AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
EAN : 9782072866586
Éditeur : Gallimard (03/10/2019)

Note moyenne : 3.71/5 (sur 85 notes)
Résumé :
«Je me moque de la peinture. Je me moque de la musique. Je me moque de la poésie. Je me moque de tout ce qui appartient à un genre et lentement s’étiole dans cette appartenance. Il m’aura fallu plus de soixante ans pour savoir ce que je cherchais en écrivant, en lisant, en tombant amoureux, en m’arrêtant net devant un liseron, un escargot ou un soleil couchant. Je cherche le surgissement d’une présence, l’excès du réel qui ruine toutes les définitions. Je cherche ce... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (32) Voir plus Ajouter une critique
berni_29
  27 décembre 2019
Sous le sapin de Noël, il y eut ce cadeau merveilleux offert par ma fille...
Le titre est sobre, un prénom suivi d'une virgule ; il sonne comme un chuchotement, une confidence...
Pierre, c'est une lettre écrite par Christian Bobin, adressée au peintre Pierre Soulages pour lui dire son admiration. Sa longévité, tout de même : cent ans depuis le vingt-quatre décembre dernier !
C'est une lettre d'amour, les mots chantent ici comme un ruisseau. C'est une lettre d'amour pour la peinture de Pierre Soulages.
« On ne crée que pour guérir d'une angoisse ».
Pierre Soulages peint ce qui nous ressemble, ce que nous sommes. Les mots de Christian Bobin le disent mieux que personne.
Pierre Soulages peint la lumière, alors que d'autres pensent qu'il peint du noir.
Le noir de Pierre Soulages absorbe. Absorbe les maux de la terre.
Christian Bobin nous dit que Pierre Soulages ressemble à Blaise Pascal, comme ses pensées qui nous remettent debout, criblent nos vies de lumière, nous permettant de mieux affronter la mort qui vient toujours trop tôt.
Derrière l'apparence de ténèbres, il y a dans chaque œuvre de Pierre Soulages une respiration.
Noircir une feuille de papier blanc, tout est peut-être parti de ce geste d'un enfant.
« Penser qu'un homme a passé sa vie à chercher quelque chose dans sa nuit, a fait sa nuit – par brisures, fractures, féroces patiences – de la lumière".
Qui mieux que Christian Bobin pourrait dire la lumière qui jaillit des griffures dans le noir que peint Pierre Soulages. Ce sont des interstices où la vie s'introduit, s'immisce, naît, renaît.
J'aime cette idée de griffures. J'adore les griffures. Elles sont autant de traits de lumière, inversant les ténèbres.
C'est un noir qui invite la nuit.
Pierre, c'est bien plus qu'une lettre, bien plus qu'un prénom. C'est un voyage.
C'est un portrait intime, celui d'un ami.
Le noir de Pierre Soulages est un noir, bien qu'effrayant, qui inspire la bonté, la charité. Un noir qui inspire Christian Bobin, comme la vision de la neige.
Sans doute, comme l'évoque Christian Bobin, ce vertige est dans l'âme de celui qui les contemple.
Parfois le noir appelle le feu. Soulève le soleil. Répare ce qui nous manque d'essentiel. Écarte le rideau qui nous cache la lumière absente.
Combien faut-il de rails, de routes, de cailloux pour parvenir à la lumière qui tend ses yeux vers nous ?
Christian Bobin prend un train pour rendre visite à Pierre Soulages, à Sète, ville où sont enterrés Paul Valéry et Georges Brassens.
La vie fut-t-elle si proche de ce voyage ?
Christian Bobin nous partage son émotion, nous fait entrer dans cette intimité avec ses mots. Nos yeux sont emplis d'oiseaux. C'est beau.
J'ai rencontré Pierre Soulages au travers des vitraux de l'abbatiale de Conques. J'ai rencontré sa nuit, sa lumière, ses griffures. Je marchais sur le chemin de Compostelle. Il m'a invité à entrer dans l'abbaye de Conques pour que je puisse comprendre la magie de cette lumière.
Le noir de Pierre Soulages soulève la neige, éteint les bavardages, fait trembler le reste de la terre.
Fait trembler les mots de Christian Bobin.
Éteint peut-être l'inutile lumière qui nous aveugle sans cesse.
« Quel bonheur cette solitude, cette paix, ce noir ».
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          5716
dancingbrave
  08 février 2020
Mais comment peut-on écrire si.... magnifiquement ?
L'immense talent assurément. Mais, comme il le sous-entendrait sans doute lui-même, il y a autre chose en plus – une grâce, un souffle, une lumière…
Chaque mot de chaque phrase de chaque chapitre résonne et raisonne en moi.
Heureusement cet ouvrage est bref - Plus long il serait un tel ébranlement – alors pour bien en profiter et ménager mes émotions, j'ai pris le temps de lire en laissant les pauses faire leur oeuvre de macération, de rumination pour qu'il opère dans mon coeur.
Christian Bobin a simplement écrit ce livre pour son ami Pierre Soulages. Et moi je plonge et me noie dans ses mots. le flot du verbe m'entraîne vers l'Outrenoir, vers l'outre amitié. Il se faufile entre certaines évidences triviales les éclaboussant de gouttes dans lesquelles se reflète Dieu.
Que ce mot ne vous effraie pas.
Ce n'est pas une catéchèse et Christian Bobin n'est pas un prosélyte.
