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ISBN : 2246862116
Éditeur : Grasset (24/08/2016)

Note moyenne : 3.95/5 (sur 161 notes)
Résumé :
Nés sous les feux de la forge où s’attèle leur père, ils étaient Fils du feu, donc fils de roi, destinés à briller. Mais l’un des deux frères décède précocement et laisse derrière lui des parents endeuillés et un frère orphelin. Face à la peine, chacun s’invente sa parade : si le père s’efface dans les vagues de l’ivresse, la mère choisit de faire comme si rien ne s’était passé. Et comment interdire à sa mère de dresser le couvert d’un fantôme rêvé ou de border chaq... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (88) Voir plus Ajouter une critique
tynn
  25 octobre 2016
Souvenirs d'un enfant des Trente Glorieuses.
Un premier roman qui a tout d'un grand, ne serait-ce que par la beauté de l'écriture avec ces phrases à la longueur proustienne, ces formulations où se glissent le cocasse, le burlesque et l'ironie.
On s'immerge dans un monde disparu, très descriptif du quotidien de la province: la forge, les jours de lessive, la cuisson des grenouilles, le bruit des locomotives à charbon. Puis le Progrès s'emballe, transformant les êtres et les choses sous les yeux d'un enfant sensible et taciturne, qui grandit dans une famille aimante mais fracassée par un drame.
C'est un très touchant récit d'apprentissage, aux interprétations oniriques et parfums de nostalgie. Et la générosité d'un auteur qui livre beaucoup de lui-même dans un roman tourmenté où se croisent littérature, mythologie et peinture.
Un joli coup de coeur.
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diablotin0
  01 mars 2018
Quelle belle écriture !
Le narrateur évoque son enfance auprès d'un père ferronnier et de Jacky son ouvrier. Il est en admiration devant eux, devant leur force, leur travail, leur corps.
On passe des descriptions de la forge, monde d'hommes, où l'on sent la chaleur et les odeurs de limaille à un décor de femme auprès de sa mère lavandière où le linge prend une place centrale, de sa grand-mère chasseuse de grenouilles, de Marguerite-des-oiseaux inconsolable et de Fernande
Puis le drame arrive, son petit frère Norbert meurt brutalement , le narrateur va alors vivre auprès d'une mère qui refuse cette mort et qui pour survivre va continuer à agir comme si cette mort n'avait jamais eu lieu. Norbert va avoir une place de vivant et le narrateur va, par amour pour sa mère entrer dans ce faux-semblant .
Ce livre sur l'absence, sur la mort tellement inconcevable qu'on la nie est d'une grande sensibilité et extrêmement touchant et cela d'autant plus qu'il serait en partie autobiographique.
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Fandol
  27 décembre 2018
C'est un enfant de 5 ans qui regarde son père et Jacky travailler à la forge : « Papa et Jacky, ferronniers d'art, ils maîtrisaient le feu mais ignoraient Vulcain, Prométhée et Wotan, Zeus ou Héphaïstos. Les dieux du Walhalla, d'Olympe ou de l'Iliade leur étaient inconnus. » Par contre, ce qu'écrit Guy Boley ne laisse aucun doute sur la fascination exercée par ces deux hommes « incultes mais intelligents ».
Le fils du feu, titre si bien choisi, est le premier d'une trilogie que l'auteur construit peu à peu avec une ferveur filiale sans concession où l'admiration côtoie l'ironie ou la critique, le style parfois emphatique contribuant bien à entrer dans ce monde simple mais tellement riche d'amour.
Fascination, interrogations, l'enfant qui grandit dans ce quartier de Besançon est persuadé que les adultes jouent un rôle tout en étant lucide sur lui-même : « J'étais en quelque sorte, avec tout cet orgueil dont est bouffie l'enfance, le docte souverain d'un royaume des médiocres. » Une grand-mère, une voisine qui parle et nourrit son fils mort à la guerre comme s'il était encore là, c'est là que grandit l'auteur, tout près du dépôt des locomotives qui imprègne tant la vie du quartier.
