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EAN : 9782707306302
166 pages
Éditeur : Editions de Minuit (01/09/1982)

Note moyenne : 3.62/5 (sur 36 notes)
Résumé :

Sortie d'usine : le moment même de la sortie, la débauche, cette bousculade. Mais aussi la sortie définitive : la mort, au quotidien de l'usine, ou l'accident, la mutilation, Ou parce qu'on envoie un jour sa lettre de démission, sur un coup de tête, longtemps retardé : et qu'une fois parti se révèle la peur, que jusque dans les rêves persiste la peur de la machine, de l'usine-maison, de l'enfermement dans un te... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Sivoj
  20 février 2017
Les 25 premières pages sont à elles-seules déjà époustouflantes et valent bien la lecture du livre ; un des plus beau incipit que j'ai lu (« Une gare s'il faut situer, laquelle n'importe il est tôt, sept heures un peu plus, c'est nuit encore. ») ; l'auteur nous plonge dans un monologue intérieur, ou plutôt un courant de conscience dans ce cas, à travers une syntaxe malmenée, déstructurée, de manière à recréer sous nos yeux les pensées réalistes du personnage et à nous plonger en lui. Et ça fonctionne, on s'y croirait ; le trajet quotidien pour aller au boulot, pointer, enfiler son bleu et rejoindre son poste de travail, tout se déroule naturellement, plaçant d'emblée l'atmosphère, celle du travail déshumanisé et des hommes usés jusqu'en eux mêmes. Une des meilleurs introduction possibles à un roman.
La suite du récit revient à un monologue plus narratif (mais qui se refait intérieur par moment), et se divise en quatre chapitres pour raconter quatre semaines ; de combien sont-elles éloignées les unes des autres, se suivent-elles d'affilé, dur à dire. L'auteur ne nous raconte jamais deux fois la même chose et ces chapitres permettent en réalité de présenter des aspects différents de la vie en usine : les accidents de travail, la solidarité des hommes et l'humour nécessaire à survivre sous une hiérarchie impitoyable, le vieillissement précoce et la chair marquée à vie, les maladies, les morts en usine et la cérémonie funéraire traditionnelle pour leur rendre hommage, la grève et le soulèvement face à la direction, les destins qui cherchent à fuir ce travail oppressant mais y reviennent inexorablement... la tentative de suicide... la démission, l'adieu à l'usine, la nostalgie malgré tout.
L'auteur parle à la fin, pour la première fois, à la première personne, et non plus à la troisième (ce roman est d'inspiration biographique) ; il a fini d'écrire, il n'a plus besoin de se distancer ; il revient devant les lieux de son ancien travail une dernière fois. Difficile de ne pas avoir la gorge serré à la fin de ce livre, ni d'oublier la fortitude dont font preuve ces hommes pour ne pas briser et trouver face à la pression constante un exutoire.
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Neneve
  28 juin 2020
Je ressors de cette lecture plutôt chamboulée... Il faut bien s'accrocher, mais ça en vaut la peine. Un long monologue d'un ouvrir d'une usine en banlieue parisienne. Il nous raconte le gris, le terne, la vie en usine, le bruit, la poussière, l'ennui... le sentiment d'accomplir chaque jour les mêmes gestes, comme un automate. Un livre au rythme lent, mais immersif... Un style particulier, mais qui nous fait vivre le quotidien, le monotone, la répétition... Déroutant, mais dans le bon sens.
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ignatus-reilly
  04 novembre 2010
Comment décrire ce livre? C'est assez difficile en fait.
Le sujet : une usine en banlieue parisienne et un ouvrier.
Ce livre nous raconte le quotidien de la vie en usine, le bruit, la poussière, les machines,la grève, la mort, l' accident, la déprime, la dépression et l'ennui surtout l'ennui. le temps figé, monotone, les tâches tellement répétitives que le moindre incident créé une distraction bienvenue.
A la fin du roman, le narrateur revient sur les lieux après avoir démissionné. Fraîchement débarqué à Paris, c'était son premier job trouvé par le biais d'une boîte d'interim.
L'écriture est très particulière, la syntaxe aussi. Ce qui se passe dans ce livre pourrait se passer en une journée ou en cent ans. Tout se passe et rien ne se passe pourtant. En plongeant dans le coeur de l'usine, c'est dans sa non-vie que nous nous trouvons immergé, le vide jusqu'à l'écoeurement.
