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ISBN : 2330030606
Éditeur : Actes Sud (05/03/2014)

Note moyenne : 3.94/5 (sur 133 notes)
Résumé :
Le jeune Isookanga quitte sa forêt et son village pygmée pour faire du business à Kinshasa. Sur son chemin, de nombreux personnages, des plus pauvres aux plus puissants, des plus vils aux plus naïfs, composent un saisissant tableau du Congo contemporain aux prises avec la mondialisation. Après Mathématiques congolaises (prix Jean Muno, grand prix littéraire de l’Afrique noire, prix littéraire de la SCAM, In Koli Jean Bofane n’a rien perdu de son énergie, de son humo... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (36) Voir plus Ajouter une critique
traversay
  13 mai 2014
La République démocratique du Congo est un pays immense, 7 fois plus vaste que la France. Son sous-sol regorge de minerais, très convoités. Les guerres s'y succèdent, endémiques. Et les enfants des rues pullulent à Kinshasa. Voilà pour un portrait dessiné à grands traits. Au-delà de son aspect d'extraordinaire roman picaresque, Congo Inc. de In Koli Jean Bofane est une leçon de géographie, d'histoire et d'économie qui ne laisse rien dans l'ombre. Et surtout pas les mille et une contradictions d'un pays qui se rêve à la pointe de la modernité en Afrique noire alors que l'écart entre riches et pauvres ne cesse de grandir et qu'une néo-colonisation, économique cette fois-ci, a déjà commencé. Bofane va encore plus loin que dans Mathématiques congolaises, qui avait déjà marqué. Plus d'humour et d'ironie mais plus de sauvagerie et de violence aussi, le romancier faisant preuve d'une lucidité effrayante. Dans Congo Inc., tout commence par un gros plan sur un jeune pygmée qui en a marre des traditions de son village et qui ne jure plus que par la mondialisation avec laquelle il compte bien faire son trou. Travelling avant sur la route vers Kinshasa. Là, Bofane va élargir le champ et évoquer tout un tas de personnages qui font le Congo d'aujourd'hui, s'autorisant même des "escapades" en Chine ou aux Etats-Unis qui n'ont rien du hors sujet. La tableau est accablant : exploitation par les grandes puissances, atrocités perpétrées à l'encontre des femmes et des minorités, rôle ambigu des ONG, déforestation, compromission des politiques, etc. L'arme de l'écrivain, c'est le rire (de peur d'en pleurer bien sûr) et il est le plus souvent jaune même si libérateur. La verve et le style virtuose d'In Koli Jean Bofane font passer bien des horreurs mais le constat est implacable et absolument pas édulcoré. Au coeur de la mondialisation et des jeux géopoliticiens, victime aussi de ses propres errements, le Congo file un très mauvais coton. A sa façon -érudite, burlesque, tragique-, Bofane replace ce pays finalement mal connu à sa place sur l'échiquier. Et en écrit avec un grand talent de conteur l'histoire en marche. On a rarement lu une fable aussi réaliste, mordante et cruelle. Dans un très grand livre, aussi plaisant qu'éprouvant.
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Shan_Ze
  13 novembre 2017
Quand Issokanga, un pygmée de la tribu Ekonda part de son village pour aller faire du business à Kinshasa, il se fait passer pour un neveu mais il est vite démasqué dans sa supercherie. Il va se retrouver avec des enfants de rue, à faire équipe commerciale avec un chinois pour la vente d'« eau pire Suisse » et l'affaire du siècle l'attend au tournant…
J'ai été bluffée par l'auteur lors de sa venue à Lyon (aux Assises Internationales du Roman en 2016) alors je me suis laissée tenter par Congo Inc. le début se met lentement en place mais j'ai découvert avec effarement cette description du Congo, comme un pays où la corruption, l'exploitation et la violence règnent… Entre Issokanga, petit jeune naïf mais motivé par la mondialisation, les jeunes enfants unis pour survivre dans les rues par divers moyens et les militaires perpétrant des massacres pour des raisons plus stupides les unes que les autres, In Koli Jean Bofane montre tous les travers d'une Afrique post-colonialisme d'une façon burlesque. Ça n'empêche pas le roman d'être noir, très noir, beaucoup d'atrocités sont détaillées, les plus horribles ne sont pas épargnées, il y a même quelques détours du côté de la Chine… On se désole de tant de profits au dépend de l'homme.