S'il cherche à nous révéler quelque chose, ce ne sont que ses doutes et son intuition.
Il y a dans les Outrenoirs de Pierre Soulages de la lumière et Christian Bobin guète et aime la lumière. Il y voit plus que la simple lumière, il y voit quelque chose qu'il ne nomme pas mais qui l'ébloui et le comble.
Moi je n'ai pas peur de l'évoquer ce mot, Il est une telle évidence dans l'oeuvre de Christian Bobin que j'aime tant, qu'il m'est devenu intime.
Que dire de plus de ce livre que j'aurai du mal à refermer définitivement ?
Rien…
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          4411
Frederic524
  02 janvier 2020
"Pierre", c'est par son prénom que Christian Bobin choisi de s'adresser à l'un des peintres français vivant les plus connus mondialement : Pierre Soulages. Celui-ci a bâti autour du noir une oeuvre radicale Il écrit à l'homme en noir, à l'ami : "Je me contente pour te voir de mon coeur" lui dit-il. Une proximité, une intimité s'instaure entre l'écrivain, l'artiste et le lecteur. Un récit extrêmement court pour une méditation, une réflexion de l'écrivain sur son rapport à l'artiste, à son oeuvre. Mais c'est aussi l'occasion pour Bobin d'interroger son rapport à la mort. Au détour d'une phrase, d'un questionnement, Christian Bobin nous amène à penser avec notre coeur, à nous émerveiller avec la sincérité, la simplicité du regard d'un enfant. de livre en livre, Bobin creuse son sillon , imperturbable poète. Christian Bobin, ce tailleur de mots qui les peaufinent, les sculptent comme des oeuvres d'art. Ses livres ne sont pas des cathédrales de pierres froides et figées mais bien plutôt une chaumière avec des pierres bien vivantes, ensorcelantes, avec à l'intérieur, un grand feu qui réchauffe les coeurs. Les mots de Bobin ruissellent et ses livres peu à peu forment des rivières de mots qui coulent dans cette immense chute d'eau qu'est l'imaginaire. Si, tout comme moi, vous apprécié l'oeuvre de l'écrivain, nul doute que ce "Pierre", sorti chez Gallimard, saura occuper une place de choix dans votre bibliothèque. Vertigineux.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          394
saphoo
  07 décembre 2019
Une promenade au pays des mots de Christian Bobin est toujours un réel plaisir, plénitude, sérénité, méditation. Un jardin de fleurs au senteur simple, campagnard, vrai. Il nous offre en cette nuit si particulière de Noël, un voyage vers Pierre Soulages. C'est par petites touches que l'auteur nous convie et dévoile ses rapports avec ce peintre.
Ne vous attendez pas à une biographie de Pierre Soulages, loin de là, c'est juste un aller retour de Creusot à Sétes par le train de nuit, et hop, un taxi qui vous dépose à la grille de la demeure de Pierre Soulages. Et pourquoi donc cette nuit ? Et bien vous le saurez quand vous dégusterez cette petite merveille.
Un beau récit qui ressemble à son auteur, simple, sans prétention, poétique et humble.
Commenter  J’apprécie          350
Litteraflure
  18 novembre 2019
Le jour de Noël, les âmes en peine broient du noir. Christian Bobin, lui, s'en remet à Pierre. D'un naturel casanier, porté sur l'introspection, il se fait doucement violence et s'engouffre dans l'hiver, en quête du peintre centenaire. le temps du voyage, il nous parle de Soulages, de son oeuvre, de ce qu'il doit à la vie, de ce qu'il attend de la mort. Bobin est un poète, un mystique, un funambule nostalgique qui oscille entre l'admiration du monde et l'horreur que ses formes contemporaines lui inspirent. Dans les Outrenoirs de Soulages, Bobin trouve la paix et la sérénité. Il se fatigue des images et des paroles (« Radotages qui font le monde. Un bâillon de mots qu'on nous fourre dans la bouche » - p41). Il rejette avec force le consumérisme dont les gares, par exemple, sont devenues les temples (« Les mendiants roumains sont mille fois moins brutaux que les publicitaires » -p38). L'absolu et la vérité, privés de toutes contingences humaines sont au bout de l'émerveillement : « il y a une réalité infiniment plus grande que toute réalité, qui froisse et broie et enflamme toutes les apparences ». Je n'avais pas lu cet auteur depuis son roman « le très-bas ». Tel un moine sublimant ses enluminures, Christian Bobin ciselle ses phrases, les polit, en extrait l'essentiel. Il ne justifie son existence que par cet acte de création, vu comme un acte de résistance (« Pour tenir face à la mitraille du néant, pour ne pas se coucher de lassitude sur la terre meuble des conventions, on écrit, on compose, on peint »). Si ce livre m'a comblée par son exigence et sa beauté, ses intentions m'interrogent. J'ai cru ressentir de l'aigreur, du renoncement, voire un soupçon d'agacement. La peur d'être incompris ? Certaines tournures de phrase m'ont laissée perplexe : « (…) sur la route qui s'essouffle d'être montrée jusqu'à ton portail et qui se tait maintenant, sa respiration goudronnée entravée par du gravier ».
Bilan : 🌹
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          260