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Ana_Kronik
  22 avril 2021
Un livre qui vous laisse sonné. Quel en est le personnage principal? Peut-être l'usine elle-même, monstre impitoyable dont on voit bien l'allégorie lorsque dans une scène à l'écriture sublime, le narrateur, tout à la fin, la contemple de la rue...
Car ici, sortie d'usine se comprend de diverses manières. Ce n'est pas seulement la sortie du soir, la "débauche", meilleur moment de la journée. C'est aussi la démission du narrateur, qui a réussi à la quitter. Ce sont aussi les rêves de démission -parfois réalisés, parfois brutalement suivis d'échecs- de ceux qui ont réussi à accumuler un petit pécule pour aller ouvrir un bar ou autre mise à son compte, comme on dit. La grève, petite parenthèse enchantée (la scène où les ouvriers occupant l'usine déambulent respectueux dans les bureaux de la direction est extrêmement jouissive). C'est enfin la sortie définitive de ceux qui sont morts au travail, ou quelques mois après avoir pris leur retraite.
Mais le monstre-usine, on s'en accommode aussi, comme Jonas dans le ventre de la baleine. François Bon passe en revue les ruses dérisoires, les stratégies subtiles pour s'y faire une place et y survivre. Les photos de pin-ups graffitées, scotchées autour du poste de travail. Les courses en transpalette, utilisé comme une trottinette capricieuse de 120 kilos. Se rappeler les conversations du dîner de la veille pour éviter l'ennui de l'automatisme, de ces mêmes gestes répétés à longueur de journée. Se plonger dans un livre à la pause déjeuner.
On est très loin ici de la caricature de l'ouvrier. On peut même se dire après avoir lu ce livre que l'ouvrier moyen, cela n'existe pas.
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vincentf
  23 octobre 2019
Dire l'usine de l'intérieur, accroché comme on peut à son établi, trouver le langage de l'usine, un langage brut, brutal, assommé par le bruit, peut-être est-ce seulement ainsi qu'on peut envisager une littérature engagée. Eviter la posture, le discours politique, le bavardage. Les ouvriers sont des taiseux. Les mots ne remontent qu'avec peine de leur corps fatigué. Simplement décrire : l'accident, le sang, l'attroupement ; le vacarme, la machine, le transpalette ; la grève, le mépris, l'envie de foutre le camp ; et la mort ; et l'homme égaré qui titube ; et le vacarme, toujours le vacarme pour couvrir ceux qui peinent ; et un jour sortir, s'en aller, ne plus savoir ce que c'était, l'usine, mais dire l'usine quand même, ne pas taire la réalité, la dure réalité qu'on a quittée. Parce que d'autres, ailleurs, partout, ne sont pas sortis de cet enfer.
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critiques presse (2)
BDGest   19 mars 2021
Sortie d’usine est une lecture passionnante et indispensable pour mieux comprendre les enjeux socio-industriels actuels.
Lire la critique sur le site : BDGest
Telerama   14 septembre 2011
Sortie d'usine, premier roman de François Bon, reste une oeuvre qui saisit le lecteur, portée par une écriture tendue, à l'image d'un quotidien sans perspective.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
JulienDjeuksJulienDjeuks   17 octobre 2020
La souffrance monotone du corps ouvrier, p. 37 :
Un jour comme un autre donc, dont la durée pour chacun s'était faite variable, fonction de l'état d'âme, chaque jour différant pour chacun le comment avaler de cette durée pourtant répétée mais à laquelle l'âge ni l'habitude ne font rien et qui ne tient qu'à sa mécanique d'horloge de finir par s'accomplir à force de répétition, mais reste présente une fois liquidée révolue il y a demain dont déjà l'on parle, demain il fera jour, et la fatigue trop visible ou débordante sur la fixité du visage des autres, ne jamais tolérer les rides le bouffissement du sien les cernes mais.
Un jour donc qui n'en était qu'au matin de sa durée et dont il fallait bien s'accommoder, travaillant pour oublier l'écoulement du temps, puisque le travail même peut constituer la fuite immédiate de l'ennui, ce qui s'achève et disparaît de l'établi laisse un vide qu'une pièce brute est déjà là pour emplir, et dont le brut même laisse voir, irréalisé mais présent, son fini, et sans commandement ni hâte oblige à la tâche. La pensée se laisse enraciner comme à y glisser lentement, qui dit comme une voix et parfois jusqu'aux lèvres le filetage à chercher du taraud, ou bien quel tourne-à-gauche dans le tiroir ou boîte. Et l'interjection presque muette à l'égratignure encore une, la coupe à peine visible sur le doigt noir mais y perle le sang, une goutte qui enfle épaisse, hésite à tomber comme une réticence à se salir, chercher un chiffon propre parle la voix, le plus propre, puis enlever entre les doigts trop épais, gourds, de l'autre main, l'esquille brillante enfoncée dans la peau, le train-train de ces gestes qui se font aussi bien tout seuls, savent leur métier, ne demandent à l'oeil que de les suivre.
