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EAN : 9782070388424
108 pages
Gallimard (03/02/1994)
3.89/5   543 notes
Résumé :
"C'est par incapacité de vivre que l'on écrit. C'est par nostalgie d'un Dieu que l'on aime. Un livre, c'est un échec. Un amour, c'est une fuite. Nous ne pouvons entreprendre que de biais, nous ne pouvons vivre que de profil. Nous ne sommes jamais où nous croyons être. Notre désir est voué à l'errance. Notre volonté est sans poids. Parfois quand même, on approche quelque chose. Parfois quand même on reçoit des nouvelles de l'éternel. Le battement des lumières sur un ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (64) Voir plus Ajouter une critique
3,89

sur 543 notes
Telle une voix off d'un journal intime, Christian Bobin, au fil des pages, nous parle tout bas des Choses de la Vie. Amour, solitude, enfance, écriture, lecture et …D.ieu.
11 textes pour se questionner, un peu de philo, juste ce qu'il faut.
Ses mots s'écoulent en prose poétique, font rejaillir des sensations à jamais inassouvies.
Certains font ricochet sur les eaux troubles de nos tourments. D'autres forment une flaque sur le bitume de nos plaies refermées. Tous s'infiltrent dans notre passé refoulé.
Christian Bobin s'adresse surtout à la femme qui enfante, patiente, se lamente… et se contente.
Voir son enfant grandir, lui sourire et puis un jour le voir partir.
« La part manquante », est-ce donc la frustration de constater que, finalement, la Vie ne nous laisse pas choisir ?
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Tellement original,jamais rien lu de semblable,un auteur si particulier.Je ne peux donner que quelques images qui me sont apparues ,de la dentelle, des morceaux de bois, des pierres,du froid,de la buée...des odeurs de feux de bois humides ...et par dessus des sourires d'enfants,des femmes sophistiquées ou rustiques,des pelisses et des draps blancs....une petite musique.... Et moi qui regarde derrière la vitre...toutes ces choses délicatement posees,cette vie.....tellement poétique !
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C'est par une nuit d'insomnie que débute toute lecture. Une insomnie sans whisky, bien que ça rime la nuit. Il y avait un vieux bouquin, tout petit, tout fin, d'un auteur que je ne connais pas, Bobin là aussi ça rime comme un bon verre de vin. Longtemps, je me suis pris ce livre, entre les mains, sans l'ouvrir, juste pour observer la couverture. La photo interpelle, belle, la lumière du noir et blanc, le papier jauni, les vagues qui s'échouent sur le rivage, le regard porté au loin. Et puis Christian Bobin, j'en ai souvent entendu du bien. Alors…

Alors, je lis la première nouvelle, oui, c'est un recueil. Et rapidement j'arrive à la dernière. Il fait froid, toujours nuit, mais le silence est là. J'aime ce silence dans le noir, le meilleur moment de ma vie. Pour les nouvelles, j'ai déjà oublié tout ou presque. de leur histoire, de leur contenu, de leur poésie. Bobin parle de l'amour, parle de l'enfance, parle de Dieu, parle du silence aussi. le silence, ça me parle. Les autres sujets, je ne sais pas, ne sais plus. Il parle de neige, aussi, et j'aime le silence de la neige. L'un est indissociable de l'autre.

J'aime donc la nuit et son silence, écouter juste le chuchotement des pages qui se tournent, comme des flocons de neige qui s'échouent sur le trottoir. J'aime respirer l'âme d'un bouquin jauni, l'âme d'une autre âme lisant un bouquin aussi, le même peut-être, la nuit éventuellement. Pourtant, sur ce coup-là, j'ai merdé, comme d'habitude, parce qu'au final, je n'ai pas ressenti grand-chose à la lecture de ce Bobin, première expérience du nom. J'en ai un second, je lui laisse donc l'occasion d'une seconde chance. Il faut toujours laisser la place à une seconde chance, sinon on risque de le regretter et ma vie ne sera que poussière.
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Je souris, en lisant les avis précédents, l'un n'a rien lu de tel et l'autre : rien aucune émotion. Voilà le constat, Bobin soit on adhère soit on est complètement hermétique. Il faut savoir écouter la petite musique qui bruisse comme les feuilles au vent, il faut se laisser porter par la douceur des phrases, la légèreté des sensations, il faut être sensible à la pensée humble d'un être. Regarder un enfant dans toute son insouciance et innocente et en faire un texte merveilleux comme M Bobin sait si bien le faire. Il faut avoir porter un enfant pour comprendre toute la profondeur et la splendeur du tableau de la femme que nous offre Bobin. C'est la vie simple et profonde à la fois. Il nous chante tous ces faits qu'on ne peut décrire vraiment ni palper ni maîtriser.
Tous ces petits textes nous interpellent et nous faire prendre conscience qu'on est parfois bien trop inconscient : et oui, pour laisser s'échapper de si jolis moments, de si simples bonheurs, des petites bulles d'éternité et de sérénité. Voilà ce qu'est Bobin un maître dans l'art de nous porter vers un monde impalpable, que seuls sans doute les rêveurs, les poètes, les artistes savent y pénétrer par la petite faille de lumière. Là-haut dans le silence d'un monde qui n'appartient qu'à l'instant présent.
Un très joli recueil de textes touchants et tellement vrais. Bobin est plus qu'un poète, c'est aussi un philosophe à sa façon.
Lire Bobin vous offre une parenthèse de bonheur, de sérénité, tout devient différend, et quand dans votre vie il y a comme ça des boulets noirs et lourds, ouvrez Bobin, installez - vous, et lisez, vous regarderez vos boulets d'autre façon, ils vous sembleront déjà moins lourds, moins noirs, peut être même vous parviendrez à les détacher.
Respirez, lisez Bobin, d'ailleurs il a écrit un fort beau texte sur la lecture, une petite merveille.
Extrait sur l'espace dédié.
Merci M. Bobin pour ces instants de pur bonheur de lecture.
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Recueil de onze textes courts dont les thèmes sont chers à l'auteur :

