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EAN : 9791093552804
Éditeur : Remanence (01/01/2020)

Note moyenne : 4.17/5 (sur 6 notes)
Résumé :
Parachuté au cœur d’une ruralité dont il ignore à peu près tout, Antoine Duplanquier rejoint la prestigieuse administration préfectorale de l’arrondissement d’Ussel, Haute Corrèze. Notre jeune commis va faire sur le tas l’apprentissage du drôle de métier de sous-préfet, où parfois le rocambolesque le dispute à l’absurde. À la fois réaliste et farce grinçante, Incarner l’État propose une incursion au sein de l’administration française, au plus près du terrain et de c... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
MarcelineBodier
  12 mars 2020
Encore une histoire de fonctionnaire qui s'ennuie, qui n'a rien à faire, qui doit tuer le temps ? Albert Cohen n'a-t-il pas déjà tout dit en nous décrivant la vie d'Adrien Deume dans Belle du seigneur ? Oui, mais là, on n'est pas dans la catégorie d'Adrien Deume, mais dans celle de Solal. Dans celle d'un Solal qui aurait, comme l'original, tous les attributs de la noblesse d'État (et si l'expression n'est pas employée, il y a bien une référence explicite à Bourdieu), mais avec ses journées à remplir, comme Adrien Deume.
Autant dire que ce roman est très plaisant. Il se lit facilement, il fait sourire, il se termine d'une manière qui donne un certain style au titre. On se dit qu'en effet, il n'y a pas qu'une seule façon d'incarner l'État, et que celle qu'a trouvée le héros a son charme jubilatoire.
En outre, l'auteure connaît son sujet. Elle le situe dans une véritable sous-préfecture dont elle le donne le nom (Ussel), on sait sous quel quinquennat l'intrigue se passe (celui de François Hollande, qui rend visite à la Corrèze pendant que Duplanquier y officie). Elle dénonce les comités Théodule, les emplois fictifs à coups de missions bidon, les carrières qui se font parce qu'on a un dossier sur ses ennemis... bon, rien de tout cela n'est nouveau, mais c'est très crédible. Plus finement, l'auteure évoque aussi le jeu des castes à l'intérieur même des grands corps de l'État, dont tous les représentants connaissent les frontières invisibles mais puissantes, tracées en fonction du concours dont on est issu. Ou encore la signification implicite des promotions, qui peuvent correspondre à d'éclatantes réussites ou de cuisantes brimades, selon la trajectoire dans laquelle elles s'inscrivent ou encore le moment où elles interviennent dans une carrière. Bien sûr, il n'y a pas que l'administration qui emploie un double langage, mais on a le sentiment que l'auteure sait décoder celui qui est propre à la haute administration.
Tout cela fournit un décor très séduisant pour un roman : il y a les ors de la République, il y a la noblesse d'État, et puis il y a le fonctionnement en coulisses, évidemment moins reluisant, et le tout fournit un arrière-plan vraiment intéressant.
Je sens bien que la manière dont je m'exprime appelle un "mais"... eh bien il concerne la position d'où s'exprime l'auteure : elle connaît tout cela de l'intérieur, mais le peu d'information qu'on a sur elle ne permet pas de comprendre si son but est de divertir ou de dénoncer, ni de savoir où s'arrête la réalité et où commence la fiction. Cela m'a un peu gênée. Mais dans le fond, sans doute faut-il lire l'histoire d'Antoine Duplanquier au premier degré, prendre plaisir à une manière renouvelée de dénoncer les turpitudes de la haute administration, et ne pas s'empêcher de rire aux déboires d'un Parisien parachuté dans un coin de province qui n'a pas été choisi au hasard. Bref, je suis certaine que ce livre peut trouver son public !
Merci aux éditions de la Rémanence et à Babelio pour l'envoi de cette Masse critique.
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Commenter  J’apprécie          371
mjaubrycoin
  20 février 2020

Alors que les élections municipales approchent et que les programmes des candidats, toujours audacieux et novateurs (!!!) , emplissent les boîtes à lettres et que les visages( radieux) de ceux qui aspirent à diriger les communes s'affichent partout, la lecture de ce bref roman est tout à fait recommandée. Roman ? Ne s'agirait-il pas plutôt d'un essai biographique ? La question se pose tant l'analyse des tribulations du héros est pertinente et crédible en plus d'être terriblement drôle.