C'est un livre fort qui me marquera longtemps.
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Pirouette0001
  01 septembre 2015
Quoique ce livre ait été amplement plébiscité, bien plus que le premier roman du même auteur, j'ai, personnellement, préféré de loin 'Mathématiques congolaises', qui expliquait tout en subtilité, sans hypocrisie mais sans voyeurisme, les travers de la société congolaise.
Ici, c'est l'exploitation du Congo, y compris par les forces de l'ONU, qui est dénoncée ainsi que les exactions de différents individus, voire de tribus entières, pour gagner un bout de la mondialisation, rendant riches à l'excès certains, obligeant les autres à survivre aux pires conditions, surtout lorsqu'il s'agit d'enfants, et parfois sous d'horribles tortures.
Et c'est là mon large bémol : rien ne nous est épargné à nous lecteurs, rien n'est esquissé, et les exactions que l'on sait intolérables, sont véritablement illisibles, au sens premier du terme. C'est largement insoutenable.
Pas qu'en tant que gentil ou méchant 'petit blanc', j'ai envie de me voiler la face, mais j'ai trouvé le propos des Mathématiques congolaises tout aussi fort, voire davantage, alors que là les violences restaient suggérées mais non décrites dans le détail.
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Luniver
  25 juillet 2018
Isookanga est un jeune pygmée qui vit sur les terres ancestrales de son peuple et en connaît toutes les coutumes. Il n'a qu'une seule idée en tête : raser toute cette verdure inutile pour extraire les précieux minéraux du sous-sol et faire enfin entrer son pays dans la modernité. Il faut dire qu'il est bien aidé depuis qu'il est entré en possession d'un ordinateur portable avec accès à Internet : grâce à un jeu vidéo qui simule la situation du Congo, la guérilla, le contrôle des matières premières, la négociation avec les puissances occidentales et se mettre à l'abri des résolutions de l'O.N.U n'ont plus aucun secret pour lui. Kinshasa est la première étape de son chemin vers la gloire : grâce à son nouveau savoir, son ambition sans limite, et la capacité de frapper sans forcément le chercher aux bonnes portes, l'avenir ne peut que lui sourire.
Le roman est une tragi-comédie assez féroce : les anciens chefs de guerre deviennent subitement ministres de l'environnement et fréquentables, les prédicateurs rivalisent d'imagination pour conquérir le coeur (et le porte-feuille) de leurs fidèles, les viols, les massacres ethniques et les pillages se déroulent dans une indifférence quasi-générale, et les organismes occidentaux censés apporter paix et prospérité, quand ils ne sont pas naïfs et centrés sur eux-mêmes, ne sont finalement que des concurrents supplémentaires pour se partager le gâteau congolais.
Sur le fond, l'histoire est assez dure et ne nous épargne aucun des maux du pays. Mais l'auteur ajoute toujours une touche d'humour bienvenue quand la coupe menace d'être pleine. Au final, on termine ce roman dans la bonne humeur, et avec un curieux sentiment d'optimisme béat.
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ericbo
  10 octobre 2018
Le personnage principal de ce roman me semble être Kinshasa. Ville grouillante et tentaculaire où tous les personnages vont se retrouver pour tenter leur chance, du jeune pygmée venu de sa forêt à l'envoyé de l'ONU, en passant par divers individus, protagonistes de toutes sortes que l'intrigue va finir par rapprocher. Une ville où tout est possible, surtout le pire, où chacun essaye de survivre. C'est, je crois, ce qu'a cherché à démontrer l'auteur.
Livre qui se lit très facilement et qui permet de découvrir une des facettes de ce continent africain encore très peu littérairement exploité.
