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EAN : 9782072866586
Gallimard (03/10/2019)
3.62/5   172 notes
Résumé :
«Je me moque de la peinture. Je me moque de la musique. Je me moque de la poésie. Je me moque de tout ce qui appartient à un genre et lentement s’étiole dans cette appartenance. Il m’aura fallu plus de soixante ans pour savoir ce que je cherchais en écrivant, en lisant, en tombant amoureux, en m’arrêtant net devant un liseron, un escargot ou un soleil couchant. Je cherche le surgissement d’une présence, l’excès du réel qui ruine toutes les définitions. Je cherche ce... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (42) Voir plus Ajouter une critique
3,62

sur 172 notes

ODP, Au Tableau… noir !

Je sors ma craie et pour une fois, je n'ose pas poser mes mots sur l'ardoise. Puis vient un rayon de soleil qui éclaire le tableau et m'autorise à tracer juste un modeste trait de liaison entre le poète et le peintre centenaire.

Quand Christian Bobin écrit à Pierre Soulages, cela ne ressemble pas à la carte postale envoyée le dernier jour des vacances à sa tata qui pique. Il ne dit pas qu'il a eu beau temps, qu'il a visité tous les lieux communs et apprécié toutes les spécialités locales. le poète ne rapporte pas un cadeau acheté à l'arrache au Duty Free avant d'embarquer. Lui, il écrit. Tellement bien que je ne vais que digresser pour ne pas enlaidir cet hommage.

Christian Bobin partage dans sa lettre son émerveillement et son amitié pour cet artiste qu'il part rejoindre un soir de Noël. Il nous fait profiter de son voyage en train entre le Creusot et Sète à quelques heures du réveillon. Ce n'est pas la suite du crime de l'Orient-Express. Pas davantage une aventure dans le Transsibérien. Je n'aime pas Noël, je sais à peine placer le Creusot sur une carte et, désolé pour les sétois, mais c'est pas sémoi. La beauté de ses cimetières peut néanmoins attirer les morts qui recherchent un joli point de vue et la compagnie de Brassens ou Valery pour occuper l'éternité. Pour les vivants, il reste l'odeur enivrante d'oeuf pourri du Bassin de Thau. Et bien, pourtant, à aucun moment de ce trajet, je n'ai eu envie de me jeter sous le TER.

La lecture de ce court texte a fait suite à ma visite du Musée Soulages à Rodez que je ne peux que conseiller. Et puis il y a de très bonnes cantines à proximité. Fondue au noir ! Ce fut une révélation. Certains ont vu la vierge, d'autres des ovnis, moi, je pense avoir vu l'Outrenoir. J'ai longtemps été hermétique à l'oeuvre de ce peintre car je ne manque jamais de préjugés quand il s'agit d'abstraction. Il a fallu que je me retrouve face à ses tableaux pour comprendre que c'était le reflet de la lumière sur la toile qui faisait l'oeuvre, que les stries qui couvraient la surface n'étaient pas là par hasard mais qu'elles chorégraphiaient l'effet miroir. En résumé, pour une fois, comme la lumière, j'ai réfléchi.

Le livre de Christian Bobin est un très bel hommage à son ami et son écriture bienveillante est comme le ronronnement d'un chat qui dort sur vos genoux pendant que vous lisez… à condition bien sûr que cette bestiole ne soit pas la mienne et ne vous plante pas ses griffes dans la peau par sadisme félin…bécile.

Un plein d'émotions et un train à ne pas rater. Pensez à vous éloigner de la bordure des quais, comme le dit la madame, et des apparences.

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Sous le sapin de Noël, il y eut ce cadeau merveilleux offert par ma fille...

Le titre est sobre, un prénom suivi d'une virgule ; il sonne comme un chuchotement, une confidence...

Pierre, c'est une lettre écrite par Christian Bobin, adressée au peintre Pierre Soulages pour lui dire son admiration. Sa longévité, tout de même : cent ans depuis le vingt-quatre décembre dernier !

C'est une lettre d'amour, les mots chantent ici comme un ruisseau. C'est une lettre d'amour pour la peinture de Pierre Soulages.

« On ne crée que pour guérir d'une angoisse ».

Pierre Soulages peint ce qui nous ressemble, ce que nous sommes. Les mots de Christian Bobin le disent mieux que personne.

Pierre Soulages peint la lumière, alors que d'autres pensent qu'il peint du noir.

Le noir de Pierre Soulages absorbe. Absorbe les maux de la terre.

Christian Bobin nous dit que Pierre Soulages ressemble à Blaise Pascal, comme ses pensées qui nous remettent debout, criblent nos vies de lumière, nous permettant de mieux affronter la mort qui vient toujours trop tôt.

Derrière l'apparence de ténèbres, il y a dans chaque œuvre de Pierre Soulages une respiration.

