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ISBN : 2246854946
Éditeur : Grasset (19/08/2015)

Note moyenne : 3.66/5 (sur 580 notes)
Résumé :
« A Bologne, il couche avec Bianca dans un amphithéâtre du XVIIe et il échappe à un attentat à la bombe. Ici, il manque de se faire poignarder dans une bibliothèque de nuit par un philosophe du langage et il assiste à une scène de levrette plus ou moins mythologique sur une photocopieuse. Il a rencontré Giscard à l’Elysée, a croisé Foucault dans un sauna gay, a participé à une poursuite en voiture à l’issue de laquelle il a échappé à une tentative d’assassinat, a vu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (168) Voir plus Ajouter une critique
michfred
  21 septembre 2015
L'éclate absolue!
Quel romaniste, quel linguiste, quel philologue n'a pas rêvé dans son moi le plus intime, dans son for le plus intérieur, dans son jardin le plus secret, de mettre aux prises les descendants de Jakobson dans un jeu de massacre bien ordonné et de les envoyer se faire ...lanlaire avec les fonctions référentielle, expressive, phatique, métalinguistique, conative (non, ce n'est pas une grossièreté!) et enfin poétique du langage...quitte à en imaginer une septième, de fonction, qui les sublime toutes: la fonction "magique" qui confère à son utilisateur la maîtrise absolue dudit langage.
Le pouvoir par le verbe. L'arme de séduction massive, la bombe H (HhH) des politiques aux dents longues...ou limées!!
Grâces soient rendues à Laurent Binet qui dans ce thriller parfait, tordant, bourré de malice, truffé de pastiches, sautillant gaiement d'une citation détournée à une allusion épicée, nous mène grand train dans le microcosme allumé des structuralistes en pleine déconfiture!
Voyons plutôt les protagonistes :
-à ma gauche, l'élite intellectuelle de l'époque: Barthes, fraîchement écrasé- mais est-ce bien un accident, cette camionnette conduite par un Bulgare qui roule si visiblement les rrr qu'on ne peut ignorrrrer son orrrrigine?- Foucault, chaudement sorti des back doors des saunas qu'il affectionne ( une des scènes les plus hilarantes du livre, qui n'en manque pas!!) - Kristeva, sacrificatrice aux yeux noirs, Sollers, bouffon pathétique et cocasse -ah, ah, oh oh, - sautant du coq à l'âne sans effort et sans vergogne ( zeugma)- BHL, (mais oui, BHL: "Le lecteur, glisse Binet, s'étonnera peut-être de la présence de BHL mais déjà à cette époque, il est dans tous les bons coups" , et quand il ne veut pas se faire remarquer -rareté!- il déboutonne une chemise noire, incognito...). J'allais oublier Althusser qui rêve d'étrangler sa femme...et va bientôt passer aux actes, Derrida qui fait cavalier seul, Deleuze, le sémillant sémiologue, maître Ecco, grand ordonnateur de débats rhétoriques digitophages ( comprenne qui lira...), sur fond d'attentat fasciste en gare de Bologne... Rien que du beau linge, on vous dit!!
-à ma droite, les politiques : Giscard , tout chuintant de suffisance aristocrate et auvergnate, mais pas sûr de battre encore une fois le candidat malheureux de la gauche, aux dents pas encore limées: Mitterrand, cet "homme du passé" qu'il a si bien mouché aux élections précédentes...
Voilà pour ceux que l'on a déjà "vus dans de précédents épisodes "et qu'on reconnaît au passage, pour notre plus grande délectation..
Mais il y aussi les deux enquêteurs- on vous l'a dit, c'est un polar, il y a mort d'homme- le couple classique des policiers, Double-Patte et Patachon, le petit méchant et le grand gentil, le bas-du-front -presque -national et le sémiologue distingué , assistant à Vincennes. Il y a celui qui devient un as du Rubikube et celui qui décode signes et faux-semblants avec la dextérité d'un Sherlock Holmes...
Double enjeu:
-qui mettra la main sur le billet où Barthes a consigné cette 7ème fonction mythique que tous recherchent et qui déclenche une avalanche proprement impressionnante de morts violentes dans le Landernau structuraliste?
-qui gagnera les élections présidentielles de 81?
