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Étienne Bloch (Éditeur scientifique)Jacques Le Goff (Préfacier, etc.)
EAN : 9782200016944
159 pages
Armand Colin (21/07/1997)
4.28/5   47 notes
Résumé :
"Papa, explique-moi donc à quoi sert l'histoire." Ainsi un jeune garçon qui me touche de près interrogeait, il y a peu d'années, un père historien. Du livre qu'on va lire, j'aimerais dire qu'il est ma réponse.[...]

Du moins cette question d'un enfant dont, sur le moment, je n'ai peut-être pas trop bien réussi à satisfaire la soif de savoir, volontiers je la retiendrai ici comme épigraphe. [...] Le problème qu'elle pose, avec l'embarrassante droiture d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique

Pour bien saisir l'intérêt de ce livre il faut comprendre le contexte.

Ce livre a été écrit par Marc Bloch, juif, pendant la deuxième grande guerre.

Il a combattu lors de la guerre de 1914-18, puis lors de la Campagne de France en 1940. Avec l'arrivée de Pétain et la loi du Statut des Juifs proclamée en octobre 1940, il a été exclu de la fonction publique, son appartement à Paris a été réquisitionné par l'occupant et sa bibliothèque a été envoyée en Allemagne. Il a réussi à être rétabli dans la fonction publique en 1941 et muté à Montpellier. le doyen de la faculté de lettres de Montpellier a tout fait pour compliquer la vie de Marc Bloch. Entré dans la Résistance, il a été arrêté par la Gestapo en mars 1944, torturé par Klaus Barbie et fusillé en juin de la même année. Malgré ces difficultés, et sans accès à sa bibliothèque, il a écrit deux livres qui ont été publiés à titre posthume : celui-ci et "Étrange défaite".

N'étant pas historien et si j'ai bien compris, ce livre a bouleversé la historiographie, méthode de travail des historiens. Avant lui, la référence était un livre écrit par Langlois et Seignobos : "Introduction aux études historiques". Marc Bloch a été élève de Seignobos, mais il le critique sur deux aspects : ce qui les historiens ont appelé le "culte des faits" et l'idée que seul le passé doit intéresser l'historien et l'étendue du travail de l'historien.

Marc Bloch décrit dans ce livre les trois points importants dans une démarche de historiographie. D'abord, bien comprendre le contexte : les faits peuvent ne pas avoir la même importance dans des contextes différents. Ensuite, bien situer les faits dans leur ordre chronologique et ne pas les "écraser" comme si tout s'était passé au même moment. Et, finalement, comprendre le tout sans toutefois porter jugement.

Ce paragraphe résume rapidement les idées du livre. C'était une révolution et c'est pour ça qu'il est décrit avec beaucoup d'exemples et reste toujours une référence pour les historiens. J'imagine qu'il y a des livres textes récents qui présentent ça d'une façon bien didactique.

Il y a une vidéo d'une conférence de Johann Chapoutot à PSL (Université Sciences et Lettres), où il explique ces trois points très clairement et simplement avec le nazisme comme exemple : "Johann Chapoutot : Peut-on faire l'histoire du nazisme ? - Conférence PSL" https://www.youtube.com/watch?v=O98BFcvFoAw. Par ailleurs, il utilise ce livre comme référence.

La lecture de ce livre est aisée même si parfois fatigante, mais c'est normal pour un livre qui est, en quelque sorte, novateur pour l'époque.



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Grand classique l'historiographie.
Un livre que chaque étudiant en Histoire doit avoir lu, au moins une fois.

Bloch est le fondateur du courant qui anime l'histoire depuis de nombreuses années.

Il traite ici de la passion de l'Histoire, des sources.

Accessible
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
Or longtemps l'historien a passé pour une manière de juge des Enfers, chargé de distribuer aux héros morts l'éloge ou le blâme. Il faut croire que cette attitude répond à un instinct puissamment enraciné. Car tous les maîtres qui ont eu à corriger des travaux d'étudiants savent combien ces jeunes gens se laissent difficilement dissuader de jouer, du haut de leurs pupitres, les Minos ou les Osiris. C'est, plus que jamais, le mot de Pascal : « tout le monde fait le dieu en jugeant : cela est bon ou mauvais ». On oublie qu'un jugement de valeur n'a de raison d'être que comme la préparation d'un acte et de sens seulement par rapport à un système de références morales, délibérément acceptées. Dans la vie quotidienne, les besoins de la conduite nous imposent cet étiquetage, ordinairement assez sommaire. Là où nous ne pouvons plus rien, là où les idéaux communément reçus diffèrent profondément des nôtres, il n'est plus qu'un embarras. Pour séparer, dans la troupe de nos pères, les justes des damnés, sommes-nous donc si sûrs de nous et de notre temps ? Élevant à l'absolu les critères, tout relatifs, d'un individu, d'un parti ou d'une génération, quelle plaisanterie d'en infliger les normes à la façon dont Scylla gouverna Rome ou Richelieu les Etats du roi très chrétien ! Comme d'ailleurs rien n'est plus variable, par nature, que de pareils arrêts, soumis à toutes les fluctuations de la conscience collective ou du caprice personnel, l'histoire, en permettant trop souvent au palmarès de prendre le pas sur le carnet d'expériences, s'est gratuitement donné l'air de la plus incertaine des disciplines : aux creux réquisitoires succèdent autant de vaines réhabilitations. Robespierristes, anti-robespierristes, nous vous crions grâce : par pitié, dites-nous simplement quel fut Robespierre. Encore si le jugement ne faisait que suivre l'explication le lecteur en serait quitte pour sauter la page. Par malheur à force de juger, on finit presque fatalement par perdre jusqu'au goût d'expliquer.

2036 - [1952, p. 70]
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Notre civilisation aura accompli
un immense progrès le jour où la dissimulation érigée en méthode d’action et
presque en bourgeoise vertu cèdera la place au goût du renseignement :
c’est -à-dire nécessairement des échanges de renseignements.
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« L’incompréhension du présent nait fatalement de l’ignorance du passé. Mais il n’est peut-être pas moins vain de s’épuiser à comprendre le passé, si l’on ne sait rien du présent » p47
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(p.27 - Préface de Jacques Le Goff - citant Marc Bloch)
"L'ignorance du passé ne se borne pas à nuire à la connaissance du présent, elle compromet, dans le présent, l'action.
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En vérité le proverbe chinois est sage, qui dit : "l'homme est le fils de son temps aussi bien que son père" p.62
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Vidéo de Marc Bloch
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