Certaines pages sont magnifiques et je comprends pourquoi ce livre d'un écrivain qui se révèle sur le tard, a tant séduit, décrochant quand même six prix littéraires. Il décrit, fait vivre le quotidien d'un enfant au contact des adultes ou de camarades plus âgés, à l'école mais c'est lorsque son père, ivre, frappe sa mère, que je ressens encore plus tout ce que peut éprouver cet enfant et qui donne l'occasion à l'auteur de revenir sur la naissance en termes très crus.
Guy Boley qui fut maçon, ouvrier, chanteur de rue, funambule, directeur de cirque, dramaturge, cascadeur… est profondément marqué par ce qui se passe sous ses yeux et… « soudain, tout brutalement se justifie : les crimes du passé, la violence des hommes, l'injustice du monde, Attila et ses hordes, les grenouilles décérébrées alors qu'elles sont vivantes, les guerres et leurs charniers, les chairs des femmes qui se déchirent afin de mettre au monde des enfants que la vie, d'un coup de dents broiera quand bon lui semblera… »
C'est un livre plein de vie mais dont la mort marque forcément de nombreuses pages. Son frère, Norbert, a disparu et sa mère ne s'en remet pas alors que le feu de la forge a dû s'éteindre et le père s'adapter jusqu'à devenir représentant de commerce. Puis il y a la maison vide, le fils du forgeron qui va en fac de lettres, s'adonne à la peinture et retrouve sa soeur, enfants du peuple partageant des moments intenses et profondément émouvants.
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Tostaky61
  27 août 2018
Attention coup de coeur :
Ce petit livre est un bijou.
Pas un bijou de pacotille, non, une pierre des plus précieuse, inestimable...
Alors que j'interrogeai une amie libraire sur l'auteur et son dernier roman, elle me conseilla fortement de découvrir son Fils du feu.
Aussitôt dit, aussitôt fait et pour mon plus grand bonheur de lecteur.
Milieu des années cinquante, le narrateur raconte son enfance. Il a...5,6,8 ou 10 ans, il sait plus trop. Il raconte son père le forgeron, sa mère, sa grand-mère, sa grande soeur, son petit frère. Il raconte Jacky, qui débarque un beau matin pour aider le paternel. Il raconte les voisins qu'il croise chaque matin, les grenouilles, l'école,  les saisons,  les trains, le linge, bref le quotidien d'une famille. Il raconte les joies, il raconte les drames. Il se raconte.
Une histoire simple.
Mais voilà, il y a écrire et....Écrire... avec le grand É.
Guy Boley Écrit.
Guy Boley Raconte.
Guy Boley Photographie.
Guy Boley Peint.
Fils du feu c'est des mots.
Fils du feu c'est des vies.
Fils du feu c'est une époque.
Fils du feu c'est le roman d'une enfance comme on aimerait l'écrire nous-même.
Fils du feu c'est des sourires, des rires, des coups, des larmes.
C'est tendre comme le regard parfois naïf de l'enfant.
C'est dur comme le métal qu'on forge.
C'est fou comme quand la vie vous joue un sale tour et que vous faites comme si rien ne s'était passé.
C'est lucide comme le regard de l'enfant devenu homme.
C'est beau, tout simplement, parce que l'auteur n'a pas cherché de grands mots, pas de phrases alambiquées.
C'est touchant.
À mon tour donc de vous conseiller ce livre.
Il y a des livres qui font du bien, Fils du feu est de ceux-là.
D'ailleurs, je ne vous le conseille pas, je vous....ordonne de le lire.

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sabine59
  04 avril 2018
Forge des origines
Cracheurs de feu
L'enfance s'illumine
Fer mystérieux
Le frère fantôme
Douloureux hématome
Parents détruits
Belle insouciance enfuie...

Ecriture en cascades
Jeux de mots, des trouvailles
Un style époustouflant
Court roman étincelant
Fils du feu flamboyant!