La mère que son enfant quittera en devenant sa part manquante
l'écriture, la lecture
l'enfance
Marguerite Porete
l'homme de pouvoir
l'amour, la jalousie
la neige
le temps que l'on peut croire perdu
et Dieu, bien sûr

Cela peut sembler hétéroclite mais tout est lié par ce même creux, cette même absence que Dieu comble

Chez moi, Christian Bobin fait naître de ses mots des images, mais surtout il fait naître des sentiments, intimes, profonds, parfois indicibles:

« Les bras tendus en arrière, [l'enfant] court après les pigeons ».

Je le vois cet enfant, baigné de soleil, l'esprit vide de tout sauf de sa joie, ses deux bras effectivement et curieusement en arrière, le corps penché en avant et je sens surtout cette joie innocente : la sienne et la mienne aussi de l'observer, de tenter de la partager et finalement de l'envier. Tout ça en dix mots.

Certes je perçois bien que dans ce texte déjà ancien, le Christian Bobin virtuose qui sait si bien ciseler, épurer ses phrases était un peu – j'ose le mot - gauche. Pas beaucoup, juste de quoi trahir sa jeunesse et juste de quoi aiguiser encore plus mon admiration.

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Citations et extraits (191) Voir plus Ajouter une citation
"Ce qu'on apprend dans les livres, c'est-à-dire "je vous aime". Il faut d'abord dire "je". C'est difficile, c'est comme se perdre dans la forêt, loin des chemins, c'est comme sortir de maladie, de la maladie des vie impersonnelles, des vies tuées. Ensuite il faut dire "vous". La souffrance peut aider - la souffrance d'un bonheur, la jalousie, le froid, la candeur d'une saison sur la vitre du sang. Tout peut aider en un sens à dire "vous" , tout ce qui manque et qui est là, sous les yeux, dans l'absence abondante. Enfin il faut dire "aime". C'est vers la fin des temps déjà, cela ne peut être dit qu'à condition de ne pas l'être. La dernière lettre est muette, elle s'efface dans le souffle, elle va comme l'air bleu sur la plage, dans la gorge. "Je vous aime." Sujet, verbe, complément. Ce qu'on apprend dans les livres, c'est la grammaire du silence, la leçon de lumière. Il faut du temps pour apprendre. Il faut tellement de temps pour s'atteindre. "
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On n'apprend que d'une femme. On n'apprend que de l'ignorance où elle nous met quant à nos jours, quant à nos nuits. Le temps passe. La durée amoureuse n'est pas une durée. Le temps passé dans l'amour n'est pas du temps, mais de la lumière, un roseau de lumière, un duvet de silence, une neige de chair douce. Un jour la jalousie vient. Le tableau de maître a changé. Les couleurs ont fraîchi. L'essentiel est passé au second plan, dans un coin d'ombre. On voit sans voir encore. Avec la jalousie revient le temps, l'éternité mauvaise. Vous ne choisissez pas la jalousie, pas plus que vous n'avez choisi l'amour. Vous entrez dans ces terres étrangères de vous-même, dans ces zones frontalières où plus rien n'est voulu, ni pensé. Vous êtes seul mais vous n'êtes pas seul dans votre solitude. Vous êtes en proie à la pensée errante. C'est une pensée qui ne sait pas atteindre ce qu'elle pense, qui ne désire surtout pas atteindre ce qu'elle pense, le porter au plein jour. On dirait une pensée qui fuit quelque chose et qui n'est occupée que de cela qu'elle fuit, qu'elle cherche. Quelle cherche en le fuyant.
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Ce fouillis des chambres d'enfants, vous le retrouvez dans la chambre d'écriture. Cette manie de garder près de soi une brindille, une pierre, un silence, vous la retrouvez dans l'histoire de Pascal, dans l'histoire dite du Mémorial : dans la nuit du lundi 23 novembre 1654, Pascal écrit quelques phrases qui n'iront dans aucun livre. Il note une chose qu'il a vue d'un regard pour toujours. Il retient une lumière dans cette nuit-là pour toute la nuit du monde. C'est une étoile au front de Dieu. C'est un soleil dans l'encre noire. Il écrit sur un papier