Antoine Duplanquier jeune fonctionnaire issu de l'administration territoriale se retrouve nommé sous-préfet en Corrèze et doit mettre de côté ses idéaux et son sens de l'état quand il est confronté aux réalités locales
"avaler des couleuvres, courber l'échine ,cela ne fait-il pas partie du métier...souplesse et loyauté ne sont-elles pas les deux mamelles de la Préfectorale ?"Avec cette première citation, le ton est donné.
Et malheureusement pour le jeune idéaliste, sa hiérarchie ne se montre guère à la hauteur de la noble tâche d' "incarner l'état". .En effet que lui dit le Préfet nouvellement nommé à l'issue d'un cocktail (bien arrosé) de bienvenue :"Caressez les élus et les bouseux dans le sens du poil et vous les conduirez comme un seul homme droit à l 'abattoir;"
Il est vrai que les projets examinés à grand renfort de concertation , comme faire pousser des tomates bio à 800 mètres d'altitude dans les plateaux glacés de Haute Corrèze, ne plaident pas vraiment pour le bon sens des habitants...Il faut cependant contre vents et marées, tenir bon et ne mécontenter personne ("quand la FNSEA tousse, l'Etat obtempère "). L'auteur s'en donne à coeur joie dans sa charge héroîque contre les incohérences administratives, la langue de bois à l'oeuvre dans les discours officiels, le temps perdu en commissions qui ne servent qu'à produire des rapports parfaitement inutiles que personne ne lit...Chacun en prend pour son grade syndicalistes, élus locaux, personnel territorial....
"A quoi sert donc un sous préfet d'arrondissement ?" se demande t'il avant de conclure " je peux désormais tranquillement vous répondre : à rien"
Si ce livre est extrêmement drôle et criant de vérité ,il n'en demeure pas moins qu'il met en évidence des vérités pas toujours bonnes à entendre pour le contribuable qui se désole de voir ses impôts servant à financer ce qu'il convient de qualifier de "gabegie administrative".. le poids des institutions ne contribuerait-il pas à plomber l'avenir économique de notre pays ? Et ce d'autant plus que ceux qui sont investis du pouvoir de gestion des affaires étatiques ne sont pas toujours à l'abri de tout reproche ....
Un problème posé avec un bel humour qui ouvre le champ à la réflexion.
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CathyBorie
  14 février 2020
Toujours curieuse des livres publiés chez cet éditeur (Editions de la Rémanence), j'ai lu "Incarner l'état" poussée par cette curiosité bien plus que par le sujet traité, vers lequel je ne me serais pas tournée spontanément. Les mésaventures d'un sous-préfet nommé en Haute-Corrèze ne me paraissaient pas d'un intérêt irrésistible, même si la Corrèze abrite encore plusieurs membres de ma famille. Pourtant je reconnais que j'aurais eu tort de ne pas m'accorder ces deux ou trois heures de lecture, assez éloignée de mes thèmes favoris. D'abord parce que l'écriture est impeccable, non seulement efficace et agréable mais collant parfaitement au sujet, à la fois soutenue et fluide. Ensuite parce que, grâce au ton alerte du récit, l'on s'identifie assez facilement au personnage, parachuté en Chiraquie et plein de bonne volonté pour remplir ses missions malgré le flou avéré de celles-ci. Enfin parce que, en même temps que les déboires vécus par le héros au gré de ses multiples occupations de sous-préfet, on découvre en détails les petites compromissions et les grosses magouilles qui ont lieu à toutes les strates de l'Etat, et que tout ça est traité à la fois avec un certain recul et beaucoup d'humour, même grinçant. On sent que l'auteure connait parfaitement le milieu qu'elle décrit, et qu'elle a choisi de traiter sous l'angle de la comédie ce qui pourrait parfois se parer d'une gravité inquiétante. En tous cas, je ne me suis pas ennuyée une seconde, et je remercie encore Masse Critique pour cette découverte loin de mes choix habituels.
