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EAN : 9782330075521
144 pages
Actes Sud Junior (08/03/2017)
3.98/5   148 notes
Résumé :
Un roman polyphonique – un groupe de lycéens dans un atelier d’écriture – qui touche au cœur et dépeint avec une grande justesse les préoccupations de l’adolescence et le pouvoir de l’écriture.

François Roussel, professeur d’anglais et écrivain, se laisse convaincre de monter un atelier d’écriture pour les terminales de son lycée. Il se demande tout de même qui cela pourrait bien intéresser. Et puis les premiers inscrits arrivent : Léo, Émeline, Nina... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (88) Voir plus Ajouter une critique
3,98

sur 148 notes
Je dois avouer que j'adore ce genre de témoignages que j'espère sont authentiques, comme le présage le prologue, mais n'importe. N'importe aussi comment ils sont écrits; mais ici en plus ils sont vraiment bien écrit dans le fond et la forme ("Vos textes sont tellement adultes que parfois, j'oublie que vous avez dix-sept ans"), rien d'érudit, simple et sincère comme ça me plait.
Donc il s'agit d'un atelier d'écriture organisé par deux profs, aucun des deux n'enseignant la littérature ( dont un probablement Blondel camouflé) pour des élèves de terminal, toutes filières confondues.Ils sont douze au total, y compris les deux adultes. Ils sont tous dans le même bateau, s'y prêtant au jeu de l'écriture contrainte, hors question que les deux vieux y défilent , -"Il a expliqué qu'écrire, c'est tellement intime que ce serait insupportable d'envisager que quelqu'un contemple la scène en spectateur, “goguenard” "- . J'ai trouvé les sujets d'exercices intéressants, suscitant autant l'imagination que la sincérité, d'où, rien de mauvais n'en peut découler. Ici, les textes qui y répondent sont trés réussis et "toutes ces vies croisées l'espace d'un atelier, toutes ces intimités dévoilées", trés émouvantes.
“- "S'ils ne jouent pas le jeu, s'ils trichent, s'ils essaient de faire les malins, cela va être très décevant. Mais s'ils se donnent vraiment, s'ils font tomber les barrières, alors prépare-toi, c'est renversant.”
-Voilà. Je suis renversée -", ceux sont les paroles des deux adultes qui ont organisé l'atelier...."Je suis aussi renversée.....et épatée par le résultat magique de cet atelier sur les relations humaines.


-"Mais écrire des choses qui viennent des tripes, des mots qui viennent fouiller autour du coeur et qui descendent dans le foie et les intestins, des paragraphes qui coulent dans les veines et dans les artères, des textes qui donnent un sens à toute cette biologie en nous,....." -, ceux sont les phrases de Blondel ( dont j'ai coupé le dernier mot) qui résume pour moi ce court roman qui m'a enchantée. Perso, j'aurais beaucoup aimé avoir participé à cet atelier d'écriture juste pour l'expérience.


Renversée, enchantée, épatée ! Je pense qu'il est inutile que je donne une "consigne de lecture" ....,
"Beautiful day", beautiful book, Monsieur Roussel / Blondel ! merci pour cet atelier d'écriture !
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« Les professeurs et les élèves ont l'habitude de s'éviter du regard. Les yeux glissent à la surface des choses, constamment mobiles, mais ne s'arrêtent sur rien. Ici, dans cette salle, c'est l'inverse. Nous nous dévisageons. Nous nous apprécions. Nous nous intimidons. Et finalement, nous nous respectons ».

Cela commence doucement, plan-plan. Tous s'observent. Certains ont un peu peur. D'autres ont envie de défier. Et beaucoup veulent se découvrir. Les 2 professeurs à l'origine de cet atelier d'écriture sont prêts à s'investir, totalement. Mais personne ne sait dire à l'avance comment cela se poursuivra.
Au fur et à mesure des mois qui passent, des exercices d'écriture différents, chacun se dévoile à travers des textes de fiction ou des textes de vie, déguisés ou non. Mr Roussel, le professeur, leur a demandé également de livrer leurs impressions, et certains ont accepté de le faire après coup.

