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EAN : 9782072830723
320 pages
Éditeur : Gallimard (03/01/2019)

Note moyenne : 3.77/5 (sur 44 notes)
Résumé :
Dans un récit intime en forme de confession, Dominique Bona retrace sa vie d’écrivain, à la fois romancière et biographe. Elle dévoile ses émotions, ses sentiments et les rencontres qui ont construit sa propre identité.
Romain Gary, Berthe Morisot, Gala Dalí, Stefan Zweig, Camille Claudel, Colette : elle raconte la part cachée de ses livres, les enquêtes pleines de risques et d’embûches, les coups de foudre, les hasards et les désillusions qui ont fait de cha... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
fanfanouche24
  12 janvier 2019
"(...) Pourquoi la biographie m'avait-elle arrachée au roman ?
Les biographies que j'aimais et qui étaient mes modèles, c'étaient les livres de Mauriac, de Maurois, de Zweig, de Troyat. Des récits vivants et généreux. Des portraits à l'encre sèche, incluant de belles analyses, mais privilégiant la synthèse de tous les éléments soigneusement rassemblés,
dirigés, orchestrés, pour le plaisir de lire et la joie de partager. Avant tout les livres de romanciers, mais des romanciers capables de respecter une vérité qui n'était pas romancée. "(p. 312)
Ravie de cette nouveauté du début d'année 2019... qui m'a fait m'immerger dans le rôle complexe du "BIOGRAPHE" ; Dominique Bona nous relate les multiples raisons, circonstances, rencontres qui l'ont mené sur les chemins de "la Biographie"...en délaissant le genre romanesque...cet ouvrage débute par sa rencontre ultime à 18 ans avec un romancier qui changera sa vie; il s'agit de Romain Gary, dont on lui offrira pour cet anniversaire "Les Racines du ciel"...qui sera un vrai coup de foudre... Des années après, elle débutera son travail de biographe en s'attaquant au Mystère Gary ! Une première aventure des plus émotionnantes !!
Je n'ai pas lu cet ouvrage très vivant de façon linéaire, mais en naviguant vers les personnalités qui m'attiraient le plus.... J'ai donc débuté par le chapitre dédié à Camille Claudel... Une histoire si tragique qu'elle me bouleverse chaque fois avec la même violence... Nous pouvons encore remercier Anne Delbée qui a sorti de l'ombre (dans les années 1980) cette artiste au destin fracassé, avec un premier texte "Une Femme"... Dominique Bona nous apporte de nouveaux éléments des coulisses de cette résurrection et sauvetage des sculptures de Camille, dont les
combats acharnés de sa petite-nièce, Reine-Marie Paris...grâce à qui il existe aujourd'hui un musée qui lui est consacré à Nogent-sur-Seine !
Une dernière longue partie "Les maisons fugitives" , très émouvante sur les maisons d'écrivains, d'artistes, leurs lieux de travail, qui en disent involontairement tant sur eux...
D'ailleurs Dominique Bona explique à quel point il lui est nécessaire à un moment donné d'aller sur les lieux, de sortir des archives, des recherches livresques... pour s'immerger dans les décors eux-mêmes ...pour mieux s'imprégner des vies qu'elle veut restituer, partager !
"Il y a paradoxalement souvent plus de rêve et d'imagination qu'on ne croit dans les vraies vies qu'on raconte. certaines vies sont même si romanesques qu'elles passent les bornes de la crédibilité et qu'on serait gêné de les faire entrer dans un roman. Beaucoup de vies réelles sont un défi à la vraisemblance. Un exemple ? le jeune Malraux s'en allant piller le temple de Banteay Srei à dos de mulet, après avoir commandé une panoplie d'explorateur et des outils de terrassier à la Samaritaine !" (p. 310)
Une lecture des plus plaisantes qui nous plonge dans les affres de la création littéraire, des difficultés, ambiguïtés pour tout travail biographique....Je trouve le titre de ce dernier ouvrage de Dominique Bona, fort bien choisi: " Mes vies secrètes", l'existence de l'écrivain enrichie, augmentée de la vie des artistes qui l'ont inspirée, plongée dans des mystères, des secrets familiaux, amoureux, artistiques !
