AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
EAN : 9782070427765
132 pages
Éditeur : Gallimard (29/05/2003)
3.19/5   245 notes
Résumé :
Salué dès sa publication en octobre 2001 comme l'un des livres majeurs d'Yves Bonnefoy, « Les Planches courbes » s'impose en effet au sommet d'un oeuvre sans faiblesse ni reniement. Une parole qui sait magistralement faire la place du sens et du chant s'élève, à la fois affirmée et fragile, inquiète et souveraine. Les planches courbes auxquelles le titre se réfère sont celles de la barque du passeur qui tente encore une avancée entre les deux rives du fleuve, les de... >Voir plus
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura
Critiques, Analyses et Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
3,19

sur 245 notes
5
3 avis
4
3 avis
3
4 avis
2
2 avis
1
6 avis

Tandarica
  06 décembre 2019
Une brève note de lecture en 5 étoiles et 7 mots-clés :
#OBJETS : Omniprésence de ce concret (beaucoup de pierres), ces objets repères (« planches courbes ») auxquels le poète se rattache et donne « une voix » ; « Tout cela, mon ami,/Vivre, qui noue/Hier, notre illusion,/À demain, nos ombres. […] Foudre qui dort encore/Les traits en paix,/Souriante comme avant/Qu'il y ait langage. » (p. 33-34).
#TRADUCTEUR : le poète traduit ici le langage poétique des objets tout comme il a admirablement bien et beaucoup traduit des livres (de l'anglais, de l'italien).
#ESCHATOLOGIE : présence de l'interprétation sur l'au-delà et sur Dieu, bien que Bonnefoy soit athée.
#CONCEPT : On dit que Bonnefoy s'est beaucoup intéressé au « concept », qu'il critique, pour s'attacher au « mot ». En effet, il arrive fréquemment que le sens de mots se dérobe.
#SURRÉALISME : On en ressent encore l'influence bien après la rupture avec ce mouvement.
#PASSAGE : La question de la relation aux parents (ou à Dieu), de la transmission, du comment on grandit.
#MYTHOLOGIE : de nombreux renvois, notamment à des personnages comme Ulysse, Charon, Orphée.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          754
Malaura
  29 avril 2013
La poésie d'Yves Bonnefoy s'écoule comme un murmure, un doux chuchotement. Quand on la lit, étrangement, l'on a envie de faire silence. Silence au fond de soi, au fond de son coeur, au fond de son être, porté seulement par le frissonnement que procure cette voix poétique prodiguée avec la légèreté et la grâce d'un souffle, furtive douceur d'une poésie qui se fait berceuse dans la ouate des sens.
Cela s'entend, cela s'écoute comme un chant de vie à la fois proche et lointain, comme une répercussion de notes où se jouent mémoire et temps présent, réalité et songe, une définition du monde dans un écrin de sens, dans le creuset où naissent les sensations et les émotions primales, où participe l'affect davantage que l'intellect.
Les mots s'épandent en chapelet de sons, nous faisant le don d'une musique intérieure, faisant vibrer une corde sensible en frémissant vibrato. « Aller, par au-delà presque le langage / Avec rien qu'un peu de lumière »…
La poésie d'Yves Bonnefoy est tout en réceptivité, elle puise sa sève dans le perceptif, dans l'intuitif et le sensoriel, dans l'entendement du coeur. « Couché au plus creux d'une barque / le front, les yeux contre ses planches courbes », on la vit comme un voyage sur l'embarcation des mots.
Comme souvent avec Yves Bonnefoy, le travail artistique est avant tout une exploration, et le recueil « Les planches courbes », rassemblant poèmes en prose et textes poétiques, est une entrée en méditation, une incursion au coeur du langage, du temps, de la nature, de la mémoire.
Le poète est un « faiseur de sens », le créateur d'ornements à la fois mélodiques et littéraires, il étanche à la source du verbe notre soif de beauté, de sérénité et de gravité ; il dessine une carte de l'intime à parcourir avec la pulpe des sentiments, il se fait passeur de mots qui, infusés, répandus au coeur de l'être, appellent images et impressions.
Poète du dépouillement et de la sobriété, puisant dans l'éther du langage, dans « les ruines de la parole », dans l'alchimie des mots, la connaissance imparfaite, incohérente, illusoire de ce qui nous fait et de ce que nous sommes, « navires lourds de nous-mêmes / débordants de choses fermées », regardant « à la proue de notre périple toute une eau noire / s'ouvrir presque et se refuser, à jamais sans rive. »
« Partout en nous rien que l'humble mensonge / Des mots qui offrent plus que ce qui est / Ou disent autre chose que ce qui est »…
Mais comme il est bon parfois de ne pas tout expliquer en poésie, de refuser toute interprétation extérieure qui viendrait fausser la donne de son ressenti pour se laisser, tout simplement, humblement, porter par la musicalité des mots !
