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EAN : 9782707306463
100 pages
Editions de Minuit (01/04/1983)
3.44/5   8 notes
Résumé :
Le Ressassement éternel a été publié aux Éditions de Minuit en 1952 (collection « Nouvelles originales », épuisé). Ce recueil est composé de deux courts récits datant de 1935 et 1936, « L'idylle » et « Le dernier mot ».
En attirant l'attention sur l'existence " sujette à caution ” de l'auteur face à son œuvre, Maurice Blanchot propose dans Après coup une réflexion sur la difficulté pour l'écrivain d'imposer un sens à son œuvre : “ avant toute distinction d'un... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Christw
  24 mai 2013
Le ressassement éternel a été édité en 1952: il comprend deux courts textes L'idylle et le dernier mot datés de 1935 et 1936. Maurice Blanchot y adjoint Après coup en 1983, aux Éditions de Minuit toujours, sorte de postface anachronique des deux oeuvres du début.

Celles-ci se déroulent dans un monde imaginaire inquiétant, proche de nous mais impersonnel et universel, qui évoque immanquablement Kafka. Les personnages sont étrangers à ce qui leur arrive: c'est Camus avant l'heure. le protagoniste de L'idylle − on ne sait d'où il vient − entre dans un hospice, endroit soit-disant libre mais hostile, dont le directeur onctueux est faussement avenant. le résident-prisonnier doit travailler à des tâches dures et vaines et subir de terribles punitions s'il désobéit. Il finit par y succomber dans la souffrance: l'univers concentrationnaire d'Auschwitz vient à l'esprit. le dernier mot quant à lui est un récit très opaque, comme l'est d'ailleurs ce titre le Ressassement éternel (1).

Textes hermétiques qu'éclaire peut-être Après coup ?

Le ton est donné d'emblée : "noli me legere", "tu ne me liras pas" dit l'oeuvre à son auteur, elle lui donne son congé, traduisant l'idée chère à Blanchot pour lequel l'oeuvre est une entité qui se suffit: "...un vrai livre se passe de présentation, il procède par coup de foudre, comme la femme avec l'amant et sans l'aide d'un tiers, ce mari..." La notion d'auteur elle-même est remise en question: l'idée est qu'il n'y a pas vraiment d'artiste, d'écrivain car seule sa production le prouve, le fait naître. Une fois l'oeuvre faite, elle témoigne de la dissolution, de la défection de l'auteur. L'existence de ce dernier est donc sujette à caution: "Du «ne pas être» au «ne plus», tel serait le parcours de ce qu'on nomme l'écrivain, non seulement son temps toujours suspendu, mais ce qui le fait être par un devenir d'interruption. "
Blanchot a-t-il été prophète ? Il reconnaît qu'il est impossible de ne pas y songer, impossible de ne pas évoquer les travaux dérisoires des camps, faire pour défaire, ruine du travail et des funestes travailleurs. le romancier répète qu'il ne sait pas ce qu'il a voulu dire cinquante ans auparavant, et qu'il n'existe pas d'auteur avant ni après l'oeuvre. Et il ne se considère pas mieux placé qu'un autre pour en fixer le sens: ce serait attenter à la liberté des lecteurs.


À travers L'idylle, avec cette étrangeté que Camus a rendue familière quelques année plus tard, osera-t-on l'hypothèse que l'époque se devait de produire ces textes ? Après l'horreur des camps, le texte de Blanchot coïncide-t-il avec une réalité qu'il semble annoncer ? Selon Bertrand-Poirot Delpech(2), "sa joliesse rend le tragique supportable, donc le défigure." Un texte rond, aux phrases "qui se pavanent", témoigne d'un monde acceptable et Auschwitz ne l'est pas(3). Une phrase dans Après coup pose un avis clair sur le caractère précurseur de L'idylle: "...si l'imaginaire risque un jour de devenir réel, c'est qu'il a lui-même ses limites assez strictes et qu'il prévoit facilement le pire parce que celui-ci est toujours le plus simple qui se répète toujours." Tout est dit.

Quelles vertus conférer alors à ces textes ? Poirot-Delpech apporte, à ce propos, un éclairement déterminant(4). Il y a deux sortes de lecture, d'une part celle qui rejoint le sens commun et qui croit aux auteurs, "un usage pratique des choses écrites, sujet, verbe, complément, tout le monde est d'accord sur ce que ça veut dire, on ne va pas chipoter ni se biler pour tout." Et on laisse aux experts le soin d'analyser ce qu'il y a derrière. D'autre part, "il y a une façon mi-affolée mi-éblouie de sentir craquer sous chaque syllabe tous les mystères du monde, le pourquoi de l'être et de l' « il y a », le comment de la langue – cette construction entamée dans la nuit des temps et qui ne raconte, de fiable, que sa propre histoire…" Aucun commentaire n'épuise l'oeuvre, bref elle se suffit.