Réflexions, cheminement d'une biographe confirmée, reconnue prolongée
d'une promenade dans le monde de l'édition parisienne... Un fort joli portrait de la directrice du Mercure de France, Simone Gallimard
[ m'évoquant des souvenirs personnels de mon début de parcours en librairie, ma responsable m'emmenant aux soirées littéraires hebdomadaire de la Grande dame du Mercure... !], un portrait tout en finesse de Jean-Marie Rouart, lors de leur première rencontre,
dans le "nid de l'artiste", l'invitation du Docteur Naquet, gendre d'André
Maurois, pour les archives de son beau-père...
En sus des enthousiasmes premiers de Dominique Bona, il y eut bien sûr des rencontres impromptues, imprévues qui ont offert de nouveaux "sujets" de recherches..., des directions insolites, non préméditées....
Une lecture attachante, sincère d'une romancière et biographe... qui nous immerge dans son univers créatif et son parcours littéraire, humain, très riche !
"Combien de fois ne me suis-je pas dit que Pedro Otzoop [ à propos de Romain Gary ] avait raison, tellement raison : " Une biographie , quelle drôle d'idée ! " pourquoi s'intéresser à la vie des autres, plutôt qu'à la sienne ? Et pourquoi vivre par procuration des vies qui, pour être multiples, fascinantes, passionnées et passionnantes, ne sont pourtant pas la mienne ? "(p. 18)
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Herve-Lionel
  16 avril 2019
La Feuille Volante n° 1343 – Avril 2019.
Mes vies secrètesDominique Bona – Gallimard.
Qu'est ce qui fait qu'on devient biographe, c'est à dire qu'on s'intéresse à la vie des autres ? Dominique Bona s'attache à expliquer ce qui lui a fait délaisser la fiction pour ce genre littéraire. Pour elle « Les racines du Ciel » de Romain Gary fut un véritable coup de foudre, ce qui l'invita à percer les nombreux mystères de cet écrivain hors norme. Ce sera un peu la même fulgurance devant le portrait de Berthe Morisot par Manet, et cette envie d'en savoir plus. Puis ce furent la tragédie de Camille Claudel, la passion de Paul Valéry. Avec Pierre Louys (prononcer Louy, sans l's) et Henry de Régnier, elle nous révèle des choses inattendues, bien loin des informations scolaires du Lagarde et Michard, ouvrage qui, bien avant wikipédia, a sauvé des générations de potaches désespérés devant les feuilles blanches de leurs dissertations. Puis il y eut Berthe Morisot, Clara Malraux, Colette, Gala, Stefan Zweig
La biographie est un art difficile puisque le biographe est tenu par les épisodes historiques de la vie de son sujet, ne peut y déroger, ce qui peut être quelque peu frustrant pour l'écrivain de fiction que Dominique Bona est aussi. Dans ce travail, notre auteure entre dans la vie des autres, se l'approprie, la dissèque, cherche à expliquer certains détails tout en s'interdisant la curiosité malsaine, le voyeurisme face aux secrets de famille, l'imagination, l'uchronie, les jugements définitifs. C'est aussi un travail épuisant de documentation, et pas seulement celui d'un rat de bibliothèque et d'éplucheur d'archives. Il faut aussi s'imprégner des lieux où ils ont vécu ceux dont on a choisi de parler, de rencontrer ceux qui ont partagé leur vie, parce que leur oeuvre en est évidemment pénétrée. Il faut pour cela beaucoup de constance et la déception est parfois au rendez-vous parce que c'est aussi un art en désuétude. J'observe qu'elle aborde son travail de recherche à travers les désordres amoureux qui ont émaillé la vie de ceux dont elle a choisi de parler. L'amour, et avec lui la sensualité et l'érotisme, ses dérèglements, la passion et la folie qu'il engendre, est, en effet, et plus que tout les autres sans doute, un élément révélateur dans la vie d'un être humain. Tous ces auteurs, bien que consacrés par le monde des Belles-Lettres, ont ainsi perdu leur vernis littéraire et, face à une muse, sont redevenus des êtres humains ordinaires. Ainsi, en parlant des passions amoureuses des autres, en essayant de les expliquer, voire d'en percer le mystère et les paradoxes, il en résulte une sorte d'intimité entre l'auteur et son sujet avec toute l'humilité et le respect qu'on doit à un personnage hors du commun. de plus on s'apaise et peut-être on se comprend mieux soi-même, l'écriture pouvant, au cas particulier avoir un effet miroir, voire être une source de courage face aux vicissitudes de sa propre vie. Ainsi c'est l'occasion pour elle de se livrer, avec malgré tout de la parcimonie, comme du bout de la plume, à des détails sur sa vie à elle, mais elle le fait avec retenue, sur le ton de la confidence, en demi-teinte et c'est très bien ainsi parce qu'un écrivain, biographe de surcroît, reste un être humain, avec ses passions, ses fêlures, ses remords, ses secrets... Ainsi éclaire-t-elle le titre (au pluriel) de cet ouvrage qui m'avait au départ quelque peu intrigué, même si elle parle à la première personne.