D'accord, ce deuxième suspense n'en est plus un pour nous...mais quelle formidable idée d'avoir mêlé l'un à l'autre...et de voir les rivalités intellectuelles et politiques régies par la même sauvagerie, la même soif de reconnaissance, les mêmes dévouements zélés ou serviles...
J'avais déploré dans HHhH que Binet se soit un peu emmêlé les pinceaux dans le récit et le méta-récit, pour reprendre le jargon structuraliste à l'honneur, mais ici l'ironie ne nuit en rien à la poursuite de l'intrigue, elle s'y intègre merveilleusement au contraire: on se régale, on rit, on est épaté de tant de pertinence et d'impertinence, ravi de revisiter sur le mode parodique ces "maîtres-penseurs" des années 80, de parcourir avec alacrité et une joyeuse férocité les grands événements politiques de ce début de décennie...
Un livre formidable de drôlerie, d'intelligence et d' inventivité!!
J'ai vraiment adoré (fonction expressive ou émotive) et je vous le recommande chaudement (fonction conative), si vous voyez ce que je veux dire (fonction métalinguistique)?
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Dixie39
  23 janvier 2016
Quelle déception ! Mais quelle déception !!
Et pourtant, je vous assure, tous les ingrédients étaient là pour me le faire aimer, ce livre :
- L'enthousiasme débordant de François Busnel (« Gourou de la lecture, dis-moi ce qui manque à ma PAL ? Quelle petite perle d'inventivité m'as-tu dégotée dans cette montagne immense des nouveautés de la rentrée littéraire 2015 ? Dis-moi quel sera le nouveau compagnon de mes nuits d'insomnie ? »)
- L'éloge de Baptiste Liger dans le numéro de septembre de Lire : rythme effréné, approche ludique d'un sujet au combien théoriquement pointu, duo de choc qui fait mouche, Venise, Foucault, Mitterrand, Eco, et bien d'autres... enfin, la moitié de ça aurait suffit à mettre l'eau à la bouche de la lectrice curieuse et avide que je suis ! (« Doucement Dixie, pense à tes chevilles ! »)
- La sémiologie ! Ah ! Que de souvenirs de l'époque bénie où je trainais mes Kickers bi-color rose bonbon/bleu roi et mes jeans râpés sur le perron de la Fac ! Saussure, Peirce, Jakobson... : Attendez-moi ! J'arrive pour la piqure de rappel ! (« Attention là ! J'avoue ! Rien à dire ! J'ai eu ma piqure ! Et j'ai pas moucheté !! Chapeau bas, Monsieur Binet !»)
- les 70 premières pages, où je me suis délectée de toutes les promesses de cette 7ième fonction, en frétillant à l'idée de tenir là, une « bombe » (dixit mon post du club de lecture « pioche dans ma PAL » qui a permis à Myriam de me choisir ce dernier né de Binet.)
Heureuse Lectrice ! Heureux lecteur ! Toi qui a apprécié la 7ième fonction du langage de Laurent Binet ! Comme j'aurai aimé, moi aussi, brandir mes 5 étoiles, allez ! Je me serais contentée de 4 ! (parfois, il faut avoir le triomphe modeste...) ! Comme j'aurai aimé venir vous parler avec emphase et contentement de ce précieux moment de lecture !
Nenni ! Je reste là, comme une étudiante raillée par le professeur du haut de sa chaire, blême et déconfite de s'être plantée !
Car voilà ! Tout est retombé comme un soufflet ! Trop de longueurs, trop d'insistance sur les travers des VIP de l'intellect transformés en personnages fictifs (quoi que ?) et encore tellement de choses si subjectives que je ne vais pas épiloguer.
En conclusion je dirais : le dernier Binet, c'est « à la folie » ou « pas du tout » ! D'aucuns disent que c'est souvent le signe des grands... Signe, Folie, Tout, Dernier : Vous me suivez ?