Ce roman à inspiration très probablement autobiographique m'a enracinée dans ma passion.
J'ai participé à des ateliers d'écriture et j'en ai mené, aussi. Je peux vous dire que c'est particulièrement émouvant, dans ce sens où les émotions tapies dans les recoins de l'âme, celles qu'on ignore ou qu'on cache, explosent, littéralement. Pleurs, rires, tremblements...tout peut arriver. Cela dépend évidemment du type d'exercices et du type d'élèves. Mais ceux qui « jouent le jeu » n'en retirent que du positif.
D'autant plus qu'on n'est pas seul. Il y a le groupe, embarqué dans le même bateau. Si chacun se laisse emmener, s'il ose écrire et surtout s'il ose lire tout haut, devant le groupe, il est gagnant.
« C'est à ça que sert l'écriture, finalement. A trouver ses frères d'armes. Parfois, ils ne ressemblent pas du tout à ce que l'on croyait ».

J'ai donc énormément apprécié l'écriture mosaïque toute en émotions, en candeur de Jean-Philippe Blondel qui se coule naturellement dans l'état d'esprit de jeunes de 17 ans.
Emotions d'abord retenues, puis très vite qui jaillissent pour terminer en apothéose.
Rien n'est calculé, ici. Tout est naturel, véritable, simple, « inter-personnel ».
Le rêve d'un enseignant.
Ma passion.
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Mon troisième Blondel en 24h...

Et , comme dans ma deuxième lecture, Un hiver à Paris, encore une plongée en apnée dans un univers qui m'est familier (m'était serait plus exact!) : le lycée, les élèves, les profs, les cours.

À sa façon directe et percutante, Blondel (sous le pseudo transparent de Roussel) , décide d'aborder une pratique plutot réservée aux formations d'enseignants, mais appliquée ici à deux professeurs , l'une de philo, l'autre d'anglais..mais il est aussi ecrivain! et à dix élèves de terminale L: celle des ateliers d'écriture.

La mise en forme du roman, réussie, donne l'illusion du vrai - prologue, noms des participants, textes livrés "bruts de décoffrage", intitulé presque scolaire des règles du jeu pour chacun des exercices.

On y croit, on s'y croit.

On dévore avec, en prime, un léger sentiment d'indiscrétion tout à fait délicieux!

Les textes sont des trésors de sincérité, de force poétique, d'imagination.

Mais pas que..

Les "scripteurs" se piquent au jeu, fendent l'armure.

L' écriture les change en même temps que leur style s'affirme, que leur être profond se dessine, que leur moi se trouve...

Mises en abyme nombreuses.

Celle du roman final , évidemment produit par cette expérience du risque d'écrire, courue à armes égales.

Celle d'une ode reconnaissante à l'Écriture, comme mode de salut et d'affirmation de soi. Et comme mode de relation unique, privilégié avec les autres.

Et plaidoyer à peine dissimulé pour une autre pédagogie, celle du jeu et du contrat, où l'enseignant est lui aussi un "apprenant" comme les autres-les productions des élèves sidèrent et dépassent bien souvent celles des maîtres -le grand manitou Blondel , à la fois au four et au moulin, a dû bien s'amuser à se désacraliser lui-même!

Lecture pour un public ado? C'est ce que laisse penser la collection ad hoc d'Actes Sud .

Lecture facile?

Sans doute, même si je préfère dire: fluide, en tout cas lecture qui absorbe et qui entraîne- lecture en tous points parfaite hic et nunc , en ce qui me concerne!
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Ce groupe, c'est un atelier d'écriture animé par deux professeurs et suivi assidûment par dix élèves de terminale.
Les enseignants ne se contentent pas de donner les consignes et de veiller à ce que les instructions soient respectées - notamment bienveillance et respect entre participants -, ils sont aussi membres du groupe et se plient aux exercices d'écriture comme les autres.
Ces moments sont riches en émotions : on écrit, on sollicite son imagination, on se met à nu, on affronte le regard des autres et forcément leur jugement, même muet, on écoute à son tour...

