression d'être imprégné peu à peu ainsi que de l'image de Wen, cette si charmante femme chinoise. Cela donne envie de remonter le temps et de découvrir la genèse et les belles années de ce couple uni et original, dans "Une rencontre à Pékin".

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dancingbrave
  02 décembre 2017
Un livre douloureux mais nécessaire.
Belle écriture, simple, ne paraissant pas recherchée. Naturelle ?
Le journal d'un deuil, le deuil de celle qui partagea la vie de l'auteur durant 48 ans.
Les sentiments sont nobles et vrais, sans fierté feinte, sans apitoiement auto-compassionnel.
Des sentiments clairs réfléchis, admirables de ceux que l'on aimerait siens si le malheur vient a nous frapper.
L'émotion est avouée humblement, sans attente de consolation sans vain espoir.
L'auteur bien que conscient et prolixe de sa culture sait aussi jouer la carte de l'humilité n'hésitant pas à annoter une citation par "je ne sais plus où je l'ai lu", à avouer ses pleurs confessant ainsi l'inappropriation d'une fierté stérile et stupide face a son immense douleur.
Sa souffrance l'aide à se construire.
Facile à dire, pas facile à vivre.
Il évoque avec grande précision les effets produits par des situations, des rencontres, des échanges en ces moments où l'esprit est à vif ; les stratégies qu'il échafaude plus ou moins consciemment pour surmonter, pour survivre.
Mais je ne suis pas sûr qu'il y ait une leçon à tirer de cette lecture.
Comment préparer un deuil a venir ? Comment corriger un deuil enduré ? J'imagine ce petit livre venir toquer a la porte de celui qui entre juste dans la souffrance d'avoir perdu un être cher et je crois que là il serait vraiment le bienvenue.
Sinon je crains que nous ne soyons devant ce genre littéraire que je n'arrive pas à comprendre: le témoignage. A quoi sert-il d'autre que flatter le voyeurisme du lecteur ?
Car si ce journal est manifestement celui d'un intellectuel lettré, aucune avancée philosophique ne l'illumine tout au plus quelques pistes psychologiques.
Un livre certes a l'humilité noble mais qui m'a éprouvé et plongé dans un malaise un peu honteux.
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Floyd2408
  06 mai 2018
Une autre Aurélia de Jean-François Billeter est un court texte initié par le roman inachevé de Gérard de Nerval Aurélia et la perte de sa femme Wen. Jean-François Billeter s'inspire de ce texte surréaliste pour nous faire découvrir ce carnet intime, il ouvre son être à une approche de voyeurisme sincère, une acceptation de devenir le témoin malheureux en proie à la solitude de l'être aimée mort.
Jean-François Billeter est un sinologue suisse, oeuvrant vers la culture chinoise, écrivant un nombre certain de livres sur l'art chinois, il fût titulaire de la chaire d'études chinoises dés sa création en 1987 jusqu'en 1999, prenant sa retraite académique. A la perte de sa femme il écrivit deux récits Une rencontre à Pékin puis Une autre Aurélia, une continuité amoureuse d'une vie de couple de 45 ans, même invisible à son regard, la présence de sa femme habite son âme, son corps, son être sa vie.
Ce récit amorce avec beaucoup de grâce, de tendresse, d'amour, de pudeur et de vie le passage assez complexe d'un être humain à se retrouver seul après la perte de son partenaire. Les aphorismes gravés au jour le jour sur le carnet de notre auteur sur ses sentiments inextricables le happant dans un tourbillon inconnu, ces mots peints avec beaucoup de pudeur et de sincérité, éclairent ce passage délicat, cette transition douloureuse, attisent en nous une vraie émotion tendre, pour découvrir un amour pur, une ode incroyable, une continuité amoureuse différente, comme une immuabilité de l'amour, une intemporalité des sentiments venant bercer les méandres ombrageux de la nouvelle solitude de notre auteur.
