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EAN : 9791030406856
160 pages
Éditeur : Allia (24/08/2017)

Note moyenne : 4.07/5 (sur 22 notes)
Résumé :
"Je ressens une forte émotion en retrouvant ces moments ensevelis sous tant d’autres souvenirs. Pékin a perdu ses murs et ses portes, cette capitale qui fut l’une des plus belles de l’histoire n’a plus de visage. Et nul ne peut plus imaginer ce que fut un voyage comme le mien parce que l’ère des longs voyages vers l’inconnu est close."
Dans ce récit, le sinologue raconte sa rencontre avec une jeune femme médecin, durant ses études à Pékin dans les années 60, ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
fanfanouche24
  22 juin 2018
LIBERTE - AMOUR- CONNAISSANCE. Une trimité magique !
Je remercie abondamment le hasard de mes flâneries en librairie ainsi que le conseil d'une camarade-libraire , Aurore [ Librairie Chantelivre- Issy-Les-Moulineaux] qui m'ont fait croiser le chemin de ce sinologue, essayiste brillant, que je ne connaissais d'aucune manière, ainsi que le choix des publications toujours excellent de la maison d'édition, Allia....
Une très belle rencontre et lecture d'autant plus captivante, bouleversante, que le ton de cette autobiographie reste d'une discrétion, d'une pudeur, et retenue extrêmes.
Un jeune étudiant se cherche, décide dans les années 60 de partir en Chine, de son plein gré , pour étudier !
"Pendant toute la durée de mes études à Pékin, qui se sont étendues sur trois ans, j'ai pu consacrer la moitié de ces moyens à l'achat de livres. L'autre moitié représentait encore un salaire de ministre.
Dans le monde d'alors, je ne pouvais pas partir plus loin. Les communistes avaient pris le pouvoir, ils avaient fermé le pays aux étrangers, personne ne savait ce qui s'y passait, ni ce qui subsistait du passé; on parlait de famine.
J'enfreignais un interdit, en Suisse l'anticommunisme était virulent, et je partais vers l'inconnu. "(p. 9)
Une histoire d'Amour atypique et unique... entre ce jeune étudiant suisse en langues orientales et une jeune chinoise, Wen, médecin...Il faudra des réserves de patience, ténacité ,détermination, prudence et stratégies pour que nos "fiancés" ne renoncent pas à l'avenir de leur couple [ sans omettre l'aide et le soutien courageux des frères et soeurs de Wen ]
Au paradis.... de "La Révolution culturelle", pas de vie privée, et encore moins l'autorisation d'avoir des liens avec un étranger ! Un climat de paranoïa est entretenu, alimenté par le régime, par tous les moyens !
A travers l'histoire de cet amour profond entre un jeune intellectuel occidental et cette jeune médecin... on traverse également l'Histoire de la Chine de l'ancien régime à la Révolution culturelle,aux exactions du régime communiste de Mao... à l'après- Mao !... Ils ne connaîtront la vraie réalité du régime maoïste que des années après, lorsqu'ils reviendront en Chine, dans les années 1975....ainsi que le passé et les souffrances endurées par les beaux-parents de l'auteur !

Un récit précieux qui montre une fois de plus , comment des vies peuvent être sacrifiées sur l'autel de la folie du pouvoir et des excès d'un seul homme !
Des milliers de personnes broyées , vulgaires "dégâts collatéraux" de la Grande Histoire !
Une très forte lecture, pleine d'enseignements et de détails sur la vie chinoise durant des décennies ! Très, très heureuse d'avoir rencontré cet écrivain-essayiste avec ce récit autobiographique, qui reste admirable, de par sa volonté de garder en mémoire, avec le plus d'objectivité et de neutralité...des événements insupportables.
Comme lectrice, heureuse aussi de savoir que cette histoire d'Amour dura,fut immense, généreuse, défiant toutes les difficultés, les obstacles, qui n'étaient pas des moindres, dans ce contexte historique et politique !!
Je vais poursuivre plus avant la découverte des autres écrits de Jean-François Billeter, et dans un premier temps, j'aimerais lire: "Une autre Aurélia"... texte intime et personnel... et aborderai ensuite ses essais sur la Chine, etc.