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Renod
  30 novembre 2015
Je vous parle d'un temps que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître.... L'année 1980. Björn Borg, Mourousi, une cassette de Supertramp, une bouteille de Banga, les R16 mais surtout, une pléiade de penseurs français dominant le champ intellectuel. Branchez votre Walkman et débutez ce « Retour vers le futur » au sein des eighties…

« La septième fonction du langage » se présente à la fois comme un pastiche du genre policier, un exposé sur les différents courants de pensée de la « French theory » et une réflexion sur le roman et le langage. le 25 février 1980, Roland Barthes au sortir d'une repas avec François Mitterrand, est renversé par une camionnette alors qu'il transportait - peut-être - un document sur la septième fonction du langage, une fonction qui permet de convaincre n'importe qui de n'importe quoi. Ce document a donc une importance capitale qui suscite bien des convoitises. Un duo improbable va enquêter sur ce document disparu. Jacques Bayard, commissaire des Renseignements généraux, est chargé de mener une enquête de routine pour voir si un élément dans ce drame peut compromettre le candidat socialiste probable. Bayard a tout du beauf de Cabu, le physique et les opinions. Perdu dans les méandres de ces théories et dans la faune de l'intelligentsia parisienne, il va quérir l'aide d'un étudiant de la fac de Vincennes, Simon Herzog, qui prépare une thèse de linguistique. L'affaire se corse, l'histoire s'épaissit et le roman prend les allures du film « le grand blond avec une chaussure noire » : affrontements de services de renseignements rivaux, sociétés secrètes, énigme policière... L'enquête se mue en quête, si tout le monde cherche un document secret, tout n'est que prétexte à une initiation aux théories du langage. Car dans ce roman, le véritable héros est le langage et ses pouvoirs.
Le roman est aussi une plongée dans le milieu intellectuel du début années 80. Il y a pléthore de penseurs à cette époque : Foucault, Lacan, Bourdieu, Derrida, Althusser, Barthes, Lévi-Strauss, Deleuze, Guattari, le jeune Bernard-Henri Lévy , le couple Sollers & Kristeva, etc. On retrouve également des hommes politiques : le Président Giscard accompagné des deux Michel : Poniatowski et d'Ornano ; Mitterrand, pas encore candidat, et sa garde rapprochée : Lang, Moati, Fabius, Attali, Debray, Badinter. Laurent Binet traite toutes ces personnalités sous le trait de la caricature, les petits défauts sont agrandis au centuple. C'est souvent efficace, drôle, irrévérencieux, parfois non. Dans cette histoire, si Althusser étrangle son épouse, Hélène, ce n'est pas dans un accès de démence, mais c'est parce qu'elle a jeté par mégarde une copie de la « septième fonction ». Il est vrai qu'avec Laurent Binet, la frontière entre la fiction et la réalité est souvent floue. Il joue avec ses personnages, fictifs ou réels, vivants ou morts, et n'hésite donc pas à détourner des faits avérés d'une biographie. L'événement qui lance le roman en est la preuve. Si Barthes a bien été victime d'un accident de la circulation, l'auteur y voit une faille dans laquelle projeter ses hypothèses et un début d'intrigue. La fiction est grossie et veut apparaître en tant que telle. L'auteur joue avec ses personnages fictifs, principalement Simon, qui prend parfois conscience d'être enfermé dans un roman, sentiment si angoissant qu'il en arrive à défier son romancier/créateur. le roman est rédigé sous le patronage d'Umberto Eco dont il reprend le terme de « surnuméraire ». Les personnages ont une existence fictive mais non réelle, même s'ils sont inspirés de personnalités réelles…
« La septième fonction du langage » un roman brillant, léger et érudit, qui a le mérite de divertir son lecteur en dissertant sur l'illocutoire et le perlocutoire. C'est la nostalgie d'une époque où les intellectuels étaient à l'avant-garde de la pensée, où les débats étaient nombreux et riches.C'est aussi un rappel sur les pouvoirs du langage et ses dangers : (Renaud cite Binet qui fait parler Eco qui fait parler Machiavel...) ""Machiavel explique au Prince que ce n'est pas par la force mais par la crainte qu'on gouverne, et ce n'est pas la même chose : la crainte est le produit du discours sur la force. Allora, celui qui maîtrise le discours, par sa capacité à susciter la crainte et l'amour, est virtuellement le maître du monde.""

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Delphine-Olympe
  25 août 2015
Alors là, je dois dire que je n'avais jamais lu un texte de cette nature ! Intelligent, original, dense et drôle à la fois, il est aussi brillamment maîtrisé que complètement déjanté !
Par où commencer pour vous le présenter ?