On n'est pas non plus écrivain par hasard. Il y a certes la formation, l'envie et la capacité d'écrire mais il y a aussi ce qui sous-tend cette démarche, une sorte de manque, de vide qu'on compense avec les mots et l'imaginaire et qui tient du fantasme autant que de cette volonté d'explorer des contrées inconnues de l'inconscient, de découvrir l'autre, fut-il fictif, et bien souvent soi-même à travers lui, de lutter contre les forces obscures et parfois contradictoires de la création et de s'étonner parfois du résultat. Créer et faire vivre un personnage inventé n'est pas une mince affaire. On peut certes s'inspirer du réel, s'écouter soi-même au point de susciter des ressemblances ou le repeindre aux couleurs de sa volonté mais finalement la liberté du personnage est la plus forte et l'épilogue parfois différent de ce qu'on imaginait au départ. Écrire tient de l'alchimie, c'est un mystère qui se nourrit lui-même et un auteur ne ressort jamais indemne de l'écriture de son livre. C'est, malgré les apparences une activité épuisante mais l'activité de biographe qu'elle semble préférer tant le nombre de ses biographies dépasse celui de ses fictions, reste quelque peu frustrant. Attirée sans doute par le style de ses écrivains préférés, elle a voulu en savoir plus sur eux, les comprendre mieux ainsi que leur oeuvre. Elle veut surtout s'attacher à l'écrivain vrai plutôt que de se laisser aller à l'imagination qui est toujours une tentation sans perdre cependant de vue qu'écrire une biographie c'est aussi, un peu, une voie royale pour parler de soi.
J'ai commencé à lire Dominique Bona il y a bien des années et l'ai suivie avec plaisir dans son parcours littéraire, jusqu'à la consécration suprême qui a fait d'elle une « immortelle ». Ses vies qu'elle qualifie de secrètes tiennent de la sienne sur laquelle elle lève un peu le voile, mais, ne seraient-elles pas aussi celles qu'elle a prêtées aux héros de ses propres romans ou celles de ceux dont elle a écrit la biographie ? En tout cas, c'est passionnant.
©Hervé Gautier.
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afadeau
  12 novembre 2019
J'ai découvert cette auteure solaire de la plus belle façon puisque la rencontre s'est faite lors d'un dîner-débat dans le cadre du festival « Terre à vins, terre à livres » à Savennières, fin septembre 2019.
La soirée d'ouverture avait lieu dans la salle du Fresne de ce beau village d'Anjou le vendredi 27 septembre. Je découvrais ce festival qui en est pourtant à sa quinzième année d'existence. le programme m'a intéressé d'emblée : un village d'Anjou sur la Loire, Danièle Sallenave en Présidente illustre, les vins généreux d'une appellation discrète, le thème « les biographies ».