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Erik35
  05 novembre 2017
À SON ÉPOUSE, À SES BEAUX-PARENTS, À LA CHINE.
Comment rencontrer l'Amour de sa vie, selon Jean-François Billeter ?
C'est assez simple, en définitive : Il faut d'abord être un jeune homme de 24 ans au début des années 60, suisse de préférence, non pas désoeuvré mais se cherchant encore beaucoup, passionné de langues orientales mais sans avoir réellement décidé de jeter son dévolu sur quelque direction précise que ce soit, trouver la langue chinoise amusante, rencontrer un aimable et intelligent professeur vous poussant à aller étudier non aux "Langues O" à Paris, mais in situ à Pékin, obtenir une bourse grâce, involontairement, aux connaissances de Service National de papa, traverser en train - mythique "Transsibérien" inclus - la moitié de la planète, sans oublier de passer le terrifiant "rideau de fer", se retrouver premier étudiant suisse de toute l'ère communiste chinoise, parvenir à s'y faire quelques connaissances parmi lesquelles la veuve d'un chinois dont la nationalité suisse d'origine lui permettait d'inviter chinois ET étrangers dans une même demeure, participer à une petite sauterie, danser avec une charmante chinoise se prénommant Wen, lui tirer involontairement sa longue natte. La faire rire...
L'épouser deux ans plus tard. Vivre quarante-huit année d'une aventure presque sans tâche avec elle.
Parfaitement improbable (comme l'est si souvent l'existence), n'est-ce pas ? C'est pourtant de cette manière-là que ce grand sinologue, intellectuel, écrivain et essayiste originaire de Bâle rencontrera sa future femme dans la nouvelle capitale de la République Populaire de Chine, Pékin (nouvelle, dans la mesure où la précédente était Nankin. Mais Pékin était alors une ville demeurée pour ainsi dire inchangée, inviolée, depuis des centaines d'années. Ce que l'auteur regrette car, depuis, les vents mauvais des réformes économiques successives, et surtout le grand boum économique de ces dernières décennies ont totalement détruits ce Pékin immémorial). Ce ne fut cependant pas une sinécure, et il fallait avoir un certain culot, ainsi, cependant, qu'un vrai grain de folie, pour souhaiter aller jusqu'au bout de cette décision : décider, tandis qu'on est un étranger suspecté de tout et de son contraire dans cette Chine paranoïaque, de prendre Wen, une digne représentante de l'ancien Empire du Milieu dans les mouvements de crises politiques incessants de cette Chine nouvelle, pour épouse. D'autant qu'on est à l'opposé de toute forme de bluette moderne, avec déclaration enflammée et découvertes des corps autant que des âmes : avant ce fameux et inespéré mariage, près de deux années se seront écoulées, et seulement une petite poignée de "vraies" rencontres ("en tout bien tout honneur", est-il seulement utile de le préciser ?), avec le danger incessant d'apprendre que la jeune fille a été arrêtée par la police et envoyée dans quelque camp de rééducation lointain, probablement mariée de force sur place... Pour la romance, il faudra repasser !
C'est bien entendu cette histoire parfaitement incroyable et, par bien des aspects, aussi rocambolesque que terriblement dangereuse dans cette Chine connaissant les prémices de ce moment terrifiant de la fameuse "Révolution Culturelle", à laquelle J-F Billeter avouera ne pas avoir réellement assisté ni, sur le moment, compris les enchaînements dramatiques, que nous allons suivre, médusé. A sa décharge, les étrangers de Chine n'avaient que peu accès aux informations et se trouvaient cantonnés dans leurs petits cercles, la méfiance étant de mise, et les chinois du commun strictement interdit de s'adresser à ces exogènes. C'est pourtant un document de première main - et raconté dans un style aussi impeccable qu'exaltant - qu'il nous est donné de découvrir dans ces quelques cent cinquante pages serrées de ce petit moment de bonheur (de lecteur) proposé par les éditions Allia.