Noircir une feuille de papier blanc, tout est peut-être parti de ce geste d'un enfant.

« Penser qu'un homme a passé sa vie à chercher quelque chose dans sa nuit, a fait sa nuit – par brisures, fractures, féroces patiences – de la lumière".

Qui mieux que Christian Bobin pourrait dire la lumière qui jaillit des griffures dans le noir que peint Pierre Soulages. Ce sont des interstices où la vie s'introduit, s'immisce, naît, renaît.

J'aime cette idée de griffures. J'adore les griffures. Elles sont autant de traits de lumière, inversant les ténèbres.

C'est un noir qui invite la nuit.

Pierre, c'est bien plus qu'une lettre, bien plus qu'un prénom. C'est un voyage.

C'est un portrait intime, celui d'un ami.

Le noir de Pierre Soulages est un noir, bien qu'effrayant, qui inspire la bonté, la charité. Un noir qui inspire Christian Bobin, comme la vision de la neige.

Sans doute, comme l'évoque Christian Bobin, ce vertige est dans l'âme de celui qui les contemple.

Parfois le noir appelle le feu. Soulève le soleil. Répare ce qui nous manque d'essentiel. Écarte le rideau qui nous cache la lumière absente.

Combien faut-il de rails, de routes, de cailloux pour parvenir à la lumière qui tend ses yeux vers nous ?

Christian Bobin prend un train pour rendre visite à Pierre Soulages, à Sète, ville où sont enterrés Paul Valéry et Georges Brassens.

La vie fut-t-elle si proche de ce voyage ?

Christian Bobin nous partage son émotion, nous fait entrer dans cette intimité avec ses mots. Nos yeux sont emplis d'oiseaux. C'est beau.

J'ai rencontré Pierre Soulages au travers des vitraux de l'abbatiale de Conques. J'ai rencontré sa nuit, sa lumière, ses griffures. Je marchais sur le chemin de Compostelle. Il m'a invité à entrer dans l'abbaye de Conques pour que je puisse comprendre la magie de cette lumière.

Le noir de Pierre Soulages soulève la neige, éteint les bavardages, fait trembler le reste de la terre.

Fait trembler les mots de Christian Bobin.

Éteint peut-être l'inutile lumière qui nous aveugle sans cesse.

« Quel bonheur cette solitude, cette paix, ce noir ».

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« Dans le donjon blanc vit l'amant du noir. »

Quoi de plus fort qu'un livre dont le titre est un prénom suivi d'une virgule, pour mieux rendre hommage à son ami centenaire ?

Christian Bobin écrit son roman comme s'il commençait une lettre.

C'est beau. Simplement beau.

Sa plume ondule comme un envol au souffle de son auteur.

« Il me reste quelques heures pour t'apporter la nuit du coeur. Tu passes dans ce livre comme au ciel les nuages que j'aime tant. »

La nuit du coeur a double sens, puisqu'il s'agit d'un ouvrage de l'auteur, dans lequel il a séjourné dans un hôtel donnant sur une abbaye où les vitraux sont signés Pierre Soulages.

En dehors de leur beauté, les textes de Bobin sont chargés de références. Il n'est cependant pas essentiel de bien les connaître pour apprécier la lecture. La preuve, je ne suis pas une puriste et j'ai pourtant passé un somptueux moment.

Hormis quelques citations saisies au hasard, Pierre, est le premier ouvrage que je lis de l'écrivain.

Comment le décrire ? Bobin se situe entre l'essai philosophique, la prose poétique et le journal touchant l'intime. Méditatif et rêveur...

« D'être seul fait devenir tout. » Vous avez quatre heures…

Qu'en est-il de son lien avec Pierre Soulages ?

Christian Bobin a du peintre la fièvre du vernissage. Il dévoile ses mots tels des fragments de lune, des pages gorgées d'étoiles. Il le dit lui-même « La grâce est dans les intervalles. »

Auteur contemplatif, son écriture s'apprécie comme une toile.

Pierre, ce sont plein de petits tableaux suspendus aux pages. Prenez vos billets d'entrée, l'exposition commence.

« Il m'est arrivé d'accrocher mon âme à des buissons. »

Pierre, pourrait se découvrir par la fin ou se déguster par échantillons. Ce livre a le désir de m'accompagner n'importe où, avec le plaisir de pouvoir être ouvert au hasard, pour en lire un court passage le temps d'un moment.

Pierre, n'est pas loin de me cueillir pour une séance de relaxation. J'adorerais entendre les textes de Christian Bobin repris en musique par nos meilleurs chanteurs et chanteuses francophones.

Inspirant, son style est sonore et visuel.

Pierre, c'est aussi l'appréciation de l'instant présent.

La virgule témoigne,

La virgule soulage,

La virgule aime,

Elle ondule et se balance la virgule,

Pierre, la virgule épouse la majuscule,

Noctambule, elle déambule...