Dominique Bona a, entre autre, écrit une biographie « Colette et les siennes » parue chez Grasset en 2017. le dîner était préparé, à partir des recettes de Colette, par l'équipe du restaurant « le Chenin » de Savennières, dîner simple et excellent entrecoupé des interventions de Danièle Sallenave et de Dominique Bona, toutes deux de l'Académie française. Quelle belle et bonne soirée passée avec ces belles et bonnes personnes, partageant généreusement leur savoir et leur superbe humanité ! Au retour, la lecture du tout nouveau roman de Dominique Bona « Mes vies secrètes » a délicieusement prolongé ce festival (le programme se déroulait sur quatre jours).
C'est un livre original car fait de ce qu'il m'a semblé être les coulisses de ses principaux livres. Elle a écrit de nombreuses biographies depuis son premier livre en 1981. Dominique Bona dévoile ce qui la construite telle qu'elle est aujourd'hui : écrivaine reconnue et, me semble-t-il, comblée. Elle nous présente sa famille imaginaire avec une belle écriture, faite de souplesse et d'humour. Cette famille imaginaire, ce n'est pas une famille imposée par la destinée ou par des nécessités d'édition. Ses choix ont été ceux d'un feu intérieur, de sa propre passion et elle a mené des enquêtes, souvent pleines de risques et d'embûches, en cherchant (trouvant ?) une part d'elle-même.
Les deux premiers chapitres sont consacrés à Romain Gary dont elle a formidablement bien parlé au dîner du festival. A 18 ans, elle lit « Les racines du ciel » qui sera à l'origine dit-elle, de sa vocation de biographe.
« Romain Gary, je le connaissais pourtant. Je croyais même bien le connaître. Et je l'avais rencontré " pour de vrai " dans un passé pas si lointain — sans que quiconque, ni même lui, en sache rien. »
Elle mettra 4 ans pour écrire cette biographie de Gary sortie en 1997.
« Même la couleur du ciel, qui passe si souvent de la clarté à l'orage, connaît l'impermanence. Mon récit, tel que je l'écrivais au jour le jour, si souvent ballotée, chahutée, s'est éclairé de moments lumineux. Et joyeux. Je leur dois ma survie. Et de n'avoir pas enterré, sitôt née, ma vocation de biographe. »
Elle relate les coulisses d'une émission « Apostrophes » de Bernard Pivot où elle participe avec son éditrice Simone Gallimard et c'est passionnant de découvrir ses sentiments à ce moment de sa carrière débutante face à ces monstres sacrés.
Un chapitre est consacré à la visite au cherche midi de Jean Marie Rouart, dont la famille incroyable est en lien avec bien des personnages évoqués dans ce livre, un auteur qu'elle retrouvera à l'Académie bien plus tard. Elle collabore alors à France culture. Puis elle raconte sa collaboration avec Simone Gallimard, au « Mercure », dévoilant des facettes passionnantes de l'édition de cette époque.
Elle revient ensuite sur sa biographie des soeurs Hérédia « Les yeux noirs » et s'attarde particulièrement sur Pierre Louÿs : « Ses dons poétiques, reconnus de tous, particulièrement dans le cercle des Heredia, où Gide, Valéry et Proust, ces jeunes gens prometteurs, seraient les génies de demain, furent à les en croire exceptionnels. »
Paul Valéry est présenté dans un chapitre plein d'humour avec l'évocation de la complexité de l'oeuvre pour l'étudiante qu'elle était. « Pendant ce long trimestre, nous avons décortiqué La Jeune Parque vers après vers — il y en a 512 ! ». Elle s'intéresse aussi à la vie sentimentale du poète et parle formidablement bien de sa passion pour Jeanne à la fin de sa vie.
Le chapitre « Pour un bouquet de violettes » est consacré à Berthe Morisot, génie de l'impressionnisme. Beau portrait de femme artiste au milieu de tous ces hommes reconnus tels que Manet, Degas, Renoir... Dominique Bona parvient parfaitement à nous faire entrer dans l'intimité d'un personnage clé de la vie culturelle parce que femme ayant réussi à faire bouger les lignes.