Blanchot, en effet, saute dans le vide, fait fi des constructions de l'esprit. Sa lecture ouvre le vide sous nous et emmène vers l'interrogation ultime, dans un style limpide sans recourir à la formulation touffue du philosophe. Et le lecteur en sort titubant de suave perplexité, pour encore citer Poirot Delpech, dont il serait vain de vouloir égaler la justesse de propos à l'égard de ces écrits d'un homme entièrement dévoué à la littérature.
(1) le professeur Waclaw Rapak (Université de Jagellone, Cracovie) est l'auteur d'un essai sur ces deux écrits: il avoue sa difficulté à y interpréter la notion de ressassement.
(2) Article dans le Monde, 22 avril 1983.
(3) Cette réflexion conduit à celle que j'ai formulée comme réserve au récit le Boqueteau d'Ernst Jünger: gêne éprouvée devant un style inadapté aux événements racontés.
(4) Article dans le Monde, 22 avril 1983

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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
ZahraAroussiZahraAroussi   31 janvier 2022
Qu’est-ce qui fait d’eux des ennemis ? disait-il ? L’absence de famille ? Des orphelins ne peuvent s’unir dans le bonheur. Ils n’ont pas eu pour les préparer à vivre ensemble ce doux instinct commun qui est le centre de l’existence familiale. Et eux-mêmes n’ont pas d’enfant. Ils n’ont que de la haine pour tout ce qui pourrait alléger leur sort.
— Ils ont commis une fatale erreur, reprenait-il. Ils ont cru que l’amour les attirait l’un vers l’autre, alors qu’ils se détestaient. Ils ont senti à certains signes qu’ils étaient liés tous deux au même destin, mais c’était par le désir de se déchirer dans la mésentente et les tourments. Pendant combien de temps se sont-ils dupés ? Trop tard réveillés, découvrant sur leurs corps les traces de leur ancienne intimité où ils reconnaissaient enfin les preuves de leur fureur commune, ils ne pouvaient que continuer à s’aimer pour continuer à se haïr.
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ZahraAroussiZahraAroussi   31 janvier 2022
On le plaça dans un cachot où il continua à jouir des meilleurs soins, mais ne recevait, par un soupirail, qu’une faible lumière, séparé, semblait-il, du monde à jamais, tant le silence était grand. L’infirmier essaya de lui rendre confiance.
— Naturellement, lui disait-il, il est dur d’être privé de liberté. Mais est-on jamais libre ? Peut-on faire ce qu’on veut ? Et il y a tant d’autres raisons d’être malheureux.
— Merci, dit Akim, mais vous ne me consolerez pas avec la pensée du malheur d’autrui. Ce que je souffre est pour moi.
La fièvre s’apaisa et l’étranger renonça à l’espoir de sortir de sa prison par un rêve plus durable que ses cauchemars.
— Quand quitterai-je cette cellule ? demanda-t-il. Ai-je commis une faute si grave ? Dans le délire, on n’est pas responsable.
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ZahraAroussiZahraAroussi   31 janvier 2022
« Il y eut un temps où le langage cessa de lier les mots entre eux suivant des rapports simples et devint un instrument si délicat qu’on en interdit l’usage au plus grand nombre. Mais, les hommes manquant naturellement de sagesse et le désir d’être unis par des liens défendus ne leur laissant aucune paix, ils se moquèrent de cette interdiction. Devant une telle folie, les personnes raisonnables décidèrent de ne plus parler. Elles à qui rien n’était interdit et qui savaient s’exprimer, gardèrent désormais le silence. Elles semblaient n’avoir appris les mots que pour mieux les ignorer et, les associant à ce qu’il y a de plus secret, elles les détournèrent de leur cours naturel. »
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ZahraAroussiZahraAroussi   31 janvier 2022
Élise, lui dit-il, ému de sa simplicité, vous êtes à un âge où l’on ne comprend pas tout, mais où l’on sent beaucoup de choses que les autres ignorent. Je vous demande pardon à l’avance des peines que je vous causerai et des malheurs qui vous attristeront. Peut-être aurait-il mieux valu qu’un autre aujourd’hui vous serrât dans ses bras et vous fît des promesses de bonheur. Pourquoi est-ce vous que le sort a choisie ? Je le regrette et j’en suis heureux, car il est doux de laisser une trace dans une âme innocente, même au prix de beaucoup de tristesse.
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ZahraAroussiZahraAroussi   31 janvier 2022
Vous apprendrez dans cette maison qu’il est dur d’être étranger. Vous apprendrez aussi qu’il n’est pas facile de cesser de l’être. Si vous regrettez votre pays, vous trouverez ici chaque jour plus de raisons de le regretter ; mais si vous parvenez à l’oublier et à aimer votre nouveau séjour, on vous renverra chez vous, où, dépaysé une fois de plus, vous recommencerez un nouvel exil.
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Jean Frémon de quelques rencontres (Paul Otchakovsky-Laurens, Pierre Morhange, Jacques Dupin, etc.) - : où Jean Frémon, -à l'occasion de la parution de son livre " le Miroir magique"-, se souvient notamment de sa rencontre avec Paul Otchakovsky-Laurens et de ses deux mères, de la revue Strophes et de Pierre Morhange, de Bernard Noël et de Jean Cayrol, de Jacques Dupin et d'Aimé Maeght, de Samuel Beckett et de Maurice Blanchot et où il est question d'édition, de poésie et de prose.
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