La nuit, parlons-en… Christian Bobin souligne l'importance du noir. Ainsi la profondeur de la nuit est mise en lumière, tel un doux clair-obscur…

« La poésie est le noir du langage sur lequel passent les griffes de la lumière. »

Nous pouvons y voir des reflets de poussière dans le vent. Des étincelles d'étoiles.

« Un train m'attendait. Il avait passé la nuit dans une écurie de fer. Une lassitude l'empoussiérait. Les trottoirs écaillés, gris mouette, étaient signés Soulages. Je voudrais écrire un éloge de la poussière. »

« Le vent est la poussière de la lumière. »

La religion tient également un place importante, l'auteur rendant visite à Pierre Soulages le 24 décembre, en voyageant par train la nuit précédant l'anniversaire de son ami.

« Il y a une présence qui a traversé les enfers avant de nous atteindre pour nous combler en nous tuant. »

À plusieurs reprises, l'écrivain se confie en évoquant son père, continuant à vivre à travers son regard, pour marquer le contraste de la vie face à la mort. La lueur face à la pénombre.

Pierre Soulages ayant dépassé les cent ans, c'est aussi une façon d'aborder la fin avec sérénité. Oriflammes du deuil...

« Les yeux de mon père étaient la chambre du soleil. Je l'ai puissamment habitée. Ces yeux sont désormais les miens. Je vis de leur éternité. »

« Il y avait assez d'air entre les mots, assez de nuit sur la toile pour que quelqu'un se saisisse de sa propre vie inachevée. »

À trop chercher la voie lactée, Pierre Soulages finira par voler...

« Un geste me rassure dans cette vie, un seul, c'est appuyer ma main droite contre le tronc d'un arbre, où la faire glisser sur le crâne rasé d'un livre. Dans cette nuit conventionnellement sainte de Noël, inaperçu de tous, j'appuie ma main sur quelques outrenoirs. Ce geste est interdit dans les musées. C'est un blasphème. Son auteur mérite la peine de mort. Je ne respecte rien, Pierre. J'aime. »

Christian Bobin a versé pour vous quelques perles de nuit et de silence. Les silences de pierre.

Je lui laisse la conlusion.

« Tu te tais comme une forêt respire la nuit. »

Lu en août 2021

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Mais comment peut-on écrire si.... magnifiquement ?

L'immense talent assurément. Mais, comme il le sous-entendrait sans doute lui-même, il y a autre chose en plus – une grâce, un souffle, une lumière…

Chaque mot de chaque phrase de chaque chapitre résonne et raisonne en moi.

Heureusement cet ouvrage est bref - Plus long il serait un tel ébranlement – alors pour bien en profiter et ménager mes émotions, j'ai pris le temps de lire en laissant les pauses faire leur oeuvre de macération, de rumination pour qu'il opère dans mon coeur.

Christian Bobin a simplement écrit ce livre pour son ami Pierre Soulages. Et moi je plonge et me noie dans ses mots. le flot du verbe m'entraîne vers l'Outrenoir, vers l'outre amitié. Il se faufile entre certaines évidences triviales les éclaboussant de gouttes dans lesquelles se reflète Dieu.

Que ce mot ne vous effraie pas.

Ce n'est pas une catéchèse et Christian Bobin n'est pas un prosélyte.

S'il cherche à nous révéler quelque chose, ce ne sont que ses doutes et son intuition.

Il y a dans les Outrenoirs de Pierre Soulages de la lumière et Christian Bobin guète et aime la lumière. Il y voit plus que la simple lumière, il y voit quelque chose qu'il ne nomme pas mais qui l'ébloui et le comble.

Moi je n'ai pas peur de l'évoquer ce mot, Il est une telle évidence dans l'oeuvre de Christian Bobin que j'aime tant, qu'il m'est devenu intime.

Que dire de plus de ce livre que j'aurai du mal à refermer définitivement ?

Rien…

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"Pierre", c'est par son prénom que Christian Bobin choisi de s'adresser à l'un des peintres français vivant les plus connus mondialement : Pierre Soulages. Celui-ci a bâti autour du noir une oeuvre radicale Il écrit à l'homme en noir, à l'ami : "Je me contente pour te voir de mon coeur" lui dit-il. Une proximité, une intimité s'instaure entre l'écrivain, l'artiste et le lecteur. Un récit extrêmement court pour une méditation, une réflexion de l'écrivain sur son rapport à l'artiste, à son oeuvre. Mais c'est aussi l'occasion pour Bobin d'interroger son rapport à la mort. Au détour d'une phrase, d'un questionnement, Christian Bobin nous amène à penser avec notre coeur, à nous émerveiller avec la sincérité, la simplicité du regard d'un enfant. de livre en livre, Bobin creuse son sillon , imperturbable poète. Christian Bobin, ce tailleur de mots qui les peaufinent, les sculptent comme des oeuvres d'art. Ses livres ne sont pas des cathédrales de pierres froides et figées mais bien plutôt une chaumière avec des pierres bien vivantes, ensorcelantes, avec à l'intérieur, un grand feu qui réchauffe les coeurs. Les mots de Bobin ruissellent et ses livres peu à peu forment des rivières de mots qui coulent dans cette immense chute d'eau qu'est l'imaginaire. Si, tout comme moi, vous apprécié l'oeuvre de l'écrivain, nul doute que ce "Pierre", sorti chez Gallimard, saura occuper une place de choix dans votre bibliothèque. Vertigineux.