Dans les fantômes du Kapuzinerberg, elle parle de Stefan Zweig, des conditions dans lesquelles elle a écrit « Stefan Zweig, l'ami blessé ». Elle se remémore ses recherches sur les lieux où il a vécu, sa maison à Salzbourg puis Petrópolis dans les hauts de Rio de Janeiro quand il a dû fuir le nazisme. « La biographie devait prendre en compte cette trame historique, le tissu même de la vie de Stefan Zweig. » On la sent touchée par ce grand intellectuel, mondialement célèbre à l'époque, au destin tragique : « Il croyait à l'entente fraternelle des peuples et mit toute son énergie d'intellectuel dans l'oeuvre de réconciliation. »
« L'épouse insoumise » dont il est question ensuite, c'est Clara Malraux, femme de caractère ayant vécu une vingtaine d'année en compagnie du grand André Malraux. A ce stade, je m'aperçois que les femmes occupent une grande place dans les biographies de Dominique Bona. Ce n'est pas pour me déplaire, moi qui avais adoré le livre de Laure Adler « Les femmes qui lisent sont dangereuses », Laure Adler qui devait être présente au côté de Danièle Sallenave et de Dominique au festival de Savonnières mais qui n'avait pas pu venir !
L'auteur nous livre « les secrets d'un homme convenable ». Cet homme prétendu convenable c'est André Maurois. Elle nous raconte son premier mariage, la perte de la femme aimée Jane-Wanda, le remariage de raison, les nombreuses aventures de cet homme célèbre et controversé — il s'est exilé aux États-Unis lors de la seconde guerre mondiale... Elle a pu avoir accès aux lettres d'amour du grand écrivain. « Leur témoignage de première main était une manne pour comprendre une vie et les mécanismes du destin. »
Pudeur ?, de Dominique Bona à l'égard de Michel Mohrt, auteur dont je découvre le nom..., Elle a pris son siège à l'Académie française (ça se passe comme cela !) : « ... un écrivain à contre-courant, ayant approché de trop près des zones dangereuses et coupables du passé... ». Ces zones dangereuses approchées c'est sa participation à l'action française, des amitiés avec des collabos notoires...
Puis un chapitre émotion XL ! Camille Claudel. Celle-ci internée 30 ans dans un asile fait dire à l'auteure : « Jamais autant qu'à Montfavet je n'ai eu la conviction que le biographe est un voyeur, la biographie un rideau qui s'écarte. »
Dominique Bona reste très mesurée dans ses conclusions, mais elle note : « Mme Claudel mère avait formellement interdit toute correspondance à sa fille. Trois personnes seulement y étaient autorisées : la mère, le frère, la soeur. » Glaçant ! Et concernant son frère, le célébré Paul Claudel : « La mort de Camille avait porté un coup fatal à sa réputation de grand poète chrétien. »
Le destin de bien des artistes présentés ici aurait pu être différent si des alliances, des rencontres autres avaient abouti, étaient survenues, mais Dominique Bona en appelle au « code d'honneur » du biographe qui pour elle ne doit pas inventer ce qui n'a pas été.
Quand elle parle de Dali c'est pour mieux nous conter la muse Gala : « Eluard puis Dali ont puisé en elle des forces qu'ils n'avaient pas... ».
Dominique Bona passe ensuite en revue les maisons de ses personnages qui ont pris tant de place dans sa vie et s'attarde sur les maisons de Colette, femme éprise de liberté, modèle pour l'auteure qui en mélange sa vie avec la sienne : « La dernière maison, j'aurais voulu qu'elle soit pour moi la première : le mas de l'enfance heureuse. Celui où j'ai écrit mon premier roman et où mes enfants ont grandi. » Un des moments les plus émouvant du livre, qui en compte pourtant beaucoup !
Derrière ces portraits qui renvoient à ses biographies précédentes, c'est sa propre autobiographie qu'elle construit. En se drapant dans ces pages de souvenirs prestigieux, elle dévoile des pans du passé et se dévoile pour notre plus grand plaisir. Elle semble nous présenter sa famille de coeur, et il me semble, moi aussi, retrouver une famille que le temps avait éloigné de moi... J'ai ainsi découvert que la biographie est loin d'être un genre mineur mais peut être oeuvre essentielle littéraire et humaine. Que serait la vie de la pensée sans ce retour sur le passé ? « Les biographies, je les écrivais pour rendre la vie à des personnages du passé, que le temps avait figés ou éloignés. »
Le dernier chapitre, véritable plaidoyer rendant sa grandeur à la biographie d'écrivain, est superbe, ne le manquez pas ! L'émotion culmine au bout de la dernière phrase...
