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Solange de Lalène (Traducteur)Georges de Lalène (Traducteur)
EAN : 9782020291590
136 pages
Éditeur : Seuil (14/06/1996)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.68/5 (sur 363 notes)
Résumé :
L'action se situe à Cologne, la ville natale de l'auteur, durant le carnaval de 1974. Chez des amis, Katharina Blum, une jeune femme divorcée, fait la connaissance d'un homme recherché pour ses activités terroristes. Elle l'héberge pour la nuit et se trouve dès lors prise dans un terrible engrenage. Arrêtée et interrogée sans ménagements par la police, elle est relâchée quatre jours plus tard.

Mais ce délai a suffi pour que la presse à sensation s'em... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (39) Voir plus Ajouter une critique
nameless
  02 novembre 2017
L'honneur perdu de Katharina Blum, sous-titré « Comment peut naître la violence et où elle peut conduire », est une conséquence des campagnes de presse ignominieuses dirigées contre Heinrich Böll au début des années 70, alors que l'Etat allemand plongé dans « les années de plomb » mène une répression aveugle tous azimuts, complaisamment encouragée et relayée par des journaux à scandales, qui n'hésitent pas à pratiquer un amalgame douteux entre crimes et idées révolutionnaires, ou même simplement entre vice et culture ; les mouvances anarchistes ou activistes, nébuleuses effrayantes, ont bon dos et servent à tout justifier.

Dans ce court roman, construit comme un compte-rendu clinique de l'affaire à partir de sources telles que les procès-verbaux d'interrogatoires, le Prix Nobel de Littérature 1972 dénonce les mensonges et calomnies vomis par une presse de caniveaux, précisant dans un bref avertissement : « Si certaines pratiques journalistiques décrites dans ces pages offrent des ressemblances avec celles du journal Bild, ces ressemblances ne sont ni intentionnelles ni fortuites mais tout bonnement inévitables ».

Katharina Blum est l'archétype de la jeune femme et citoyenne au-dessus de tout soupçon. Malgré des débuts difficiles dans la vie, un père mineur décédé prématurément et une mère qui peine à faire face, elle réussit ses études, devient une employée modèle, une contribuable irréprochable et économe, remboursant scrupuleusement les prêts contractés pour l'achat de son appartement. Malheureusement pour elle, elle rencontre Ludwig Götten lors d'une soirée, l'invite chez elle. Le lendemain matin, la police met à sac son appartement, l'arrête. Son tendre compagnon d'une nuit, présenté comme un dangereux terroriste (le lecteur apprend en cours de lecture qu'il n'en est rien) s'est éclipsé. En cinq jours, Katharina va perdre son honneur, faire l'apprentissage de l'injustice, de la révolte jusqu'à abattre Tötges, journaliste pisse-lignes, fouille-merde qui présente Katharina comme une anticléricale, pire comme une communiste puisque son père était mineur, comme une « souris rouge », « une paillasse du Kremlin », une « putain à communistes». Tötges interroge l'ex-mari de Katharina, qu'elle a quitté après 6 mois de mariage en raison de sa violence et fait de lui la victime d'une femme dépravée. Il rencontre également la mère de Katharina, gravement malade et traduit ses propos dans son torchon : « Pourquoi fallait-il que ça en arrive là, pourquoi fallait-il que ça finisse comme ça », devient « Ca devait arriver, ça devait finir ainsi ». Modification justifiée par le fait qu'en sa qualité de reporter, Tötges possède l'art et la manière d'aider les gens simples à s'exprimer. Les policiers ne sont pas en reste pour interpréter les mots de la suspecte. Lorsque Katharina évoque un homme dont le comportement a été importun, le compte-rendu fait apparaître un homme au comportement tendre.

Edité en 1974, L'honneur perdu de Katharina Blum possède une particularité étonnante. Bien loin d'avoir vieilli, il est au contraire de plus en plus d'actualité, et peut être lu aujourd'hui à la lumière des medias qui ont vu le jour depuis sa parution, qui en aggravent la portée et le sens visionnaires. Plus que jamais, face aux fake news, manipulations et autres mensonges colportés par des réseaux sociaux avides, à n'importe quel prix et quelles que soient les conséquences, de gloire éphémère, la lecture de ce roman est indispensable pour rester un citoyen lucide et bien réveillé face à toutes tentatives d'endormissement de la conscience !