Disons d'abord qu'il s'agit d'un hilarant pastiche de roman policier, qui se joue de tous les codes du genre : l'enquête y est menée par un attelage hautement improbable, composé d'un commissaire réactionnaire s'intéressant assez peu à tout ce qui s'apparente à la culture et d'un maître de conférence en linguistique gauchiste enseignant à la fac de Vincennes, embarqué bien malgré lui dans l'aventure. Nous sommes en 1980, Mitterrand est à la veille de gagner les présidentielles, et les sémioticiens tiennent le haut du pavé dans les milieux intellectuels parisiens. Voilà pour le décor.
Quant à la mission confiée à nos deux compères, le commissaire Bayard et Simon Herzog, elle consiste à retrouver l'assassin de Roland Barthes. Car vous croyiez sans doute que l'auteur des Fragments d'un discours amoureux était mort accidentellement... Mais pensez-vous que se faire renverser par une voiture au sortir d'un déjeuner chez le candidat socialiste en passe de remporter des élections historiques peut vraiment être le seul fruit d'un malheureux hasard ?
Laurent Binet est quant à lui doué d'un sens du romanesque et du rocambolesque suffisamment aiguisé pour trouver matière à la plus réjouissante des intrigues policières. Roland Barthes aurait en effet été en possession d'un document potentiellement capable de donner un pouvoir insurpassable à celui qui en prendrait connaissance : il révélerait la nature de la septième fonction du langage, suggérée par Roman Jakobson dans son ouvrage de référence, Essais de linguistique générale, fonction qui permettrait à celui qui la maîtrise de prendre l'ascendant sur son interlocuteur... et sur le monde. La maîtrise du discours, à l'origine était le Verbe : tel est bien le coeur de toute forme d'organisation sociale et de toute prise de pouvoir. C'est bien pour cela que la sémiologie acquit une telle importance dans les années 70-80 : si la rhétorique, qui vise à convaincre, s'exerce depuis l'Antiquité, la sémiotique, qui permet d'analyser et de décoder toute forme d'expression et de création, prétendait enfin lever le voile sur les mécanismes à l'oeuvre et, du coup, de les neutraliser et de n'en être plus le jouet. D'où peut-être une forme d'ivresse du pouvoir des mots (tant il est vrai que le discours de certains sémioticiens est abscons), que Binet met en scène de manière totalement délirante.
Ce document, dont on comprend toute la valeur, va bien entendu exciter la convoitise tant des milieux politiques, qui y voient l'instrument permettant d'établir définitivement leur domination, que des intellectuels qui veulent toucher au plus près du secret de la maîtrise du verbe, au coeur de leur activité.
L'enquête se déroule donc dans ces deux milieux. A l'exception des deux héros, on n'y rencontre que des personnalités existant ou ayant existé, tels Foucault, Derrida, Sollers, Kristeva, BHL, Umberto Eco, mais aussi Jack Lang, Laurent Fabius, Serge Moati, Régis Debray, Mitterrand, Giscard et bien d'autres. Ce qui est d'un premier abord assez déroutant - mais néanmoins extrêmement jubilatoire - c'est que tous ces protagonistes sont traités comme des personnages de pure fiction: contrairement aux conventions généralement admises dans un roman mettant en scène des personnages publics, ils commettent des actes et se trouvent confrontés à des situations dénués de toute espèce de vraisemblance (heureusement d'ailleurs pour Sollers, qui a dû beaucoup souffrir s'il a lu ce livre, et pas uniquement dans son amour-propre !). Et pourtant, malgré tous les excès, grâce à bien des petites touches qui fonctionnent comme des signes, le portrait des différents personnages est saisissant de ressemblance, ce qui n'est pas le moindre des talents de Binet que de parvenir à cet exploit !
Ce qui est particulièrement savoureux avec ce livre, c'est la manière dont il adopte peu à peu une démarche métadiscursive. Tandis que l'intrigue se déroule, le texte s'interroge sur sa propre nature, dans une démarche digne des analyses qu'auraient pu faire les héros de ce livre (et qui n'est pas sans rappeler les écrits d'un certain Pierre Bayard, professeur de littérature... à Paris VIII-Vincennes, tiens, tiens!). Ainsi Simon Herzog finit-il par s'interroger sur lui-même : se trouve-t-il dans la vraie vie ou dans un espace romanesque ? L'auteur va-t-il le tirer du mauvais pas où il se trouve, ou bien sa dernière heure a-t-elle sonné ? Cela ne l'empêche pas de songer qu'«un personnage comme Sollers ne peut exister en vrai» !