critiques presse (2)
Actualitte   30 décembre 2019
Ni biographie excessive, ni essai tronqué, mais un chant admiratif, voire impulsif, qui n’invente pas forcément la romance, encore qu’il faille être prudent sur le sens de cette expression.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LaPresse   20 décembre 2019
Il y a des livres qui rendent heureux. Ceux de Christian Bobin en font partie. En marge du centenaire de Pierre Soulages, l’auteur de L’homme-joie consacre son plus récent ouvrage au célèbre peintre français.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Citations et extraits (128) Voir plus Ajouter une citation
berni_29berni_29   28 décembre 2019
Les morts ne sont pas plus loin de nous que les vivants. Le train de nuit perfore cette pensée. Elle tend ses vitres d'un velours noir. Je vais vers toi. Il fait froid. Le cœur est ce feu qui maintient les loups hors du cercle de notre vie. Je ne sais si je pourrai voir ton visage au terme de ce voyage. C'est égal. Ton visage est en moi, résumé par deux yeux étonnés dans le brouillard du monde. Les morts ne sont pas plus loin de nous que les vivants. J'aime cette pensée inconnue venue vers moi avec son écharpe de froid. Ce que j'appelle penser, c'est être appelé, convoqué soudain par une parole qui ne se forme ni dans le cerveau ni dans la bouche, mais dans cet abîme que nous portons en nous, où nous n'allons jamais, ce puits sans fond d'où montent des voix d'enfants et des étoiles, le cœur. Je suis au bord de tout comprendre. Cela m'arrive mille fois par jour. Au bord, pas plus - comme l'archéologue penché sur les miettes d'un papyrus, ou le tout-petit sur le visage de sa mère endormie, pure, très pure énigme du dieu qui s'absente. Les morts ne sont pas plus loin de nous que les vivants. Je voyage dans cette parole. Elle sert mes tempes, elle va durer trois heures, le temps du trajet.