Les pleurs sont un moyen de libération, au début ces pleurs sont comme une libération, pourvu qu'ils durent à l'avenir, il faut être seul pour le faire, ces pleurs sont comme un don de Dieu, une consolation du souvenirs qui enveloppe t'esprit et le corps, puis cette émotion d'être seul l'engloutit par moment, le bonheur reçu de sa femme dans sa vie continue de couler encore, seul la vie cesse, il y a ce manque de la personne à qui, il racontait tout. Puis l'effroi le prend de cette séparation définitive.
Les rêves l'assaillent, surtout les plus pénibles, à son réveil il se trouble accablé encore prisonnier par ces cauchemars, de la fuite, rupture de sa femme, ou des mélopées douces venant adoucir sa solitude du réveil au petit matin.
Les lieus aussi refont revivre sa femme, à travers les souvenirs, sa présence enveloppe l'atmosphère, l'auteur n'oublie pas l'espièglerie de sa douce aimée venant le retrouver au café absorbé par son travail.
La musique, les livres, les tableaux et la solitude sont des empreintes de réminiscences, les images se troublent, s'effacent, se recherchent, s'estompent pour devenir illusions, mirages, souvenirs, songes, cauchemars, réalités…..
Le leitmotiv surprenant de l'idée du retour de sa femme et de sa réaction face à elle, comme si sa mort était juste un départ, l'auteur se pose cette question troublante comme une réalité.
Cette tendresse de carnet est une belle découverte, cette façon de se livrer dans la douleur de la perte de sa femme et de suivre les méandres de ses émotions au jour le jour, couché sur un carnet, gravé à la pointe de son stylo cette sculpture des mystères de l'esprit.
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Citations et extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
fanfanouche24fanfanouche24   29 juin 2018
15 décembre. Il suffit que j'entende quelques mesures d'une musique que nous aimions pour que notre bonheur commun s'empare de moi et me bouleverse. (...)
18 déc. M'en sortirai-je par le récit ? Sera-ce le moyen de recréer un tout, après la perte ? (p. 27)
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Erik35Erik35   08 novembre 2017
14 Oct. : Certains de ses gestes n'étaient qu'à elle. Parfois, quand elle me parlait, je les sentais si vivement que j'avais le sentiment d'être un autre. C'est le secret de la calligraphie chinoise : sentir en soi le geste de l'autre, celui qui a écrit.

21 Oct : On a tenu la grande émotion pour divine parce qu'elle embrasse tout et se suffit. Il n'y a pas d'au-delà de l'émotion.
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Erik35Erik35   08 novembre 2017
Quand on perd son conjoint, les autres vous mettent à part des vivants. Voyant à côté de vous une place vide, ils en déduisent que vous n'êtes plus qu'à demi et que vous vivez dans le manque - alors qu'au contraire la vie n'a jamais été aussi intense.
Supportes-tu la solitude ? me demandaient certains. Cette question me sidérait, car Wen était extraordinairement présente - mais d'une présence devenue changeante et imprévisible. Cette instabilité nouvelle m'occupait tant qu'il m'importait peu d'être incompris des autres.
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fanfanouche24fanfanouche24   27 juin 2018
28 janvier. A la vue de la moindre tendresse que se témoigne un couple, la mienne pour Wen me submerge.
28 janvier. Soudaine solitude. Besoin de donner de l'affection. Je lui dédie celle qui me vient maintenant. (p. 34)
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OsmantheOsmanthe   07 septembre 2017
23 mai- Ce que l'on n'a pas reçu au début de la vie, il ne faut pas l'exiger plus tard, mais le donner. C'est une faute de l'exiger comme un préalable à tout échange, pire encore d'en faire un motif de rétorsion ou de vengeance. Il faut donner, réamorcer l'échange. J'en connais qui ont raté leur vie faute d'avoir compris cela. Certains ont connu des fins tragiques.
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Le 28.08.2020, Jean François Billeter était l'invité de Julien Magnollay dans l'émission Tribu (RTS - La 1).
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