Photo "solaire" de ce livre superbe sur mon site Bibliofeel avec mes autres coup de coeur !

Lien : https://clesbibliofeel.blog/
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pilyen
  15 janvier 2019
Ca commence par une scène de naturisme un peu comme dans " Sérotonine" ... puis continue par une évocation de photos de jeunes femmes ne cachant vraiment rien de leur intimité... Diable ! Dominique Bona de l'académie française, romancière et surtout biographe, a-t-elle décidé de fendre l'habit vert en nous livrant les nombreux souvenirs de ses longues recherches dans l'univers de celles et ceux dont elle a évoqué la vie ? Rassurez-vous, après ce démarrage très dévêtu, la suite retrouve les allées gracieuses de l'élégance et de l'érudition qui font le sel de ses écrits.
Romain Gary, Berthe Morizot, les soeurs Hérédia, Gala, Camille et Paul Claudel, Stefan Sweig se retrouvent compilés dans cette évocation qui allie autant leur vie ( ici juste évoquée) que l'impact qu'ils ont eu sur l'auteure. Sans entrer réellement dans les coulisses de la création d'une biographie, " Mes vies secrètes" conte avec délicatesse les émotions que Dominique Bona a ressenties pour cerner au mieux les personnages sur lesquels elle dirigeait son projecteur empli d'affection mais aussi de fine psychologie. Ces rencontres ont pu être, réelles, avec les descendants de ces personnalités, de papier ( travail d'archive) ou architecturales en visitant les maisons ou châteaux qui ont abrité les créations ou les amours de ces êtres souvent d'exception. Elle se plaît à noter qu'elle croisa certains plusieurs fois au gré des différentes biographies. Elle y voit un joli clin d'oeil de la vie... comme ceux d'une deuxième famille de papier qui se retrouve ainsi parfois réunie. Pour le lecteur, cette charmante bienveillance procure un joli moment de lecture, de bon ton, de bon goût. Toutefois, en filigrane, ne peut s'empêcher d'apparaître une certaine littérature de l'entre-soi.
Dominique Bona, dans ses biographies, a principalement narré les vies d'artistes de la première moitié du 20 ème siècle. Qu'ils soient peintres, sculpteurs ou écrivains, ils se sont tous plus ou moins croisés, aimés, épousés, trompés avec la soeur de l'un, le mari de l'autre. Notre auteure, se plaît à retrouver quelques personnalités secondaires qui apparaissent dans plusieurs de ses biographies, parfois dans un lit en amant ou maîtresse, plus souvent dans un cercle mondain. Elle s'émerveille de ces retrouvailles, de ces petits liens que beaucoup entretenaient. le lecteur perçoit surtout que ces riches créatifs ( pour la plupart) ne sortaient pas de leur milieu, habitaient tous dans le 16 ème et s'ils allaient à la campagne, c'était en groupes bien choisis puis bien cachés dans une grande demeure. Cette impression se renforce d'autant plus que dans la partie contemporaine de son récit où, Dominique Bona, en fille de bonne famille, raconte tout à fait innocemment ses amitiés avec pas mal d'écrivains bien introduits dans le milieu littéraire, Michel Mohrt, Jean-Marie Rouard, François Nourrissier, ..., académiciens dont la production littéraire un peu poussiéreuse servit ( ou sert) surtout à emplir les colonnes du Fig Mag. Une petite distance affleure, comme si le lecteur faisait intrusion dans un dîner où il n'était pas vraiment convié. Cependant, la belle écriture de Dominique Bona, le joli recul qu'elle a sur son travail et la douceur avec laquelle elle accepte d'entrebâiller ces monde feutrés et confortables, font que l'on passe, malgré tout, un agréable moment en remarquable compagnie.
Lien : http://sansconnivence.blogsp..