On y découvrira, sous-jacente, la vie de ces premiers "pionniers" occidentaux dans une Chine de Mao où les luttes intestines au parti ont des répercussion désastreuses et mortifères sur le petit peuple de la rue et des campagnes. On découvre une Chine dans laquelle les communistes ont entamé leur travail de sape de déshumanisation, de déculturation et d'oblitération de tout souvenir récent, de celui des derniers témoins du temps d'avant 1949 et la prise de pouvoir par les communistes, mais dont le point d'orgue, délirant, implacable et apocalyptique sera la Révolution Culturelle, accompagnée de sa cohorte de Gardes Rouges, qu'une poignée d'intellectuels occidentaux dévoyés ou imbéciles voudront faire passer chez nous alors pour un grand moment (positif) de l'histoire... Mai 68 n'est plus très loin.
Cependant, Jean-François Billeter ne se comporte pas seulement comme un témoin amoureux de ses temps à la fois si proches et si lointains. L'auteur des extraordinaires "Leçons sur Tchouang-Tseu" (publié chez le même éditeur, Allia) ne pouvait se contenter de ce double hommage à sa femme et à la Chine sans en rendre un autre, émouvant, circonstancié, attentif à ses beaux-parents, à son beau-père surtout, mais empli d'un certain regret (celui d'avoir si peu, si mal connu cet homme, son épouse et ses autres enfants). Car cet homme, dont sa propre fille Wen, l'avant dernière d'une fratrie de sept rejetons, ne savait presque rien du passé, fut une sorte d'archétype de ce que traversa la Chine du XXème siècle.
Né en 1904 dans une petite ville de Mandchourie, il traversera tous les événements de son temps en témoin involontaire des soubresauts qu'elle aura connu, de la fin de l'Empire en 1911, aux luttes entre Russes et Japon pour se partager ce riche, industriel morceau de territoire - dont le second sortira, un temps, victorieux -, aux premières luttes entre communistes chinois et "nationalistes" (Billeter tient aux guillemets) du Kuomintang et l'aventure presque invraisemblable que cet homme intelligent et intègre suivra auprès d'un véritable personnage de roman, presque inconnu en France, surnommé "Le Jeune Maréchal", qui offrira de lui-même sa propre liberté pour tâcher d'obliger Tchang Kaï-chek, après l'avoir momentanément kidnappé, à joindre sa lutte à celle des communistes de Mao contre les japonais. le père de Wen, l'épouse de Jean-François Billeter, finira sa carrière auprès du "jeune maréchal" comme Lieutenant-colonel. Il eut suffit que lcelui-ci rappelle sa proximité d'avec ce stratège et homme politique fascinant (il en fut le garde du corps) auprès communistes d'après-guerre - ils en maintinrent le souvenir et l'exemple jusque dans les pires moments de la Révolution Culturelle - pour connaitre une belle fin de carrière et une retraite tranquille. Par excès de dignité et par absence totale de vision politique ni de tactique personnelle, cet homme n'en fit rien et vécu dès lors de déchéance en déchéance, convaincu d'être "un ennemi du peuple" et autres billevesées plus infamantes les unes que les autres (il se retrouvera même affublé d'une... étoile jaune !!!), entraînant malheureusement sa famille avec lui. Ses enfants s'en sortirent cependant assez bien, la fameuse Wen devenant même médecin grâce aux aides financières de ses frères aînés.
Il y aurait encore beaucoup à dire pour présenter ce petit livre, d'une richesse et d'une densité incroyables. D'une vraie et modeste beauté, aussi. On se prend à songer, une fois cette très humble autobiographie - humble et volontairement très distanciée - refermée, aux dizaines de millions de mort - certains chiffres malheureusement difficilement démontrables par manque de sources, souvent détruites, évoquent une fourchette oscillant entre 45 et 72 millions de victimes !), aux centaines de millions de déplacés de force, de "rééduqués", d'internés ou d'assignés à résidence que cette folie inimaginable d'une poignée d'hommes propagea dans ce pays aussi immense que riche d'une histoire, d'une culture et d'un peuple fascinants, incroyables, édifiants.