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critiques presse (2)
Actualitte   30 décembre 2019
Ni biographie excessive, ni essai tronqué, mais un chant admiratif, voire impulsif, qui n’invente pas forcément la romance, encore qu’il faille être prudent sur le sens de cette expression.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LaPresse   20 décembre 2019
Il y a des livres qui rendent heureux. Ceux de Christian Bobin en font partie. En marge du centenaire de Pierre Soulages, l’auteur de L’homme-joie consacre son plus récent ouvrage au célèbre peintre français.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Citations et extraits (197) Voir plus Ajouter une citation
Les morts ne sont pas plus loin de nous que les vivants. Le train de nuit perfore cette pensée. Elle tend ses vitres d'un velours noir. Je vais vers toi. Il fait froid. Le cœur est ce feu qui maintient les loups hors du cercle de notre vie. Je ne sais si je pourrai voir ton visage au terme de ce voyage. C'est égal. Ton visage est en moi, résumé par deux yeux étonnés dans le brouillard du monde. Les morts ne sont pas plus loin de nous que les vivants. J'aime cette pensée inconnue venue vers moi avec son écharpe de froid. Ce que j'appelle penser, c'est être appelé, convoqué soudain par une parole qui ne se forme ni dans le cerveau ni dans la bouche, mais dans cet abîme que nous portons en nous, où nous n'allons jamais, ce puits sans fond d'où montent des voix d'enfants et des étoiles, le cœur. Je suis au bord de tout comprendre. Cela m'arrive mille fois par jour. Au bord, pas plus - comme l'archéologue penché sur les miettes d'un papyrus, ou le tout-petit sur le visage de sa mère endormie, pure, très pure énigme du dieu qui s'absente. Les morts ne sont pas plus loin de nous que les vivants. Je voyage dans cette parole. Elle sert mes tempes, elle va durer trois heures, le temps du trajet.
Aller vers ceux qu'on aime, c'est toujours aller dans l'au-delà.
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Un geste me rassure dans cette vie, un seul, c'est appuyer ma main droite contre le tronc d'un arbre, où la faire glisser sur le crâne rasé d'un livre. Dans cette nuit conventionnellement sainte de Noël, inaperçu de tous, j'appuie ma main sur quelques outrenoirs. Ce geste est interdit dans les musées. C'est un blasphème. Son auteur mérite la peine de mort. Je ne respecte rien, Pierre. J'aime.
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Le dos du siège devant moi - c'est un siège vide, il n'y a que trois âmes dans le wagon- est le mont Fuji.
Cette nuit j'écris sans papier, sans feutre, sans rien que ma pensée nue appuyée à la vision de l'inatteignable mont Fuji, à cinquante centimètres de mon visage. Mon sac à mes pieds est un chien poussiéreux. Tout est poussière dans ce train sans contrôleur: les vitres épaisses, les accoudoirs gris, mon passé, mon présent, mon avenir. N'existent que le dos du siège avant, un rempart pour agoraphobe, garde-fou pour nouveau-né - et ma pensée du temps qui nous arrache à nos morts et soudain nous mène à eux.
Comment écrivez-vous?A l' oreille et au coeur. J'écris sous la dictée des étoiles qui se taisent et du train qui rumine sa portion de ballast. Je rejoins sans écrire les plus beaux livres. On ne les trouve pas en librairie.
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D'être seul fait devenir tout. La surdité de ton portail. L'odeur de vieilles dentelles du cimetière marin. Le crachin jaune d'un lampadaire municipal. Les gravillons de la route sous mes pieds, cette vaisselle de nain brisée, enfoncée dans le goudron. La lune analphabète de nos calendriers.
Je suis toutes ces choses et, tu ne me croiras pas, je suis même tes peintures.
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La vie se moque de nous, sais-tu. Et plus quelqu'un est sage, plus elle l'ébouriffe et le tourmente. Tu refuses les images. Ton noir est un appel à la résistance. Tu n'aimes pas les images mais ton noir comme la nappe de pétrole est la mère des images : plaques de réglisse, bannières du deuil, rideaux de fer, clins d'œil de gisants, orages de l'innocence, charbon dos, pelage du jaguar.
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