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critiques presse (1)
Lexpress   26 mai 2014
Dans Congo Inc, le testament de Bismarck, l'auteur congolais In Koli Jean Bofane raconte l'histoire d'Isookanga, un Pygmée qui découvre Internet et qui veut vivre dans la modernité. Un vrai roman de mondialisation.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (38) Voir plus Ajouter une citation
LuniverLuniver   28 juillet 2018
Le python le plus obtus de la création – celui qui n'a qu'un œil – ruminait depuis pas mal de temps son animosité face à la condescendance de l'africaniste. À ce dernier cri, une violente torsion se manifesta à l'intérieur du Calvin Klein. Ils tombèrent sur le lit. Isookanga perdit tout contrôle et son instinct de chasseur ekonda prit le dessus. Avec une rapidité extraordinaire, il déboutonna le Superdry et, d'une poigne ferme, saisit le boa juste sous la tête pour tenter de le maîtriser mais celui-ci vibrait telle une pagaie maniée à contre-courant. Isookanga connaissait le phénomène, il l'avait lu sur un blog sérieux traitant de santé. Il savait que la testostérone, sécrétée à haute dose à cause des paroles de cette insensée, agissait à présent en lui, provoquant des sentiments de colère, certes, mais, en même temps activant une érection irrépressible doublée d'un besoin de conquête tenace. Ce mélange détonant fut cause que, bien que le jeune homme ne veuille aucunement satisfaire aux appels de la jeune chercheuse ni déroger à sa répugnance d'exhiber son sexe honteux, son corps alla complètement à l'encontre de sa volonté propre. La tête du boa cherchait une victime et Isookanga se sentit happé, le corps projeté de tout son poids vers Aude Martin. Il agrippa vigoureusement les jambes de la jeune femme et les appuya sur ses épaules. Celle-ci avait déjà levé tous les obstacles en se débarrassant de son jean. Avant qu'Isookanga ait compris ce qu'il faisait, sans même avoir besoin de regarder, il avait écarté le bord de la culotte d'Aude Martin et senti son sexe plonger dans un buisson de poils humides puis, sans transition, dans un puits sans fond, délicieux à en mourir. Des amarres faillirent lâcher, n'eût été le cri rauque que la jeune femme exhala du fond de sa poitrine, ce qui écorcha davantage les nerfs d'Isookanga qui commença à la marteler du bassin en butant avec hargne contre le fond d'un puits qu'il croyait infini. Le Pygmée Ekonda n'avait pas conscience de la sensibilité extrême des muqueuses de la jeune femme. Arc-bouté sur ses cuisses, il ignorait que chaque coup de rein qu'il portait était – pour elle – comme le fouet que ses ancêtres avaient subi lors de l'esclavage ; que chaque assaut entre ses cuisses ouvertes était aussi impitoyable que la hache tranchant des mains, que la chicote infligée par Léopold II et ses descendants ; que chaque pénétration de son membre provoquait une turbulence digne d'une émeute pour l'indépendance ; que les "Han!" émis par sa bouche rappelaient ceux proférés par le Belge Gérard Soete pendant la découpe à la scie du corps de Patrice Lumumba ; que chaque secousse dans son ventre sensible résonnait comme les salves tirées par le néocolonialisme sauvage, comme les diktats du Fonds monétaire international, comme les résolutions de l'ONU, comme une réédition de Tintin au Congo, comme le discours à Dakar d'un président français mal informé, comme la propagation de propos racistes dans la twittosphère. Dans cette tourmente, Aude ne résistait plus. Écartelée, elle avait l'impression de recevoir des coups de poignard qui la déchirait de part en part et elle se sentait comme ces femmes violées du Kivu, abandonnées de tous, méprisées, torturées, mutilées, persécutées, mises au ban, prises en otage, réduites en esclavage, souillées, ressouillées, mais luttant toujours. Il y eut alors en elle une déflagration interminable qui aurait pu égaler le feu déployé lors des guerres de l'Indépendance, du Katanga, de la rébellion de 1964, de Shaba I, de Shaba II, de Libération, et de celle dite Injuste, qui se poursuivait encore, et encore, et encore, et encore. Son cri – qu'Isookanga n'entendait même plus d'ailleurs – se répercuta dans sa conscience la plus intime, explosant en une énorme gerbe de lumière blanche, d'une pureté indescriptible, qui se décomposa en étincelles innombrables, semblables à ce que pourrait être la rédemption lorsqu'elle est perçue en myriades de flocons en forme d'étoiles, scintillantes à mort.
[...]
L'émotion avait été terriblement violente, sa méthodologie en avait pris un coup mais avait-elle suffisamment payé de sa personne pour acquitter la dette que ses ancêtres avaient contractée envers ces peuplades depuis si longtemps ? se demandai-elle, avec un délicieux sentiment de culpabilité.
