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EAN : 9782072970207
1024 pages
Gallimard (06/10/2022)
4.52/5   24 notes
Résumé :
« Ce n’est pas pour devenir écrivain qu’on écrit.
C’est pour rejoindre en silence cet amour qui manque à tout amour.
Je m’assieds devant la table d’écriture et je laisse venir à moi les différentes régions du ciel. »

Ce volume contient:
L’eau des miroirs - Souveraineté du vide - L'Enchantement simple - Le Huitième Jour de la semaine - Lettres d'or - La part manquante - Le Colporteur - Éloge du rien - Une petite robe de fête - Le ... >Voir plus
Que lire après Les différentes régions du cielVoir plus
Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Christian Bobin est mort.
C'est bien triste, mais quand j'écris cette critique et lorsque j'ai lu les pages de ce livre, c'est le cas depuis quelques semaines.
Ce recueil d'oeuvres prend alors une autre tournure, puisqu'on sait qu'après le Muguet Rouge, on ne lira plus rien de neuf de Bobin, même si sûrement Gallimard va nous ressortir de derrière les fagots des textes inédits, impubliés, des cartons, des cahiers, ou que sais-je. Mais l'on aura plus le plaisir de se dire "ah, vivement le prochain, voyons voir ce que ce sera !"
Et ça, c'est inestimable.

J'avais ce livre sans avoir regardé ce qu'il contenait, en vrai. Et donc, seule L'Eau des Miroirs était absente de ma bibliothèque.
Quelques remarques sur l'édition: Quarto est passé au lavage à 90°C, l'édition a rétrécie avec l'augmentation du prix du papier, et la couverture a changée de granulométrie. Pour le reste, c'est le même papier très fin à l'intérieur.
Les textes choisis sont plutôt des très bon de Bobin (mais en existe-t-il des mauvais ?), on peut donc se jeter sur ce Quarto sans hésiter pour attaquer l'auteur dans le vif et le beau.

Le texte inédit est assez surprenant, puisque le narrateur est une femme qui part de son suicide pour raconter une expérience amoureuse avec un auteur qui pourrait être... l'auteur lui même !
Le style est déjà celui du Bobin futur, des phrases limpides, des mots simples, de la poésie à tous les étages, des sentiments un peu partout, la vie simple et l'écoulement mélancolique et amoureux du temps. Et un refus de la société, des compromis.

Je relirais sous peu les autres textes, notamment le "dialogue" avec Soulages, disparu lui aussi et la Plus que Vive qui m'avait plus que marqué. Tu vas nous manquer.
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Cette critique ne porte que sur la première nouvelle du recueil, "L'eau des miroirs", seul inédit du volume Quarto qui reprend les principales oeuvres de Christian Bobin.

Bobin ne l'aimait pas : il la trouvait trop bavarde.

Elle met en scène le suicide d'une femme que son amant a quitté.

C'est une histoire d'amour un peu échevelée, presque romantique, au style très enrichi.

Ecrit par tout autre, elle eût été magnifique. Mais je comprends que le regard rétroactif de Christian Bobin sur cette oeuvre l'ait mis mal à l'aise : elle ne ressemble pas à son projet d'écriture : il s'en explique dans la préface.
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Merveilleuse tranche de dimanche après-midi pluvieux qu'écouter France Inter sous la couette, en pénombre prononcée, avec douce rythmique offerte par les gouttes tambourinantes, sur le vague à lames des volets, en compagnie de Christian BOBIN et de ses Deux invités.
M E R C I.
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Coup de coeur !
Merveilleux recueil de textes de Christian Bobin ! le livre débute par quelques écrits d'auteurs plus ou moins anciens, ainsi que des photos, en rapport avec le Creusot et Christian Bobin.

Le premier texte, L'eau des miroirs, est un inédit datant de 1980 ; se glissant dans la peau et l'esprit d'une jeune femme, C. Bobin raconte avec sensibilité et intelligence - mais sans aucune mièvrerie ni lourdeur - l'impossibilité de poursuivre sa vie pour celle qui a été quittée. Elle ne semble pas en vouloir à l'homme qu'elle aimait tant et qui parti ; elle dit simplement leur histoire, et c'est une histoire magnifique !

Un poète n'écrit pas de façon "commune" ; il a une richesse intérieure, une philosophie de vie, un répertoire de mots qui font que chaque phrase est une surprise. On sait de quoi il parle tout en faisant face à l'inattendu dans cette écriture qui nous pénètre profondément...
C'est très beau, enthousiasmant, enivrant !

Extrait p 98 : "Ce n'était pas une histoire. Il ne s'y passait rien. Que le vent, les brumes satinées de l'aube, la traîne mordorée des saisons. Les bouquets de buée ou de lilas sur le coin de la fenêtre. Nous ne sortions que très peu, et souvent pour fuir la ville, pour aller dans les campagnes et nous y regarder comme dans une glace, voir sur les arbres, les herbes et les eaux les progrès de notre amour."