Bref, l'auteur joue avec son lecteur avec une habileté dont les quelques mots produits ici ne sauraient totalement rendre compte.
A l'exception peut-être d'une légère baisse de régime vers le milieu du livre, dans la partie où les protagonistes se rendent aux Etats-Unis pour un séminaire, je me suis régalée de bout en bout avec ce livre offrant de nombreux niveaux de lecture. Pour conclure, je dirais qu'au-delà du contexte historique qui fait le cadre de ce roman et de la qualité réflexive de l'exercice, au-delà également de tout l'ancrage théorique qu'il nous permet de réviser, Binet réussit à faire monter une véritable intensité dramatique, ce qui n'était pas donné d'avance.
Un régal de lecture, donc, dont on ressort avec le sentiment d'être plus savant tout en s'étant énormément amusé !

Lien : http://delphine-olympe.blogs..
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Kittiwake
  28 octobre 2015
Le propos est simple : « l'histoire d'un manuscrit perdu pour lequel on tue des gens ». C'est un sujet bateau qui nous valu le meilleur comme le pire.
Ici , la légitimité est difficilement contestable, puisque le bout de papier précieux qui sera la cause de morts violentes, se réfère à la langue, au pouvoir des mots, à l'art de communiquer. Et qui cela peut-il intéresser, hormis les spécialistes du sujet qui en font leur fond de commerce? Les politiciens bien sûr : la langue comme arme de destruction dans des duels dont l'enjeu est le pouvoir.
Et là où il y a ambition, il y a danger. La mort de Roland Barthes, renversé par une camionnette, ne serait-elle pas un accident banal? C'est curieusement le fait que l'on met un enquêteur sur l'affaire qui change l'histoire. Car cela signifie qu'i y avait anguille sous roche pour ne pas dire congre sous le dolmen…
Et comme notre Bayard n'est pas sans peur ni reproche en ce qui concerne la science du langage, il débauche manu militari un spécialiste, Simon, chargé d'enseignement à Vincennes.
Le lecteur est alors catapulté dans un tourbillon d'actions et de contre-actions, au sein du microcosme que constitue l'intelligentsia (parfois auto-proclamée) des années 80. On côtoie sans émoi Sollers et Kristeva, Althusser et son épouse jusqu'à ce qu'il la tue, mais aussi BHL, sans publier Deleuze, Guattari, Foucault et j'en passe. le clou du spectacle consiste en ces joutes oratoires au cours desquelles s'affrontent les aficionados des lettres. Cela fonctionne comme une société secrète, avec une hiérarchie bien huilée, et un enjeu de taille pour se hisser vers les sommets, mais je n'en dis pas plus sous peine de lever le mystère sur un détail qui a son importance.
C'est à la fois drôle et intelligent. le roman fourmille de détails qui le replace bien dans la période, avec un effet comique et nostalgique (en pleine réunion de travail pour la campagne présidentielle, c'est plutôt rigolo de préciser que « Moatti mange des palmitos »), drôle aussi cette histoire de cendriers atypiques renforce le sentiment de dérision.
Enfin on aime aussi la mise en abîme du personnage qui se bat contre son auteur : « Si ça se trouve, le romancier imaginaire n'a pas encore pris sa décision. Si ça se trouve la fin est entre les mains de son personnage, et ce personnage c'est moi ». C'est à un degré moindre la technique qui avait été utilisée pour hhhhH, mais cette fois , la mécanique de construction n'est plus l'enjeu de l'écrit.
C'est déroutant au départ, mais rapidement le nombre d'étoiles potentielles a grimpé dans mes prévisions pour finir par ce cinq étoiles bien mérité?

Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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critiques presse (7)
LaPresse   12 octobre 2015
Un roman aussi brillant que jubilatoire sur la sémiologie, la linguistique et autres... plaisirs.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Liberation   07 septembre 2015
C’est très fort de réussir à mettre autant d’érudition et de finesse d’observation ethno-sociologique au service d’autant d’humour. Un livre qui aurait été écrit par un Houellebecq de bonne humeur.
