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EAN : 9782070327263
349 pages
Éditeur : Gallimard (02/10/1992)

Note moyenne : 3.92/5 (sur 13 notes)
Résumé :

" Je dédie ce livre à l'improbable, c'est-à-dire à ce qui est. A un esprit de veille. Aux théologies négatives. A une poésie désirée, de pluies, d'attente et de vent. A un grand réalisme, qui aggrave au lieu de résoudre, qui désigne l'obscur, qui tienne les clartés pour nuées toujours déchirables. Qui ait souci d'une haute et impraticable clarté. "

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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
colimasson
  12 octobre 2015
Dans L'Inachevable, nous retrouvons ces mots d'Yves Bonnefoy :

« Consciente de l'immédiat, soucieuse du plein engagement de la pensée dans la finitude, l'intuition qui est à l'origine de la poésie pourrait, certes, suivre cette voie jusqu'au coeur de l'expérience mystique, qui a ce même souci et le porte aussi loin que possible. Mais quand, pour ce faire, la mystique quitte les mots, elle, la poésie, se retourne vers eux, tout au contraire, et sacrifie son objet profond, ou du moins son espoir d'y vraiment atteindre, afin de préserver le rapport à l'autre, le lieu social. »

Et j'ai l'impression d'avoir l'esprit mal placé lorsque cette parole, gonflée de bons sentiments plus que de sincérité, me semble représenter une tentative vouée à l'échec : on ne force pas la communication avec l'autre en lui déversant de la poésie au visage. Comment prétendre à une communion universelle par les mots en déployant un élitisme de la poésie qui porte avec lui tout le mépris et le dédain dont est capable la violence symbolique ? Je suis peut-être seulement un peu rapace et envieuse, dégoûtée d'être restée sur le carreau alors qu'on m'appâtait avec des promesses de rencontres exaltées dans l'instant, de moments qui frôlent l'absolu grâce à la communion consciente de l'acte et du mot. Yves Bonnefoy répudie la mystique qui se perd dans le silence et revendique la poésie, envisagée comme le mode de communication par excellence. Et pourtant, les essais regroupés dans ce livre ne parlent pas des hommes en général mais d'une catégorie d'hommes en particulier, ceux qui existent seulement dans leur rapport avec la création artistique. Les autres n'existent pas. C'est glaçant.

Je veux bien qu'Yves Bonnefoy soit un bon poète et théoricien de la poésie. Il écrit de très belles choses à ce sujet et s'interroge sur les mystères de la création artistique. « Pourquoi des lignes sont-elles belles ? Pourquoi la vue d'une pierre apaise-t-elle le coeur ? A peine si le concept parvient à formuler ces questions qui sont les plus importantes. Il n'y a jamais répondu ». Malgré tout, il me semble faire fausse route et presque chaque page traduit l'anxiété d'un poète qui a conscience, sans vouloir se l'avouer, que le défrichage de la poésie en vue d'en révéler un grain de blé qui nourrisse réellement son homme est vain. Mais voilà, maintenant qu'il a construit sa vie autour de la poésie, et puisqu'il l'aime inconditionnellement, il n'ose pas le reconnaître et hurle au concret à chaque fois qu'il désigne la plus inexistante de ses dernières abstractions philosophiques.

« Telle est la pierre. Je ne puis me pencher sur elle sans la reconnaître insondable, et cet abîme de plénitude, cette nuit que recouvre une lumière éternelle, c'est pour moi le réel exemplairement. »