Aller vers ceux qu'on aime, c'est toujours aller dans l'au-delà.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          140
ninachevalierninachevalier   25 février 2020
Le dos du siège devant moi - c'est un siège vide, il n'y a que trois âmes dans le wagon- est le mont Fuji.
Cette nuit j'écris sans papier, sans feutre, sans rien que ma pensée nue appuyée à la vision de l'inatteignable mont Fuji, à cinquante centimètres de mon visage. Mon sac à mes pieds est un chien poussiéreux. Tout est poussière dans ce train sans contrôleur: les vitres épaisses, les accoudoirs gris, mon passé, mon présent, mon avenir. N'existent que le dos du siège avant, un rempart pour agoraphobe, garde-fou pour nouveau-né - et ma pensée du temps qui nous arrache à nos morts et soudain nous mène à eux.
Comment écrivez-vous?A l' oreille et au coeur. J'écris sous la dictée des étoiles qui se taisent et du train qui rumine sa portion de ballast. Je rejoins sans écrire les plus beaux livres. On ne les trouve pas en librairie.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          90
Jean-DanielJean-Daniel   23 décembre 2019
J'ai pour amie principale la neige. Elle me rend visite deux ou trois fois l'an. Elle a d'autres noms que le mien dans son carnet d'adresses. Je ne suis pas jaloux - la neige est l'amante parfaite. J'ai toujours reçu l'amour qu'on m'adressait comme ne s'adressant pas à moi mais à bien plus. La flèche ignore l'air qu'elle fend. Tout amour file vers Dieu, que celui-ci existe ou non.
Commenter  J’apprécie          180
Jean-DanielJean-Daniel   29 juin 2020
Il m’est impossible de penser aux peintures de Soulages comme à des œuvres d’art. Rue de Belleyme dans une galerie parisienne, au musée des Beaux-arts à Lyon, au dernier étage du musée Fabre à Montpellier, dans les grottes du musée Rodez, à Sète même, dans la maison du peintre, je n’ai pas vu de tableaux. J’ai senti une présence. Quelque chose qui s’arrache au néant où nous restons si souvent englués comme mouches sur le brun luisant d’un papier collant. J’entends par néant l’ensemble joli cœur de nos croyances, de nos habitudes et de nos conforts. Enfin quelqu’un vient qui, en se détachant du néant, nous en sauve.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          102
berni_29berni_29   31 décembre 2019
Et si on ouvrait un livre avec l'espoir non conscient de mourir de joie ? C'est ainsi que j'étais à sept ans. Et si on ne regardait un tableau que dans l'attente de voir une porte s'ouvrir en nous, sur nous ? C'est la part muette des individus qui me passionne - ce beau visage qu'ils ont quand ils ne se savent pas regardés. L'intérêt des livres, c'est qu'ils taillent nos yeux, retendent la chair de nos âmes. Je lis pour être réduit à mon épure. Je regarde un tableau ou j'écoute une Partita de Bach pour la même raison.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          102

Videos de Christian Bobin (62) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Christian Bobin
L'émission “Du jour au lendemain” (qui a pris fin il y a peu), était animée par Alain Veinstein et diffusée du lundi au vendredi sur les ondes de France Culture. Le 19 avril 2014, Alain Veinstein recevait le poète français Christian Bobin pour son roman “La grande vie” (Gallimard).
Thèmes : Littérature| Littérature Contemporaine| Poésie| Christian Bobin
Source : France Culture
autres livres classés : poésieVoir plus
Notre sélection Littérature française Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox






Quiz Voir plus

Complétez les titres des oeuvres de Christian Bobin

Ce que disait l'homme qui n'aimait pas...

Les femmes
Les oiseaux
Les souvenirs
Ses semblables

20 questions
66 lecteurs ont répondu
Thème : Christian BobinCréer un quiz sur ce livre