Ecouter cette poésie comme voix murmurante, susurrante, bruissant comme des pas dans l'herbe fraîche un matin de rosée, ne comprendre qu'avec ses sens, qu'avec sa peau, qu'avec ce qu'impriment sur l'épiderme ces mots baignés de sensualité et de lumière, afin de mettre, subrepticement, dans le calme des nuits, « ses pieds nus dans l'eau du rêve »...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          6610
Henri-l-oiseleur
  22 février 2016
Comme souvent, l'inscription à un programme scolaire d'un grand livre, d'un grand poète, se révèle contre-productive : dans une intention louable de mettre la vraie littérature à la portée de ceux qui ne lisent pas, ou pire, qui ne lisent que des sous-produits "culturels" frelatés, on expose le poème et le poète aux insultes des ignorants et au ressentiment des demi-habiles.
Bonnefoy, dans ce recueil, s'écarte quelque peu de la poésie moderniste, en ce qu'il laisse une place assez large à la compréhension rationnelle, à la pensée, et ne fonde pas tous ses effets sur les associations libres d'images et de sons, auxquelles les surréalistes et leurs héritiers nous ont habitués. Riche d'images et de mythes, sa poésie interroge aussi le lecteur à la façon de l'essai : il renoue ainsi avec une tradition ancienne, celle du discours en vers, que Ronsard avait su remettre à l'honneur, à l'imitation des Grecs et des Latins, dans notre littérature. La pensée et l'imagination collaborent sans que l'une prenne le pas sur l'autre.
Cela rend-il Bonnefoy plus "compréhensible" que les autres poètes contemporains ? En un sens, oui. Mais sûrement pas à des lecteurs contraints de Terminale "littéraire", ni à des amateurs pour qui penser, c'est rabâcher des évidences et des lieux communs qui font se sentir bien ensemble. Sa poésie, comme toute littérature digne de ce nom, nous demande un effort, ce qui ne peut que nous scandaliser, habitués que nous sommes aux plaisirs faciles. L'effort, évidemment, débouche sur des jouissances littéraires accrues, mais réservées à ceux qui les désirent vraiment.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          170
Laureneb
  21 mars 2021
Les planches courbes, cela va d'abord être pour moi les quelques morceaux de bois assemblés de guingois au pied d'un immeuble servant de boîte à livres, sur lequel j'ai trouvé ce recueil. le charme d'une rencontre aléatoire...
Depuis quelques mois, je fais un voyage à travers la poésie française, rencontrant des lieux et des styles différents, des vers musicaux de Verlaine présentant une Venise galante fantasmée autant que la modernité de Paris ou la froide et plate Belgique, la Rome éternelle en ruines dans les alexandrins classiques de Bellay, ou le corps-paysage d'Elsa aimée comme la France chantée par le lyrisme d'Aragon. Et ici, c'est une maison natale de campagne, un ruisseau, des champs. A travers ce voyage dans ces différentes oeuvres, même si je maîtrise moins la poésie contemporaine, je vois bien que la définition de la poésie, c'est la musicalité et les images évoquées.
Je découvre Yves Bonnefoy, je ne vais pas pouvoir l'analyser de façon érudite. Mais j'ai été séduite par de belles images mélancoliques, vues comme à travers une buée, un peu effacées, ou le souvenir se mêle à la mythologie. La buée du souvenir dans les récits du retour du père, la buée derrière la vitre sous la pluie d'été, un champ de blé dont l'image se brouille en plein soleil. J'ai apprécié la sensualité qui se dégage de la lune, des étoiles, d'une robe rouge, de la forme d'un sein. Cette femme est peut-être partie, est peut-être un souvenir, est peut-être nymphe ou déesse - et on retrouve l'idée de fécondité avec Cérès... Une image très forte est liée à la barque, faite de planches courbes, la barque qui est celle de migrants traversant une mer - la première marque originelle étant, toujours dans la mythologie, celle de Charon transportant les morts...
Ce sont donc des souvenirs, en partie idéalisés, ou recréés. Quel est cet enfant, mi-réel mi-mythologique qui hante le début du texte ? Est-ce un enfant mort, pleuré par le poète comme Léopoldine ? Ou est-ce l'enfant perdu qu'était le poète lui-même dans sa jeunesse ? Car il est évoqué à travers l'image embrumée elle-aussi du père. Cet enfant, ce pourrait aussi être un dieu, voire le Dieu lui-même, l'enfant-Christ, comme dans la légende de saint-Christophe ?
Mais néanmoins, les dernières parties m'ont moins séduites, celles à tonalité théologique, car je n'ai pas les clefs pour les comprendre, découvrant l'auteur.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          92
missmolko1
  25 mars 2012
Un recueil de poésie qui m'a été imposé pour le bac et qui ne m'a pas plu du tout. Même si les thèmes abordés me plaisait, impossible pour moi d'aborder ces poèmes si complexes....
Commenter  J’apprécie          180