Les écrits sont classés par ordre chronologique ; le suivant date de 1985 et fera l'objet d'une autre critique...
Lien : https://www.les2bouquineuses..
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Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
Ce n'était pas une histoire. Il ne s'y passait rien. Que le vent, les brumes satinées de l'aube, la traîne mordorée des saisons. Les bouquets de buée ou de lilas sur le coin des fenêtres. Nous ne sortions que très peu, et souvent pour fuir la ville, pour aller dans les campagnes et nous y regarder comme dans une glace, voir sur les arbres, les herbes et les eaux les progrès de notre amour. Il nous suffisait de frôler les choses pour qu'elles soient un instant embellies par notre fièvre, gagnées par la même paix, par le même mal. Des rues, des quartiers, nous ne fréquentions que les eaux souterraines, profondes. Ruelles, passages dérobés à la nonchalance des promeneurs, à leur vision distraite et pressée, cours intérieures, jardins suspendus, en nacelles, en corbeilles, en volières. Rien ne nous arrivait, que l'essentiel.
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C'est avec le stylet que tu m'avais offert, et dont j'usais pour ouvrir les pages de ces vieux livres que j'aimais tant, que je viens, doucement, de m'ouvrir les veines. Je n'ai pas relevé les manches de ma robe. La lame s'est enfoncée d'abord dans le tissu, puis dans la peau, enfin dans la chair profonde. Je suis allée du plus lointain au plus proche. La résistance diminuait progressivement, devenait bientôt nulle : j'ai très bien senti le sang surgir, ruisseler, tiède comme un duvet, comme une écume de mûres ou de framboises. Comme une fleur qui se déploye, légèrement incisée par le premier soleil.
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La porte rouge



Je marchais dans la rue des Martyrs au Creusot, comblé par la vue d’une mousse sur un muret et des écailles de peinture brune sur une porte. Une ville n’est jamais plus belle que dans ce qu’elle a de fatigué. Le petit soleil blanc de l’automne me montait à la tête. Le dentiste m’attendait. Il me fallait d’abord passer devant un magasin de bonbons à l’enseigne de « La Chique », puis tourner dans une impasse au fond de laquelle brillaient des merveilles oubliées - vieux garages aux murs de briques vineuses, hautes herbes jaunes dansant leur sabbat. Ensuite grimper un escalier étroit comme une certitude, entrer et m’asseoir devant une table proposant ses journaux flétris. J’avais emmené avec moi un livre du poète Jean Follain. Une lumière de vin de paille traversait les vitres imprécises de la salle d’attente. Tout ce que nous vivons espère être nommé. La lumière du ciel venait au Creusot chercher son nom dans le livre d’un poète mort à Paris le 10 mars 1971 à minuit dix, renversé par une voiture, quai des Tuileries. La poésie dispute ses proies aux ténèbres. Tout ce qu’elle touche s’enflamme. Elle le touche à peine, du bout des doigts, femme impure des Évangiles qui effleure la frange du manteau du Christ et s’en découvre guérie. Chaque seconde est éternelle. Le dentiste, m’appelant par mon nom, ouvrait la porte et s’effaçait, préfigurant le geste qu’aura l’ange au jour ordinaire de ma mort pour me laisser passer.


p.746
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Tu n'entrais pas en moi aussitôt. Tu goutais d'abord l'odeur et les sucs qui étoilaient ma peau. Membrane de libellule que tu ne rompais pas, que tu ne froissais pas. Que tu buvais. Parfums et sucs du temps au-delà du temps. Velours, soies, draperies de lys. Ton odeur épousait la mienne, s'y fondait. Tu frémissais et t'émouvais de ce que tu ne dévorerais pas, de ces saveurs de mets, de ces gâteaux de rosée et de sang qui s'offraient aux yeux, qui se donnaient tout entiers en ne livrant que leur ordonnance visible, leur secrète essence...
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Vous ouvrez le livre un vendredi soir, vous atteignez la dernière page un dimanche dans la nuit. Après il faut sortir, retourner dans le monde. C'est difficile. C'est difficile d'aller de l'inutile, la lecture, à l'utile, le mensonge.

(Une petite robe de fête)
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Vidéo de Christian Bobin
Avec Catherine Cusset, Lydie Salvayre, Grégory le Floch & Jakuta Alikavazovic Animé par Olivia Gesbert, rédactrice en chef de la NRF
Quatre critiques de la Nouvelle Revue Française, la prestigieuse revue littéraire de Gallimard, discutent ensemble de livres récemment parus. Libres de les avoir aimés ou pas aimés, ces écrivains, que vous connaissez à travers leurs livres, se retrouvent sur la scène de la Maison de la Poésie pour partager avec vous une expérience de lecteurs, leurs enthousiasmes ou leurs réserves, mais aussi un point de vue sur la littérature d'aujourd'hui. Comment un livre rencontre-t-il son époque ? Dans quelle histoire littéraire s'inscrit-il ? Cette lecture les a-t-elle transformés ? Ont-ils été touchés, convaincus par le style et les partis pris esthétiques de l'auteur ? Et vous ?
Au cours de cette soirée il devrait être question de Triste tigre de Neige Sinno (P.O.L.) ; American Mother de Colum McCann (Belfond), le murmure de Christian Bobin (Gallimard) ; le banquet des Empouses de Olga Tokarczuk (Noir sur Blanc).
À lire – Catherine Cusset, La définition du bonheur, Gallimard, 2021. Lydie Salvayre, Depuis toujours nous aimons les dimanches, le Seuil, 2024. Grégory le Floch, Éloge de la plage, Payot et Rivages, 2023. Jakuta Alikavazovic, Comme un ciel en nous, Coll. « Ma nuit au musée », Stock 2021.
Lumière par Valérie Allouche Son par Adrien Vicherat Direction technique par Guillaume Parra Captation par Claire Jarlan
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