René Daumal lui répond : « une de ses dernières trouvailles, ce fut de décrire « le contenu vécu » de ses opérations mentales ; un de ces jours, je l'en préviens, il s'apercevra que ce n'est pas le contenu mais le contenant qui vit, qui fabrique le contenu comme dans un moule ». Et moi je m'en vais, déçue de cette rencontre qui n'a pas eu lieu. Et pour une fois, je ne m'en veux même pas.
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Citations et extraits (53) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson   15 novembre 2016
[…] Il faut […] que notre conscience de ce que nous sommes s’abolisse pour que nous possédions vraiment l’objet que nous voulons voir ; […] il faut cependant qu’elle se maintienne pour que notre vision puisse mûrir en comme telle : si bien que l’apprentissage va et revient sans cesse de la séparation à l’union, de la passivité à l’examen, de l’éveil au songe […], jusqu’à cette improbable expérience pleine que serait la synthèse des voies obscures du songe et de la lucidité de l’éveil.
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colimassoncolimasson   14 octobre 2015
Parce qu’on meurt dans ce monde et pour nier le destin l’homme a bâti de concepts cette demeure logique, où les seuls principes qui vaillent sont de permanence et d’identité.
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colimassoncolimasson   26 octobre 2016
[A propos du tableau Vue de Larchant]

Je crois que le plus important dans ce tableau si idéaliste n’est pas la chose représentée : mais tout ce qu’il a fallu que le peintre abandonne de lui-même pour la représenter comme ici. Autrement dit, la littéralité dans l’image n’est qu’un moyen de se vaincre.
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BouteyalamerBouteyalamer   25 novembre 2016
Car voici maintenant que je puis définir ce que j'entends par la poésie. Nullement, comme pourtant on le dit si constamment aujourd'hui encore, la fabrication d'un objet où des significations se structurent, que ce soit pour prendre au piège la rêverie, ou pour la décevante beauté d'avoir fondu dans leur masse, parcelles de "vérité" fugitives, des aspects de ce que je suis. Cet objet existe, bien sûr, mais il est la dépouille et non l'âme ni le dessein du poème ; ne s'attacher qu'à lui, c'est rester dans le monde de la dissociation, des objets – de l'objet que je suis aussi et que je ne veux pas demeurer ; et plus on en voudra analyser les finesses, les ambiguïtés expressives, plus on risquera d'oublier une intention de salut, qui est le seul souci du poème. Celui-ci ne prétend, en effet, qu'a intérioriser le réel. Il recherche les liens qui unissent en moi les choses. Il doit me permettre de me vivre dans la justice, et parfois ses plus hauts moments sont des notations d’évidence pure, où le visible semble être au point   de se consumer en visage, où la partie, sans même une métaphore, a parlé au nom du tout, - où ceux qui se taisait au loin bruit à nouveau et respire dans l’ouvert et la blancheur de l’être. L’invisible, il faut le dire à nouveau de ce point de vue de la parole, ce n'est pas la disparition, mais la délivrance du visible.
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Lily13Lily13   03 janvier 2019
« L’Acte et le lieu de la poésie »

Et je dis que le désir du vrai lieu est le serment de la poésie. Elle qui a donné l’énergie de l’entreprendre, elle est la ressource du chemin. Les mots venant devant nous dans l’espace de l’attente, les mots n’étant plus que l’espace et le savoir, elle saura dissocier dans nos rencontres majeures la qualité qui se perd et le sens qui veille pour nous. Elle interrogera l’horizon selon le vœu de nos cœurs. Elle questionnera ceux qui passent. Et quand certaines choses se découvriront des trouées, des signes consumés par la présence très proche du bien qu’ils ont évoqué, elle se souviendra de ces clés dans son économie la plus stricte, elle établira le mot lampe ou le mot navire ou le mot rive dans le château cette fois d’une mémoire qui œuvre, entre dispersion et retour. Ces choses sont en effet comme les contreforts du vrai lieu.
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Videos de Yves Bonnefoy (28) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Yves Bonnefoy
[RARE] Yves BONNEFOY – À la télévision (ORTF, 1974) Une rare émission de télévision sur Yves Bonnefoy. Portant le titre « Les Poètes », présentée et réalisée par Jean-Pierre Prévost, elle fut diffusée le 21 juin 1974 sur l’ORTF.
Dans la catégorie : EssaisVoir plus
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature des langues romanes. Littéraure française>Essais (404)
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