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DemainJeLis
  09 février 2019
Attention, INTENSE coup de coeur !
J'ai lu le livre de Dominique Bona début janvier. J'ai tellement adoré qu'il m'a été dur d'en parler de suite, de résumer la richesse de ce trésor en une chronique succincte. Mais aujourd'hui, je me lance. Ce serait terrible de ne pas évoquer une de mes plus fabuleuses joies livresques de ce début d'année.
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Dominique Bona est biographe. Dans Mes Vies Secrètes, elle raconte les coulisses de ses enquêtes sur Romain Gary, Berthe Morisot, Gala Dali, Stefan Zweig, Camille Claudel, Colette, et beaucoup d'autres. Sous la forme d'un récit intime, elle évoque les rencontres, coups de foudre et hasards qui l'ont conduite vers ces figures tutélaires, et qui ont construit sa véritable identité.
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Ce livre est une mine d'anecdotes historiques, de bons mots, de mille petits faits frappants ou émouvants qui sont un véritable délice. Ils font revivre les protagonistes de l'histoire artistique dans des portraits plus vrais que nature :
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“Quand [Berthe Morisot] mourut à l'âge de cinquante-cinq ans, Renoir qui peignait aux côtés de Cezanne, en Provence, se précipita à la gare, oubliant canne et chapeau : il tenait à être à son enterrement. Il eut ce mot, devant sa tombe : “je suis seul, dans un désert”.”
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Dominique Bona met à jour les réseaux souterrains, les filiations inattendues pour dresser par touches successives à la manière d'un impressionniste, un tableau qui livre la vraie couleur de la vie intellectuelle des 19e et 20e siècles..
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“Les hasards de la vie [...] ont réuni par devers moi les personnages de mes livres. Sans que je l'ai voulu ou programmé, sans même que je l'aie souhaité, comme pour mieux illustrer et confirmer d'occultes pouvoirs, ils ont fini par former une chaîne et se donner la main.”
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Nous sommes fait des autres. Avec ces vies qu'elle a aimées et poursuivies, elle a construit les briques de sa propre maison, et élargi son territoire.
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“A force de chercher une maison partout, en France et dans le monde, et de ne l'avoir jamais trouvée, ce qui est un de mes rêves inassouvis, j'ai fini par adopter celles des personnages dont je racontais la vie. Ils m'ouvraient la porte et me laissaient les clefs.”
A lire d'urgence.
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critiques presse (7)
LaPresse   28 février 2019
Un exercice généreux et captivant à lire, de la part de celle qui occupe aujourd'hui le fauteuil autrefois réservé à Voltaire à l'Académie française.
Lire la critique sur le site : LaPresse
LeDevoir   25 février 2019
Dominique Bona présente une fascinante plongée dans les souvenirs, les amorces, la méthode, les découvertes et les rencontres qui ont ponctué son travail de biographe.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
Actualitte   18 février 2019
Son récit tout en émotion et en finesse, tellement français, nous fait joliment voyager sur l’échiquier des amours et des intrigues, à la recherche du mystère de toute vie.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LaCroix   13 janvier 2019
Dévoilant les coulisses de son travail de biographe, l’académicienne Dominique Bona évoque sa vie et relie entre elles les grandes figures qui l’ont inspirée.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LeFigaro   13 janvier 2019
Une partie de la vie de l'auteur se confond avec son parcours de biographe, ainsi qu'elle le raconte dans son dernier ouvrage.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LaLibreBelgique   10 janvier 2019
Mes vies secrètes, bel et attachant récit/confession de l’académicienne française.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeFigaro   08 janvier 2019
Connue pour ses travaux de biographe, Dominique Bona se raconte pour la première fois dans un récit détaillant les péripéties de ses traques littéraires. Une merveille...
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (36) Voir plus Ajouter une citation
fanfanouche24fanfanouche24   11 janvier 2019
Les maisons fugitives

A force de chercher une maison partout, en France et dans le monde, et de ne l'avoir jamais trouvée, ce qui est de mes rêves inassouvis, j'ai fini par adopter celles des personnages dont je racontais la vie. Ils m'ouvraient la porte et me laissaient les clefs- du moins, j'ai voulu croire pour me consoler grâce à eux d'une quête sans fin.