Le talent de Jean-Philippe Blondel se déploie depuis près de quinze ans, pour le plus grand plaisir des lecteurs qui lisent tous ses romans.
Le seul problème (de taille, quand même), c'est qu'on a l'impression de retrouver les mêmes personnages et les mêmes thématiques - nostalgie du quadra-quinqua, ambitions de jeunesse déçues, regrets sur les rendez-vous manqués, adolescence et son lot de difficultés (parents et vie provinciale étriqués, envie de fuir, triangles amoureux...). On peut trouver ça agaçant, ça occulte en partie les bonnes trouvailles et les éléments nouveaux que développe l'auteur - ici, une agréable sensation de vertige face aux versions différentes de la vie d'un même individu (son propre témoignage, et la fiction imaginée par un tiers, camarade ou prof).

L'écriture de Blondel est toujours aussi agréable, on se reconnaît forcément dans les préoccupations des protagonistes, a fortiori si on est de la génération de l'auteur et/ou si l'on côtoie des ados au quotidien.
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Il s'agit ici du récit d'une expérience d'atelier d'écriture avec des lycéens. Deux professeurs, dont l'un est un écrivain édité, et des élèves mis le temps de ces séances sur un pied d'égalité. Car oui, les deux enseignants jouent le jeu et écrivent en suivant les consignes, dans les mêmes conditions que les adolescents.

A travers les compte - rendu de sessions et les productions des participants, ils vont peu à peu se révéler. Aux autres et à eux-mêmes, apportant des surprises. Une certaine cohésion de groupe va également se mettre en place. Les façades et les apparences cèdent devant la sincérité des mots écrits puis lus.

Cet ouvrage est bourré de qualités. le ton et le style en sont diversifiés du fait de la multiplicité des intervenants. On ressent beaucoup d'émotions qui parcourent ce groupe. Les textes adolescents m'ont renvoyée à mes propres souvenirs de lycéennes et mon rêve d'alors de devenir écrivain. J'aurais adoré qu'il existât alors dans mon établissement ce type d'atelier d'écriture.