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jsjs   07 octobre 2011
Il y aurait eu à en raconter sur ces gars vites expédiés, la rentabilité n’avait pas beau jeu devant le conforme pendant les trois mois de la période d’essai, et comment on s’y prenait tous ensemble et sans qu’aucun directement pas même le chef ne s’en mêle, les tours de main, les combines, les trucs du boulot qui ne se donnaient pas, les ratés loupés que le gars prenait sur la gueule, le surnom comme une claque, cela diffus dans le rang, les riens. Le jeu bouffonnant des dialogues à voix de châtrés était cette activité d’un ordre assimilé, intériorisé, et dès la veste dépouillée pour le bleu la blouse, c’est la civilité qu’on laissait au vestiaire comme au feu rouge pour une inattention une vitre à côté se baisse et passe une tête rougeaude qui crie eh pédé, la parole la plus ordinaire était traversée de cet abcès abêti, usé à la trame. Mais ces correspondances entre ordre et obscène, les décrire aurait été en fin de compte laisser beau jeu à l’ordre établi qui décèlerait toujours dans le dit le pas tout à fait vrai, le qui veut démontrer exagère, elles fuyaient sous les mots, multiplement présentes, mais aussi fragilement que ces pages enlevées aux magazines pesaient peu face aux tonnes de la machine qui s’en parait.
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ignatus-reillyignatus-reilly   05 novembre 2010
Arrêt, huit quinze jours, le toubib refusera pas. Et si celui-ci refuse il ira chez un autre, plutôt paumer les cinquante balles le premier aura lui paumé un client. Et il lui faudrait à nouveau prendre des trucs à faire dormir, la même ordonnance que d'habitude, une pour le grippe une pour la déprime il les connaissait avec même les variantes, par cœur. Autant en faire collection. Sans oublier les vitamines pour se regonfler se requinquer, se réconcilier avec la vie quotidienne dirait le maitre de l'art. [...]
Reposez-vous bien dirait-il. Non, pas possible de revenir demain, continuer dans cet état. Depuis la première fois qu'il s'était évanoui, trois de ça, qu'on lui avait raconté ses crises, la nuit raide accroché aux montants du lit, une force paraît-il on ne pouvait le retenir quand il se cognait le crâne contre Avant de retomber dans des soubresauts, des crampes.
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brigetounbrigetoun   05 novembre 2011
Comme éviter parfois de se salir une main c’est un jeu pour y retrouver sur le tard, le plus tard possible, l’odeur sous un ongle du plaisir. La pensée incessante et qui n’a pas le droit d’interrompre le métier des gestes réglés, positionner sur la machine la pièce, serrer les écrous : un tour de clé suivant les diagonales, puis un quart de tour encore partout, à bloquer. Lever la table, la main gauche sur le volant lourd, la droite sur la manette plus étroite de l’avance transverse, faire tangenter. Un crissement, une fumée vaguement bleue, un goût de graisse brûlée, l’acier blanchi brille par-delà sa peau oxydée. Reculer la table, régler le vernier la profondeur de passe on y voit mal, les divisions sales sous la lampe jaune, toute la journée, dont le bras vert articulé ne tient pas en place, enclencher l’automatisme.
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ignatus-reillyignatus-reilly   04 novembre 2010
Tout : l'outil, l'acier, le cri, moteurs, air comprimé, tout ce qui était susceptible de manifestations bruyantes, dans cette seule condition de libérer une sonorité qui ne soit pas en deçà du bruit général mais atteigne l'intenable où cela commence vraiment à faire mal. Non pas un instrument de plus dans le tohu-bohu général, mais un bris du son même dont la règle n'était que de l'en faire jaillir à l'excès dans la provocation sans limite des choses.
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Vidéo de François Bon
A l'occasion du salon "Rendez-vous de l'histoire" à Blois, rencontre avec François Bon autour de son ouvrage "Sapiens à l'oeil nu" aux éditions CNRS.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2323506/francois-bon-sapiens-a-l-oeil-nu
Note de musique : © Scott Holmes
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