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peloignon
  28 octobre 2013
Katharina Blum est un personnage vraiment sublime.
Peu choyée par le destin, elle conserve un comportement irréprochable moralement en restant toujours fidèle à son caractère propre, peu importe les circonstances.
Soudain soumise, suite à la rencontre d'un homme recherché par la police, aux précédés douteux d'un journaliste à sensation qui traduit tout les éléments irréprochables de sa vie en moyens de provoquer l'attention et l'intérêt d'un public toujours blasé et insatiable, elle perd tout intérêt pour la vie qu'elle menait jusqu'alors et en vient, en quelques jours seulement, à commettre un meurtre sans aucun remord de conscience.
Les événements sont exposés de manière très précise, efficace, avec de petites pointes d'humour qui permettent de ne pas accorder trop de grandeur aux méprisables procédés employés par l'indigne gratte-papier.
J'ai été frappé de trouver que les procédés méprisables montrés dans le roman sont très près de ce que l'on peut observer dans la réalité. Quiconque a eu affaire en personne à l'actualité sait à quel point la vérité est souvent présentée par les médias sous son jour le plus sensationnel, souvent strictement anecdotique, en laissant beaucoup trop fréquemment l'essentiel complètement dans l'ombre.
Lorsque les règles du jeu pervers sont connues, c'est à ceux qui veulent passer leurs messages de faire bien attention à éviter le moindre faux pas, le moindre mot de trop, tout en arrivant à donner aux journalistes de quoi vendre leurs papiers. Par contre, lorsque ce n'est pas le cas, lorsqu'il s'agit d'une personne qui ne demande qu'à poursuivre son honnête vie modeste dans l'anonymat, l'ignominie du phénomène devient vraiment frappante. On touche ici clairement à un aspect essentiel de tout système démocratique, l'information du public, qui fonctionne actuellement extrêmement mal puisqu'elle se vend à la sensation, ce qui peut tout à fait déborder de la manière cauchemardesque, tel que présenté par Böll.
Le roman a été écrit dans les années 1970 et a malheureusement constamment gagné en actualité depuis. Avec l'arrivée d'Internet et des médias sociaux, c'est vraiment pire que jamais.
Puissent la vigilance, l'esprit critique et l'ironie toujours nous accompagner dans ces vallées d'ombres et de morts au rabais!
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TerrainsVagues
  06 juillet 2019
Après un billet sur « Je hais les matins » de Jean Marc Rouillan, Michèle nameless et Michèle michefred m'ont gentiment conseillé « L'honneur perdu de Katharina Blum ». Merci à elles pour cette piste.
Au pays de l'injustice, je voudrai le milieu journalistique. Dans le rôle des donneurs de leçons, les journalistes. Tous nos remerciements à ces millions de lecteurs dont la bêtise a rendu possible la diffamation gratuite qui vient régulièrement se répandre en premières pages de torchons à travers les siècles.
Donneurs de leçons, oui, mais d'honneur, non.
Ici, au siècle dernier, c'est-à-dire hier dans les années 70, la presse allemande ou plutôt une certaine presse, la gazette des poubelles, va en quelques jours s'emparer de la vie d'une paisible jeune femme et la pousser au crime à force de harcèlement et de diffamation.
Ce livre dénonce la perversité et les dérives d'un droit à l'information tout à fait justifié quand il ne sort pas de son rôle.
Les années passent et rien ne change, au contraire. Ce que certains appellent progrès, permet d'aller chaque jour un peu plus loin dans les bas fonds de l'homme. Internet, facebhêêêê et autres réseaux sont responsables de « perte d'honneur » de combien de Katharina Blum ?
Heinrich Böll par son écriture et la forme qu'il lui donne dans ce bouquin, pourrait servir d'exemple à certains pseudos journalistes. On a la sensation de lire des rapports de police (enfin l'idée que je peux m'en faire) avec juste des faits bruts sans jugement. Les faits sont rapportés sans tentation d'orienter le lecteur. de l'information quoi, ni militante, ni moralisante, ni normalisante, ni lobotomisante et surtout pas racoleuse.

Aujourd'hui qui peut citer un titre qui ne fait que de l'information ?