En quelques poignées de pages, en prenant appui sur son expérience personnelle, mais sans jamais en faire l'objet d'une généralité ou d'une leçon exemplaire (ce qu'il reproche d'ailleurs à bien de nos intellectuels occidentaux) Jean-François Billeter dresse le portrait d'une certaine Chine, passée et pourtant toujours un peu présente, malgré le déni pur et simple que les autorités actuelles maintiennent encore, vaille que vaille, de ces turpitudes de près d'un siècle. Un petit ouvrage non seulement nécessaire mais aussi troublant, attachant, beau. Oserait-on parler de coup de coeur ? Sans nul doute, même s'il est difficile de résumer des impressions, des ressentis ainsi qu'un projet tant littéraire qu'humain à cette trop évidente expression.
Un petit opuscule qui ne peut laisser indifférent, de cela, nous sommes absolument certains : Une rencontre à Pékin est un ouvrage pluriel qui nous parle des Amours d'un homme précis, fin, cultivé regardant ce passé sans nostalgie idiote, sans hypocrisie facile ni réécriture avantageuse des souvenirs parfois fuyants ou incertains, mais avec toute la tendresse possible de qui a bien vécu.
Là est peut-être l'ultime leçon.
PS : Précisons que cet ouvrage a été sélectionné par les jurés du «Prix Décembre» 2017, présidé par Eric Neuhoff. Même s'il ne l'obtient pas, cette reconnaissance est amplement méritée.
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Osmanthe
  21 mai 2018
Séduit il y a quelques mois par le douloureux "Une autre Aurélia", j'ai enfin lu "Une rencontre à Pékin". Si dans le premier l'auteur témoignait de son deuil quotidien et de sa résilience progressive suite au décès de son épouse chinoise Wen, le présent opus retrace leur rencontre, dans le contexte de la révolution culturelle maoïste.
Jean-François Billeter, de nationalité suisse, part étudier le chinois sur place à la fin des années 1950. Il va très vite rencontrer Wen, une jeune médecin chinoise issue d'une famille nombreuse. Leurs rencontres sont marquées par la retenue. Il y a bien sûr la mentalité chinoise, qui est accentuée et forcée par les complications administratives et diplomatiques. Si Jean-François est assez en vue dans le milieu des ambassades, il se heurte néanmoins à la suspicion des autorités. Il nous retrace dans ce récit ses impressions et les quelques péripéties et petits événements de son séjour qui dure d'abord deux ans. Il se marie avec Wen, puis, devant les dangers de la révolution culturelle, ils rentrent en Suisse. Il retournera en Chine en 1975 puis régulièrement après la mort de Mao.
Les passages les plus émouvants interviennent à mon avis dans le dernier tiers du récit, où l'auteur donne voix à l'un des frères de Wen, qui en 1997, près de vingt ans après la mort de leurs parents, va raconter leur histoire et celle de la famille à Jean-François, qui nous la transmet à son tour, de mémoire.
C'est l'occasion d'une passionnante plongée dans l'histoire de la Chine du XXe siècle, avec sa lutte pour le pouvoir dans la première moitié, entre communistes et réactionnaires du kuomintang de Tchang Kaï Tchek. A travers l'histoire du père de Wen, loyal serviteur d'un des éminents leaders du Kuomintang, l'auteur recueille là un témoignage rare, concret, sur cette terrible période de la révolution culturelle. le père de Wen échappera aux camps de rééducation, mais subira toute sa vie humiliations et restrictions forcées de la part des autorités qui l'ont désigné "ennemi du peuple". Cette famille fait preuve d'une admirable dignité et d'une humilité dans l'adversité. C'est véritablement un témoignage exceptionnel, que cette histoire familiale qui épouse la grande Histoire. Les gens n'osent pas témoigner, et le Parti fait et refait l'Histoire a sa main, à travers l'éducation des jeunes et la main-mise sur tous les rouages de la société.