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YvPol
  23 avril 2020
Émilie Blot, à peine la trentaine, écrit son premier roman sur un monde qu'elle connaît elle qui y a grandi au gré des affectations de son haut-fonctionnaire de père. Étant aux antipodes des ors de la République, je ne peux pas dire si son livre est réaliste, mais tout porte à le croire. de petits arrangements entre amis à services rendus voire compromissions, parce que parfois, coincé, Antoine ne peut pas faire autrement, le jeune homme apprend vite. Les jaloux et envieux peuplent les couloirs des administrations, ceux qui végètent hors de Paris et font tout pour y retourner, ceux qui veulent se faire bien voir du chef quitte à manger son chapeau... C'est très souvent drôle, ironique, sarcastique. L'auteure ne ménage pas ses personnages -fictifs, il va sans dire. Apprendre à faire un discours ? Pfff... facile : "De toute façon, dis-toi bien que t'as déjà la moitié de la salle qui n'écoutera même pas ce que tu vas dire. le plus simple, crois-moi, c'est de faire appel à la bonne vieille méthode à papa : 1, tu remercies ; 2, tu félicites ; 3, tu encourages. Et pour le reste, tu fais du bruit avec ta bouche, comme on dit dans le jargon, tu meubles, tu brodes, en n'oubliant pas, bien sûr, de flatter le dernier orateur." (p. 36)
Émilie Blot s'amuse et nous avec elle des déboires des uns et des bonheurs des autres. Ses portraits sont savoureux : celui du représentant de la FNSEA est un délice et bien trouvé, il incarne tout ce que je pense de ce syndicat qui défend au mépris du bons sens et de la société un modèle agricole daté. Elle caricature (?) et tant mieux, ça me fait rire et je m'essaie ici ou là à retrouver dans ses traits un personnage public. Je n'éprouve ni antipathie ni sympathie générale pour le personnel politique, comme partout certains font bien le job pendant que d'autres profitent, peut-être un peu plus nombreux dans ce monde proche du pouvoir qui grise. Merci Émilie Blot de faire un roman dans ce monde peu exploité pour ce genre et de pouvoir nous faire rire de et parfois avec ces personnes, je ne suis pas certain que cela les fasse s'esclaffer.
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keisha
  20 février 2020
A lire les détails de la vie de l'auteure, je pense qu'elle connaît bien le terrain (elle vit en Limousin, a un père haut fonctionnaire, et après des études de sciences politiques, a connu des missions en collectivités territoriales). J'ajouterai qu'elle possède un joli brin de plume et un bel art de l'humour discret mais efficace.
Faisons donc connaissance avec un trentenaire issu non de l'ENA mais du territorial, envoyé comme sous-préfet à Ussel, Haute-Corrèze. Un coin qu'on imagine verdoyant et rural, et qui a donné à la France deux présidents. Notre jeune homme va devoir jongler avec ses supérieurs et collègues, qui ne vont pas se priver de coups en douce, apaiser les colères des agriculteurs et des ouvriers, caser des familles de syriens, et il finira par se lâcher une nuit (et sans regrets). On vous laisse découvrir comment cela se terminera.
Près de 200 pages jouissives et souvent caustiques, pour 12 euros (je découvre l'éditeur), qui donneront une bonne vision du travail d'un sous -préfet. Encore une bonne pioche Babelio.
Lien : http://enlisantenvoyageant.b..
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
mjaubrycoinmjaubrycoin   21 février 2020
A quoi sert donc un sous-préfet d'arrondissement ? Je peux désormais tranquillement vous répondre : à rien .
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mjaubrycoinmjaubrycoin   21 février 2020
La haute administration n'a rien à envier à l'aristocratie d'antan avec ses titres de noblesse et ses féodalités.
Selon son origine chaque haut fonctionnaire s'inscrit dans un système de hiérarchies plus ou moins formelles ou subtiles mais avant tout déterminées par le sacrosaint classement de sortie d'école.
Commenter  J’apprécie          10

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