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VALENTYNEVALENTYNE   28 mars 2016
L’Eglise de la Multiplication divine, légalement reconnue par ses propres statuts, ne désemplissait pas. De par son intitulé et dans un pays frappé de pénuries de toutes sortes, la multiplication de ce qu’on pouvait avoir – mille francs congolais, une femme, un moulin à manioc – représentait un enjeu des plus importants et le révérend Jonas Monkaya était le démiurge qui saurait attirer les bénédictions par des prêches et des invocations fracassantes. Le révérend Monkaya possédait un atout de taille : il avait jadis côtoyé le milieu du spectacle. Il avait été catcheur, sous le surnom du Monk, qu’il devait à un musicien américain nommé Thelonius Monk dont il était le portrait craché. On l’appelait aussi Révérend Monk parce que, à l’époque où il fréquentait les rings, affublé de la mitre et de la crosse cléricale, on l’avait vu bénir d’un signe de croix ses adversaires avant de les trucider. Un beau jour, le Monk s’était présenté dans une église connue et avait exhibé ses grigris et fétiches. Devant des fidèles médusés, il avait confessé publiquement qu’il laissait tomber le catch et la sorcellerie pour se consacrer à Dieu. Il avait aussitôt été incorporé au sein de l’église et bombardé diacre. Après une année passée à étudier le marché et les ficelles du métier, il s’était dit : « Si je parviens à persuader en un rien de temps des nanas comme celles que je me tape, je dois bien pouvoir vendre du paradis artificiel à des clients moins drillés que mes conquêtes ». Après des galas organisés en cachette dans le Katanga, en Zambie et au Zimbabwe, il avait touché une bourse importante. Jonas Monkaya avait alors acheté au fin fond de Ndjili une boîte de nuit désaffectée qu’il avait retapée et ouverte sous la dénomination : Eglise de la Multiplication divine. Mais si l’homme avait un sens certain du marketing, il avait surtout du bagout, il savait comment baratiner Dieu. Plus d’un parmi les fidèles avait profité de son intercession. (Page 144)
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AdemyAdemy   22 décembre 2014
L’algorithme Congo Inc. avait été imaginé au moment de dépecer l’Afrique, entre novembre 1884 et février 1885 à Berlin. Sous le métayage de Léopold II, on l’avait rapidement développé afin de fournir au monde entier le caoutchouc de l’Équateur, sans quoi l’ère industrielle n’aurait pas pris son essor comme il le fallait à ce moment-là. .…. L’engagement de Congo Inc. dans le second conflit mondial fut décisif. .…. le concept mit à la disposition des États-Unis d’Amérique l’uranium de Shinkolobwe qui vitrifia une fois pour toutes Hiroshima et Nagasaki .….. Il contribua généreusement à la dévastation du Vietnam en permettant aux hélicoptères Bell H1-Huey, les flancs béants, de cracher du haut des airs des millions de gerbes du cuivre de Likasi et Kolwezi à travers les villes et les campagnes ..…Congo Inc. fut plus récemment désigné comme le pourvoyeur attitré de la mondialisation, chargé de livrer les minerais stratégiques pour la conquête de l’espace, la fabrication d’armements sophistiqués, l’industrie pétrolière, la production de matériel de télécommunication high-tech
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Charybde2Charybde2   09 décembre 2015
Aujourd’hui, il ne pouvait plus se passer de l’ordinateur et le jeu en ligne Raging Trade était devenu sa raison de vivre. Raging Trade, c’était le jeu indiqué pour n’importe quel mondialiste désireux de se faire un peu la main dans le domaine des affaires. Il était simple. Par le biais de groupes armés et de compagnies de sécurité, des multinationales se disputaient un territoire appelé Gondavanaland. (…) Dans cet univers virtuel, Isookanga incarnait Congo Bololo. Il convoitait tout : minerais, pétrole, eau, terres, tout était bon à prendre. C’était un raider, Isookanga, un vorace. Parce que le jeu l’exigeait : c’était manger ou se faire manger ! Mais l’enjeu essentiel restait l’exploitation des ressources minières. Pour cela, dans la vraie vie, il fallait d’abord prospecter, ensuite obtenir des licences auprès des gouvernements, s’acquitter de taxes, payer de la