Finalement, cette partie est me semble-t-il plus forte que la rencontre proprement dite, peut-être par le style un peu sec de l'auteur. On sent l'universitaire, l'intellectuel dans le style, qui ne s'autorise pas de fantaisie ou d'humour. Je trouve qu'on ne découvre pas assez Wen et sa personnalité...à moins que ce ne soit le reflet de la réserve de son épouse ? C'est un léger regret, mais l'émotion naît quand même de ce témoignage du frère, et de la figure de Wen, si charmante sur cette photo de couverture noir et blanc (comme elle l'était, un peu plus âgée dans "Une autre Aurélia"). Sans doute mon énorme faible pour les femmes asiatiques...
En conclusion, deux beaux et précieux petits livres, écrits par un homme au soir de son existence, en hommage à cette charmante étrangère, sa défunte Wen, l'amour de toute sa vie. Une double lecture très recommandée.
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Rhodopsine
  10 mai 2018
Voici une autobiographie comme j'aimerais en croiser plus souvent. Discrète, sincère, honnête: un jeune homme qui part étudier en Chine, en pleine Révolution culturelle, sans pour autant se présenter comme un aventurier audacieux, un sinologue précoce,un linguiste distingué: non, comme un étudiant qui saisit une opportunité, sans bien se rendre compte de la situation du pays lointain, des conditions de voyage (le transsibérien...), de la vie quotidienne, du fossé culturel... pas une ligne d'autocélébration, pas une once d'arrogance, la vie telle qu'il l'a vécue, simplement, puis la rencontre avec une jeune fille, les risques pris pour la revoir, les risques imposés à sa famille, et le bonheur qu'on devine sous sa plume délicate et pudique.
Un voyage à faire en compagnie d'un érudit, d'un honnête homme. Un honneur de partager ses souvenirs.
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afadeau
  09 octobre 2019
Ce livre est un objet bien singulier et une oeuvre atypique, un beau roman d'amour et en même temps un témoignage précieux qui permet d'observer l'histoire de la Chine sur un demi-siècle. Cette édition m'a énormément touché car la vie de Jean-François Billeter est indissociable de la Chine et indissociable de Cui Wen, la femme qu'il a rencontrée lors de ses voyages dans ce pays inconnu, cette Wen qu'il a aimée toute sa vie et avec qui il a mené un travail universitaire de haut niveau.
On a là une vision de tout ce qui peut faire qu'une vie peut devenir ensuite par l'écriture une création et une oeuvre d'art pouvant faire sens pour le lecteur.
C'est émouvant à chaque page et on en apprend beaucoup grâce à ce grand connaisseur de la Chine – il y a consacré toute sa vie – qui nous permet d'approcher la réalité en restituant, il me semble, ses souvenirs sans romancer. On est bien loin de l'autobiographie de Romain Gary dans « la promesse de l'aube », où l'auteur joue avec ses souvenirs. Ici on a une autobiographie toute autre, très méticuleuse, un homme qui cherche à retenir le temps et à prolonger le bonheur vécu avec Wen.
Il commence ainsi et je trouve que ce début donne envie de découvrir quelle a été cette rencontre : « CETTE RENCONTRE a eu lieu il y a un demi-siècle. Je ne l'ai pas raconté jusqu'à ce jour parce que je ne savais pas comment m'y prendre. Je le fais maintenant pour qu'une trace subsiste d'évènements qui ont tant marqué ma vie. » Simple et belle entrée en matière !
On découvre en deux ou trois pages magnifiques que l'auteur, après avoir passé une année à se chercher, dit-il, puis une année de langue chinoise en 1962, va partir étudier la langue en Chine dans les années 1963 à 1966, soit trois années d'immersion dans un pays très fermé à cette époque.
Il rencontre alors Wen – « Il y eu ensuite notre excursion au Ravin des cerises (Yingtaogou). » – qu'il épouse en Chine et avec qui il passera toute sa vie avant de lui consacrer ce livre après le décès de celle-ci en 2012. Une entreprise qui croise les différences de culture et les destins personnels avec en toile de fond la période maoïste et le début de la révolution culturelle.
« J'ai aussi tenté de suggérer ce qu'est l'histoire vécue. Les historiens ne peuvent le faire, car ils viennent après et connaissent la suite… Ils ne peuvent pas restituer l'angoisse et les espoirs de ceux qui sont pris dans l'histoire en train de se faire ».