Je recommande ce texte à tous les amoureux des mots. Il relate une belle aventure humaine. Qu'importe si par la suite ces élèves ne deviennent pas écrivains ou même arrêtent d'écrire pour eux-mêmes. Ils ont acquis dans cet atelier une expérience particulière qui les rend plus mûrs et plus ouverts pour s'être découverts mutuellement.
Une lecture courte en terme de temps mais qui a allumé une belle et durable lumière en moi.
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Citations et extraits (46) Voir plus Ajouter une citation
Après la première séance, j'ai cru que j'allais jeter l'éponge, et puis je me suis accroché, je m'accroche toujours, c'est ma plus grande qualité à ce qu'il paraît, mais si vous saviez combien je préférerais être un glandeur grand style, un branleur avec du panache, une de ces figures qu'on repère tout de suite dans le lycée et pas l'espèce de fayot qui remplit tous les devoirs, qui rend tous les exercices, même les facultatifs, ce mec qui guette toujours l'approbation des enseignants. J'en ai tellement assez d'être moi, parfois, c'est pour ça que je viens à cet atelier, c'est parce que pendant une heure, chaque semaine, je peux m'oublier, je peux devenir quelqu'un d'autre, c'est marrant, hein, parce que ma première réaction au début, ça a été exactement l'inverse, je ne voulais pas, je n'avais pas envie d'intégrer une autre histoire, de me couler dans la peau de quelqu'un d'autre, et maintenant, je crois que ça me manquerait.
(p. 59-60)
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[...] j'avais fini par expliquer que ce en quoi je croyais le plus profondément, c'était que plus on écrivait, plus on écrivait.
- Plus on écrit, mieux on écrit, tu veux dire ?
- Pas nécessairement. Mais plus on écrit, moins on a peur de cette façon de s'exprimer, plus on l'amadoue, plus on l'amène dans son propre monde et plus on s'ouvre aux autres. Enfin, pour moi en tout cas, ça se passe comme ça : plus j'écris sur moi, plus je m'ouvre à ce qui m'entoure.
(p. 14)
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AVANT CETTE ANNÉE, je n’avais jamais mêlé mes deux professions – enseignant et romancier. Elles étaient deux tenues différentes que j’enfilais au moment opportun. Je pensais qu’il était impossible de les cumuler. Et puis en octobre dernier, un soir, alors que ma collègue de philosophie, Marion Grand, et moi prenions un café dans la salle des profs, après une journée particulièrement éprouvante, elle m’a demandé pourquoi je n’avais jamais organisé d’atelier d’écriture ici, dans cet établissement dans lequel j’enseigne depuis vingt ans. J’ai haussé les épaules, j’ai dit que cela m’avait déjà traversé l’esprit mais que je ne me sentais pas légitime. Elle m’a demandé d’y réfléchir. Pour les terminales. Les littéraires d’abord, bien sûr, mais pas seulement. Sur la base du volontariat. Une heure par semaine ou par quinzaine.
J’ai pensé que nous en resterions là.
Mais elle est revenue à la charge, Marion. Elle est têtue. Elle y tenait. Pour les élèves. Et pour elle, aussi. Parce qu’elle animerait cet atelier avec moi. Elle avait envie d’écrire, elle s’y mettait parfois, mais elle bloquait vite. Elle avait besoin d’un déclencheur, et elle avait décidé que ce déclencheur, ce serait moi. Nous. Un groupe. Une cohorte qui se retrouve pendant soixante minutes dans un coin du lycée, au calme, pour écrire. La proviseure avait trouvé l’idée formidable. Elle aurait voulu qu’on en fasse la publicité mais Marion avait expliqué que nous devions déjà nous assurer d’avoir un minimum de clients. Et puis, il valait peut-être mieux être discret, en fait. Les écrivains prennent mal la lumière. Et certains collègues pourraient mal réagir. Après tout, Marion et moi, nous n’étions pas enseignants de lettres. Eh oui, nous étions des sortes d’usurpateurs.
Toujours est-il que nous avons obtenu un financement en heures supplémentaires et le droit de nous réunir dans une pièce qui ne ressemblait pas à une salle de classe – moquette, tableaux aux murs, atmosphère chaleureuse et même une machine à café. Quand Marion m’a présenté le projet noir sur blanc, j’ai ironisé.
— Ne manquent plus que les participants, alors !
Elle a répliqué qu’elle en faisait son affaire.
Avant même que Marion ne parle du projet aux élèves dont elle avait la charge et moi aux miens, je savais que j’allais accepter. J’ignorais où nous allions. Mais oui, je voulais bien être le capitaine.
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Pendant très longtemps, [ma mère] n'a été qu'une ombre. Bien sûr, elle va mieux, maintenant. Petit à petit, elle a remonté la pente. Mais dans ses yeux, moi, je vois toujours la faille. Et mon père se tient plus courbé aussi. Je suis resté enfant unique. Je fais tout ce que je peux pour rendre mes parents fiers. Pour faire renaître la flamme dans les yeux de ma mère et pour que mon père se tienne droit. Je travaille dur. Je gagne des compétitions. Ils sourient, mais je pense qu'au fond, ils s'en moquent.
(p. 62-63)
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Elle m'a dit un jour que les livres, c'était pour les gens qui n'avaient que ça à s'occuper. Les paresseux, quoi. Les intellectuels. J'ai souri. Parfois, il ne reste que ça à faire. Le sourire peut être l'ultime acte de rébellion.
(p. 122)
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Vidéo de Jean-Philippe Blondel
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