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Critique de gruz


gruz
  02 juillet 2019
Pour Christian Blanchard, le roman noir ne peut être que social.

L'auteur m'avait déjà fait forte impression avec son précédent livre, Iboga, où il montrait avec brio que l'enfermement ne se vit pas que physiquement. Un roman véritablement sensoriel.

Seul avec la nuit est dans la lignée, avec une thématique et des personnages pourtant très différents. Eux aussi, ici, vivent une sorte d'enfermement, par le pouvoir d'autres, par leurs maladies ou leur dégénérescence. Sensoriel, une fois encore.

Car cette fois-ci, le récit est choral. Construit autour des quatre saisons, il nous confronte à différents destins, différentes situations difficiles.

La première chose marquante est cette construction audacieuse qui présente une alternance de points de vue. Et différents tons utilisés, différentes écritures. Ce qui pourrait s'apparenter à un exercice de style s'avère être une réussite bien pensée. Cette narration en devient vite fascinante, et crée réellement l'intérêt.

L'un des sujets de fond est difficile, compliqué à traiter. Les enfants migrants et le trafic qui tourne autour, voilà bien un thème d'actualité, parfaitement étayé, qui peut effrayer. Mais ce n'est pas la seule thématique, et elles vont toutes brillamment se rejoindre.

Ce serait pourtant un grand tort d'en avoir peur, tant l'écrivain sait construire ses personnages pour les rendre réellement humains, occidentaux ou non, avec un beau talent pour créer de l'empathie, sans manichéisme.

L'intrigue est noire, vraiment noire. Mais traversée de rais de lumière d'une rare intensité. A l'image de la relation entre un vieil homme et une jeune fille mutique, qui a pour effet de modérer la noirceur du récit.

L'écriture de Christian Blanchard sait être terrible tout autant que fortement émouvante. Il y a de la poésie noire dans ses écrits. Son univers et sa manière de raconter les histoires se rapproche assez de ce que propose Karine Giebel.

Et puis, il y a un lieu particulier : une ancienne voiture de train. Presque un personnage à part entière. Cette belle idée accentue l'atmosphère, avec cette voiture qui est arrivée en fin de vie. Ce n'est pas la seule, chacun à leurs manières, les personnages arrivent au bout du chemin, du moins d'un chemin. Avec un autre qui s'ouvre à eux, ou pas…

Le roman est donc particulièrement prenant, frappant et émouvant. Il est de ceux qui nous font nous poser des questions morales. le roman noir comme lanceur d'alerte et de questionnements, tout en faisant ressentir un véritable panel d'émotions (parfois contradictoires).

Seul avec la nuit est aussi un roman de partage. Preuve que nous ne sommes pas toujours seuls, même dans l'obscurité. Malgré la dureté du récit et la peinture très noire de notre société actuelle, il y a une profonde humanité dans les mots de Christian Blanchard.
Lien : https://gruznamur.com/2019/0..
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