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Citations et extraits (61) Voir plus Ajouter une citation
Herve-LionelHerve-Lionel   20 mars 2019
Je sais désormais que toute ma vie durant, toute ma vie de peintre, je n'ai rien fait d'autre, absolument rien fait d'autre, artistiquement parlant, que de peindre cela : la mort de Norbert, le chagrin de papa, la folie de maman, la forge en feu, les grenouilles mortes, les cheminots, tout ce passé, tous ces dieux fous qui grouillaient et grouillent encore en moi; et surtout, lumière entre les lumières qui dans cet amas d'ombres illumine ou éclabousse chaque toile : l'absence de Norbert.
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Herve-LionelHerve-Lionel   20 mars 2019
Il a compris, cet enfant que j'étais, dans les odeurs de chiotte et dans la peur des grands, avec cette évidence gracieuse dont doivent être aspergés tous les illuminés, la solitude des hommes et leur quête insensée. "Vanitas vanitatum" de la stérilité. Il ignorait encore, évidemment, qu'il prendrait des amants pour combler ce grand vide; qu'il échouerait.
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Herve-LionelHerve-Lionel   18 mars 2019
Jacky était un mystère. Un mystère de chair, de sang, de muscles et de silence. Pas un de ces mystères évangéliques façon Résurrection, Annonciation ou sainte Trinité, que l’on crée pour asservir les masses et qu’élucident en quelques phrases dogmatiques pour une foule un peu rustre de quelconques hiérophantes aussi rusés que fourbes. Non, Jacky était un vrai mystère. Un taiseux taciturne au visage sans lumière. Un humain sans parole. Un grand sac de secrets. Ma première statue grecque. Mon premier grand amour.
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hcdahlemhcdahlem   08 septembre 2016
Jacky était arrivé un jour, à la forge, sur une drôle de moto dont personne jamais n’en avait vu de semblable et dont certains prétendaient qu’il l’avait lui-même entièrement fabriquée, pièce par pièce, hormis les pneus et les deux chambres à air. Peut-être était-ce vrai, il en était capable ; peut-être n’était-ce pas vrai ; peu importe dans quelle urne repose la vérité, les dieux ont leurs mystères, les hommes ont leurs légendes, ce qui est d’importance est l’étincelle en nous qu’ils ont su allumer, cette parcelle d’irréel à laquelle on a cru ; le reste n’est que poussière qui s’en va vers la mort et que nous balayons d’un revers de la main.
Jacky était un mystère. Un mystère de chair, de sang, de muscles et de silence. Pas un de ces mystères évangéliques façon Résurrection, Annonciation ou sainte Trinité, que l’on crée pour asservir les masses et qu’élucident en quelques phrases dogmatiques pour une foule un peu rustre de quelconques hiérophantes aussi rusés que fourbes. Non, Jacky était un vrai mystère. Un taiseux taciturne au visage sans lumière. Un humain sans parole. Un grand sac de secrets. Ma première statue grecque. Mon premier grand amour.
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hcdahlemhcdahlem   08 septembre 2016
Souvent il arrivait que papa et Jacky martèlent de concert. Pas un mot, pas un cri, juste des souffles mêlés comme font les amants. De lourds coups sur l’acier, de petits sur l’enclume, en rythme cadencé, sorte de concerto pour enclume et marteaux où la basse continue n’était autre que celle de leurs respirations. Et puis ces escarbilles, toujours ces escarbilles, petites étoiles filantes que chacun d’eux apprivoisait pour qu’elles n’aillent pas, comme des baisers voraces, mordre le corps de l’autre. Et assis sur un banc ou sur un tas de ferraille, un enfant de cinq ans regarde leurs poitrails, écoute leurs silences dans cet orage d’acier et ne croit plus à rien, ni à Dieu, ni à Diable, ni à tous ces héros que déjà il pressent puisqu’il sent bien, ce gosse, qu’il arrive à la vie de parfois défaillir, ou simplement faillir, et qu’il faut certains soirs, pour supporter son poids, accepter les légendes et les mythes qu’ont inventés les hommes afin de s’endormir un petit peu plus grand et à peine moins mortel. Heureusement pour lui, foin d’Ulysse, de Titans, de dragons flamboyants et de dieux en jupette plus ou moins ridicules, il les a sous les yeux ces lares de pleine chair qui dressent des éclairs et créent des épopées avec chaque barre de fer.
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