Lire la critique sur le site : Liberation
LeFigaro   02 septembre 2015
Tout à la fois polar sémiologique, roman pop, récit sérieux et loufoque, il embarque le lecteur dans les méandres intellectuels et littéraires de la vie parisienne.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LaLibreBelgique   01 septembre 2015
Le roman le plus étonnant de la rentrée. Entre érudition et film loufoque à la Tarantino.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Telerama   26 août 2015
Un irrésistible thriller.
Lire la critique sur le site : Telerama
Lexpress   21 août 2015
Avec cette parodie des thrillers ésotérico-complotistes à la Dan Brown, Laurent Binet se pose en héritier du grand Frédéric Dard et signe le roman le plus insolent de l'année.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LePoint   10 août 2015
Avec ce San Antonio chez les structuralistes ou ce Da Vinci Code version Ferdinand de Saussure, Laurent Binet, agrégé de lettres, s'en donne à cœur joie, exposant les grandes figures de l'intelligentsia des années 1970-1980 dans des positions pas toujours avantageuses.
Lire la critique sur le site : LePoint
Citations et extraits (135) Voir plus Ajouter une citation
WispWisp   09 décembre 2017
Autour du billard, deux garçons d'une vingtaine d'années s'affrontent sous les yeux d'une jeune fille probablement à peine majeure. Simon identifie machinalement la configuration : le garçon le mieux habillé convoite la fille qui convoite l'autre garçon, plus débraillé, les cheveux longs un peu sales, dont le détachement légèrement arrogant ne permet pas encore d'affirmer si lui aussi s'intéresse à la jeune fille et s'il simule une indifférence tactique qu'il conçoit comme une marque de supériorité, indifférence statutaire liée à sa condition de mâle dominant qui sait d'évidence que la fille lui revient de droit, ou s'il attend quelqu'un, une plus belle, plus rebelle, moins timide, plus conforme à son standing (...).
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BibliblogueuseBibliblogueuse   09 décembre 2017
La conversation est en somme une partie de tennis qu’on joue avec une balle en pâte à modeler qui prend une forme nouvelle chaque fois qu’elle franchit le filet.
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WispWisp   09 décembre 2017
L'étudiant saisit aussitôt les termes de l'alternative : selon que le Président souhaite marquer de la distance avec ses visiteurs ou au contraire donner à la rencontre un ton plus convivial, il les accueille derrière son bureau qu'il utilise comme un rempart ou les installe autour de la table basse sur laquelle tout le monde se penche pour manger des petits gâteaux.
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WispWisp   09 décembre 2017
Bayard demande à Simon Herzog de jeter un coup d'oeil aux fiches et à la bibliothèque. Simon Herzog, comme le font tous les littéraires du monde quand ils arrivent chez quelqu'un, même lorsqu'ils ne sont pas expressément venus pour ça, examine avec curiosité les livres de la bibliothèque ...
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RenodRenod   27 novembre 2015
Simon réfléchit pendant qu’il recule : dans l’hypothèse où il serait vraiment un personnage de roman (hypothèse renforcée par la situation, les masques, les objets lourdement pittoresques : un roman qui n’aurait pas peur de manier les clichés, se dit-il), qu’est-ce qu’il risquerait vraiment ? Un roman n’est pas un rêve : on peut mourir dans un roman. Ceci dit, normalement, on ne tue pas le personnage principal, sauf, éventuellement, à la fin de l’histoire.
Mais si jamais c’était la fin de l’histoire, comment le saurait-il ? Comment savoir à quelle page de sa vie on en est ? Comment savoir quand notre dernière page est arrivée ?
Et si jamais il n’était pas le personnage principal ? Tout individu ne se croit-il pas le héros de sa propre existence ?
Simon n’est pas certain d’être suffisamment armé, d’un point de vue conceptuel, pour appréhender correctement le problème de la vie et de la mort sous l’angle de l’ontologie romanesque, alors il décide de revenir, pendant qu’il est encore temps, c’est-à-dire avant que l’homme masqué qui s’avance vers lui ne lui fracasse la tête avec sa bouteille vide, à une approche plus pragmatique.
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Vidéo de Laurent Binet
Découvrez la bande-annonce du film "HHhH" adapté du roman éponyme de Laurent Binet, prix Goncourt du premier roman. Au cinéma le 7 juin 2017. Un roman disponible en livre audio au catalogue Audiolib, lu par Emmanuel Deckoninck. Pour découvrir le livre audio : http://www.audiolib.fr/livre-audio/hhhh-9782367622835
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