Les faiseurs d'opinion appartiennent aujourd'hui à de grands groupes industriels et quelques familles. Les lignes éditoriales changent au rythme des acquisitions ou entrées de nouveaux actionnaires dans le capital des journaux. Je n'en vois que deux moins pire que tous les autres car tapant avec la même force et la même énergie sur les dérives des uns ou des autres sans être autant bridés, Médiapart et le Canard.
D'un autre coté, il faut bien dire que certains diffamés d'aujourd'hui et diffamant d'hier et inversement) jouent avec la presse et s'en servent. Un Mélenchon qui fait sa vierge effarouchée en se filmant pendant une perquisition, encourageait ces mêmes flics à tout fouiller chez un Fillion ou un Sarkozy par exemple et quand on sait que j'ai voté Mélenchon, c'est dire si ce système me débecte de plus en plus.
Et puis de temps en temps, une Katharina Blum est jetée en pâture à l'opinion comme on jette une carcasse dans la fosse aux lions. Un peu de « sang… sationnel » c'est toujours bon pour les affaires.
Bien qu'on nous dise qu'il y a une presse à sensation et une presse d'information avec des journalistes qui font bien leur métier et blablabla, tout cela n'est qu'un jeu de dupes où la complicité des uns encourage l'escalade des autres au pays des fake news comme on dit aujourd'hui.
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kuroineko
  17 septembre 2018
L'honneur perdu de Katherina Blum possède une grande force et une actualité toujours avérée, 44 ans après sa parution. Heinrich Böll y décrit comment une campagne de presse visqueuse et acharnée conduisit ladite Katherina à tuer le journaliste responsable des torchons qui la salissent depuis quatre jours.
Dans un avertissement, l'auteur renvoie explicitement cette forme de presse sordide, tabloïds et presse à scandales, au journal Bild. le journaliste, future victime, ne recule devant rien pour obtenir des informations, informations qu'il détourne aisément à sa convenance pour surenchérir dans l'abject et enterrer un peu plus médiatiquement Katherina.
Elle, jeune femme d'une vingtaine d'années, travaille durement pour mener une vie loin de ce qu'elle a connu auprès de sa famille et d'un premier mari très vite devenu importun. Heinrich Böll a adopté pour ce court roman un style précis et clinique. Il se veut le compte-rendu précis et exhaustif de ce qui conduisit au meurtre du journaliste. le récit se base sur des procès-verbaux, des rapports judiciaires et d'autres sources moins officielles. Malgré la sécheresse conséquente de l'écriture, Katherina apparaît comme une femme attachante dont on voudrait assurer la défense dans cette affaire.
En filigrane court la méfiance de la RFA pour tout relent un peu trop rouge, en ces années de plomb des années 1970. Si cet aspect du roman représente aujourd'hui une page tournée, celui de la presse-poubelle reste complètement d'actualité. Il n'y a qu'à compter le nombre de fois où les termes "fake news" apparaissent dans les médias. Par son style clinique, c'est aussi la société avide de scandales et de détails juteux ou croustillants qu'autopsie le prix Nobel 1972, les présomptions de culpabilité qui découlent des assauts médiatiques contre Katherina.
Première incursion pour moi chez Böll avec ce roman, mais certainement pas la dernière.
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Allantvers
  05 septembre 2015
Poussée vers ce livre par sa présence sur plusieurs listes de "livres qu'il faut avoir lus", j'en ressors en état de légère sidération, plutôt agréablement surprise.
Surprise par son mode narratif d'abord, ce récit journalistique, essentiellement factuel, n'étant pas du tout ce à quoi je m'attendais.
Surprise par sa violence aussi, accentuée à la fois par la brièveté du roman et par le ton sarcastique de l'auteur qui met de l'ironie sur l'infamie de ce qu'il relate avec un mélange déroutant de colère et de jubilation.
Peut-être était-ce bien là l'intention d'Heinrich Boll que de susciter cette sensation chez le lecteur afin de l'associer à son indignation face aux agissements de la presse à scandale dont il a lui-même été victime, et auquel ce court roman réagit. C'est plutôt réussi car cette intention fonctionne encore quarante ans plus tard, malgré que le sujet soit aujourd'hui , au vu des pratiques actuelles d'une certaine presse, plutôt galvaudé.