main-d’œuvre, construire des infrastructures… Le jeu faisait fi de tout cela. Pour atteindre ces objectifs, il préconisait la guerre et tous ses corollaires : bombardements intensifs, nettoyage ethnique, déplacements de population, esclavage… Comme dans tout jeu qui se respecte, il y avait des bonus. On pouvait bien entendu acquérir des armes, mais aussi des alliés étrangers, des points au Stock Exchange, une « trousse de secours » incluant des traités de paix pour endormir l’ONU – parce que là aussi, comme dans l’existence réelle, on ne pouvait bien mener une guerre qu’abrité par des résolutions de l’organisation internationale -, des conférences pour gagner du temps, un kit de djihadistes-philosophes en cas de nécessité et, pour préserver le moral des troupes, des esclaves sexuelles en nombre. La guerre sur le territoire du Gondavanaland était une guerre autofinancée mais cela n’empêchait pas la mise en place de pénalités. La baisse du cours des matières premières était le risque essentiel. Un autre : le blocage des comptes par l’ONU, à cause du lobbying malveillant de certains. Mais le pire, c’était la mise en place d’un embargo sur les armes. Vato, le hit du rappeur Snoop Dogg, constituait l’ambiance sonore. Run nigga, run nigga / Run, mothafucker, run, pouvait-on entendre.
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LuniverLuniver   24 juillet 2018
Sous la vaste paillote, la clientèle nombreuse [du restaurant] était composé de Congolais et d'Occidentaux, pour la plupart spécialisés dans la culture, l'humanitaire ou la résolution des conflits – des matières qui, semble-t-il, n'étaient pas pratiquées comme il fallait par les populations autochtones. En conséquence, la communauté internationale s'était mobilisée et avait diligenté des cohortes entières d'experts afin de pallier ces lacunes graves. En ce qui concernait la culture, des jeunes gens étaient venus manipuler toutes sortes de projets, de la musique au théâtre, des arts graphiques à la danse, dans le but à la fois de promouvoir et de confisquer des battements de cœur, des scansions originelles, des pantomimes ancestrales et des riffs de satonge, afin d'augmenter les perspectives et les chiffres d'affaire d'organisations subventionnées, d'artistes estampillés contemporains, de labels confidentiels et africanistes. Les humanitaires dans leurs véhicules immaculés, pour propager la sainteté autour de la latitude 0, distribuaient dans le pays des rations de biscuits sacralisés et tentaient de réconforter des âmes à genoux en débitant des dogmes appris par cœur dans les facultés de sciences humaines de l'hémisphère nord du globe. Les préposés à la résolution des conflits, quant à eux, s'efforçaient, plutôt que de faire taire les calibres, d'identifier les acronymes représentés à l'est du pays – RCD, CNDP, FDLR, FNL, etc. – leurs regards d'observateurs fixés sur une ligne indiquée par une résolution incontournable de l'Organisation des Nations unies.
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Vidéo de In Koli Jean Bofane
Reconnaissable au premier coup d??il grâce à son immense baobab coloré, le salon africain vous fait découvrir la richesse de la littérature du continent noir en mêlant des auteurs encore méconnus à des écrivains réputés. Et c?est également au salon africain qu?a lieu chaque année la remise du prix Ahmadou Kourouma.
Autour du thème « Les chercheurs d?Afriques », les romanciers et essayistes invités reviennent sur les blessures du continent, mais aussi sur ses gloires, sa grandeur et ses aspirations.
Outre les hôtes vedettes de cette édition 2019, Maryse Condé, Prix Nobel « alternatif » 2018 et le rappeur Abd al Malik qui présente son livre/album le jeune Noir à l?épée (Présence africaine/Musée d?Orsay/Flammarion) inspiré de l?exposition du Musée d?Orsay « le modèle noir de Géricault à Matisse », sont annoncés Abubakar Adam Ibrahim, Eugène Ebodé, Mia Couto, Françoise Vergès, Adame Ba Konaré, Elizabeth Tchoungui, Boualem Sansal, Beyrouk, Clemente Bicocchi, Jean Bofane, Tania de Montaigne, Armand Gauz, Ndèye Fatou Kane, Henri Lopes ou Bessora.
Plus d'infos sur https://salondulivre.ch
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