Citations et extraits (72) Voir plus Ajouter une citation
patrick75patrick75   24 juin 2012
Je me souviens, c'était un matin, l'été,
La fenêtre était entrouverte, je m'approchais,
J'apercevais mon père au fond du jardin.
Il était immobile, il regardait
Où, quoi, je ne savais, au-dehors de tout,
Voûté comme il était déjà mais redressant
Son regard vers l'inaccompli ou l'impossible.
Il avait déposé la pioche, la bêche,
L'air était frais ce matin-là du monde,
Mais impénétrable est la fraîcheur même, et cruel
Le souvenir des matins de l'enfance.
Qui était-il, qui avait-il été dans la lumière,
Je ne le savais pas,je ne sais encore.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          920
MalauraMalaura   15 avril 2013
Et si demeure
Autre chose qu'un vent, un récif, une mer,
Je sais que tu seras, même de nuit,
L'ancre jetée, les pas titubant sur le sable,
Et le bois qu'on rassemble, et l'étincelle
Sous les branches mouillées, et, dans l'inquiète
Attente de la flamme qui hésite,
La première parole après le long silence,
Le premier feu à prendre au bas du monde mort.
Commenter  J’apprécie          1020
Dixie39Dixie39   02 juillet 2016
"Jeter des pierres"

Et nous étions là, dans la nuit, à jeter des pierres. À les jeter le plus haut, le plus loin possible, dans ce bois devant nous qui si rapidement dévalait la pente que c'en était sous nos pieds comme déjà un ravin, avec le bruit de l'eau à ruisseler en contrebas sous les arbres.

Des pierres, de grosses pierres que nous dégagions des broussailles, difficilement mais en hâte. Des pierres grises, des pierres étincelantes dans le noir.

Nous les élevions à deux mains, au dessus de nos têtes. Qu'elles étaient lourdes ainsi, plus hautes, plus grandes que tout au monde ! Comme nous les jetterions loin, là-bas, de l'autre côté sans nom, dans le gouffre où il n'y a plus ni haut ni bas ni bruit des eaux ni étoile. Et nous nous regardions en riant dans la clarté de la lune, qui surgissait de partout sous le couvert des nuages.
Mains déchirées bientôt, mains en sang. Mains qui écartaient des racines, fouillaient la terre, se resserraient sur la roche qui résistait à leur prise. Et le sang empourprait aussi nos visages, mais toujours nos yeux se levaient du sol dévasté vers d'autres yeux, et c'était encore ce rire.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          260
OrpheaOrphea   25 juillet 2011
Nous mettons nos pieds nus dans l'eau du rêve,
Elle est tiède, on ne sait si c'est l'éveil
Ou si la foudre lente et calme du sommeil
Trace déjà ses signes dans des branches
Qu'une inquiétude agite, puis c'est trop sombre
Pour qu'on y reconnaisse des figures
Que ces arbres s'écartent, devant nos pas.
Nous avançons, l'eau monte à nos chevilles,
Ô rêve de la nuit, prends celui du jour
Dans tes deux mains aimantes, tourne vers toi
Son front, ses yeux, obtiens avec douceur
Que son regard se fonde au tien, plus sage,
Pour un savoir que ne déchire plus
La querelle du monde et de l'espérance,
Et qu'unité prenne et garde la vie
Dans la quiétude de l'écume, où se reflète,
Soit beauté, à nouveau, soit vérité, les mêmes
Étoiles qui s'accroissent dans le sommeil.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          260
IrisaIrisa   11 août 2009
Dans le leurre des mots

Aller ainsi, avec le même orient
Au-delà des images qui chacune
Nous laissent à la fièvre de désirer,
Aller confiants, nous perdre, nous reconnaître
A travers la beauté des souvenirs
Et le mensonge des souvenirs, à travers l'affre
De quelques-uns, mais aussi le bonheur
D'autres, dont le feu court dans le passé en cendres,
Nuée rouge debout au brisant des plages,
Ou délice des fruits que l'on n'a plus.
Aller, par au-delà presque le langage,
Avec rien qu'un peu de lumière, est-ce possible
Ou n'est-ce pas que l'illusoire encore,
Dont nous redessinons sous d'autres traits
Mais irisés du même éclat trompeur
La forme dans les ombres qui se resserrent ?
Partout en nous rien que l'humble mensonge
Des mots qui offre plus que ce qui est
Ou disent autre chose que ce qui est,
Les soirs non tant de la beauté qui tarde
A quitter une terre qu'elle a aimée,
La façonnant de ses mains de lumière,
Que de la masse d'eau qui de nuit en nuit
Dévale avec grand plaisir dans notre avenir.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          180

Videos de Yves Bonnefoy (28) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Yves Bonnefoy
[RARE] Yves BONNEFOY – À la télévision (ORTF, 1974) Une rare émission de télévision sur Yves Bonnefoy. Portant le titre « Les Poètes », présentée et réalisée par Jean-Pierre Prévost, elle fut diffusée le 21 juin 1974 sur l’ORTF.
autres livres classés : poésieVoir plus
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura





Quiz Voir plus

Testez vos connaissances en poésie ! (niveau difficile)

Dans quelle ville Verlaine tira-t-il sur Rimbaud, le blessant légèrement au poignet ?

Paris
Marseille
Bruxelles
Londres

10 questions
976 lecteurs ont répondu
Thèmes : poésie , poèmes , poètesCréer un quiz sur ce livre

.. ..