Après les trois années passées en Chine, ce sera le retour en Suisse avec Wen. Ils enseigneront le chinois à Paris, puis l'auteur apprendra le japonais car, à défaut de pouvoir repartir en Chine pour terminer ses études, ils choisiront d'aller pendant deux ans au Japon. Wen n'aura aucune nouvelle de sa famille pendant cinq ans, leur premier retour dans son pays aura lieu en 1975. Les derniers chapitres sont consacrés à l'histoire de la famille racontée entre autre par le frère de Wen.
C'est un beau petit livre à la couverture très agréable, douce au toucher, cent quarante pages d'une magnifique typographie, un livre précieux par la belle et simple écriture de l'auteur cherchant tel un scientifique à restaurer le passé.
Jean François BILLETER a écrit dans un autre petit livre de 92 pages, tout aussi beau et doux, une suite concernant les impressions au jour le jour après le décès de Wen. Très différent mais tout aussi intéressant « Une autre Aurélia » fera l'objet d'un article séparé sur ce blog afin de respecter l'oeuvre avec un premier livre pour les souvenirs des années heureuses de la rencontre puis un autre livre pour le travail de résilience.
Jean François BILLETER est né à Bâle en 1939. Il est sinologue, essayiste et professeur d'université à Genève et Zurich. Il a écrit sur l'art chinois de l'écriture ainsi que des ouvrages plus philosophiques sur la pensée chinoise. Il a mis au point avec Cui Wen une façon d'enseigner le chinois qui a fait ses preuves depuis et que celle-ci n'a ensuite cessé de perfectionner au fil des années de collaboration avec son mari.
Notes avis bibliofeel octobre 2019, Jean-François Billeter, Une rencontre à Pékin

Lien : https://clesbibliofeel.blog/
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critiques presse (2)
LaLibreBelgique   25 octobre 2017
Une famille, les Yan, et un sinologue, Jean François Billeter, retournent un lourd passé chinois. Des itinéraires qui se croisent en Mandchourie.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeMonde   13 octobre 2017
Il a fallu un demi-siècle au sinologue pour raconter sa découverte de la Chine en 1963 et éclaircir le mystère planant sur la famille de Wen, son épouse.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
Erik35Erik35   07 novembre 2017
La veille du départ, j'avais rendez-vous avec Wen à Xinjiekou, près de chez elle. La fin de la journée était orageuse, le vent se levait, les passants pressaient le pas. Je lisais les affiches. Certaines étaient des annonces officielles de condamnations à mort. Un visa rouge, en bas à droite, signifiait qu'elles étaient exécutoires. Ce n'était pas nouveau. J'en avais souvent vu. D'autres m'ont effrayé. Elles annonçaient que tous les habitants de Pékin qui avaient une mauvaise origine de classe et n'étaient pas nés dans la ville devaient regagner immédiatement leur lieu d'origine. Les parents de Wen risquaient d'être chassés de chez eux et contraints de retourner dans leur village du Liaoning, en Mandchourie. Comment s'y rendraient-ils ? Comment y survivraient-ils, séparés de leurs enfants ? Ils ne survivraient pas. Cette mesure faisait partie des décisions «révolutionnaires» du moment. Wen m'a dit plus tard qu'à ce moment-là, son père était contraint de balayer la rue et de porter une étoile jaune : signe extraordinaire de la parenté qu'ont entre eux les régimes totalitaires. Quand elle m'a appris cela, elle ne s'y est pas particulièrement arrêtée. Elle ne savait pas d'où venait ce signe d'infamie. Pour elle, cette avanie s'ajoutait simplement à toutes celles que son père avait déjà subies.