Il est vrai que le thème sous-jacent du livre, explicité dans son titre complet (L'honneur perdu de Katharina Blum ou comment peut naître la violence et où elle peut conduire), est pour sa part tout à fait intemporel...
Une occasion de découvrir le prix Nobel de littérature 1972, et d'avoir envie d'y revenir.
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Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
AmbagesAmbages   31 octobre 2016
« A Lemgo, où une collaboratrice du JOURNAL a réussi à les retrouver chez leur fille mariée qui y dirige une maison de repos, M. Berthold Hiepertz, historien et philologue, ancien directeur des études à la retraite et Mme Erna Hiepertz son épouse - ils emploient Katharina Blum depuis trois ans - sont apparus épouvantés mais non "particulièrement surpris" par les activités de celle-ci. Ils nous ont déclaré à son sujet : "Une extrémiste à tous égards et qui nous a habilement trompés." »
(Hiepertz, à qui Blorna téléphona plus tard, lui jura avoir dit ceci : « Si Katharina peut être accusée d'extrémisme, c'est seulement en matière d'intelligence, de serviabilité et d'organisation. Ou alors j'aurais dû lourdement me tromper sur son compte, bien qu'ayant derrière moi en matière de pédagogie quarante années d'expérience au cours desquelles je me suis bien rarement trompé. »)
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AmbagesAmbages   01 novembre 2016
Comme nous vivons dans un pays libre où chacun peut converser librement et ouvertement, fût-ce au téléphone, il nous est facile d'imaginer tout ce qui peut alors siffler aux oreilles de la personne – peu importe son sexe – peut-être vertueuse ou même puritaine qui enregistre ou écoute la bande magnétique. Est-ce justifiable ? Un traitement psychiatrique est-il ensuite garanti à la victime ? Qu'en pense le syndicat des Postes et Télécommunications ? On s'occupe des industriels, des anarchistes, des directeurs, employés et pilleurs de banque, mais qui se soucie de notre corps national de la bande magnétique ? Les Églises n'ont-elles rien à dire là-dessus ? La conférence épiscopale de Fulda ou le comité central des catholiques allemands sont-ils désormais incapables de la moindre initiative ? Et pourquoi le pape garde-t-il le silence ? Personne ne se doute-t-il donc de ce que des oreilles innocentes sont contraintes d'entendre, depuis le pudding au caramel jusqu'à la pornographie la plus éhontée ? Nos jeunes gens conviés à embrasser la carrière de fonctionnaire... et à qui les livre-t-on ? A des dévoyés du téléphone. Voilà enfin un domaine où Église et syndicats pourraient utilement collaborer. On devrait pour le moins prévoir en compensation une sorte de programme éducatif destiné aux préposés à la table d'écoute. Cours d'histoire enregistré sur bande magnétique par exemple. Ça ne coûterait pas bien cher.
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DrychDrych   23 juillet 2013
Le procureur Hach intervint alors pour lui expliquer qu'en raison de l'immense intérêt porté par le public à l'affaire Götten il avait bien fallu tenir la presse au courrant des faits, qu'en raison aussi de l'émotion et de la peur provoquée par la fuite de Götten - fuite qu'elle avait elle même facilité - il serait bien difficile d'éviter une conférence de presse. De plus, ses relations avec Ludwig Götten avaient en quelque sorte fait d'elle un personnage de l'actualité qui suscitait en conséquence l'intérêt justifié du public. Mais si elle considérait certains propos comme offensants et peut-être même calomnieux, rien ne l'empêchait de porter plainte et, au cas où l'on constaterait une importante violation du secret de l'instrction, l'autorité judiciaire ne manquerait pas - il pouvait l'en assurer- d'intenter une action dirigée contre X pour l'aider à obtenir justice.
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annieannie   16 juillet 2009
Au début de ce roman, le lecteur est averti par l’auteur par cette citation :

L’action et les personnages de ce récit sont imaginaires. Si certaines pratiques journalistiques décrites dans ces pages offrent des ressemblances avec celles du journal Bild, ces ressemblances ne sont ni intentionnelles ni fortuites mais tout bonnement inévitables.
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YukoYuko   19 juillet 2012
C'est alors seulement que, tirant de son sac les deux éditions du JOURNAL, Katharina demanda si l'Etat - ce fut le terme qu'elle employa - ne pouvait rien faire pour la protéger de toute cette boue et lui rendre son honneur perdu.
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