qu'il coud ensuite dans la doublure de son pourpoint. Les déliés de l'encre sont désormais invisibles pour quiconque, et d'abord pour leur auteur. Du moins peut-il, par une légère pression de la main sur l'étoffe, entendre le froissé du parchemin. Huit années passent. Huit années glissent sur le grain du papier sans le corrompre. Le 19 août 1662, à une heure du matin, Pascal agonise. Il est comme un enfant, perdu dans une école glacée et vide. Il meurt et s'égare dans les milliers de jours où tout renaît, sans lui. L'effacement de cet homme sous un peu de terre, puis, plus profond encore, sous son propre nom, nous a rendu sa pensée familière. Nous avons rassemblé ses écrits dans le fond d'un livre. Nous avons appris à entendre ses paroles dures comme l'or. Mais la grâce nous fait défaut, qui nous permettrait de lire cette feuille de novembre 1654 - cette mince cloison de papier entre son cœur et le monde. Cette feuille de trois fois rien. Elle lui mangeait ses forces. Elle lui donnait comme un corps de lumière, brûlé jusqu'au sang. Elle faisait de son cœur une chambre d'enfant, d'un désordre incroyable.
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Le reste n'est rien. Le reste c'est tout ce qu'on jette dans les jours de colère, dans les heures de rangement. Il y a ceux qui jettent. Il y a ceux qui régulièrement mettent leur maison à sac, ou le réduit d'une mémoire, le recoin d'un amour.[...] Et il y a ceux qui gardent. Ils entassent dans un tiroir, dans une parole, dans un amour. Ils ne perdent rien. Ils disent : on ne sait jamais. [...] Ceux qui gardent comme ceux qui jettent seront égaux devant l'objet unique, devant la chose qui tiendra lieu de toutes les choses.
Ceux qui se délivrent comme ceux qui s'encombrent. Il y a toujours une chose qu'on ne jette en aucun cas. Ce n'est pas nécessairement une chose. [...] C'est une chose dont on s'éprend sans raison, sans besoin. C'est une fidélité silencieuse à ce qui passe et demeure.
p. 57
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Pour s'éprendre d'une femme, il faut qu'il y ait en elle un désert, une absence, quelque chose qui appelle la tourmente, la jouissance. Une zone de vie non entamée dans sa vie, une terre non brûlée, ignorée d'elle-même comme de vous. Perceptible pourtant, immédiatement perceptible.
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Vidéo de Christian Bobin
Avec Catherine Cusset, Lydie Salvayre, Grégory le Floch & Jakuta Alikavazovic Animé par Olivia Gesbert, rédactrice en chef de la NRF
Quatre critiques de la Nouvelle Revue Française, la prestigieuse revue littéraire de Gallimard, discutent ensemble de livres récemment parus. Libres de les avoir aimés ou pas aimés, ces écrivains, que vous connaissez à travers leurs livres, se retrouvent sur la scène de la Maison de la Poésie pour partager avec vous une expérience de lecteurs, leurs enthousiasmes ou leurs réserves, mais aussi un point de vue sur la littérature d'aujourd'hui. Comment un livre rencontre-t-il son époque ? Dans quelle histoire littéraire s'inscrit-il ? Cette lecture les a-t-elle transformés ? Ont-ils été touchés, convaincus par le style et les partis pris esthétiques de l'auteur ? Et vous ?
Au cours de cette soirée il devrait être question de Triste tigre de Neige Sinno (P.O.L.) ; American Mother de Colum McCann (Belfond), le murmure de Christian Bobin (Gallimard) ; le banquet des Empouses de Olga Tokarczuk (Noir sur Blanc).
À lire – Catherine Cusset, La définition du bonheur, Gallimard, 2021. Lydie Salvayre, Depuis toujours nous aimons les dimanches, le Seuil, 2024. Grégory le Floch, Éloge de la plage, Payot et Rivages, 2023. Jakuta Alikavazovic, Comme un ciel en nous, Coll. « Ma nuit au musée », Stock 2021.
Lumière par Valérie Allouche Son par Adrien Vicherat Direction technique par Guillaume Parra Captation par Claire Jarlan
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Les femmes
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