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OsmantheOsmanthe   03 novembre 2017
Peu après mon retour, une crise plus grave s'est emparée de moi. Pendant ma première année à Pékin, tout m'avait enchanté. La nouveauté de ce que je découvrais ne m'avait pas rendu aveugle aux aspects déplaisants de la réalité chinoise, mais en avait, pour ainsi dire, annulé l'effet négatif sur ma sensibilité. J'étais Stendhal en Italie. Le charme était maintenant rompu. J'étais privilégié, j'avais une chambre à moi, les cours que je suivais avec les étudiants chinois du département de littérature classique excitaient ma curiosité et les difficultés considérables que je rencontrais à cause de l'insuffisance de mon chinois ne faisaient que renforcer mon ambition. Mais la vétusté des équipements et la médiocrité générale de la vie quotidienne m'ont soudain accablé. Il régnait une monotonie due au fait que le régime interdisait toute initiative personnelle. Les étudiants chinois de ma volée n'avaient aucune idée de leur avenir, qui dépendait le moment venu des "besoins de la révolution". Je les côtoyais, mais ne pouvais les fréquenter, car seuls deux d'entre eux étaient autorisés à avoir des relations avec moi. Ils étaient chargés de m'aider dans mes études, ce qu'ils faisaient de leur mieux. Quand je leur disais que je n'avais pas été envoyé en Chine, mais que j'y étais venu de mon propre chef, ils ne me croyaient pas. Pour eux, c'était inimaginable. Ils ne savaient quasiment rien du monde extérieur.
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OsmantheOsmanthe   01 novembre 2017
Il n'y avait pas le téléphone chez elle et je n'ai pas su son adresse. Nous continuerions à passer par sa soeur.
Le rendez-vous suivant a été tout différent. Sa soeur a trouvé le moyen de me faire savoir qu'elle voulait me voir tel jour, à telle heure, à l'entrée d'un parc de la banlieue ouest, situé au bord d'un canal et où passait très peu de monde. Nous avons échangé quelques propos anodins en poussant nos bicyclettes dans une allée déserte puis, s'arrêtant dans un endroit qui lui paraissait favorable, elle m'a appris que la police était venue trouver Wen, qu'elle était en danger et que nous devions soit cesser de nous voir, soit décider de nous marier et de lutter pour atteindre notre but quoi qu'il arrive. Ai-je été saisi de stupeur ? D'admiration, plutôt, pour le sang-froid dont la soeur faisait preuve. J'étais impressionné par la confiance qui m'était faite et heureux, au fond, qu'au romanesque se substitue aussi vite la nécessité d'agir. J'avais été maladroit jusque-là dans mes relations avec la gent féminine et j'avais décidé de ne plus rien entreprendre jusqu'au jour où je rencontrerais la femme avec qui je pourrais être heureux toute ma vie. Peut-être le moment était-il venu. J'avais aussi conscience de sortir à cet instant-là du monde artificiel dans lequel les autorités tenaient à confiner les étudiants étrangers. Je faisais un pas essentiel dans ma découverte de la réalité. Avant de nous séparer, la soeur m'a offert un petit livre qu'elle avait soigneusement recouvert de papier blanc, "L'art de la guerre" de Sunzi. Le message était clair : nous allions devoir nous battre et, le cas échéant, prendre l'adversaire au dépourvu pour l'emporter.
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Erik35Erik35   07 novembre 2017
A la suite de cette entrevue ou d'une autre avec M. Ma, j'ai connu un moment de désespoir. De retour dans ma chambre, je me suis jeté sur mon lit et j'ai sangloté. Je me sentais totalement démuni et la pensée m'est venue qu'après tout les autorités avaient leurs raisons, qu'il fallait les accepter sans les comprendre, qu'il y avait une nécessité supérieure face à laquelle mes prétentions n'étaient rien. J'ai fait à ce moment-là l'expérience de l'abdication devant un pouvoir totalitaire, dont ce pouvoir tire toute sa force. J'ai trouvé dans cette défaite un moment de repos, voire de réconfort. Heureusement, cela n'a pas duré.
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fanfanouche24fanfanouche24   22 juin 2018
[Les affiches ] elles annonçaient que tous les habitants de Pékin qui avaient une mauvaise origine de classe et n'étaient pas nés dans la ville devaient regagner immédiatement leur lieu d'origine. (...) Cette mesure faisait partie des décisions "révolutionnaires" du moment. Wen m'a dit plus tard qu'à ce moment -là, son père était contraint de balayer la rue et de porter une étoile jaune : signe extraordinaire de la parenté qu'ont entre eux les régimes totalitaires. (p. 85)
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