De Majorque à Salsbourg et à Arcachon, jusqu'à la -casa Dali-, je les ai toutes aimées, comme autant d'escales apaisantes et rassurantes qui interrompaient le rude travail de la biographie, ses recherches en terrain aride et la poursuite parfois désespérante du personnage, qui si souvent fugue et se dérobe. Leurs maisons me permettaient de mieux les connaître : les lieux parlent, ils ont même beaucoup à dire sur les êtres qui les ont choisis et habités. (p. 284)
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fanfanouche24fanfanouche24   12 janvier 2019
Maurois ? Son oeuvre complète figurait, bien sûr, dans la bibliothèque de ma grand-mère dont c'était l'un des fleurons (...)
Mais j'avais découvert ses biographies avec son -Shelley-, son -Byron-, et là Maurois avait soudain marqué des points : ses biographies se lisaient comme des romans, et même mieux que des romans, puisque toutes les choses extraordinaires qui s'y déroulaient, et qu'il avait le talent de raconter avec une simplicité et une fluidité stupéfiantes, dépassaient de loin tous les vertiges de la fiction. Malgré cette découverte d'un auteur essentiel, demeuré l'un des maîtres de la biographie, je n'avais pas conscience du rôle qu'il aurait pour moi et le considérais à distance, avec un sentiment mitigé d'admiration et d'ennui. (p. 168)
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fanfanouche24fanfanouche24   12 janvier 2019
(...) Pourquoi la biographie m'avait-elle arrachée au roman ?
Les biographies que j'aimais et qui étaient mes modèles, c'étaient les livres de Mauriac, de Maurois, de Zweig, de Troyat. Des récits vivants et généreux. Des portraits à l'encre sèche, incluant de belles analyses, mais privilégiant la synthèse de tous les éléments soigneusement rassemblés, dirigés, orchestrés, pour le plaisir de lire et la joie de partager. Avant tout les livres de romanciers, mais des romanciers capables de respecter une vérité qui n'était pas romancée. (p. 312)
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celinefabre27celinefabre27   25 février 2019
Il avait une écriture vaste à gros caractères, qui remplissait vite les pages. Mais si prolixe dans sa correspondance, il était dans ses derniers livres devenu minimaliste : l’ecriture Réduite à l’os n’etait Plus qu’une affaire de respiration, prétendait-il. Les mots s’y faisaient rares au profit du rythme - j’ai toujours eu la sensation de voguer, de vagues régulières en tempêtes soudaines, quand je lis du Michel Mohrt.
Rue du cherche-midi, il versait du whisky dans nos verres. Il y ajoutait une larme d’eau. Ni glaçons, ni bulles. L’apres Boisson, aux tons chauds de l’ambre, c’est chez Michel Mohrt que je l’ai le plus aimée. Elle opérait immédiatement, pour vous arracher à toute préoccupation annexe. Elle ouvrait les Landes sauvages, parsemées de bruyères et balayées d’embruns venus de son cher océan. Le whisky donnait du relief à ses silences, entretenait la rêverie.
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fanfanouche24fanfanouche24   12 janvier 2019
Il y a paradoxalement souvent plus de rêve et d'imagination qu'on ne croit dans les vraies vies qu'on raconte. certaines vies sont même si romanesques qu'elles passent les bornes de la crédibilité et qu'on serait gêné de les faire entrer dans un roman. Beaucoup de vies réelles sont un défi à la vraisemblance. Un exemple ? Le jeune Malraux s'en allant piller le temple de Banteay Srei à dos de mulet, après avoir commandé une panoplie d'explorateur et des outils de terrassier à la Samaritaine ! (p? 310)
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https://www.librairiedialogues.fr/livre/14694724-mes-vies-secretes-dominique-bona-gallimard Dominique Bona nous parle de son livre "Mes Vies secrètes" (éditions Gallimard), dans l'émission Dialogues littéraires, réalisation : Ronan Loup. Interview par Laurence Bellon.
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